DU SUJET OU DE L^ORGANE DE L^NFAILUBILITE, ETC
Dans la cité de Dieu , comine dans les cités de ce monde, les causes majeures, celles qui intéressent la société tout entière , sont réservées aux aulorités supérieures. L^auieur de la grâce e»t le même que Tauteur de la nature , et il ne faut donc pas s'étonner que les premiers pasteurs seuls , c'est-à-dire les Evêques , aient été constitués les maîtres et les juges de la foi dans 5on Eglise , les causes de la foi se trouvant être les causes suprêmes.
Telle est la croyance de tous les temps. Dans les premiers siècles comme dans les suivants , rhistoire nous montre les Evêques de chaque Eglise à la tête des prêtres , des diacres et des simples fidèles , veillant à la conservation de la foi , et condamnant toutes les erreurs , sans recourir au suffrage de ceux qui ne sont revêtus que du caractère sacerdotal. Jamais les docteurs de TEglise n'ont opposé à Fhérésie d'autre tribunal que celui de l'Episcopat uni à son chef , et c'est un dogme catholique que non-seulement le Pape et les Evêques sont juges infaillibles des controverses, en matière de religion, mais qu'ils Sont seuls )uges de la foi (1).
L'Eglise a défini cette vérité dès qu'elle l'a
(t) Voyez le Gard. Gousset Do TEgUse, p. II. ch. % a.l .
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vue contestée, et elle Ta définie, comme nous le disions tout à Theure, en la montrant écrite dans le nouveau Testament , et attestée par tous les monuments de la tradition.
C'est à ses Apôtres réunis^ c'est au Collège apostolique , c'est aux premiers pasteurs de son Eglise naissante que le Christ a dit : « Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre , allez donc et instruisez tous les peuples , les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit , et leur apprenant à observer toutes les choses que je vous ai prescriles : et voilà que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles ( I ). » 11 y a dans ces paroles la communication d'une triple puissance : de la puissance doctrinale : Docete ; de la puissance sacramen telle : Baptizantes ; et de la puissance du commandement : Docentes servare omnia quœcumque mandavi vobis\ Et cette puissance du commandement, Jésus-Christ la montre tout entière ailleurs , en l'appelant puissance de lier et de délier. Tout le pouvoir spirituel est donc là : Magisterium^ ministerium^ imperium y toute la puissance sacrée , mais surtout la puissance doctrinale ou enseignante, qui affirme et soutient les deux autres.
(1) S. Matth. XXVIII. 18.20.
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Et quelle puissance enseignante ?
, La puissance enseignante universelle en ma-< lière de foi : Enseignez tous les peuples, La puissance enseignante perpétuelle : JusqvLà la cou'^ sommation des siècles. La puissance enseignante infaillible , c'est-à-dire appuyée sur le secours infaillible de Dieu : Et voilà que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps.
L'infaillibilité est ainsi manifestement promise , non-seulement aux Apôtres , mais à leurs successeurs , non-seulement au collège apostolique , mais au corps épiscopal.
Et pourquoi les Evéques seuls sont-ils les premiers pasteurs et les successeurs des Apôtres ?
Parce qu'ils reçoivent seuls la plénitude du sacerdoce : Plenitudinem sacerdotii^ c'est-à-dire le sacerdoce avec la puissance qui le perpétue par l'ordination /la paternité spirituelle avec la fécondité divine.
La puissance d'ordre a donc des degrés , et elle n'est attachée tout entière par Jésus-Christ qu'au caractère épiscopal. Les actes et les épîtres des Apôtres sont pleins de cette vérité que nous rencontrons toute vivante dans l'histoire de l'Eglise. .
Mais nous nous ferions une idée complètement fausse de l'Eglise enseignante , si nous perdions
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de vue que la puissance des Apôtres fut établie dans Tunité par la constitution divine du centra même de celte unité , ou de la pritnattté de Pierre ; et que la puissance des successeurs des Apôtres est maintenue à son tour dans Tunité par le maintien du centre de Tunité Catholique^ ou de la primauté du successeur de Pierre, H n'y a pas de collège apostolique sans Pierre , el il n'y a pas de corps épiscopal ou d Eglise enseignante sans Pape. La puissance d'ordre ou du sacré ministère : Sacri ministerii ^ fut la même ^ sans doute , dans les Apôtres el dans le Prince des Apôtres , comme elle reste la même dans les Evéques et dans TEvêque des Evêques , mais la primauté de Pierre et de ses successeurs est la suprême puissance de juridiction ou de gouvernement : Jurisdictionis sive regiminis.
Nous ne connaissons rien qui condamne plus hautement le schisme et l'hérésie, et en même temps rien de plus humiliant pour l'un et l'autre , en présence de la double clarté de F Ecriture et de Vhistoire, que la négation de l'unité de l'Apostolat et de TEpiscopat par la primauté de Pierre et des Pontifes romains ses successeurs. L'orient el l'occident n'ont qu'une voix pour acclamer cette primauté ; les Conciles de Nicée , d'Ephèse, de Chalcédoine, de Constanti-
nople, parlent du successeur de Pierre et de sa souveraine autorité sur toule TEglise, comme les Conciles de Lyon, de Latran , de Florence et de Trente. — S.Athanase, S. Basile, S. Grégoire de Nazianze, S. Jean-Chrysostome confessent Tauto* rite suprême du successeur de Pierre , comme la confessent S. Cyprien, S. Jérôme , S. Âmbroise, S. Augustin (1). — Un autre Evêque que le Pontife Romain se donna-t-îl jamais pour le Pasteur suprême de TOrient et de TOccident? Les Eglises orientales et occidentales reconnurent-elles jamais une autre puissance universelle que celle du successeur de S. Pierre ? Quand les Patriarches de Constantinople prirent le titre de Patriarches OEcuméniques , et ils le prirent bien tard, prétendirent-ils jamais étendre leur autorité sur Rome ? Non , quand la puissance devient schismatique, elle prend le caractère de la fausse
(1) Il faudrait des volumes pour recueillir les paroles des Conciles et des Pères sur ce grand sujet. Si nous écrivions poar des théologiens, nous les renverrions aux grandes œuvres canoniques et théologiques qui reproduisent ces paroles, mai!$ comme nous écrivons pour les gens du monde , nous nous bornons à leur indiquer deux ouvrages écrits en français sur cette matière : la théologie dogmatique du Cardinal Gousset, Archevêque de Reims , et Le Pape du Comte de Maîstre. Ces deux livres contiennent des citations suffisamment étendues des Conciles et des Pères sur la primauté de juridiction ou la souveraine puissance de Pierre et de ses successeurs.
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mère jugée parSalomoti : elle se contente d'une Eglise déchirée. On le voif de nos jours en Russie, en Angleterre et ailleurs, comme on Ta vu chez ceux des Grecs qui devinrent infidèles à Tunilé. L'histoire de TEglise proclame donc avec clarté où est Tunique Pasleur de Tunique bercail de Jésus-Christ. L'Eglise nous le montre avec la même clarté dans TEvangile.
Ouvrons donc le livre divin, et jouissons de sa lumière. Jésus-Christ parle à celui qu'il a choisi pour le Prince des Apôtres i Tu es Simon , fils de Jean y ton nom désormais sera Pierre, Plus tard il lui donna la raison de ce changement : ce fut le jour où Pierre, fidèle à la révélation divine , confessa le premier la divinité de Jésus-Christ : Tu es Pierre y lui dit alors le Sauveur, et sur cette pierrey je bâtirai mon Eglise , et les forces de t enfer ne prévaudront jamais contre elle (1).
L'Eglise , ce divin édifice que rien ne renversera , cette ferme colonne de la vérité (2), est donc appuyée sur Pierre comme sur sa base. Elle n'a cependant pas d'autre fondement divin que Jésus-Christ : Fundamentum enim aliud nemo potest ponere prœter idy quodpositum est y quod est Christus Jésus (3), mais c'est aussi Jésus-Christ
(1) Matth.XVI, 18. (2) I.Tim.III. 15, (8) I. Cor. 111,11.
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seul qui, de sa maiji divine, pose la pierre angulaire de Taposlolat perpétuel : Sur cette pierre je bâtirai.
Le^ paroles qur suivent immédiatement déclarent de nouveau Taulorité suprême de PieiTe par un symbole admirablement clair :
Cest à toi que je donnerai les clefs du Royaume des deux (1). A qui présente-t-on les clefs d'une cité , sinon au Souverain ? Eh bien ! dans celte Eglise qu'il appelle le royaume des Cieux , dans ce ro.yaume spirituel qu'il prédit impéris* aahle^ c'est à Pierre et à Pierre seul, Tibi , qu'il donne Ie$ clefs, c'est-à-dire la souveraine puissance.
Mais la puissance de Pierre n'est pas* d'une autre nature que celle de l'apostolat qui est une puissance spirituelle, et voilà pourquoi Jésus- Christ , en prédisant à tous ses A|>olres l'épreuve des persécutions , dit encore à Pierre : Simon , Simon, SMan a demandé à vous cribler comme on crible le froment, mais f ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille point SouvienS'^toi don c , lorsque tu seras relevé de ta chute , que ce sera à toi d'affermir la foi de tes frères (2). C'est dooc au chef de la puissance enseignante que
(1) Matth. XVI, 19.
^) Lue. XXII, âl.
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Jésus-Christ promet , d'une façon spéciale , Tinfaillible fidélité : Ego autem oravipro te, ut non deficiat fides tua; et c'est la fermeté de la pierre angulaire qui affermira tout Tédifice : Et tu aliquando conversus confirma J rat r es tuos.
Une ravissante parole du Christ après sa résurrection accomplit la promesse faite à Pierre , et lui confère la suprême puissance. Pierre et les autres disciples étaient assemblés. Jésus vint à eux , et dit à Simon Pierre : Simon^ fils de Jean, maimes^tu plus que ceux-ci ne m* aiment ? — Il lui répondit : Oui ^ Seigneur, vous savez que je vous aime. — Jésus lui dit : Puis mes agneaux.
11 lui demanda de nouveau : Simon , fils de Jean, mVimes-tu? — Pierre lui répondit : Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime. — Jésus lui dit : Pais mes agneaux,
il lui demanda pour la troisième fois : Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? — Pierre fut touché de ce -qu'il demandait pour la troisième fois : m'aimes-tu ? et il lui dit : Seigneur, vous connaissez toutes choses , vous savez que je vous aime. — Jésus lui dit : Puis mes brebis.
En vérité , en vérité , je te le dis , lorsque tu étais jeune , tu te ceignais toi'-même et tu allais où tu voulais ; mais lorsque ■ tu seras
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-vieux f tu étendras tes mains » et un autre te vmndra et te mènera ois tu ne voudras pas.
Or, il dit cela pour marquer par quelle mort il devait glorifier Dieu, et après avoir ainsi parlé , // lui dit : SuiS'^moi (1).
Jésus montre ainsi à Pierre où mène la charge suprême : à la Croix de son dirin maître ; mais cette charge suprême, il la lui impose manifes*^ iementen le constituant Pasteur, non-seulement des agneaux , mais de leurs mères ; non-seulement de ceux qui sont nourris, mais de ceux qui nourrissent; non-seulement des fidèles, mais des pasteurs eux-mêmes : Pasce agnos et oves.
Pierre est donc le Pasteur des Pasteurs , et TËglise est fondée sur Tunité de Tautorité par la hiérarchie des pouvoirs dont Pierre est divinement établi le fondement et le faite : Petrum itaque fundamentum Ecclesiœ Dominus nomi^ navit (2).
Dignus certè qui in œdificandis in Domo Dei populis lapis esset ad fundamentum, columna ad sustentacalum , clavis ad regnum (3).
Aussi Pierre nous apparaît-il dans TEcriture comme « le premier en toutes manières , dit
(1) Joaa. XXI, 15-19.
(2) S. Aug. 8. 190. E. B. app. (Migne, Patr. lat t. 89. col. !2100.)
(3) S. Aug. s 20S, £. B app. (MIgne, ibiJ. col. ^n^)
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Bossuet : le premier à confesser la foi ; le premier clans Tobligation d'exercer. Tamour, le premier de tous les Apôtres qui vit Jésus-Christ ressuscité des morls , comme il en devait être le premier témoin devant tout le peuple; le premier quand il fallut remplir le nombre des Apôtres ; le premier qui confirma la foi par un miracle; le premier à convertir les Juifs.; le premier à recevoir les Gentils ; le premier partout.... La puissance donnée à plusieurs porte sa restriction dans son partage ; au lieu que la puissance donnée à un seul , et sur tous , et sans exception , emporte la plénitude (1). »
Mais Pierre ne sera-t-il le chef et le fondement de TEglise que pendant sa vie ?
Sur cette Pierre je bâtirai mon Eglise, dit Jésus-Christ , et les forces ennemies ne prévaudront pas contre elle.
Comment l'Eglise serait-elle à jamais immuable , si son fondement ne Tétait pas?
De même donc que Jésus-Christ a manifestement fondé la perpétuité de TApostolat en disant : Je suis avec vous tous les jours jusqu^à la fin des temps ; ainsi a-t-il manifestement établi cet apostolat perpétuel deTEglise enseignante sur rinébranlable fondement de Fautorité de
(l) Sermon sur l'Unité, part. U*
Pierre, qui ne meurt pas plus que Tau tori té apostolique : Super hanc petram œdificabo Eccle-^ siam meafriy et portœ inferi non prœvalebunt ad^ "versus eani. L'autorité de Pierre est donc toujours vivante dans ses successeurs, et le Siège de Pierre est à jamais le centre de Tunité et de Tautorité de TEglise. Mais comment douter du sens des textes ? Ne sont-ils pas , encore une fois, divinement interprétés par leur accomplissement? L^éclat des faits dans TEglise ne répond-il pas à réclat des paroles de TEvangile , et n^est-il pas deux fois évident que TEglise, comme renseigne le catéchisme, est rassemblée des fidèles quiprofessent la doctrine de Jésus-Christ, sous V obéis-" sance des pasteurs légitimes^ et prikcipâlement de i^oTRE Saiat-Pèrele Pape, chei-^ visible de l'Eglise universelle ?
L'Eglise enseignante à laquelle l'infaillibilité fut promise, c'est donc le collège apostolique ou les Apôtres unis à Pierre; c'est l'apostolat universel et perpétuel des successeurs des Apôtres unis aux successeurs de Pierre ; Oui , « Le corps de l'Episccpat uni à son Chef, c'est où il faut trouver le dépôt de la doctrine ecclésiastique , dit Bossuet (1). » -^ « Tous reçoivent la même puissance , dit-il encore , mais non pas tous en
(1) Sermon sur TUnité, part. 2°**
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même degré /ni avec la même étendue.... Jésus- Chriat commence par le premier, et dans ce premier il forme le tout , afin que nous apprenions que Tautorité ecclésiastique , premièrement établie en la personne d'un seul , ne s^esl répandue t}u'à condition d'être toujours ramenée au principe de son unité , et que tous ceux qui auront à Texercer , se doivent tenir inséparable^ xnent unis à ta même chaire (1). »
Séparés de Pierre, les Evéques n^e sont plus dans TËglise, mais dans le schisme; ce sont des membres séparés du corps de TEglise enseignante. En se retranchant du corps de TEglise, ils ne loi enlèvent cependant ni r»nité,ni la vie : Tune et Tautre restent à jamais aux membres unis à leor Chef , au corps uni à la tête.
L'Eglise enseignante à laquelle rinfaillibilité fut divinement promise , c'est donc l'épiscopat catholique , ou dispersé, ou rassemblé dans un <x>ncilc général , et toujours uni à son Chef.
Mais si l'Eglise enseignante n'est infaillible que par son union avec Pierre ; si les Evêques séparés du successeur de Pierre n'ont aucune promesse d'infaillibilité, ni dispersés, ni réunis en Concile; si l'Eglise ne peut être ébranlée dans la foi, parce que la pierre sur laquelle elle est fon*
(1) Sermon sur TUnîté, part, l'*
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dée est inébranlable ; on demande si Pierre n'a pas reçu pour lui et pour ses successeurs des promesses spéciales d'infaillibilité. C'est ce qui nous reste à établir. Mais nous voulons auparavant appeler l'attention de l'incrédulité sur un fait du premier ordre y et constater ensuite l'ignorance des publicistes incrédules sur la nature et l'objet de l'infaillibilité pontificale.