‹ L'infaillibilité et le Concile généralChapitre 25 sur 36 · LA CROYANCE A L^INFAILLIBILITE, ETC. 1 1 T · texte numérisé non relu

LA CROYANCE A L^INFAILLIBILITE, ETC. 1 1 T

francals. Cette declaration n'a pas ete celle de Tepiscopat, mais des eveques choisis par la cour, et dont plusieurs eussent ete plus loin que les quatre articles, sans rintervenlion de Bossuet.

Ecoutons la vraie voix des eveques de France. Dans Tassemblee qu'ils tinrent aMelun,en 1579, ils proposent a tous les iideles pour regie de leur croyance , ce que croit et professe la sainte Eglise de Rome , qui est la Maitresse , la Colonne et TAppui de la verite ; parce que toute autre Eglise doit s'accorder avec celle-la , a cause de sa principaute (1)

On recommit dans cette voix le fidele echo de celle de S. Irenee de Lyon.

En 1625, les eveques, re'unis en assemblee generale, ecriventaux autres eveques du royaume:

Les eveques seront exhortes a Lonorer le Siege apostolique et TEgiise Romaine , fondee sur la promesse infaillible de Dieu, sur le sang des apotres et des martyrs , la Mere des Eglises, et laquelle , pour parler avec S. Athanase , est comme la Tete sacree par laquelle les autres Eglises, qui ne sont que ses membres , se relevent, se mainliennent et se conservent. Ils respecteront aussi notre Saint Pere le Pape, Chef

(1) Odespnn, Concilia novissima Gallije , Parisiis , 1646 , pag. 87.

1 i 8 LA CROYANCE A I/INFAILLIBILITE

visible de TEglise universelle, Vicaire de Dieu en terre , Eveque des eveques et patriarches, auquel Vapostolat et I' episcopal out eu commencemcnt , et sur lequel Jesus-Christ a foncle son Eglise, en lui baillant (dormant) les clefs du del avec I' infaillibilite de la foi, que Ton a vue mii'aculeusenient demeurer inrunuable en ses successeurs jusqu'aujourd'hui. Ce qu'ayant oblige les fideles orthodoxes a leur rendre toutes sortes d'obeissance , eta vivre en deference a leurs saints decrets et ordonnances, les eveques seront exhortes a faire la meme chose , et a reprimer, autant quil leur sera possible , les esprits libertins qui veulent revoquer en doute et mettre en compromis cette sainte et sacree aulorite^ confirmee par tant de lois divines et positives; et, pour montrer le chemin aux autres, ils y defereront les premiers (1).

L'Eglise de France confesse done avec toutes les Eglises de Tunivers, non-seulement la primaule , mais 1'injaillibilite de Pierre et de ses successeurs.

Elle la confesse de nouveau par les trenle et un eveques qui ecrivent au pape Innocent X, en

(1) Avis aux Archeveques et Eveques de France , art. 187. (Collect, des proces-verb. des assemblies generales du clerge de France, edit, de Paris. 1768, t. 2, Pieces justif. p. 95.)

1653, au sujet de la condamnalion des cinq propositions de Jansenius. Voici leurs paroles :

Des les premiers temps, FEglise catholique, appuyee sur la communion et Tautorite seule de Pierre, souscrivit sans hesitation et sans delai aucun, absque cunctatione, a la condam nation de Fheresie pelagienne, prononcee par Innocent dans son dec ret adresse aux eveques cTAfrique , et qui fut suivie d'une autre lettre du pape Zozime, adressee a tous les eveques de Tunivers. Elle savait, non-seulement par la promesse de notre Seigneur Jesus-Christ faite a Pierre, mais encore par les actes des anciens Pontifes, et par les anathemes dont le pape Damase avail frappe recemment Apollinaire et Macedonius, avant qu'aucun concile cecumenique les eut condamnes ; elle savait que les jugements portes par les Souverains Pontifes, en reponse aux consultations des eveques pour etablir une regie de /o^jouissentegalement (soil que leseveques aient cru devoir exprimer leur sentiment dans leur consultation, soil quails aient omis de le faire) d'une divine et souveraine autorite dans TEglise universelle; autorite a laquelle tous les chretiens sont obliges desoumettre leur esprit meme.Nous done aussi, penetres des memes sentiments et de la meme foi, nous aurons soin que la constitution

120 LA CROYANCE A L'fNFAILLIBILITE

donnee d'apres Tassistance du Saint-Esprit , par

Volre Saintete soil promulguee dans nos

Eglises et dioceses, et nous en presserons meme rexecution a regard du peuple fidele. Ceux qui auront la temerite de la violer, ne manqueront pas d'etre punis suivant les termes de la constitution meme et du bref que Votre Saintete nous a ecrit ; en sorte qu'ils subiront les peines portees contre les heretiques (1).

Quoi de plus clair? Les jugements, portes par les Souverains Pontifes, pour etablir une regie de foi , soit que les eveques expriment leur sentiment, soit quits omettent de lefaire , jouissent d'une divine et souveraine autorite dans YEglise universelle , autorite a laquelle tous les chreliens sont obliges de soumettre leur esprit meme.

G'est done aussi bien sur la tradition de TEglise de France que sur la tradition de toutes les autres Eglises que Muzzarelli appuie la these victorieuse que nous avons citee (1), et ce n'est pas TEglise de France , mais Fassemblee de 1682 qui se borne a dire que dans les questions de la foi, le Souverain Pontife a la principale part, et que ses decrets regardent toutes les Eglises et cha-

(1) Recueil des actes clu clerge de France.

(2) Chap. VIII.

cune en parliculier, mais que son jugement n'est pourlant pas irreformable, a moins que I'Eglise n'y ait donne son consentement (1).

(1) II est inutile de traiter ici , ex pro f es*o, de la declaration de 1682. Le Cardinal Litta , dans ses vingt-neuf letlres sur les quatre articles dils du clerge de France, n'a rien laisse a dire sur le fond meme de ces articles, et les Recherches historiques sur C assembled du clerge de France de 1682, que vient de publier un magistrat francais, M. Gerin , juge au tribunal de la Seine, ne laissent plus rien a dire non plus sur 1'Assemblee elle-meme.Voici le bref que S.S. Pie IX vient d'adresser a 1'auteur :

Cher fils, salut et benediction apostolique.

c Nous avons accueilli avecla plus grande faveur, cher fils, vos Recherches historiques sur la Declaration du clerge de France. Jamais, en effet, 1'opportunite d'un pareil ouvrage ne s'est fait sentir autant que dans les circonstances presentes ; et votre qualite de laique, votre titre de magistrat, en vous assurant un rang exceptionnel, donnent a votre travail la plus grande autorite dans une matiere qui est loin de plaire a tout le monde. Bien des ecrivains ont deja demontre avec assez de clarte et de solidite, que cette declaration du clerge de France, si opposee a Tautorite pontificale et au pouvoir ecclesiastique, rendue dans Tassemblee de 1682, n'etait conforrae ni au sentiment commun, ni a celui de la majorile ; qu'elle n'avait pas ete e'miseenlovte liberte et conscience, mais plutot sous Terapire de la crainte on en vue de la faveur royale ; qu'elle n'avait pas ete longtemps maintenue, mais qu'elle fut bientot retraclee par ceux-la meme qui avaient travaille soit a la faire admettre, soit a la publier ; qu'elle n'avait ete enfin pour I'Eglise gallicane la source d'aucune gloire, d'aucune liberte, mais plutot une tache et une vraie servitude. Ce que d'autres auteurs ont soutenu, appuyes qu'ils etaient sur 1'histoire de cette epoque et sur de solides arguments, Nous nous rejouissons de le voir connrme par les temoignages authentiques que vous ap-

1 22 LA CROYANCE A L^INFAILLIBILITE

LTEglise de France dit, au contraire , que dans les questions de la foi les jugements des Souverains Pontifes jouissent dune divine et souveraine autorite dans toute FEglise, et que to us doivent s'y sownettre d esprit et de coeur, soil que F Episcopal exprime son consentement, soit quil omette de le Jaire; et TEglise de France dlt pourquoi Tautorite de ces decrets est divine et souveraine, c'est-a-dire irreformable : c'est parce que Jesus-Christ a fonde son Eglise sur Pierre en lui donnant les clefs du ciel avec rinfailiibilite de la foi, que Ton a vue miraculeusernent demeurer immuable dans ses successeurs jusqu'aujourd'hui.

Voila bien la foi de TEglise de France^ comme de toutes les Eglises de la catholicite.

portez. Votre travail en effet, ne servira pas peu a dissiper des prejuges, a fermer Tentree aux sopliismes, a persuader, enfin, a tons que les Eglises particulieres sont d'autant plus fortes et d'autant plus glorieuses qu'elles sont unies par un lien plus etroit au Souverain Pontife, a qui Notre-Seigneur a con fere, dans la personne de Pierre , la primaute d'honneur, de juridiction, d'autorite efc de pouvoir sur Tuniversalite des fideles. Puisse cette lettre vous affermir et augmenter votre ardeur pour la defense de la verite ; et, en attendant, recevez comme gage de la grace celeste et comme assurance de notre paternelle tendresse , la benediction apostolique que Nous vous accordons avec grand amour.

Donne a Rome pres Saint-Pierre, le 17 fevrier 1869, la 23 e annee de notre pontificat.

Si nous voulons maintenant nous convaincre que le gallicanisme lui-meme a confesse cette foi lout en paraissant la contester, il nous sufFira d'entendre le plus autorise de ses theologiens, Tournely; le genie superieur qui lui sert trop souvent d'excuse, Bossuet; et de juger ensuite de la foi du gallrcanisme par ses ceuvres.

En presence de la nuee des temoins de tous les siecles invoques par Bellarmin ettant d'autres, dit Tournely, nous ne pouvons dissimuler qu'il est bien difficile de ne pas reconnaitre Finfaillible autorite du Saint-Siege ou de FEglise Romaine ; mais il est plus difficile encore de la concilier avec la Declaration du clerge gallican (de 1 682) de laquelle il ne nous est pas permis de nous e carter (1 ) .

On voit que le caractere n'est pas toujours a la hauteur de la science. Mais enfin, la science parle assez haut pour faire rougir le caractere. Oui, il est si difficile, en presence de toute la tradition, de ne pas reconnaitre I'infaillibilite du Saint-Siege, que Bossuet, a son tour, la recon-

(1) <t Kon dissimulandum, difficile esse in tanta testimoniorum mole, quse Bellarminus, Launoius et alii congerunt, non recognoscere Apostolicae Sedis. seu Romance Ecclesise certain et infallibilem auctoritatem; at longe difficilius est ea conciliare cum Declaratione cleri gallicani a qua recedere nobis -non permittitur. (Prielect. theol. De Eccles. q. 5. art. S. Edit. Par. 1727. t 2. p. 184.)

1 24 LA CROYAISCE A I/INFAILLIBILITE

nait et la confesse en paraissant la contester. II la confesse, car il affirme avec toute la calholicite que le Saint-Siege, en vertu des promesses de son divin Fondateur, ne peut jamais faillir (1).

Mais il parait la contester, en distinguant le Sie'ge ou la Chair e de Pierre, du Ponlife qui s'y trouve assis !

La foi de TEglise Romaine, selon le redacteur de la Declaration, est indefectible, quoique 1'enseignement du successeur de Pierre ne soil pas infaillible : le Souverain Pontife peut , meme lorsqu'il parle ex cathedra, enseigner jnomentanement Terreur, dans laquelle il ne perseverera pas, car les promesses de Jesus-Christ sont la. Mais ou ces promesses distinguent-elles entre le Siege apostolique et le Prince des Apotres ? Et comment ose-l-on invoquer ces promesses plutot pour empecher le Pape de perseverer dans Terreur que pour Fempecher d'y tomber, dit le cardinal Gousset? Ni les Peres, ni les Conciles, ni les Souverains Pontifes, n'ont jamais distingue entre la Chaire de Pierre et les Successeurs de Pierre. Cette distinction etait inconnue des anciens : Fantiquite ne nous en offre aucun vestige, et TEglise de France, avant et apres 1682, ne se separa pas de Tantiquite. Elle lui resta fidele a

(1) Gallia orthodoxa, lib. X. c. 7.

Tepoque meme de Tassemblee de 1682, car c'est alors que Fenelon, digne organe des Eveques de France que lacrainte de la cour ne put alteindre, parlait ainsi de Fopinion qui distingue entre la chaire de Pierre et les successeurs de Pierre : Cette opinion repugne evidemment aux paroles de la promesse faite par Jesus-Christ, et a toute la tradition. --On peut dire justement de cette chimere, de hoc commento, ce que S. Augustin disait aJulien : Ce que vous dites est etrange,ce > que vous diles est nouveau,ce que vous dites est faux.Cequ'ilyad'etrangejnous Tentendons avec surprise; ce qu'il y a de nouveau , nous le repoussons; ce qu'il y a de faux, nous lerefutons (1). Du reste, ce que le gallicanisme conteste en theorie, il le confesse en pratique, et c'est la surtout ce qui nous a fait dire de cetle ecole qu'elle parait contester Tinfaillibilite du Souverain Pontife. Soit inconsequence, soit instinct catholique (2) heureusement plus fort que les prejuges d'ecole, les eveques attaches au gallicanisme, Bossuet surtout avec toute Tardeur de sa grande ame, ont toujours recu comme les autres eveques, avec une pleine soumission d'esprit, les constitutions dogmatiques des Papes, condam-

(1) De Sum. Pontif. auctoritate, c. 8.

(2) Card. Gousset,Theol. dogm. De rEglise,part.III,ch. S.

1 26 LA CROYANCE A L^INFAILLIBILITE

nant sans hesitation et sans delai, absque curictatiojie , tout ce qui avail ete condamne solennellement par les Papes.

Nous ne voulons pas terminer ce Chapitre sans rappeler deux mots du comte de Maistre : le premier sur Bossuet , le second pour Bossuet. Voici le premier :

J'en demande bien pardon a Tombre illustre de Bossuet ; mais lorsqu'il nous dit que la doctrine de r infaillibilite a commence' au XIV e siecle , il semble se rapprocher de ces memes hommes qu'il a et tant et si bien combattus. Les protestants ne disaient-ils pas aussi que la doctrine de la trans substantiation n'etait pas plus ancienne que le nom ? Et les ariens n'argumentaient-ils pas de meme contre la consubstantialite ? Bossuet , qu'il me soil permis de le dire , sans manquer de respect a un aussi grand homme , s'est evidemment trompe sur ce point important. 11 faut bien se garder de prendre un mot pour une chose, et le commencement d'une erreur pour le commencement d'un dogme. La verite est precisement le contraire de ce qu'enseigne Fleury; car ce fut vers Tepoque qu'il assigne , que Ton commenca . non pas a croire, mais a disputer sur V infaillibilite. Les contestations elevees sur la suprematie du Pape , for-

DU CHEF DE l/EGLISE. 127

cerent cTexaminer la question de plus pres , et les defenseurs de la verite appelerent cette supremalie infaillibilite , pour la distinguer de toute autre souverainete ; mais il n'y a rien de nouveau dans TEglise , et jamais elle ne croira que ce qu'elle a toujours cru. Bossuet veut-il nous prouver la nouveaute de cette doctrine ? Qu'il nous assigne une epoque de TEglise , ou les de'cisions dogmatiques du Saint- Siege n'etaient pas des lois ; qu'il efface tous les ecrits oii il a prouve le contraire avec une logique accablante , une erudition immense , une eloquence sans egale ; qu'il nous indique surtout le tribunal qui examinait ces decisions et qui les reformait.

Au reste , s'il nous accorde , s'il nous prouve , s'il nous demontre que les decrets dogmatiques des Souverains Pontifes cut toujours Jait loi dans I'Eglise , laissons-le dire que la doctrine de V infaillibilite est nouvelle . qu'estce que cela fait ?

Voici Tautre mot de Joseph de Maistre :

Lorsque S. Cyprien dit , en parlant de certains brouillons de son temps : Us osent sadresser a la chair e de S. Pierre, a cette Eglise supreme oil la dignite sacerdotale a pris son origine ; Us ignorent que les Romains sont des

1 28 LA CROYANCE A I/INFAILLIBILITE

homines aupres de qui Ferreur na point d'acces , c'est veritablement S. Cyprien qu'on entend ; c'est un temoin irreprochable de la foi de son siecle.

Mais lorsque les adversaires de la monarchic pontificale nous citent , usque ad nauseam, les vivacites de ce meme S. Cyprien conlre le pape Etienne, ils nous peignent la pauvre humanite au lieu de nous peindre la sainte tradition. C'est precise'ment Thistoire de Bossuet. Qui jamais connut mieux que lui les droits de FEglise Romaine, et qui jamais en parla avec plus de verite et d'eloquence ? Et cependant ce meme Bossuet, emporte par une passion qu'il ne voyait pas au fond de son creur , ne tremblera pas d'ecrire au Pape avec la plume de Louis XIV, que si S. S. prolongeait cette affaire par des managements quou ne comprenait pas , le 7*oi saurait ce quil aurait a faire ; et quil esperait que le Pape ne voudrait pas le reduire a de si fdcheuses extremites.

S. Augustin, en convenant franchement des torts de S. Cyprien , espere que le martyre de ce saint personnage les a tous expies (1); esperons aussi qu'une longue vie , consacree tout entiere au service de la religion , et tant de nobles ou-

(1) De Bapt. contra Donat. 1. I.e. 18.

vrages qui ont illustre FEglise autant que la France , auront efface quelques fautes , ou , si Ton veut , quelques mouvemerils involontaires quos liumana parum cavit natura.

On voit que le comte de Maistre, le genie le plus digne d'apprecier Bossuet etdele combattre , voudrait n'avoir rieu trouve de reprehensible dans ce grand homme. La faute qui repandit lant d'amertume sur les dernieres annees de la vie de Bossuet, aurait-elle ele permise par la Providence pour le preserver des supremes dangers de la gloire : Ut ne quis glorietur ?

Esperons-le , comme de Maistre , avec une vive confiance, et jouissons avec lui de tant de nobles ouvrages qui ont autant illustre TEglise que la France. Bossuet depasse, de toute la tete, les plus grands hommes du XVIl e siecle, et s'il faut dire ici notre pensee tout entiere , il depasse, comme orateur et comme ecrivain, les Peres eux-memes dontil est le fidele disciple. Sa pensee est pleine de la leur, mais il la redit avec un accent plus sublime. Nullevoix de Tantiquite classique non plus,n'a connu cet accent deFAigle de Meaux, emporte sur les ailes de la foi a des hauteurs de pensee et d'expression que les orate urs et les ecrivains de la Grece et de Rome ii 'ont jamais soupconnees.

Page 1