‹ L'infaillibilité et le Concile généralChapitre 35 sur 36 · SOTE · texte numérisé non relu

SOTE

faut distinguer : cela est vrai dans un concile determine , surtout lorsqu'il s'agit d'extirper 1'heresie ; mais il n'en est pas cle meme, quand il s'agit d'enlever de 1'Eglise Romaine un scliisme qui s'est eleve parmi les cardinaux : Nola super verbum CAPUT : hoc concedatur, non la-men ad fovendurn schisma, aut deformitates. Item nota super verbum CONCILII, subdislinguendum : hoc etlverum in aliquo concilia t maxime cum agitur ad... hceresim extirpandam ; ubi autem agitur de schismate tollendo in Romano, Ecclesia, quod per cardinales or turn habuit. .. ibi nun habet locum (1).

Ceci n'est-il pas decisif ?

Ajoutons encore que* la proposition quarante- unieme de WiclefT ainsi con^ue : II n'est pas necessaire pour le salut , de croire que 1'Eglise Romaine tient le premier rang entre les Eglises : Nun est de necessitate salulis credere Romanam Ecclesiam esse supremam inter alias Ecclesias , fut 1'objet d'une censure par laquelle on declarait que si cette proposition s'entendait aussi des Eglises militantes , le sens en etait heretique ; et la censure en donna la raison suivante : 11 est necessaire qu'il y ait une Eglise qui tienne le premier rang dans la charge et 1'autorite d'enseigner et de commander ; or , telle est 1'Eglise Romaine , dans laquelle le Pape est chef: Quia neccsse est remanere hujusrnodi Ecclesiam supremam in officio et auctoritate docendi etprcecipiendi,... at talis esl Ecclesia Romana , ubi Papa caput est , etc. Cette censure fut approuvee dans la session huitieme.

De plus , on voit dans la Constitution de Martin V, approuvee par le concile meme dans sa derniere session , qu'une des interrogations qu'il fallait faire aux heretiques convertis , consistait a leur demander s'ils croyaient que le Pape canoniquement elu (c 1 est-a-dire celui qui regnait pour lors et qu'on designait par son nom propre) etait le successeur du Bienheureux Pierre , et etait investi de 1'autorite supreme dans 1'Eglise de Dieu : Utrum credat quod Papa canowce electus , qui pro tempore fuerit , ejus nomine proprio expresso, sit successor Bead Petri , habens supremam auctorita-

(lj Conclusiones Cardinal.

tern in Ecclesia Dei (1). Or, le Pape ne serait pas revetu de 1'autorite supreme , s'il etait soumis an concile.

De plus , Eugene IV, dans une Bulle approuvee par le concile de Florence en 1489, condamna la proposition des Peres du concile de Bale , par laquelle ils soutenaient que le concile de Constance avait decrete la superiorite du concile sur le Pape ; or, le Pape condamne cette proposition , si elle est entendue dans le rnauvais sens que lui attribuent les Peres de Bale et qui est ccntraire a la Sainte Eciiture, a I'opinion des Saints Peres , et au sentiment meme du concile de Constance : Juxta pravum ipsorum Basiliensium intellectual , quern facia demonstrant veluli sacrosanctce Scripturce, et sanctorum Patrum, et ipsius Conslantiensis concilii scnwi contrarium (1). Done, Eugene IV et le concile de Florence fenaient pour certain que le concile de Constance avait parle dun Pape douteux.

C'est pourtant en s'appuyant sur ces decrets de la quatrieme et de la cinquieme session de Constance , que la Declaration de 1682 s'exprime ainsi :

t La pleine puissance du Siege apostolique et des successeurs de S. Pierre est telle, que les decrets de la quatrieme et cinquieme session du concile de Constance, approuves par le Saint-Siege et confirmes par la pratique des Pontifes Romains et de toute 1'Eglise, conservent toute leur force ; et TEglise de France n'approuve pas ceux qui portent atteinte a ses decrets, en disant qu'ils sont d'une autorite douteuse, ou qu'ils ne regardent que le temps de schisme.

Nous avons deja vu que Tassemblee de 1682 ne doit pas etre confondue avec TEglise de France. D'apres cette assemblee , le concile general serait superieur au Pape , en

(1) Bulla Inter cunctas.

(2; Bnlla Moyaes,

dehors du temps cle schisme , et cela d'apres la doctrine et la pratique des Pontifes Remains et de toute 1'Eglise ! Et , d'apres la meme assemblee, le Saint-Siege , c'est-a dire Martin V, aurait approuve les decrets de la quatrieme et cinquieme session de Constance , tels que les suppose la Declaration , et il les aurait approuves dans le sens de la Declaration, c'est-a dire , de la superiorite du concile sur le Pape , en dehors du temps de schisme !

Or, tout cela est insoutenable :

1 II est faux que d'apres la doctrine et la pratique des Pontifes Romains et de toute 1'Eglise , les conciles soient superieurs aux Papes en dehors du temps de schisme , c'estu-dire des temps ou les Papes sont douteux.

Aux termes du deuxieme concile general de Lyon, le Pape a une primaule supreme el cntiere avec la touverainete, et la plenitude de puissance sur lout funivers. Toutes les Eglises lui soni soumises, et let e'ueques de loutes It's Eglises ltd doivent respect et obeissance. La prerogative de VEgl:?e Romaine nepeut etre viole'e ni dans les conciles ge'ne'raux, ni dans les attires conciles (1). Le concile de Florence n'est pas moins expres ; il a defini que le Pontife Romain a rec,u de Jesus- Christ, dans la personne de S. Pierre, une pleine puissance pour paltre, regir, et gouverner VEglise uniuerselle (2). De quel droit done Tassemblee du clerge de 1682, corivoquee et agissant par ordre de Louis XIV, vient-elle declarer que la puissance pleine, cntlere et souveraine du Pape est subordonnee a Tautorite du concile general, c'est-a-dire que cette puissance n'est point une puissance pleine, entiere et souveraine? Comment concilier le second article de la Declaration soit avec ce que dit le pape Gelase lorsqu'il ecrivait a Faustus, que les canons consacrent dans toute rEglise les appcls au Siege aposlolique en meme temps qu'ils de'feudent d'appeler de ce meme Siege; qu'etant lui-meme juge de toute 1'Eglise, il n'est soumis a aucun jugement, et que ses sentences ne peuvent etre refonue'es (B) ; soit avec la lettre de Nicolas I a 1'empereur Michel, dans laquelle il enseigne que

1} Labbeus, t. 11, p. I. col. 966.

(2) Sess. ultima, (Labbeus, t. 13, col. 1167.

(3) Labbeus, t. 4, col. 1169.

les jugemcnts du Saint-Siege sont irre'formables (I); soit avec celle de S. Avite, qui disait, au nom des eveques des Gaules, au sujet de la persecution suscitee au pape Symmaque, qu'ow ne con$oit pas facilement pour qnelle raison on en vertu de quelle loi un supe'rieur serait juge par un inferieur (2); soit avec 1'opinion et la conduite des eveques du concile de Rome, au nombre de soixante-seize, qui refuserent de juger Symmaque, ajoutant que 1'eveque de cette ville iVest point soumis au jugement des autres eveques qui sont ses subalternes (B)? Que repondront enfin les gallicans a ce que dit Leon X, conjointement avec le cinquieme concile general de Latran, sacro approbante concilia, savoir, que le Pontife Remain seul a autorite sur tous les conciles, auctoritatem super omnia concilia, ayant le pleiu droit et pouvoir de les convoquer, de les transferer et de les dissoudre : Conciliorum indicendorum, trantfcrcndorum, ac dis&olvendorum plenum jus et potestatem habere (-4) ?

2 II est beaucoup plus que douteux que les decrets de la quatrieme et cinquieme session (en les supposant authentiques, ce que nous sommes loin de faire) aient ete approuves par le Saint-Siege, ou par Martin V.

En effet, 1'acte public et solennel ou Martin V ratine et confirme certains actes du concile de Constance ne parle que de la condanmation des erreurs de WiclefF, de Jean Hus et de Jerome de Prague. II est vrai que ce Pape a declare verbalement qu'il approuvait et ratifiait tout ce qui s'etait fait a Constance conciliairement en matiere de foi : Se omnia ct singula determinata et concinsa decreta in materia fidei per prcesens sacrum generate concilium Constantiense conciliariter, tenere ac inviolabiliter observare, et numquam contravenire velle quoquomodo, ipsaque sic conciliariter facta approbare et ralificare, et non aliler nee alio modo.

Mais comment prouver, dit le cardinal Litta, que cette formule comprend les decrets don t nous parlons?... Le Pape

(1) Labbeus, t. 8, col. 319.

(2) Labbeus, t. 4, col. 1363.

(3) Ibid. col. 1323.

(4, Labbeus, t. 14, col. 309.

dit qu'il approuve ce qui a ete decrete in materia fidei ; or, on sait que les matieres de foi dans ce concile se rapportaient aux erieurs de Wicleff, de Hus et Jeiome de Prague. Toutes les autres matieres se rapportaient a 1'afFaire de Tunioii de TEglise, ou a celle de la reforme. Comment prouver que les decrets dont nous parlous se rapportaient aux matieres de foi? J'ai bien plus de droit de diie qu'ils appartieiinent a 1'objet de I'limon, ou si vous voulez, a celui de la reforme. Je peux meme prouver que ces decrets n'appartenaient pas du tout a la foi, car dans la meme session cinquieme, apies ces decrets, je lis qu'on passe a la matiere de la foi : Quibus pcractis, supradiclus li. P. D. elcclus Posnaniensis, in materia field ct super maleria Joannis IIus legcbat quadam avisamenta qme sequuntur ct sunl talia. Ce passage prouve que les decrets precedents n'appartenaient pas a la matiere de foi, et que cette matiere regardait les heretiques susmentionnes II est done du moins fort douteux que ces decrets aient ete confirmes par Martin V (1).

Le cardinal Litta ajoute : Pour finir ce qui a rapport a 1'autorite de ces decrets, je demanderai a ceux qui la soutiennent s'ils peuvent nier que depuis la celebration du concile de Constance jusqu'a nos jours, c'est-a-dire , depuis plus de quatre siecles, on ait sans cesse dispute et doute parmi les catholiques sur cette autorite? C'est un fait qu'ils ne pourront nier. Et comment done peut-on dire que cette autorite n'est pas douteuse? Une condition indispensable aux decrets des conciles oecumeniques, c'est que leur autorite ne soit pas longtemps revoquee en doute parmi les catholiques. II peut arriyer que les decrets et les definitions des conciles oecumeniques rencontrent des oppositions, meme de la part des catholiques. tant que les faits ne sont pas assez connus, comme cela est arrive par rapport au cinquieme et au septieme concile, et cela pent meme el re tolere pour quelque temps par une prudente et charitable condescendance ; mais, apies ce temps, ii est indispensable que tous les catholiques ^e hournettciit a leur autorite. PretenJre que ces decrets de Constance sont des de-

1 I. Hires sur les quatre Articles dits du clergu de K ranee, lelt. 13.

NOTE. r

crets (Vim concile cccumeniqu3, et avouer que depuis quatre siecles line grano'e quaii'dte de catholiques ont doute et doutent encore de leur autorite, ce sent deux choses qui se detruisent icciproquea.ent. II faut que la premiere soit fausse ou la seconde. Mais la seconde e^t un fait qu'on ne peut nier, done la premiere est fausse (1).

Mais supposons, dit le cardinal Gousset, que ces decrefs aient etc formellement approuyes par le Snint-Siege : il se presenle une aulre difficulte qui ne pouvait certainement etre resolue par une assemblee du clerge, iLeme par tout le clerge de France. II s'agit de savoir si les decrets de Constance sont pour tous les temps, on si 011 dcit les restreindre au temps de schisme, c'est-a-dire, au temps ou il y aurait, comme a 1'epoque du concile de Constance, plusieurs pretendants a la papaute, sans qu'on put facilement discerner le vrai Pape.

II est evident, par les fermes memes de ce decret, qu'on peut les entendre comme uniquement portes pour le temps du schisme. Or, si on le peut, on le doit, puisqu'on ne peut les entendre autrement sans se trouver en contradiction avec la doctrine des saints Peres, et les decrets les plus authentiques du Saint-Siege et des conciles, dont le texte n'cffre aucune ambiguite. C'est done a tort que VassemLlee de 1682 a cru devoir jeter une espece de blame sur ceux qui ne pensaient pas comme elle, en disant que VEglue galllcane n'opprouve point le sentiment de ceux qui rcslreignenl an schisme les decrets de la qnalrieme et cinquicme session 'u concile de Constance.

Mais ce n'est pas a tort que Von blame le sentiment de Vassemblee de 1682, an r.om du sentiment de toules les eglises de la catholicite (2).

1 Loco citato.

(2, Conf. Saint Alplionss de Li>juoi-i, Verile ile la foi, part, in, chap 9, g 2, n. 2. .OEuvres clogm. t. 2. Casterman, Paris-Tournai.) Card. Litta, Letlres sur les (jnatre Articles. Card Gousset. Theologie do{jmatique, De 1'Eglise, part. in. <-hap. 7, art. .~.

TABLE DBS MATURES.

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