CHAPITRE XIII
ST DBS ËRRBUCIS DE f^OTRE TBMPS.
Si nous n'avons Iraité clans cet opuscule que la question de rinfaillibililé , c^est que le loisir nous manque absolument pour aborder aujourd'hui les autres questions de notre temps. Indiquons au moins quelques-unes de celles qui se dressent devant le concile.
Le concile de Trente se trouvait en présence du protestantisme. Le concile du Vatican va se trouver en présence d\me erreurplus radicale, de celle qui s'est donné les beaux noms de rationalisme, de libre pensée, de libéralisme, et d'autres noms encore qui ne sont que des masques. Le concile arrachera ces masques à Terreur , pour découvrir au monde le vrai visage qu'elle lui cache. Pie IX l'a déjà fait, et à plusieurs reprises, dans l'encyclique Quanta cura et dans d'autres en-
LE COffCIKE GENERAL, ETC. t59
seîgnenients adressés à TEglise universelle; irais le concile va le faire à son tour, et c'est pour le lui voir faire avec la puissante efficacité qu'ont toujours eue les conciles généraux, que Pie IX a convoqué celui-ci. Pierre a dit à ses frères: Venez à la nouvelle Jérusalem, et joignez- vous à moi pour briser les- chaînes des âmes et les ckaines du raponde, pour délivrer, autant qu'il est en nous , les âmes et le monde de l'empire du mensonge et de l'empire du mal.
Le concile de Trente ne s'e:yt pas borné à con* d^Bminer les erreurs du protestantisme, mais afin dte les^ dévoiler pleinement , il a fait, de la foi véritable , un exposé lumineux et magnifique.
Le concile du Vatican ne condamnera pas^ seulement non plus les erreurs du prétendu rationalisme et du prétendu libéralisme, mais en présence de ces erreurs, il affirmera la vérité qui les dévoile , et fera briller à tous les yeux les splendides harmonies de la raison et de la foi. Il ne répondra pas avec moins de puissance afiix' erreurs du XIX* siècle , que ne l'a fait le concile de Trente aux cireurs du XVP. Il fera \K)ir que le rationalisme n'est pas la raison , que le libéralisme n'est pas la liberté , et que la libre pensée n'est qu'une esclave toujours inclinée sous le souffle de l'opinion qui passe. Il fera
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voir que sous ces noms modernes se cachent de vieilles erreurs, ou plutôt Terreur originelle qui cent fois vaincue revient toujours a la charge , et qui ne cessera de lutter contre la vérité, jusqu'à la fin de Tépreuve ou de la vie de l'humanité dans le temps.
Nous avons ailleurs constaté par Thistoire que toutes les erreurs de l'ancien monde, c'est à-dire du monde antérieur à l'avènement du Christ y et toutes les erreurs du monde nouveau, c'est-àdire du monde qui date de l'ère chrétienne , sont sorties d'une même source: de la division ou de la mutilation de la vérité (1). L'Fsprit de Uiensonge est le père de la fameuse maxime :
Divide et impera. L'apparition d'une nouvelle forme de l'erreur fut toujours le signal d'une nouvelle attaque contre l'unité de la vérité.
Le dernier combat livré à cette unité divine , n'a jamais entièrement cessé depuis trois siècles, lia commencé sous le drapeau du protestantisme, au moment même où l'unité chrétienne , après avoir conquis l'Europe, retournait en Asie à la suite de François Xavier par le chemin de Vasco deGama, et prenait en même temps possession du nouveau monde par la foi de Christophe Colomb
(l) Le Christ et les Antechrists, part. II. Jésus Christ dans l'histoire, ch. 2 § 8, etch. 8, §8.
ET LES ERUEUIIS DE IfOTirB TEMPS . 1 6t
et d'une légion d'apôlreset de martyi's {!); Les» porte-Ttrix de la nouvelle erreur n'en aperçurent pa» eux-mêmes toute la portée, mais elle n'en contenait pas moins en germe là' guerre radicale aujourd'hui déclarée au christianisme.
Nous voulons^ disaient-ils , ramener le christianisme à sa pureté primitive , en le réduisant à la fiible seule, car TEglise universelle a défailli !
Ils séparaient ainsi- ce que le Christ a uni : la parole écrite de la parole vivante, l'Ecriture de l'Eglise, la loi de l'autorité; mais en- les séparants, ilà les reniaient toutes les deux , et le voulant ou ne le voulant pas, reniaient Jesus^Christ lui-même.
Ouvrez l'Evangile : qu'y lisez vous»?
Que Jésus<-Christ a institué un apostolat universel et perpétuel, une véritable autorité enseignante , avec promesse d'assistance divine, sans interruption jusqu'à la fin des temps : Allez et enseignez ; allez et enseignez tous les peuples ; allez- et enseignez tous les siècles ; je suis avec v^us jusqu'à leur consommation.
Muntrez^moi donc celte- autorité apostolique, iBontrez-la moi enseignant partout et toujours
(1) Ce n'est pas la prétendue réforme qui a trouvé la boussole , qui a inventé' rimprimerie, qui a découvert le nouveau monde: cessent le< enfants dè*rBgiise.
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depuis Jésus-Christ j monlrez-la moi calholique, perpétuelle , infaillible , ou ne me parlez plus de la Bible , car la Bible sans TEglise ne serait qu'un livre de fausses promesses. Montrez-moi la grande autorité si clairement fondée par Jésus-Christ, ou ne me parlez plus de la divinité du Christ , car le Christ sans TEglise en«seignante ^ catholique , perpétuelle, infaillible, ne serait plus qu'un fondateur infidèle ! /
Voilà ce que dit la raison
Aussi , le rationalisme , en niant la révélation écrite et la divinité de Jésus-Christ (Qui est, par dessus tout y le Dieu béni dans tous les siècles l), le rationalisme n'est que le protestantisme tristement logique.
Ce n'est pas tout. Après avoir renie' la révélation de Dieu à l'homme, le rationalisme usé dans sa première forme par un siècle de doutes^de sarcasmes et de mépris , ne tenait plus devant le besoin de foi qu'éprouvera toujours l'humanité.
Mais comme il ne voulait pas remonter la pente de l'erreur, que fit-il? 11 appela du nom de foi l'attachement de l'homme à sa propre pensée , et cette pensée ^ il la nomma révélation !
Le XVIIl* siècle avait dit : Il n'y a pas de révélation. Le XIX® assure qu'il n'y a rien d'autre , et que toute pensée humaine est divine !
L^athéisme avait rejeté le dieu muet du déisme, en s'écrient : Dieu n'est rien. Le panthéisme lui répond que Dieu est tout,et que toutest Dieu, mais que rbomme est la plus haute mani- I festation de la Divinité, et que c'est uniquement
dans rhomme que Dieu arrive à la conscience et à la science toujours progressive de luimême !
Vous l'entendez : c'est la proclamation du droit divin de l'homme, c'est la ihéocralîe nouvelle , la théocratie sans Dieu , Tidolâtrie moderne où l'esprit humain est lui même à luimême son idole. — Cette doctrine n'est-elle pas écrite presqu'à toutes les pages des livres , des brochures , des revues, des journaux qui inondent aujourd'hui la terre ? N'est-elle pas le pain quotidien de notre temps? Ses apôtres et ses ducteurs se gênent-ils pour nous dire : Nos pensées sont changeantes , nos doctnnes passent et ne tiennent pas ^ nos mœurs et nos lois ne sont pas plus fermes que nos doctrines, mais c'est îustement là ce a quoi nous prétendons , car nous sommes des révélateurs qu'aucune vérité n'oblige, puisque la vérité c'est nous !
N'est-ce pas là l'imitation sacrilège , la profanation de \^Ego sum veritas ?
N'est-ce pas là l'absurde théorie d'une vérité
t6^ LE CONCILE GÉNÉRAL
lx)ujours à faire et qui ne sera jamais^ puiscju'^elle nest pas ?
N'est-ce pas Taffirmation de la n^ation , le* symbole même du néant ?
Mais Dieu a toujours- manifeste sa puissance en faisant servir le mal lui-même au triomphe du bien , Terreur au triomphe de la vérité , el il fera voir encore, par la grande lutte du rationalisme , que la vraie foi seule est invincible. Là est la mission- de Terreur dans sa forme radicale. Les cultes non chrétiens ne rc^ sisteront pas à cette épreuve. Le paganisme et Tislamisme ne vivent qu'à Tabri des remparts élevés par la force autour de leur faiblesse, pour les proléger contre la lumière. Pas plus qu'eux le schisme et l'hérésie ne supporteront le choc de l'esprit humain. L'expérience Ta prouvé partout où elle a pu être faite : dès> que la logique touche le schisme , elle le pousse dans l'hérésie ; et dès qu'elle touche l'hérésie , elle la pousse dans Tincrédulilé. C'est ainsi que le rationalisme arrachera tout ce que la main de l'homme a planté : Omnis plant atio quain non plantavit Pater,...eradicabitur (1). — Son propre mouvement qu'il appelle progrès, ne sera qu'un mouvement de dissolution , et son actii^té dév^rantet que
(l) Matth. XV, 1^.
l'aclivîlé de la mort. H demeurera seul avec la foi catholique seule, et tous les deux combattront d'un bout du monde à Tautre : lafoi^pourle Dieu fait homme par amour , le rationalisme , pour l'homme qui se fait dieu par orgueil; lafoi^pour la révélation de Dieu à Thonnue, le rationalisme, pour la révélation de Thomme à Dieu, oui, de rhomme à Dieu, car il ne faut pas oublier que le faux-dieu du rationalisme radical ou du panthéisme ne se révèle à lui-même queparThumanité I
La voilà donc telle qu'elle est , dans sa honteuse nudité , Terreur colossale qui retentit de toutes parts et par toutes sortes de voix, sans excepter celles des poètes et des romanciers (1).
(1) Voici ce que vient de répondre un grand poète déchu, Victor H"go, à l'invitation de se rendre au concile œcuménique des libres penseurs à Naple;^ :
HautevUle-rlouse 20 Avril 1869.
te A rencontre du concile des dogmes , réunir le concile des idées, c'est là, Monsieur, une pensée pratique et élevée, **^ j'y souscris. D'un côté , l'opiniâtreté théocratique , de l'autre, l'esprit humain. Veaprit humain est Cesprit rf/v/w ; le rayon est sur la terre, l'astre est plus haut, j»
Mais si haut que soit l'astre, l'esprit humain n en est pas moins le rayon, et Cespht humain psI Ccspril divin, ou Dieu lui-même. La harpe éolienne de Victor Hugo résonne donc au souffle panthéiste qui passe, en attentant qu'il en passe un autre.
f66' LK COWCILK GÉNÉRAL
Le leii)p3 des sectes , des erreurs partielles , des cultes de races s'en va ; les préjugés locaux et nationaux sont partout battus en brèche , et par cette brèche large comme le monde , passeront la vérité et Terreur tout entières , la vérité totale ou catholique, et Terreur ou la négation totale ou catholique.
Pendant que le monde spirituel marclie à ces deux unités de la foi et de la négation, le montle matériel , ce laboratoire du génie de Thomme sous Tœil et la main de la Providence , se prépare lui-même pour cette division du monde en d*eux camps : les peuples se mêlent, l'a vérité et le mensonge vont d'une exlrémité de la terre à 1 autre avec la rapidité de Téclair, à la lettre et sans métaphore j et tout nous dit que nous apprachons d'une lutte suprême. Il est temps que chacun prenne sa place , choisisse son armée et son drapeau.
C'est aussi ce qui commence à se (aire , car notre siècle s'est annoncé déjà comme le siècle des grandes défections et des grands retours, le siècle des apostasies et des conversions de premier ordre.
La nation qui a fourni au monde les premiers apôtres de l'hérésie, fut aussi la première à consoler l'Église par les illustres enfants qu'elle lui
a rendus. Stolberg, Schlegel, Werner, Goérres, Moéhier , de llaller , pour ne parler que des maîtres de la philosophie , de Thisloire , de la science et de la littérature , ont redit à TAUemagne savante la parole de la foi avec tous Icf^ accents du génie.
L'Angleterre s'est ébranlée ensuite, et Tanglicanisme a vu les hommes dont il était le plus fier , rentrer dans le sein de TEglise par la porte triomphale du sacrifice. C'est parce qu'ils vivent que nous ne les nommons pas.
La France dont la langue universelle donne le ton à toutes les erreurs et à toutes les vérités , la Frauce qui , au XVIII* siècle, avait cru tout renverser en riant, ne s'est-alle pas assise sur les -mîmes squ^elle a faites, offrant à Dieu avec Texpiation de ses larmes et de son sang, tous les dons qu'elle a reçus de lui : l'intelhgence., réloquence , lafoTce , qu'ette avait trop profanées !
jVe «pouvaTit parler des vivants , sdirvemwisnous du moins des morts. Le premier des pen- -seurt^ modernes au jugement de ses paii^, celui que le chef de l'école éclectique nomme le plus profond métaphysicien que la France ait connu depuis Mallebranche , celui qui Royer-Collard appelait : Notre maître à tous , Maine de Riran
168 LK CONULK GENERAL
est mort dans la foi. — Rover-Collard luî-méine est mort dans la foi.
Le plus grand poète du siècle , celui qui a donné le branle à Técole littéraire moderne , Chateaubriand est mort , non-seulement dans la foi , mais dans la piété. Nous le savons du témoin de sa vieillesse , d'un autre vieillard qui fut son ami , du digue Supérieur des Missions étrangères qui nous disait, en nous montrant la Table sainte de son église : « C'est là que je Tai vu souvent agenouillé. »
Le plus écouté des historiens . celui qui a fourni dans les luttes contre TEglise tant d'armes qu'il a fini par trouver lui-même sans tranchant, Augustin Thierry est mort dans la foi*
Le doute sur cette mort ne s'est-il pas évanoui en présence du témoignage publiquement rendu aux dernières années de l'illustre écrivain par d'autres voix illustres et vénérées (1) ?
Les maîtres des grandes écoles philosophiques, historiques , littéraires , sont donc morts dans la for.
Mais un autre maître encore, le génie politique et militaire qui a laissé la plus profonde trace dans l'histoire moderne, le César des der-
(I) M. Hamon, curé de Saint Sulpîce et le père Gra^ry de rOratoîre.
niers temps, après plus d'un oubli de Dieu et de sa justice, n'est-il pas mort dans la foi? Conduit par cette divine justice dans le désert des grandes eaux , n'appela-t-il pas le Dieu de son enfance sur son rocher solilaire ? N'y confessa-t-il pas la divinité de Jésus-Christ , et ne donna-t-il pas la raison de sa foi avec cette clarté pénétrante qui fut le caractère propre de son génie ? jN'expira-t-il pas, l'Eucharistie dans le cœur , la prière sur les lèvres , le crucifix sur la poitrine ? Ces grands noms ne sont qu'un signe du temps , le signe du véritable mouvement de retour à l'unité qui remue l'Allemagne , l'Angleterre , la France et le monde. Mais, encore une fois , ce mouvement n'est pas le seul qui caractérise notre époque.. On le trouve partout mêlé au mouvement contraire ; de sorte que partout aussi les deux grandes unités se forment, l'unité de la foi et l'unité de la négation.
Celui qui a dit : Je suis la vérité (1), est le même qui a dit : Qui nest pas pour moi est contre moi (2). Chacun de nous sera donc inévitablement de la grande famille chrétienne ou de la grande famille antichrétienne, de la grande armée de la foi qui croit en Dieu , ou de la
(1) Joan. XIV, 6.
(% Matth. XII, 30.
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grande armée de la négation qui ne croit qu'en rhamme : Supra omne quod dicitur Deus {\) , c'est-à-dire qui ne croit en rien.
Le concile général va déployer aux yeux de tous les peuples le drapeau de Tunité catholique , et chez tous les peuples aussi, Von verra de plus en plus les âmes se ranger , ou sous le drapeau du Christ, oo sous le drapeau de T Antéchrist, car les antechrists sont nombreux : Antichristi multi yacf/ ^^/î/(2),ditrApôtre Evangélisteet Prophète, et tous vont au même but : à la négation de la glande œuvt*e du Dieu vivant , Tincarnation du Verbe et la rédemption du monde.
Je dis que Ton verra les âmes se ranger , et pourquoi nen dis-îe'pas autant des puissances ?
Parce qu'il n'est pas sûr que le double mouvement dont je parle doive se partager les puissances , comme il se partagera lésâmes. Le concile parleraaux puissances comme il parlera auxâmes, sans aucun doute, et après avoir dit aux âmes qtie la vérité seule les rendra libres : Veritas libérable vos (3), et que servir Dieu est Vumqtte nioyen de vaincre et de régner, de vamere Terreur , et de régner sur elle par la vérité ; de
(1) II. Thess. II, 4.
(2) I. Joan. II. 18.
(8) Joan. VIII, 32.
Taincre le péché , et de régner sur lui par la grâce ; de vaincre la mort, et de régner sur elle par la croix ; le concile dira de même aux nations que la vérité seule les rendra libres, et que pour elles aussi , servir Dieu c'est régner , car c'est Tunique moyen de ne pas être esclaves de rhomme , que celui-ci soit autocrate ou multitude, <!^u'i1 n'ait qu'une têle ou qu'il en ait mille. Lé concile redira donc à ceux qui l'oirblient , la vérité rappelée naguère par Pie IX sur l'harmonie des puissances. Il dira que l'ordre social , tel que Dieu l'a fait . comprend trois sociétés et non une seule ; que dans ces trois socié^ tés, les puissances sont distinctes comme ces sociétés elles-mêmes ; mais que thomme appar^ tenant à toutes les trois à la fois , à la société domestique ou du foyer, à la société civile ou de la pairie, à la société religieuse ou des nations , c'est-à-dire à la grande famille spirituelle des peuples , ces trois sociétés , avec les trois puissances qui sont à leur base , ne peuvent pas plus se diviser que l'homme ^ et qu'elles doivent vivre , sans se confondre , dans l'ordre voulu par la Providence et par la nature des choses. Oui , le concile dira au monde moderne que s'il persiste à méconnaître là distinction et l'union des socie'tés et des puissances, et à pour-
suivre son idéal , la toute-puissance de TEtat, il cesse par là même d'être le monde moderne et redevient le vieux monde païen^ le monde du césarisme ainsi défini par lui-même : Omnia miHi licent in omnes. Le concile dira que les différentes formes du césarisme n'en changent pas la nature , et que la théocratie moderne de F Etat garde cette nature tout entière, c'est-à-dire celle du plus pur despotisme, que TEtat s'appelle César ou Convention.
Il serait inutile de contester, au nom de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, la justesse de cette expression : théocratie moderne.
L'Etat moderne, en effet, tel que l'entend le prétendu libéralisme , ne se contente nullement d'être une puissance temporelle. 11 s'affirme incontes tablenjent comme puissance spirituelle , puisqu'il veut être , avant tout, le grand maître
de la doctrine dans l'enseignement à tous les degrés. 11 aime à proclamer la liberté des cultes, mais c'est à la condition de leur mesurer cette liberté selon ses caprices , comme le prouvent, à cette heure, presque tous les parlements de l'Europe ; c'est encore et surtout à la condition de rester seul juge de la doctrine d'Etat , de la religion ou de Y irréligion d'Etat, dduïs ses écoles, ses collèges et ses universités. Là où il tolère
renseignement libre , c'est en le combattant , à Faide des deniers publics , partout où il le rencontre , jusqu'à ce que les circonstances lui permettent de Tabolir , selon le programme des loges , ou de TEglise antichrétienne. S'il pro<* teste donc , au nom de la liberté de conscience, contre l'alliance on l'harmonie de l'Eglise et de r£tat , sa protestation n'est qu'un leuire , car il pratique manifestement plus que l'union des deux puissances, il en pratique la confusion, et ta pratique à son profit* C'est à la puissance armée qu'il attribue la puissance doctrinale , celle-^là même qui , dans l'ordre de la ProTidence , est une puissance désarmée. Il reconstitue donc Tempire païen , la théocratie sans Dieu , le plus complet des despotismes.
Quand donc comprendra-t-on, que si l'on ne montre pas une loi divine à laquelle nulle puissance humaine ne^peut toucher ^ pas même la puissance qui en est dépositaire y une loi qur irésiste aux caprices des rois ou des assemblées , on perd à jamais le droit de parler de liberté ?
Mais les puissances entendronl-elles la voix du concile ? Ou perse vèreront-elles dans leur théocratie sans Dieu j et consommeront-elles ainsi leur apostasie commencée ?
Dieu le sait , mais ce fiie nous sa'Vons y c'est
que cette pleine apostasie est annoncée par un livre dont les prophéties prodigieusement accomplies nous garantissent raccomplissemeni; de toutes les autres. Nous ignorons Theure où la justice divine abandonnera le monde à luimême , mais ce que nous savons , c'est que cette heure sonnera. Ce que nous savons , c'est que « faites d'hommes , les sociétés ne sont pas faites autrement que Thomme , » et qu'elles ne seront jamais capables de liberté qu'en proportion de leur soumission à la vérité. Ce que nous savons , c'est qu'avant la délivrance des peuples par le christianisme, aucune société païenne n'a pu vivre sans l'esclavage , aucune n'a soupçonné même la possibilité d'étendre la liberté civile à tous ses membres ; et que si les sociétés cessent d'être chrétiennes, elles ne conserveront la jouissance de la liberté civile à leurs citoyeiis , qu'à la condition de la faire garder , comme dans les sociétés antiques de ta Grèce et de Rome , par des multitudes de nouveaux esclaves , c'est-à-dire par les esclaves à terme des grandes armées permanentes. Celles-ci ne deviennent-elles pas deux fois nécessaires ? Ne le deviennent-elles pas à la politique extérieure, depuis que le droit public des nations chrétiennes a fait place au droit nouveau et humi-
liant du fait accompli ? Ne le deviennent-elles pas à la politique intérieure , depuis que les principes des apostats d'en haut sont devenus les principes des révoltés d'en bas ? Oui , l'indispensable organisation des grandes armées permanentes n'est que l'organisation d'une nouvelle sorte d'esclavage , et le châtiment mérité de l'orgueil de notre temps.
Mais quel que soit l'avenir du monde , je veux dire du monde temporel, une chose reste évidente , c'est que le monde spirituel va se divisant de plus en plus en deux parts , et que les deux grandes unités de la foi et de la néga-, lion se le jiartageront tout entier.
L'histoire n'a jamais offert de spectacle plus magnifique. C'est en le regardant en face , que grâce au successeur de Pierre , le concile général va faire retentir chez lous les pleuples le plus puissant appel qui ait été fait depuis des siècles à la raison et à la conscience humaines ^ au nom de la seule unité qui puisse les apaiser toutes les deux.
Le concile redira la parole du Christ à l'humanité : Il faut que les enfants de Dieu disper" ses reviennent à F unité (1). Ils sont tous l'œuvre d'une même main ; ils sont tous le prix d'un
(1) Joan. XI, ^t.
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mêine sang ; ils sont tous les héritiers d'une même gloire. Il faut qu'ils rentrent dans la seule famille qui porte sur la terre le nom de son Père , du Père de tous , et qui vérifie ce nom avec éclat. Le nom de catholique est trois fois divin , et TEglise qui porte ce nom, le vérifie seule manifestement dans le temps , dans Tespace et dans les choses. Elle seule est cathalique dans le lemps^ puisque quatre ou cinq faits plus clairs que la lumière du soleil font voir le christianisme aussi ancien que le monde. Elle seule est catholique dans l'espace , puisqu'elle proteste seule contre les religions nationales et les cultes de races , envoie seule ses apôtres et ses martyrs à toutes les nations , et fait seule confesser son symbole par toutes les langues. EHe seule est catholique dans les choses , puisquVHe tient seule la clef des harmonies de la raison et de la foi , de la nature et de la grâce , de la douleur et de l'espérance , de la vie et de la mort , éclairant seule l^s profondes contradictions de notre nature par la révélation de la déchéance et de la rédemption, expliquant seule l'origine de la lutte dont nous sommes nousmêmes à nous-mêmes le théâtre, et nous faisant seule trouver la victoire par l'amour^ TexpiatYon par la peine , la consommation de la- justice par
la mort; la voie, la vérité et la vie (1), par Funiqne Sauveur du monde , notre Seigneur Jésus-Christ.
Des quatre vents du ciel les âmes répondront à cette grande voix , et elles viendront en foule à la maison de Dieu : Fluent ad eam omnes gentes. Et les cieux et la terre diront: Ce sont des multitudes que nul ne peut compter; il y en a de tout peuple , de toute tribu , de toute langue (2) ; c'est la grande famille des enfants de Dieu, c'est Tunique bercail de Tunique pasteur : Unum ovile et unus pastor (3).
(1) Joan. XIV, 6.
(2) Apoc. VII, 9.
(â) Joan. X, 16
SUR DEUX DÉCRETS DES SESSIONS QUATRIEME KT CiftfQUiÈMK DV CONCILE DE CONSTANCE INVOQUCS DANS