‹ L'infaillibilité et le Concile général: Étude de science religieuse à lChapitre 11 sur 30 · L OBJET PRÉCIS · texte numérisé non relu

L OBJET PRÉCIS

DE l'infaillibilité DE l'ÉGLISE.

Nous venons de prouver qu'une Eglise divinement établie doit être infaillible , et que Tobjet de cette infaillibilité n'est en général que la conservation du dépôt de la révélation Mais il faut expliquer, avec plus de détails^ quel est Tobjet précis de celte infaillibilité, et puis où se trouve, dans l'Eglise, le sujet de cette infaillibilité^ l'organe divinement constitué de cet enseignement infaillible, le juge en dernier ressort des controverses relatives à la foi.

Sur ces deux points, comme sur tous les autres, l'Eglise dont la foi est apostolique , et toujours vivante depuis son origine , l'Eglise qui n'a qu'à se souvenir pour ne pas se tromper , n'a jamais varié.

Commençons donc par constater sa doclrine

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sur le premier point ou sur Tobjet précis de son infaillibilité.

N'ayant reçu la promesse de Tinfaillibilité que pour conserver le dépôt de la vérité révélée, l'Eglise n'est infaillible qu'en matière de foi, c'està-dire dans l'enseignement de la vérité qu'il faut croire (1). Elle est par là même infaillible en matière de mœurs, la loi évangelique ou la vérité qu'il faut pratiquer faisant partie de la révélation, et ainsi de la vérité même qu'il faut croire.

Mais l'Eglise n'est-elle infaillible que dans l'enseignement des vérités explicitement et formellement révélées?

Elle est infaillible dans l'enseignement des vérités clairement et certainement contenues dans la révélation, ou qui appartiennent implicitement à la foi.

Elle est infaillible encore dans l'enseignement des vérités essentiellement et inséparablement liées à la révélation , ou qui ont avec elle une connexion nécessaire. Les théologiens expriment la même chose en d'autres termes, quand ils disent que l'Eglise est infaillible dans l'en-

{!) In materia fidei, nempe in Us omnibus rébus quœ rêvelalœ sunl , et a Christo suis fidelibus ut credantur relictœ. (Schouppe, S. J. De régula fîdei , c. III, a. S. pr. 1.)

seignement des choses qui se rapporlenl à la foi et aux mœurs , mais qui s'y rapportent par «Iles-mêmes et prochainement^ et non d'une manière accidentelle et éloignée : Per se et proxime, non autem per accidens et remote.

Si TEglise était infaillible dans renseignement des choses qui ont des relations quelconques , même lointaines , avec la vérité révélée , elle serait infaillible en toutes choses, car dans le vaste ensemble de Tordre naturel et surnaturel , toutes les vérités n'en font qu'une aux yeux de Dieu. Jamais TEglise ne s'est attribuée une semblable infaillibilité. Elle n'a jamais confondu la science sacrée avec les sciences profanes , la science des choses divines avec la science des choses humaines. Elle abandonne le monde et tout ce qui n'est pas renfermé dans le domaine de la foi, in re fidei, comme le dit Bellarmin, aux disputes des hommes, et elle n'intervient pour condamner l'erreur , que lorsque celle-ci s'attaque à la vérité révélée. Elle sert ainsi la science elle-même , la vérité ne pouvant contredire la vérité.

Mais quand est-ce qu'une vérité appartient implicitement à la foi ? Et quand est-ce qu'une vérité est essentiellement et inséparablement liée avec la révélation, /?er^ee^ proxime ?

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Quand V Eglise la juge telle ^ ce qu'elle ne manque jamais de faire voir clairement.

L'Eglise devant veiller à conserver dans loule sa pureté la vérité révélée , est infaillible aussi dans la condamnation des propositions qui blessent, de différentes manières , la foi et les mœurs, ou qui les mettent en péril (I).

Elle est par conséquent infaillible en matière de faits dogmatiques , nous disons de faits dogmatiques , car elle ne prétend nullement à rihfaillibilité en matière de faits pure^ ment personnels ou historiques, dont la connaissance dépend principalement du témoignage des hommes,ces faits n'ayant souvent aucune relation prochaine et essentfelle avec la foi. Mais il est des faits qu'on appelle dogmatiques, parce qu'ils sont essentiellement et inséparablement liés à la foi , le fait de l'existence de telle erreur dans tel livre , par exemple. Si l'Eglise n'était pas infaillible dans le jugement d'un tel fait, il ne lui servirait de rien de condamner l'erreur, ne pouvant indiquer avec certitude où elle se

(1) Quœ sunl contra pdem, vel bonam vitam,, Ecclesia non approbat , ncc tacei , nec faciL — (Sanctus Augustinus , Ad inquisitiones Januarii , lib II, n. SS, JQxta Editionem Benedictînam , Ëpîstola 55. — (Migne , Patrologla la tin a , tom. 3S. col. 221.) — Conferatur lib. I, juxta Ed. Ben. Ëpist. 54.

trouve. Les pasteurs divinement établis pour nourrir les âmes de la vraie doctrine, seraient en ce cas dans l'impuissance de remplir leur charge, et Jésus-Christ la leur aurait confiée en vain.

L'Eglise est infaillible encore en ce qui concerne le culte divin et la discipline générale , parce que le culte divin et la discipline générale ent toujours des rapports intimes avec la foi et les mœurs. Si TEglise pouvait prescrire ou approuver en ces matières des choses contraires à la foi et aux mœurs, ou qui ne leur furent pas conformes , elle jetterait inévitablement les âmes dans Terreur et les perdrait au lieu de les sauver. Or, cela ne peut-être , Jésus- Christ lui ayant promis d'être avec elle jusqu'à la fin des temps. L'Eglise est donc infaillible en matière de discipline générale en ce sens que ce qu'elle ordonne ou approuve généralement en cette matière, ne peut manquer d'être en harmonie avec la vérité et la morale re'vélées.

Nous ne pouvons passer à un autre sujet, sans avoir-» éclairé bien des esprits trompés sur la nature et la portée des définitions de foi. Ils s'imaginent, qu'en définissant un dogme » l'Eglise impose aux fidèles une croyance nouvelle. Rien n'est plus faux. Une définition de foi n'est

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qu'une déclaralion dogmatique dUine vérité contenue dans le dépôt de la révélation, et qui a toujours fait partie de la croyance de TEglise. L'Eglise n'invente jamais , elle discerne ; el quand on lui demande si telle croyance fait partie du dogme , elle répond. — Sa réponse^ si c'est l'hérésie qui nie , est un anathème ; et si c'est la bonne foi qui hésite , une consolation. C'est ainsi qu'à différentes époques, l'hérésie ou même la faiblesse de l'esprit humain (car il est faible aussi dans les grands hommes), a été l'occasion des déclarations dogmatiques de l'Eglise, et que le choc des erreurs ou des opinions a fait jaillir de la pierre sur laquelle elle est fondée, non des vérités nouvelles, mais de nouvelles clartés.

« Il ne faut pas confondre deux choses au<si différentes que celles de croire et de soutenir un dogme, » dit le Comte de Maistre.

« L'Eglise Catholique n'est point argumentatrice de sa nature : elles croit sans disputer, car la foi est une croyance par amour ^ et l'amour n'argumente point.

« Le catholique sait qu'il ne peut se Iromper;^ il sait de plus que s'il pouvait se tromper, il n'y aurait plus de vérité révélée, ni d'assurance pour l'homme sur la terre , puisque toute so-

cîété - divinement instituée suppose Finfaillibi^ lité y comme Ta dit excellemment l'illustre Malebranche.

» La foi catholique n'a donc pas besoin , et c'est ici son caractère principal qui n'est pas assez remarqué ; elle n'a pas besoin , dis-je , de se replier sur elle-même , de s'interroger sur sa croyance et de se demander pourquoi elle croit ; elle n'a point cette inquiétude dissertatrice qui agite les sectes. C'est le doute qui enfante les livres : pourquoi écrirait-elle donc , elle qui ne doute jamais ?

» Mais si l'on vient à contester quelque dogme, elle sort de son état naturel ^ étranger à toute idée contentîeuse; elle cherche les fondements du dogme mis en problème; elle interroge l'antiquité ; elle crée des mots surtout , dont sa bonne foi n'avait nul besoin , mais qui sont devenus nécessaires pour caractériser le dogme , et mettre entre les novateurs et nous une barrière éternelle (1). »

C'est ainsi qu'ont été définies , et la consubstantialité du Verbe contre l'arianismè , et la transsubstantiation (2) contre les protestants, définitions qui résument d'un mot l'immuable

(1) De Maistre , du Pape , liv. I , ch. I.

(2^) Mot admiré et défendu par Leibnitz.

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croyance de l'Eglise sur la Divinité du Verbe et sur Tadorable Eucharistie.

Il ne faut donc pas oublier que la foi de TEglise précède les définitions dogmatiques , et que pour être yraiment fidèle , il ne suffit ni de croire seulement ce qui est défini contre l'hérésie, ni de croire seulement quand c'est défini contre Thérésie. Non , il faut cn>ire auparavant tout ce que l'autorité de l'Eglise nous propose à croire comme révélé de Dieu (1).

Du reste, Celui dont la sagesse sait faire servir le mal au progrès du bien , sait faire semr aussi Terreur au progrès de la vérité , nous voulons dire au progrès de la science du dogme^ de l'intelligence de la foi. Ce progrès existe, dit Pie IX, en rappelant les paroles célèbres de S. Vincent de Lérins : «Ce progrès existe et il est très-grand, mais c'est le vrai progrès de la foi , ce n'en est pas le changement II faut que l'intelligence , la science , et la sagesse de tous , comme de

(1 ) C'est ce que Pie IX rappelle dans le Bref du 21 décembre 1868 à TÂrchevêque de Munich , où il dit : Etiamsi agerelur de illa subjecHene qum fidei divinœ actu est prœsianda , Umiianda non esset ad ea , quœ expressis OEcumenicorum Conciliorum aut Romanorum Pontificum , hujusque Apostolicœ Sedis decreHs defirtita sunt , $ed ad £a quoqve extendenda quâs ordinario tolius Ecclesiœ per orbsm dispersas magisterio tamquam diuinilus revelata traduntur, ideoque unioersali et tonsttmii eonsensu a catholicis Theologts ad fidem pertinere retinentur.

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chacun en particulier , des âges et des siècles de toute TEglise comme des individus , croissent et fassent de grands, de très-grands prog^rès y afin que Ton comprenne plus clairement t^e que l'antiquité vénérait sans Tentendre , afin que les pierres précieuses - du dogme divin soient travaillées , exactement adaptées . sage* ment ornées , et qu'elles s'enrichissent de grâce y de splendeur , de beauté ; mais toujours dans le même genre^ c'est-à-dire dans la même doctrine y dans le même sens , dans la même substance » de façon qu'en se servant de termes nouveaux , on ne dise cependant pas de choses nouvelles (1)« »

La foi de l'Eglise est donc un arbre vivant. Cet arbre tire toute-sa sève de la vérité révélée, mais de cette sève divine sortent des fruits sans nombre qui , pour être toujours de même nature et toujours semblables à eux*mêmes, n'en sont pas moins d'une beauté et d'une saveur toujours nouvelles,

(I) Bref du 17 Mars 18S6.

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