‹ L'infanticideChapitre 44 sur 60 · Inculpation d’homicide par suffocation. Consultation · texte numérisé non relu

Inculpation d’homicide par suffocation. Consultation

Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Jules Jaudin, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 3 Juillet 1880, ainsi conçue ;

(( Vu la procédure commencée contre ; 1° G... (Paul-Octave), trente-un ans, libre, 2° femme G... (Émilie-Glara D. ..), détenue, inculpés d’infanticide.

(( Attendu que le 21 mai, l’enfant desdits susnommés, âgé de deux mois et prénommé Gustave a été trouvé sans vie.

(( Qu’il résulte du rappoi t que vous avez dressé le 23 dudit mois de mai, à la suite d’une ordonnance du 22 mai:

l°Que cet enfanta succombé h une congestion des poumons;

2° Que cette congestion peut survenir spontanément ;

3° Que le cadavre du jeune G... ne présente pas de trace de violences.

«Qu’il importe de savoir, dans le but d’arriver à la manifestation complète de la vérité, s’il est possible de déterminer volontairement l’asphyxie d’un enfant âgé de deux mois, en interrompant le jeu des organes de la respiration, pendant un temps plus ou moins

INFANTICIDES PAR SUFFOCATION

long, sans qu’il en reste après la mort aucune trace apparente.

(( Commettons M. le ü’’ Bi’ouardel à l’effet de formuler son opinion à cet égard. »

Serment préalablement prêté, ai répondu ainsi qu’il suit à la question qui m’était posée:

La congestion pulmonaire se produit spontanément chez les jeunes enfants dans des circonstcyices très variées : bronchite, dentition, accidents cérébraux, troubles digestifs. Elle revêt très facilement la forme de catarrhe suffocant et peut déterminer "la mort d’une façon imprévue et rapide.

La congestion pulmonaire, qui succède à des manœuvres criminelles ayant pour but de fermer les orifices des voies respiratoires, ne diffère pas essentiellement dans ses caractères anatomiques de la congestion spontanée.

L’occlusion des voies naturelles de la respiration peut se faire par l’application de la main sur la bouche et le nez, en ce cas il reste en général des indices révélateurs, dus aux érosions des ongles, ou par d’autres procédés qui ne peuvent passer inaperçus.

Mais cette occlusion peut résulter de l’application sur la face d’un coussin, d’un oreiller, d’un matelas, et dans ce cas aucune trace ne persiste après la mort, indiquant le mode employé pour déterminer l’asphyxie. Il en est de même quand au lieu d’un coussin, c'est le corps ou le bras de la mère ou de la nourrice qui par imprudence ou dans un but criminel, pèse sur les parois du thorax et amène la mort par asphyxie.

Conclusions. — L’asphyxie d’un enfant de deux mois peut être le résultat de l’application d’un corps tel qu’un oreiller fermant les orifices naturels de la respiration, ou l’application d’un corps pesant sur la poitrine de l’enfant, sans qu’il reste sur le cadavre aucune trace apparente des circonstances extérieures qui ont déterminé la mort.

32. Enfant trouvé dans une malle. La mort remonte à deux mois. Saponification du cadavre. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. de la Fuye, substitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 7 juillet 1879,

ainsi conçue :

« Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 7 juillet 1879 par M. le commissaire de police du quartier de la Roquette constatant la découverte d’un cadavre d’enfant nouveau-né, dans la malle de la fille F..., boulevard Voltaire, 117.

P. Bhoüardel. — L’Infanticide. Ib

« Commettons M. le D'’ Brouardel à l’etTet de procéder à Tautopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit. »

Serment préalablement prêté ai procédé, à cette autopsie, le 8 juillet 1879.

Le cadavre est celui d’un nouveau-né, pesant 1 990, me-

surant 50 centimètres de longueur.

Le cordon ombilical est encore adhérent, il mesure 6 centimètres.

Le corps de cet enfant est complètement enveloppé de linge; celui-ci est pourri et si adhérent à la peau qu’il est difficile d’en détacher les lambeaux sans entraîner les parties superficielles du derme.

Les orbites sont vides, les bras et les avant-bras sont repliés sur le tronc et intimement accolés, les membres inférieurs sont également repliés, la peau du périné est détruite, il est impossible de reconnaître à l’examen extérieur les caractères du sexe de cet enfant.

Sous les aisselles on trouve des productions végétales blanches, formées par des champignons.

La décomposition du cadavre est telle, qu’il serait impossible de découvrir des traces de violences qui n’auraient atteint que les parties molles.

Les os, notamment ceux du crâne, ne sont pas fracturés. Le cerveau ne présente plus qu’une bouillie informe.

Les poumons sont en putréfaction gazeuse. Ils ne sont pas marqués par de petites ecchymoses sous-pleurales. Plongés dans l’eau avec le cœur, ils surnagent largement; en pressant Ses fragments de poumons sous l’eau, on fait sortir d’abord de grosses bulles de gaz auxquelles succèdent de fines bulles qui forment de petites plaques de mousse à la surface du liquide.

Le gros intestin est rempli de méconium.

La dissection des organes internes de la génération fait découvrir la présence d’un utérus.

Les muscles ont subi la saponification dans leur plus grande étendue. Les cartilages sont ramollis et rougeâtres. Les points d’ossification des condyles des fémurs sont bien développés.

Conclusions. — 1° Le corps est celui d’un enfant nouveau-né du sexe féminin parvenu à la fin du neuvième mois de la vie intrautérine.

2° L’état de putréfaction des poumons ne permet pas d’affirmer que cet enfant a respiré.

3° La putréfaction des parties molles ne laisserait plus recon-

INFAMICIDES PAR STRANGULATION. 227

naître la présence de lésions qui n’auraient alleinl que les parties superficielles. Les os ne sont pas fracturés.

4° L’étal de décomposition, la transformation en gras de cadavre des muscles démontrent que la naissance de ce nouveau-né doit dater de deux mois au moins.

E. — lufauticides par straDg^ulatiou.

33. Asphyxie par strangulation à la main. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par ordonnance de M. Blanquart des Salines, juge d’instruction, serment préalablement prêté, ai procédé le 4 et le ^ mars 1879 :

1° A l’examen du corps de l’enfant de la veuve B..., à l’effet de dire si cet enfant est né à terme et viable, et de déterminer les causes de la mort;

2° A l’examen de la veuve B... inculpée d’infanticide.

I. Examen de l'enfant de la veuve B... — Le cadavre est celui d’un enfant nouveau-né du sexe féminin, bien constitué en apparence. Il mesure 51 centimètres, dont 27 de l’ombilic au sommet de la tête. Il pèse 3 kilogrammes.

Le cordon ombilical est adhérent à l’ombilic, il est frais, il mesure 7 cenlimèlres, il est noué près de son exlrémité libre avec un fil blanc assez fin, celte extrémité paraît avoir été divisée par section.

La putréfaction est à peine commencée. Le dos est tacheté par quelques lividités cadavériques. L’épiderme n’est pas macéré, il ne se détache pas du derme. Les yeux sont bleus. Leur consistance est presque normale. La conjonctive palpébrale inférieure droite est congestionnée, mais ni sur elle ni sur les autres on ne trouve d’ecchymose distincte.

La face, notamment autour des lèvres, le cuir chevelu, la peau derrière les oreilles, celle du tronc et des membres ne porte aucune érosion, écorchure ou plaie.

Le cou au contraire présenle des lésions multiples.

1° A la région antérieure du cou, à droite et à l centimètre de la ligne médiane, au tiers inférieur, par conséquent en un point qui correspond au bord droit de la trachée on voit une érosion verticale, haute de 1 centimètre et demi, large de 3 à 4 millimètres. Cette érosion, au niveau de laquelle l’épiderme est éraillé, excorié , n’intéresse que l’épiderme; le derme et le tissu cellulaire sousjacent ne contiennent ni ecchymose, ni suffusion sanguine.

A la même région, à 2 centimètres de la ligne médiane, au niveau du tiers moyen, on voit une érosion superficielle, horizontale, linéaire, rectiligne, longue de 7 à 8 millimètres, sans suffusion sanguine dans le derme ou le tissu cellulaire.

Dans le creux sus-claviculaire du même côté, à 1 centimètre et demi de l’érosion précédenle, on trouve une érosion analogue, linéaire, rectiligne, horizontale, mesurant 7 millimèires, sans suffusion sanguine dans le derme ou le tissu cellulaire;

2° A la région postérieure dti cou, on note deux petites érosions superficielles. L’une sur la ligne médiane, au niveau de la saillie de la septième vertèbre cervicale, est arrondie, un peu brunâtre, mesure G à 7 millimètres dans tous les sens, l’autre à 1 centimètre à gauche de la ligne médiane est linéaire, verticale, curviligne, sa concavité est dirigée en dehors et à gauche, elle mesure 7 à 8 millimètres. Sous aucune de ces érosions, on ne constate d’ecchymose ou de suffusion sanguine dans le derme ou le tissu cellulaire.

La peau de la face et du cou, découpée en fines lanières, ne permet de constater dans ses mailles, dans le tissu cellulaire ou dans les muscles, aucune suffusion sanguine.

Il n’y a pas d’ecchymose sous-épicrânienne ; au niveau de l’union de l’occipital avec les pariétaux, la bosse séro-sanguine de l’accouchement est très peu volumineuse, ce qui permet d’admettre que l’accouchement a dû se faire rapidement.

Les os du crâne ne sont pas fracturés. Les deux pariétaux présentent une petite lacune d’ossification, symétriquement placée à 1 centimètre de leur bord supérieur.

La pie-mère, qui recouvre les circonvolutions cérébrales, présente un réseau très finement injecté; au-dessus des circonvolutions pariétales, les mailles de la pie-mère sont infiltrées par une suffusion sanguine assez large. L’encéphale et le plexus choroïde sont très congestionnés. La section du bulbe a une couleur rouge plus prononcée qu’à l’ordinaire.

Le larynx, la trachée et les grosses bronches contiennent des mucosités spumeuses. Les poumons sont volumineux, très pâles, crépitants; plongés dans l’eau avec le cœur et le thymus, ils surnagent très largement. Il en est de même de leurs fragments. Ceux-ci pressés sous l’eau laissent dégager une grande quantité de fines bulles d’air qui forment de larges plaques de mousse à la surface du liquide.

Les plèvres présentent à leur surface quelques petites suffusions sanguines, mais pas d’ecchymoses sous-pleurales nettement circonscrites.

Le péricarde contient une assez grande quantité de sérosité rougeâtre.

Au niveau du point où le péricarde se réfléchit sur l’artère pulmonaire, on voit une petite ecchymose lenticulaire sous-péricardique.

INFANTICIDES PAR STRANGULATION

Le canal artériel est largement perméable, il a le volume de Taorle. La valvule mitrale présente un peu en arrière de son bord libre, à 1 millimètre environ, un petit bourrelet saillant. L'examen microscopique montre que cet épaississement est formé par un petit épanchement sanguin placé sous la couebe des fibres élastiques. Cette lésion est donc constituée par une petite hémorrhagif*, et a une valeur analogue à celle des suffusions sanguines souspleurales.

Le sillon qui sépare les deux ventricules du cœur est un peu plus accusé que dans l’état normal; à sa pointe la réunion des deux ventricules n’est pas complèle et celle-ci a une forme bifide.

Sur la partie latérale gauche du voile du palais, on voit une petite suffusion sanguine. L’estomac est rempli de mucosités non aérées, l’intestin grêle est vide, le gros intestin est rempli par le méconium.

Le foie, la rate, les reins sont dans leur état normal.

Les points d’ossification des condyles des fémurs sont bien développés.

Les deux branches du maxillaire inférieur présentent quaire alvéoles nettement cloisonnées.

Conchisions. — 1° Cet enfant nouveau-né était arrivé au terme de la vie intra-utérine.

2° Il a largement respiré.

3° Les traces de violence constatées autour du cou ont été faites avec les ongles.

4° La mort a été le résultat de la strangulation à la main.

5° La disposition des empreintes indique la position que la main occupait pour produire cette strangulation.

IL Examen de la veuve B... — Cette femme, âgée de vingt-huit ans, pai’aît d’une bonne santé, bien qu’elle soit assez maigre. Elle est accouchée, il y a huit ans, d’une petite fille qui est aujourd’hui bien portante et vigoureuse.

Cette femme déclare être accouchée le dimanche 2 mars dans la soirée; on trouve en effet les traces d’un accouchement récenl.Le ventre est souple, on sent au-dessus du pubis le globe utérin, qui dépasse de 7 à 8 centimètres la symphyse pubienne, les vergeturcs de la peau de l’abdomen sont rouges, il s’écoule par la vulve un liquide séro-sanguinolent ayant fodeur des lochies. Les seins sont peu développés.

La malade est sans fièvre, il n’y a pas d’inflammation locale ni d’accidents d’infection.

Conclusions. — Les conslalations médicales concordent avec la déclaration de la veuve B..., l’accouchement a dû avoir lieu qiia- 1 ante-huit heures avant ma visite (4 mars).

34. Asphyxie par strangulation à l’aide d’un lien et par suffocation. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Bresselle, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 9 Janvier 1880, ainsi conçue ;

(( Vu la procédure commencée contre Marie S..., domestique, inculpée d’avoir volontairement donné la mort à son enfant nouveau-né.

(( Attendu la nécessité de constater judiciairement l’état où se trouve en ce moment le corps dudit enfant et d’en faire l’autopsie.

« Ordonnons qu’il y sera procédé par M. le D*" Paul Brouardel.

Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le 10 janvier 1880.

Le corps de cet enfant nouveau-né du sexe féminin, mesure 43 centimètres de longueur et pèse 2‘‘‘'.480. Le cordon ombilical a une longueur totale de 60 centimètres, et le placenta pèse 493 grammes.

Il existe autour du cou un lien circulaire constitué par une bande de coton nouée par une simple rosette. Ce lien passe au-dessous du larynx ; il a déterminé sur la peau de la région un sillon parcheminé, profondément marqué, et qui, à sa partie antérieure, est entrecoupé par des plis verticaux dus à la laxité de la peau sur le tissu cellulaire sous-cutané et à l'intensité de la constriclion du lien.

Sur la joue droite, à 2 centimètres en dehors de la commissure labiale, on voit une empreinte parcheminée, mesurant en tous sens 2 centimètres de diamètre, sans caractère spécial.

Sur le côté gauche de la face, on remarque quatre empreintes onguéales très nettes, et une cinquième qui est un peu moins marquée. Elles sont situées sur une ligne courbe à concavité dirigée à droite et réparties ainsi : la première sur la paiipièi e inférieure, c’est celle qui est le moins bien dessinée; la seconde sur l’os malaire; la troisième sur la branche montante du maxillaire inférieur; les deux dernières dans la région sus-hyoïdienne; ces empreintes ont toutes la même longueur, environ 4 millimètres, et elles sont presque verticales, sauf l’avant-dernière qui est légèrement curviligne, à concavité tournée à droite. Ces diverses empreintes ne sont pas doublées dans le tissu cellulaire sous-cutané par des suffusions sanguines.

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En appliquant la main droite sur la face de l’enfanl, de façon que l’ongle du pouce couvre l’eccbymose de la paupière inférieure gauche, et que les ongles des quatre autres doigts correspondent aux autres empreintes, la paume de la main se trouve recouvrir le nez et la bouche de l’enfant.

Les conjonctives palpébrales sont intactes.

Ouverture du corps. — La peau du cou, le tissu cellulaire souscutané et intermusculaire, ne présentent pas d’ecchymoses au niveau du sillon déterminé par le lien.

Il y a de nombreuses ecchymoses sous-épicrâniennes; les os du crâne ne sont pas fracturés; l’encéphale est un peu congestionné, mais ne présente pas de lésion.

La muqueuse du larynx et celle de la trachée sont un peu rouges. Les bronches contiennent une écume finement spumeuse. Les poumons surnagent; des fragments de ces organes comprimés sous l’eau laissent échapper de l’air qui vient former des groupes de très petites bulles à la sui face du liquide. Les plèvres sont parsemées d’ecchymoses sous-pleurales très nombreuses et très nettes.

Le péricarde montre également quelques ecchymoses; le cœur ne contient pas de caillots.

L’estomac est distendu par de l’air et ne contient qu’un peu de mucus spumeux. L’intestin grêle est rempli de méconium. Les autres organes ne présentent pas de lésions.

Il n’y a pas encore de point d’ossification dans le condyle fémoral.

Conclusions. — 1° L’enfant de la fille Marie S... est né environ quinze jours avant le terme normal de la grossesse.

2° Il a largement respiré.

3° La mort est le résultat d’une asphyxie par sufîocalion et slrangulation simultanées. La strangulation a été opérée à l’aide d’un lien, la suffocation par la main appliquée sur le nez et la bouche.

35. Asphyxie par strangulation au moyen d’un lien. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Ditte, substitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 2o janvier 1886, ainsi conçue :

U Vu les articles 32 et 43 du code d'instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 2o janvier 1886 par M. le commissaire de police du quartier de Rochechouart constatant le Iransport à la Morgue du cadavre d’un enfant du sexe masculin, né de la fille R...

(( Commcllons M. le D'’ Brouardel, à l’efTet de procéder à l’aulopsiedu cadavre, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de ciime ou délit. »

Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le 27 janvier 1886.

Le cadavre est celui d’un enfant nouveau-né, du sexe masculin, pesant 3’^'*,3oO, mesurant 64 centimètres de longueur totale. Le cordon ombilical mesure 14 centimètres de longueur; il ne porte pas de ligature. Le cuir chevelu est recouvert de nombreux petits cheveux ; les ongles affleurent l’extrémité de la pulpe des doigts.

Il n’y a pas d’ecchymoses sous-conjonctivales.

Par le nez il s’écoule de laspume finement aérée et formant uit champignon. Sur le côté gauche de la bouche, un peu au-dessus de la commissure labiale, se trouvent sur la peau quelques petites érosions superficielles. Sous le menton on constate également quelques empreintes analogues. Sous quelques-unes de ces empreintes, se trouve une petite sufTusion sanguine dans le tissu cellulaire sous-jacent.

Tout autour du cou on trouve la trace d’un sillon blanchâtre^ dont les bords sont un peu rouges. Le sillon mesure 3 ou 4 millimètres de hauteur. La peau de cette région disséquée avec soin et débarrassée de son tissu cellulaire sous-cutané permet de constater que ce sillon est parcheminé.

Sur les autres parties du corps, on ne constate pas de traces de violences.

Le diamètre antéro-postérieur de la tête mesure 117 millimètres, le diamètre transversal 90 millimètres. Sous le cuir chevelu, au niveau du paiiétal droit, se trouve une bos^^e sérosanguine provenant de l’accouchement.

Les os du crâne ne sont pas fracturés. Sur les méuinge=!, il n’y a pas de tubercule, notamment au niveau de la scissure de Sylvius. Le cerveau, le cervelet et le bulbe ne présentent aucunel 'sion ni tumeur.

L’œsophage est sain.

La trachée est également saine. L’orifice supérieur du larynx est couvert d’un peu de spume aérée; dans la trachée et les bronches, cette spume a une couleur rougeâtre.

Il n’y a pas d’ecchymose rétro-phnryngienne.

Les poumons sont très développés et présentent de nombreuses ecchymoses sous-pleurales. Plongés dans l’eau avec le cœur, ils surnagent; il en est de même des fragments et ces derniers pressés sous l’eau laissent sourdre des bronches de fines bulles d’air

LNTANTICIDES PAR STRANGULATION.

qui viennent se réunir sous forme de pla({ues de mousse à la surface du liquide. Ainsi pressés et dilacérés, ces fragments continuent à surnager.

Il n’y a pas d’ecchymoses sous-péricardique«. Les cavités du cœur renferment un peu de sang liquide, mais pas de caillots. Lesvalvules sont saines.

L’eslomac contient un peu de mucus aéré.

Le foie est volumineux et sain.

La rate est saine.'

Les reins sont également sains.

Le méconium occupe les dernières parties du gros intestin. Les intestins paraissent sains.

Le sternum présente cinq points d’ossification.

Le calcanéum et l’astragale possèdent chacun un point d’ossification très développé.

Le maxillaire inférieur présente cinq alvéoles nettement cloisonnées.

Le point d’ossification des condyles de l’extrémité inférieure du fémur est très développé.

Conclusions. — 1° Le cadavre est celui d’un enfant nouveau-né, du sexe masculin, arrivé au terme normal de la gestation, ou à une époque voisine du terme, mais ayant certainement dépassé huit mois et demi de vie intra-utérine.

2° Il a largement respiré.

3° La mort est le résultat d’une asphyxie par strangulation faite à l’aide d’un lien.

36. Asphyxie par strangulation à la corde. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Bard, substitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 26 octobre 1882, ainsi conçue :

« Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 23 octobre 1881 par M. le commissaire de police du quartier de la Porte-Saint-Martin constatant l’envoi à la Morgue du cadavre d’un enfant nouveau-né du sexe masculin, trouvé à l’entrée de la cave de la maison située 93, Faubourg Saint-Martin.

« Commettons M. le D*’ Brouardel, à l’effet de procéder à l’autop«ie du cadavre, de rechercher les causes de la mort et de constaier tous indices de crime ou délit. »

Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le 27 octobre 1882.

Le cadavre est celui d’un enfant, du sexe masculin, pesant 3^^ ‘',350. Sa longueur totale est de 54 centimètres. Le cordon est adhérent à l’ombilic et mesure 42 centimètres de longueur, il est mou, présente à son extrémité libre une ligne de section parfaitement nette. On ne constate aucune trace de ligature.

La putré.faction du cadavre n’est pas commencée.

Les iris sont bleus. Les conjonctives palpébrables des deux yeux sont ecchymoliques. On ne conslate sur la face aucune trace de violence.

Le cou est entouré par un sillon blanc, étroit, faisant tout le tour, abaissé du côté de l’épaule droite et relevé jusqu ’un peu au-dessous de l’oreille gauche. 11 n’existe pas de traces de coups d’ongles autour du cou ou des orifices de la face. La peau du sillon est parcheminée et mince, elle laisse passer la lumière par liansparence.

On ne constate aucune trace de violence sur les autres parties du corps.

Sous le cuir chevelu se trouvent quelques ecchymoses sousépicrâniennes. A la partie postérieure de l’occipital et du pariétal gauche, on trouve une bosse séreuse.

Aucun des os du crâne n’est fracturé.

Les méninges et le cerveau sont très congestionnés.

L’œsophage et le pharynx sont sains et ne contiennent pas de corps étranger.

La trachée également saine renferme une spume bronchique abondante.

Le cœur est rempli de sang liquide, et ne contient pas de caillots. Les valvules sont saines. On ne constate pas d’ecchymoses sous-péricardiques, mais quelques ecchymoses sous-pleui aies parfaitement nettes.

Les poumons paraissent sains. Plongés dans l’eau en masse avec le cœur, ils nagent parfaitement; les diiïérents fragments des poumons nagent également. Ces derniers pressés sous l’eau laissent sortir un certain nombre de fines bulles d’air qui viennent se réunir à la surface du liquide sous forme de plaques de mousse.

L’estomac contieait des mucosités aérées.

Le foie est très congestionné.

Les reins sont également très congestionnés, mais se décortiquent très bien.

La masse intestinale plongée dans l'eau après ouverture de l’estomac, ne surnage pas. Le mécoijium occupe tout le gros intestin.

Les deux testicules sont dans le scrotum.

INFANTICIDES PAR SUBMERSION

f.e point d’ossification de l’extrémité inférieure du fémur est très développé et très net ; il mesure 4 ou 5 millimètres de diamètre et est séparé de la diaphyse par une lame cartilagineuse. Dans le maxillaire inférieur on constate quatre alvéoles nettement cloisonnées.

Conclusions. — 1° Le cadavre soumis à notre examen est celui d'un enfant nouveau-né, du sexe masculin, arrivé au terme normal de la gestation ou tout au moins à huit mois et demi.

2® Cet enfant a largement respiré.

3° La mort a été causée par une strangulation pratiquée à l’aide d’un lien étroit tel qu’une ficelle, une petite corde ou un cnrd3iî.

F. — Infanticides par submersion.

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