Submersion dans le liquide des fosses d’aisances. — Je
soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Ragon, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d'une ordonnance, en date du 28 juillet 1881, ainsi conçue :
« Vu la procédure commencée contre la tille F..., vingt-deux ans, domestique, détenue, inculpée d’avortement.
« Attendu la nécessité de constater judiciairement l’état où se trouve en ce moment le cadavre d’un enfant nouveau-né trouvé dans la fosse d’aisances sise avenue Duquesne n° 1, et déposé à la Morgue.
« Ordonnons qu’il y sera procédé par M. Brouardel, lequel après avoir reconnu l’état où se trouve le cadavre, procédera à son autopsie et à toules constatations utiles. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le 29 juillet 1881.
Le cadavre de ce nouveau-né est complètement putréfié; il répand une odeur spéciale résultant de son immersion prolongée dans la fosse d’aisances.
Il mesure 48 centimètres comme longueur totale. Les os du crâne sont à nu par destruction du cuir chevelu. Ils sont séparés les uns des autres, de sorte que le cerveau est sorti de sa cavité. Ln seul des os est fracturé.
L’occipital est intact, ainsi que les frontaux, le pariétal gauche et les deux temporaux avec leur apophyse zygomatique. Le pariétal droit est divisé en deux fragments par une ligne de fracture transversale qui occupe toute l’étendue de l’os, les bords de cette ligne de fracture ne présentent aucune coloration. La
dure-mère el le périoste sont intacts, mais sépaiés des fragments.
Le maxillaire inférieur est divisé par cinq alvéoles Lien nettement cloisonnées.
La paroi abdominale est ouverte, la partie qui correspond à l’insertion du cordon est rongée par les vers. Le méconium occupe tout le gros intestin. Le foie et les reins sont putréfiés.
Les poumons n’existent plus, ils ont été complètement détruits par les vers, de sorte qu’il est impossible de pratiquer les expériences de la docimasie pulmonaire.
Le point d’ossification des condyles de l’extrémité inférieure du fémur est très nettement marqué et mesure 3 millimètres de diamètre.
A l’examen des organes génitaux internes, nous constatons la présence d’un utérus.
Conclusions. — 1° Le cadavre soumis à notre examen est celui d’un nouveau-né du sexe féminin.
2° Ce nouveau-né est arrivé au terme normal de la gestation ;
3° 11 est dans un état de putréfaction très avancé. La destruction des poumons ne permet plus de reconnaître si ce nouveauné a respiré.
4° La fracture du pariétal droit occupe le siège et a les caractères des fractures résultant du passage de la tête d’un nouveau-né à travers un orifice trop étroit, tel que la lunette d’un appareil Fermant les vvater-closets.
Nous avons ensuite été chargé par M. le juge d’instruction de nous rendre avenue Duquesne pour apprécier la véracité des déclarations faites par la fille G... Nous nous y sommes rendu trois fois, en présence de l’inculpée, accompagné de l’architecte et de M. le commissaire de police.
La fille G... nous a déclaré qu’elle était accouchée, surprise par les douleurs de l’enfantement, assise sur le siège, que l’enfant était tombé dans la cuvette et que son poids avait fait basculer l’appareil, que l’eufant et le délivre étaient sortis en même temps.
1° Il est impossible d’admeltre que la fille G... ait pu accoucher assise sur la lunette. Au moment de l’accouchement, l’enfant sort du vagin, or la direction de ce conduit n’est pas verticale, mais coudée, de façon que son axe s’incurve de haut en bas et d’arrière en avant. En sorte que si l’accouchement se fait pendant que la mère est assise sur la lunette, la tête de l’enfant vient heurter le bord de cette lunette et que l’accouchement tst
INFANTICIDES PAR SUBMERSION. 239
arrêlé jusqu’au moment où la mère change de position, pour se coucher complètement ou se tenir debout ou accroupie.
L’accouchement n’a donc pu avoir lieu pendant que la fille G... était assise sur la lunette.
2° Le poids de l’enfant n’a pu faire basculer la valve qui ferme la cuvette.
En admettant môme la version précédente présentée par la fille G..., l’enfant en tombant dans la cuvette n’aurait pu faire basculer la valve. 11 faut remarquer que la cuvette n’a du bord de la lunette à la valve que 24 centimètres, que le corps de l’enfant en a 48, qu’il ne tombait pas de haut, que c’est à peine si le corps entier pouvait être contenu dans cette cuvette.
De plus le diamètre de la valve est de 11 centimètres exactement. Le diamètre de la tête d’un nouveau-né dépouillée des parties molles est de 11 centimètres également. Bien que la tête d’un nouveau-né se prête par la laxité des articulations des os à une notable réduction, il faut pour l’obtenir exercer une pression assez énergique. La lête ne peut donc s’engager sans diliiculté dans un orifice un peu plus étroit qu'elle ne l’est elle-même. Aussi lorsqu’un enfant nouveau-né est jeté dans les fosses d’aisances à travers ces lunettes qui à Paris ont presque toutes le même diamètre, on trouve très fréquemment une fracture du crâne siégeant sur l’un des pariétaux, absolument seml>lable à celle que nous avons notée sur le cadavre du nouveau-né trouvé dans la fosse. Enfin les épaules et le reste du corps ont un diamètre plus considérable que la tête elle-même et on no pourrait leur faire franchir cet orifice que par une pression très énergi-iue.
Ajoutons que l’appareil du cabinet ne fonctionne que diflicilement. Nous avons devant la fille G... pressé de toutes nos forces avec une canne, puis avec une bouteille, sur cette valve sans parvei.ir à la faire basculer.
11 est donc impossible que le poids de l’enfant ait suffi à faire basculer cette valve.
En présence de ces constatations auxquelles elle assistait, la fille G... a déclaré qu’elle avait levé l’appareil à l’aide duquel s’ouvre la valve et que l’enfant avait disparu de lui- même sans qu’elle y apportât le moindre aide.
Cette assertion est également inexacte, nous avons dit que les dimensions relatives de l’orifice de celte soupape et de celles de la tète et du corps de l’enfant nouveau-né ne permettaient pas de l’admettre et que l’enfant n’avait pu franchir cet orifice qu’à l’aide de pressions énergiques.
39. Submersion dans une fosse d’aisances. — Je soussigné, Paul Broiiardel, commis par M. Habert, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 23 avril 1884, ainsi conçue :
« Vu la procédure contre X..., inculpé d’infanticide.
« Attendu que le cadavre d’un enfant nouveau-né a été trouvé le 19 courant à quatre heures du malin, dans une fosse d’aisances de la maison, 51, boulevard de Strasbourg, et a été envoyé ledit jour à la Morgue par M. le commissaire de police du quartier de la Porte-Saint-Denis.
« Donnons commission à M. le D*" Brouardel à l’effet de, serment préalablement prêté :
U Faire l’autopsie; rechercher si l’enfant a vécu et quelle est la cause de la mort,
U Déposer un rapport. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le 26 avril 1884.
Le cadavre est celui d’un enfant nouveau-né, mesurant 50 centimètres de longueur totale et pesant 1*^‘',780. Il est dans un état de putréfaction extrêmement avancé, la peau est complètement noirâtre et parcheminée; les orbites sont vides. Quelques régions du corps, notamment le cuir chevelu et la région pectorale droite, ont été rongées par des rats. Les côtes droites sont à nu.
Le cordon ombilical, adhérent à l’ombilic, mesure 14 centimètres de longueur, il est complètement desséché. Il ne porte pas de ligature.
Le cadavre est trop putréfié pour qu’il soit actuellement possible de constater des traces de violences n’ayant intéressé que les parties superficielles de la peau, tels que coups d’ongles, érosions, etc.
Le diamètre antéro-postérieur de la tête mesure 115 millimètres et le diamètre bi-pariétal 82 rnillimèlres.
Les deux pariétaux, droit et gauche, sont fracturés. Le pariétal gauche est divisé par une ligne de fracture partant de la partie moyenne de la suture bi-pariélale, allant de dedans en dehors jusqu’à la bosse pariétale gauche, où elle se divise en deux lignes de fracture, l’une légèrement antérieure et Fautre postérieure.
Le pariétal droit est divisé dans sa parlie moyenne par une ligne de fracture passant par la bosse pariétale droite et parallèle à la suture bi-pariétale. Cette ligne de fracture divise le pariétal
INFANTICIDES PAH SUBMERSION
droit en deux fragments, l’iin supérieur et l’autre inférieur. Le premier fragment est encore divisé en deux par une autre ligne de fracture partant de la partie médiane de la première et allant jusqu’à la suture bi-paiiétale où elle se divise en deux un peu avant d’y arriver. Cette seconde ligne est donc perpendiculaire à la première.
La face interne du cuir chevelu au niveau des fractures est doublée par unë surface rougeâtre. Nous avons cherché si cette coloration était due à un épanchement sanguin; les examens microscopique et spectroscopique ne nous permettent pas d’être allirmatif.
Le cerveau est dans un état de putréfaction très avancée, il s’é<’Oule sous forme de bouillie.
Il n’y a pas de corps étranger dans l’arrière-bouche.
Le larynx, le pharynx, la trachée et l’œsophage paraissent sains.
Le cœur est vide de sang. Les valvules sont saines. Il n’y a pas d’ecchymoses sous-péricardiques.
Les poumons sont complètement putréfiés ; jetés dans l’eau avec le cœur, ils surnagent. Il en est de mémo des fragments, ces derniers pressés sous l’eau font sourdre de fines bulles de gaz qui viennent se réunir sous forme de plaques de mousse à la surface du liquide. Il n’y a pas d’ecchymoses sous-pleurales.
La matièie extraite des bronches, par la pression des fragments de poumons, a été placée sur une lame de verre et portée sous le champ du microscope. Nous avons alors constaté sur plusieurs préparations la présence de nombreuses cellules épithéliales pavinienteuses, de quelques globules de graisse, de quelques débris de fibres musculaires et de corps étrangers.
Le foie est putréfié.
L’estomac ne contient que quelques mucosités aérées, sans mélange de matières fécales.
La rate paiaît ^aiiie.
Les reins sont sains.
Les intestins paraissent sains, ils contiennent du méconium dans les dernières parties du gros intestin.
Le maxillaire inférieur présente quatre alvéoles nettement cloisonnées.
Les points d’ossification du calcanéum et de l’astragale sont bien développés.
Les condyles de l’extrémité inférieure du fémur présentent un point d’ossification de 3 à 4 millimètres de diamètre.
Conclusions. — 1° Le cadavre est celui d’un enfant nouveau-né P. Brouardel. — L’Infanticide. 16
arrivé au terme normal fie la gestation ou à une époque voisine du terme et ayant cerlainement dépassé huit mois et demi de vie intra-utérine.
2° Il a largement respiré. Ce point est établi non pas seulement par la présence de l’air dans les alvéoles pulmonaires, mais parla présence des matières fécales dans les bronches.
3° La mort est le résultat de la submersion dans la fosse d’aisances.
4° Les fractures du crâne peuvent avoir été produites au moment du passage de la tète à travers l’orifice d’une lunette un peu étroite ou pendant la chute dans la fosse.
5° La putréfaction est trop avancée pour qu’il soit possible de découvrir des lésions peu graves, telles qu’érosions, coups d’ongles, etc., qui n’auraient intéressé que les couches superficielles de la peau.
40. Submersion dans la fosse d’aisances. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par ordonnance de M. E. Desjardins, substitut de M. le procureur de la République, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre d’un nouveau-né (fosse de la maison n° 42 de la rue de la Victoire), serment préalablement prêté, ai procédé le 27 novembre 1878 à celle autopsie, pour rechercher les causes de la mort, et constater tous indices de crime ou délit.
Cet enfant nouveau-né, du sexe féminin, est dans un état de putréfaction gazeuse très avancée. Il exhale une odeur infecte, rappelant celle des fosses d’aisances qui «ont en vidange.
Il pèse 2^^',lo0 et mesure de la tête aux pieds 31 centimètres.
Le cordon ombilical a été déchiré ou coupé au ras de l’ombilic. Le travail de cicatrisation n’est pas commencé.
On ne trouve de traces de violences ni sur la face, ni sur le tronc. A la région droite du cou, au-dessous de l’oreille, au niveau du sterno-mastoïdien, on voit une érosion de la peau, mesurant 7 millimètres, presque horizontale dans sa direction générale, mais sans trace de suffusion sanguine dans le tissu cellulaire sous-cutané. Plus près du sternum on distingue deux érosions analogues plus petites. L’état de putréfaction du cadavre est trop avancé pour qu’on puisse affirmer que ces lésions ont été faites par des coups d’ongles.
Autour du cou, la peau distendue par des liquides forme des plicatures qui simulent des sillons de strangulation. Mais à ce niveau la peau n’est pas parcheminée et le tissu cellulaire ne conlient pas de suffusion sanguine.
Sur la bosse pariétale gauche- on distingue les traces d’une
INFANTlClDliS PAR SUBMERSION,
ecchymose. La région occipito-pariétale droite est le siège d’une suffusion sanguine considérable, reste de la bosse sanguine de raccouclieinent.
Les os du crâne ne sont pas fracturés. L’encéphale est en putréfaction.
Les poumons remplissent toute la cavité thoracique. On ne constate pas sur les plèvres d’ecchymoses sous-pleurales. D’ailleurs la putréfaction est telle qu’elle aurait pu faire disparaître ces ecchymoses s’il en a réellement existé. Les poumons jetés dans l’eau avec le cœur et le thymus surnagent, 11 en est de même de leurs fragments. Ceux-ci pressés sous l’eau ne laissent échapper que de grosses bulles d’air. On ne voit pas les petites tr-aînées de bulles Anes qui viennent mousser à la surface du liquide lorsque les alvéoles pulmonaires ont été dilatées par la respiration.
Le cœur ne contient pas de caillols sanguins.
L’estomac est vide, le méconium occupe toute la partie inférieure du gros intestin.
Les points d’ossification des deux fémurs sont bien développés. La mâchoire inférieure est cloisonnée des deux côtés, de façon à former quatre alvéoles bien nettes.
Conclusions. — 1° Le cadavre est celui d’un enfant nouveau-né parvenu au terme de la vie intra-utérine,
2° L’étal de putréfaction du cadavre est tel qu’il ne permet pas de préciser la valeur des lésions trouvées, de dire si elles ont été faites pendant la vie ; il ne permet pas non plus d’afflrmer que ce nouveau- né a respiré.
3° Pour déterminer la durée probable du séjour dans la fosse d’aisances, il faudrait savoir si cette fosse ne reçoit que des matières fécales et urinaires ou si elle reçoit en même temps les eaux ménagères. La putréfaction s’accomplit en effet beaucoup p'us rapidement dans ces dernières conditions. On peut cependant affirmer que le séjour du cadavre dans la fosse doit être d’au moins un mois.
41. Immersion dans le liquide des fosses d’aisances. Consultation. — A. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Habert, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 28 juillet 1880, ainsi conçue :
(( Vu la commission rogatoire de M. le juge d’instruction de la Rochelle, dans l’information suivie contre la femme F..., inculpée d’infanticide.
(( Ordonnons que M. le D*" Brouardel, expert, exécutera ladite commission. »
Serment préalablement prêté, ai pris connaissance de cette commission ainsi conçue :
<( Nous, Antony Régnault, juge d’instruction de l’arrondissement de la Rochelle.
« Vu la procédure criminelle instruite contre une femme F...
« Attendu que le cadavre d’un enfant nouveau-né a été trouvé le 9 Juin dernier, dans une fosse d’aisances delà Rochelle.
« Attendu que ce cadavre était dans un état de décomposition assez avancé.
« Que l’information à laquelle il a été procédé, a l évélé contre une femme mariée de fortes présomptions de culpabilité.
« Qu’il importe de déterminer d’une façon aussi exacte que possible à quelle époque la naissance de l’enfant a eu lieu.
« Commettons M. le juge d’instruction près le tribunal de la Seine, à l’effet de commettre M..., médecin légiste,
(( Lequel, après avoir préalablement prêté serment, devra répondre aux questions suivantes dans un rapport écrit :
1° Si, en pratiquant l’autopsie du cadavre d’un enfant nouveauné, trouvé dans les lieux d’aisances, la science permet de déterminer d’une façon exacte l’époque à laquelle l’enfant est sorti du sein de sa mère ?
2° Si le cadavre d’un enfant ne se maintient pas, dans un milieu tel que celui des lieux d’aisances, dans un état de conservation relatif, plus longtemps que dans la terre par exemple ?
3° Combien de temps un cadavre d’enfant se maintiendra-t-il dans les lieux d’aisances sans entrer en putréfaction complète ?
4° M. le docteur penserait-il, par exemple, qu’un enfant qui serait né au commencement d’avril dernier et qui aurait été jeté dans des lieux d’aisances, aurait pu être retrouvé le 9 juin suivant dans un état de putréfaction assez avancé, mais ayant encoro apparence humaine ?
Nous ne pouvons répondre aux questions qui nous sont posées par M. le juge d’instruction de la Rochelle que d’une façon générale, nous n’avons en etfet pas connaissance de certaines circonstances de fait qui auraient seules permis de donner une certaine précision à nos réponses. Nous ignorons notamment : 1° Quels étaient le degré et la nature de la putréfaction du cadavre de l’enfant (putréfaction gazeuse ou commencement de saponification). 2° Combien de temps s’est écoulé entre le moment où le cadavre a été tiré de la fosse d’aisances et le moment de l’autopsie ; après l’exposition à l’air, la putréfaction gazeuse se-
INFANTICIDES PAR SUBMERSION
développe en été avec une grande rapidité. 3° Quelle était la nature des matières contenues dons la fosse d’aisances. S’il est vrai de dire que les matières des vidanges constituent un liquide conservateur, il n’en est plus de même lorsqu’en même temps que les matières fécales et l’urine la fosse reçoit des eaux de savon, de lavure de vaisselle, etc. 4*’ Si les lunettes des commodités sont ouvertes ou fermées. En effet, s’il peut se faire dans la fosse un facile renouvellement de l’air, le développement de la putréfaction se trouve accéléré. 5° Enfin si le corps de l’enfant était enfoui dans la matière, de la fosse ou s'il surnageait complètement ou incomplètement. Dans ce dernier cas la putrél'action en effet se fait presque comme à l’air libre.
D'® Question. — Si en pratiquant l’autopsie du cadavre d’un enfant nouveau-né, trouvé dans les lieux d’aisances, la science permet de déterminer d’une façon exacte l’époque à laquelle l’enfant est sorti du sein de sa mère?
Lorsque les diverses circonstances relatées ci-dessus sont déterminées, et que spécialement il est prouvé que la fosse ne reçoit que de l’urine et des matières fécales, il est possible pendant les cinq ou six premières semaines de dire à quelques jours près combien de temps le cadavre d’un nouveau-né a séjourné dans une fosse d’aisances (on pourra estimer le temps écoulé entre 20 et 30 jours, entre 30 et 40, par exemple).
Lorsque l’immersion dans la fosse d’aisances a été plus prolongée, on ne pourra plus juger que par l’état de saponification des tissus, commençant après un séjour de six semaines ou deux mois, et par la coloration brun noirâtre des os indiquant un séjour un peu plus prolongé. L’étendue de la dégénérescence en gras de cadavre et l’intensité de la coloration des os fournissent des éléments d’appréciation utilisables, mais ne permettent pas toutefois de conclure avec uiïe précision absolue.
2^ Question. — Si le cadavre d’un enfant ne se maintient pas, dans un milieu tel que celui des lieux d'aisances, dans un élat de conservation relatif plus longtemps que dans la terre, par exemple?
D’une façon générale, la conservation des cadavres dans les fosses d’aisances est plus prolongée que dans la terre ; ou plutôt la putréfaction gazeuse ne se développe pas avec les mêmes caractères. Il se fait une dégénérescence en gras de cadavre qui permet de reconnaitre pendant fort longtemps les caractères distinctifs du corps et les lésions qu’il pouvait présenter.
3® Question. — Combien de temps un cadavre d’enfant se maintiendra-t-il dans des lieux d’aisances sans entrer en putréfaction complote?
OBSERVATIONS ET EXPERTISES Ml': DICO-LÉGALES.
En admettant toutes les circonstances relatées ci-dessns, les plus favorables à la conservation (fosse ne recevant que des matières fécales, de l’urine, enfant complètement plongé dans le liquide, etc.), on peut dire que la putréfaction gazeuse ne se développera que très imparfaitement, les tissus imbibés se ramolliront, l’épiderme, les ongles se détacheront, puis à cette période de flaccidité et d’imbibition, succédera la saponification des muscles, des viscères. Dans les poumons, et surtout s’il y a eu respiration, on trouvera des bulles de gaz. La conservation peut être si parfaite même dans ces organes, que Tardieu (1) a dit : «J’ai retrouvé des ecchymoses sous-pleurales distinctes, après dix mois, sur les poumons d’un enfant nouveau-né dont le cadavre avait séjourné dans une fosse d’aisances. »
Dans ces conditions les tissus pourront se conserver indéfiniment, modifiés, puis plus ou moins méconnaissables.
4*^ Question. — Un enfant qui serait né au commencement d’avril dernier et qui aurait été jeté dans des lieux d’aisances, aurait-il pu être retrouvé le 9 juin suivant, dans un état de putréfaction assez avancé, mais ayant encore apparence humaine?
Si après sa chute dans la fosse d’aisances, l’enfant a plongé complètement dans les matières, s'il y a été en quelque sorte enseveli, certainement la putréfaction aura été peu développée. Elle aura dû être caractérisée par la chute de l’épiderme, des ongles, l’imbibition des tissus, le développement de bulles de gaz dans les poumons, la liquéfaction de l’encéphale. Le cordon peut avoir disparu, ainsi que les organes génitaux externes, si c’est un enfant du sexe masculin, mais les cavités thoraciques et abdominales ne seront tiès probablement pas encore ouvertes.
Cette description ne vaut que si les fosses ne reçoivent que de Turine et des matières fécales.
Mais si les circonstances favorables à la putréfaction peuvent modifier et hâtei' la décomposition deux mois environ après son immersion dans les fosses d’aisances, un cadavre de nouveau-né aurait encore conservé une apparence humaine et son squelette n’aura pas encore complètement perdu ses connexions.
B. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Aignan, juge d’instruction près le tribunal de première instance de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 2o août 1880, de M. le président des assises de la Charente-Inférieure, ainsi conçue :
« Nous Marie-Victor-Eugène Mal val, président des assises de la Charente-Inférieure.
(1) Tardieu, Élude médico-légale sur l'infanticide, 1808, p. 104.
INFANTICIDES PAR SUBMERSION
« Vu la procédure inslriiite contre la nommée T... (Marie), femme F..., càgée de trente-neuf ans (née à la Rochelle, le 6 avril 1841 ), Journalière, détenue ; — ensemble l’ari êt en date du 19 août 1880, qui la renvoie devant les assises sous accusation d’infanticide.
« Al tendu que l’enfant dont serait accouchée la femme F..., fin mars 1880, a été aperçu pour la première fois, le 8 juin, à 3 heures du soir, surnageant au-dessus du liquide de la fosse d’aisances, maison Fontaine, rue du Bel-Air, 25, à la Rochelle.
U Que ladite fosse contenant exclusivement de l’urine et des matières fécales est d’une grandeur ordinaire (3 à 4 m.), sert aux habilants des maisons 11°® 25 et 27 (soit à environ 20 ou 25 personnes) et possède deux lunettes non fermées d’un diamètre de 26 à 27 centimètres.
« Que le cadavre retiré le 9 juin a été, le même jour, quelques instants après, vers 2 heures de l’après-midi, soumis à l’examen de M. le D'’ Brard qui a trouvé la tête du fœtus enveloppée complètement par deux tours d’un fichu violet qui, attaché autour du cou, le serrait.
« Que ce fichu a été reconnu, à des signes certains, pour appartenir à la femme^F..., et a été vu en sa possession jusque vers la fin de mars 1880.
« Qu’à ce moment cette femme, âgée de trente-huit ans onze mois, avait toutes les apparences d’une femme enceinte sur le point d’accoucher.
« Que sa grossesse remarquée, dès le mois de novembre 1879, a amené un développement progressif de sa taille qu’elle cherchait à dissimuler.
« Qu’une nuit, aux environs de Pâques (28 mars 1880), souDfrant extrêmement, elle aurait refusé les soins d’un médecin, envoyé sa fille âgée de quatorze ans partager le lit de ses frères aînés et exprimé le désir de rester seule.
« Que le lendemain, ses voisines la trouvant pâle, presque verte, elle leur dit en monirant sa chemise, son lit et un seau remplis de sang — à l’une : « J’ai eu une forte hémorrhagie » ; — à l’autre : « C’est venu comme une boule, c’élait à peine formé. »
« Que son ventre diminué, ses seins tombants et assez volumineux semblaient contredire ses paroles et donnaient lieu de penser à un accouchement récenl.
« Que, dans le cours de l’instruction, l’accusée s’est efforcée vainement de prouver deux hémorrhagies semblables survenues en 1872 et 1874 et par ses explications mêmes laisse supposer deux fausses couches accidentelles ou provoquées.
« Que ces circonstances, jointes aux constatations et rapports
de M. le D" Brard et des aiiires médecins consultés (pièces de 1 à 10), permctlront vraisemblablement à M. le professeur de médecine légale de la Faculté de Paris, de préciser les réponses de son premier rapport.
« Prions M. le D'’ Paul Brouardel, serment préalablement pi-ôLé ;
(( De nous faire connaître s’il est contraire aux données de la science et aux constalations faites par M. le D'’ Brard :
« 1° Que l’enfant retiré le 9 Juin 1880, de la fosse d’aisances de la rue Bel-Air et soumis immédiatement à l’examen du D*' Brai'd, soit né de la femme F..., fin mars et ait pu, à raison de son é!at de putréfaction, séjourner soixante à soixante-dix jours dans ladite fosse?
« 2° Que né à terme, viable, ayant respiré, celte enfant du sexe féminin, asphyxiée et jetée dans la fosse après la mori, ait pu être étouffée ou strangulée par le fichu enveloppant complètement la tête et attaché aufour du cou qu’il serrait?
« 3° Que la femme F..., âgée de trente-huit ans, mère de cinq enfants (à la 1*'° grossesse, 2 jumeaux), paraissant avoir eu deux fausses couches depuis leur naissance, mais ne justifiant d’aucune hémorrhagie antérieure, ni d’affection utérine, soit restée sans trouble sensible dans sa santé, avec des règles supprimées pendant six à neuf mois, pour aboutir à une simple hémorrhagie sanguine, exclusive de toute conception, — qu’en janvier elle se serait plainte seulement de fréquents besoins d’uriner, — phénomène ordinaire chez les femmes enceintes?
« 4° Serait-il possible, encore à l’heure actuelle, de reconnaître soit au toucher, soit à l’aide du spéculum, le nombre des couches et fausses couches de la femme F...?
« Pour le rapport de M. le D'' Brouardel, nous être transmis dans le mois et êtie ultérieurement déposé au greffe de la cour d’assises de la Charente-Inférieure.
U Fait au Palais de Justice à Poitiers, le 26 août 1880. »
Serment préalablement prêle, ai pris connaissance des pièces (au nombre de 10) soumises à mon examen, et ai répondu ainsi aux questions qui m’étaient posées :
P"® Question. — Est-il contraire aux données de la science et aux constatations faites par M. le Brard : Que l’enfant retiré le 9 juin 1880 de la fosse d’aisances de la rue du Bel-Air et soumis immédiatement à l’examen du D® Brard soit né de la femme F... fin mars, et ait pu à raison de son état de putréfaction, séjourner soixante à soixante-dix jours dans ladite fosse?
M'ponse. — Dans un premier rapport fait en vertu d’une coin-
INFANTICIDES PAR SUBMERSION
mission rogaloire adressée le 28 jiiillel 1880, Je répondais ainsi à la quaLi'ième question posée :
((Question. — Un enrant qui serait né au commencement d’avril dernier et qui aurait été jeté dans les lieux d’aisances anraii-il pu être retrouvé le 0 juin suivant dans un élat de putréfacLioii assez avancé, mais ayant encore apparence humaine?
« Beponse. — Si après sa chute dans la fosse d’aisances renfant a plongé complôlement dans les matières, s’il y a été en quelque sorle enseveli, certainement la putréfaction aura été peu développée. Elle aura dû être caractérisée par la cliule de l’épiilerme, des ongles, l'imbibition des tissus, le développement de bulles de gaz dans les poumons, la liquéfaclion de l’encéphale. Le cordon peut avoir disparu ainsi que les organes génilaux externes, si c’est un enfant du sexe masculin. Mais les cavités thoraciques et abdominales ne seront très probablement pas encore ouvertes. Cette description ne vaut que si les fosses d’a’sances ne reçoivent que de l’urine et des matières fécales, etc. »
A cette époque, je ne connaissais ni les conditions dans lesquelles la fosse était établie, ni le rapport d’autopsie de M. le D'' Brard.
Or aujourd’hui ces conditions me sont connues par la description contenue dans la commission qui m’est adressée. — La fosse ne contient que de l’urine et des matières fécales. — L’autopsie a succédé presque de suite à l’extraction de l’enfant nouveau-né hors de la fosse, etc.
. L’état de putréfaction du cadavre est établi par le rapport de M. le D*" Brard.
Le fait que la fosse ne reçoit que des matières fécales et de l’urine est favorable à la conservation du cadavre. La communication de la fosse avec l’air libre par deux lunelles non fermées explique la rapidité relative du développement de la putréfaction gazeuse, c’est à elle qu’est due la surnatation du cadavre, il est probable en effet qu’il a dû rester enfoui dans les matières fécales jusqu’à un moment voisin de celui où il a été aperçu par ces lunettes ouvertes.
Or dans le procès-verbal d’aulopsie de M. le D'' Brard, nous lisons comme signes de putréfaction:
(c Le corps est en décomposition putride et exhale une odeur nauséabonde. — La peau a une teinte brune et l’épiderme s’enlève sur toute la surface du corps. Nous constatons que le cordon ombilical n’existe plus et que la peau de l’abdomen autour de l’anneau ombilical est corrodée. Les intestins, de couleur ardoisée, font saillie par cette ouverture; nous constatons les mêmes corro-
sions aux jamlies et au cuir chevelu. La peau des genoux n’existe plus et les articulations fémoro-tibiales sont ouvertes. La peau du cuir chevelu est également ulcérée en plusieurs points. Issue de gaz qui s’échappent en sifflant lors de l’incision de la poitrine. Le cœur isolé et jeté dans l’eau s’enfonce d’abord et remonte lentement, L’estomac est vide. La malière cérébrale est à l’état de bouillie putréfiée. »
Cette description est la reproduction presque textuelle de celle que j’avais indiquée comme probable en supposant que la fosse ne contînt que de l’urine et des matières fécales, et que le cadavre du nouveau-né eût séjourné dans cette fosse du commencement d’avril au 9 juin.
La description donnée par M. le D'’ Brard ne diffère de celle que j’avais regardée comme probable que parce que la décomposition est encore plus accentuée. Ainsi la cavité abdominale est déjà ouverte, il y a des érosions de la peau du crâne, les articulations des genoux sont ouvertes. Cette différence s’explique naturellement, car la communication avec l’air, par les lunettes ouvertes, a dû rendre la décomposition un peu plus rapide que dans les cas que nous observons à Paris. La règle est en effet à Paris que les lunettes sont closes par des systèmes spéciaux.
Nous pouvons conclure de ces diverses constatations que le cadavre du nouveau-né a séjourné dans la fosse plus de six semaines (époque vers laquelle tombe le cordon) et moins de quatre ou cinq mois (époque à laquelle les os du crâne sont dénudés).
Celte double affirmation est basée sur la comparaison de neuf cas dans lesquels la durée du séjour de cadavres de nouveau-nés dans la fosse a pu être fixée par les aveux des inculpées ou par des constatations indiscutables. Ces faits nous sont communs à M. le D‘’ Descoust et à moi.
On ne saurait infirmer la valeur de ces observations personnelles par les expériences instituées par Orfîla. Dans l’une, Orfila a suspendu des fragments de fœtus dans l’atmosphère d’une fosse d’aisances (1). Dans l’autre. Grilla a placé la cuisse d’un fœtus (2) dans un seau rempli d’eau des fosses d’aisances. Même dans cette dernière expérience nous avons des conditions bien différentes de celles qui sont réalisées dans l’immersion d’un cadavre dans des lieux d’aisances. Orfila a pris un fragment de fœtus, or dans les parties séparées, la putréfaction d’origine externe marche beaucoup plus vite que lorsque le corps est entier;
(1) OvRU, Leçoîis de médecine légale, t. I, p. 485, 1833.
(2) Orfîla, loc. cil., p. 49:2.
INFANTICIDES TAR SUBMERSION
puis il n’a pas placé ce memlire dans une fosse d’aisances, mais dans un seau conlenanL de l’eau des fosses d’aisances. Ce sont là des conditions qui devaient singulièrement modifier la marche de la putréfaction. Cependant un mois après l’immersion, Orfila trouva encore aux muscles une couleur jaune rosée.
Pour répondre aux objections présentées à ces premières recherches par Devergie, Orfila, aidé de Lesueur, modifia les conditions d'expérience, il plaça six enfants nouveau-nés dans des matières fécales contenues dans des tonneaux. C’est vers le quarantième jour qu’il a trouvé des altérations comparables à celles du nouveau-né soumis à l’examen du D‘’ Brard (« Parfois éventration et deslruction de la peau ») (1). Bien que les conditions d’expériences soient moins mauvaises, elles sont encore toutes en faveur d’une putréfaction hâtive. Ce qui semble constituer l’élément conservateur dans les fosses d’aisances, ce sont les matières fécales avec renouvellement constant des malièies dissoutes par le liquide. Or dans les tonneaux d'OiTila et de Lesueur, il y a une masse insuffisante de matière non renouvelée, elle a été remuée, elle est plus exposée aux influences extérieures de température.
Nous ne tenons donc pas ces expériences pour définitives et les auteurs les plus récents ne les invoquent pas. Tardieu, Casper, Hofinann n’en font pas mention.
Conclusion. — Nous appuyant sur les neuf observations qui nous sont personnelles, à M. Descoust et à moi, et qui possèdent toute la rigueur d’expériences, nous répondons à la 1'’® question:
Il nest pas contraire aux données de la science et aux constatations faites par M. le B'’ Brard, ciue Venfant retiré le 9 juin de la fosse d'aisances de la rue du Bel- Air ait pu, à raison de son état de putréfaction, séjourner soixante ci soixante- dix jours dans ladite fosse.
2® Question. — Est-il contraire aux données de la science et aux constatations faites par le D® Brard :
Que né à terme, viable, ayant respiré, cette enfant du sexe féminin, asphyxiée et jetée dans la fosse après la mort, ait pu être étouffée ou sirangulée par le fichu enveloppant complètement la tête et attaché autour du cou qu’il serrait?
Réponse. — La description que nous trouvons dans le rapport d’autopsie est celle-ci ;
<( La tête du fœtus est enveloppée d’un tissu à mailles, sorte de filet tricoté en coton, qui fait deux tours sur la tête qu’il enveloppe complètement et est attaché autour du cou qu’il serre. »
Dans ce même rapport, on ne trouve rien qui soit contraire à'
(I) Devergie, Médecine légale ihéorUpie et pralirpie, t. II, p. 52G, 1852.
l’hypollièse de l’asphyxie de cel enfanl par ce fichu qui semble disposé de façon à produire la sufToralion et la strangulation. Mais la putréfaction était évidemment trop avancée pour qu’il soit possible de trouver sur la peau ou dans le tissu cellulaire des traces de violences que ce nouveau-né aurait subies pendant sa vie, ni de trouver dans les viscères les caractères anatomiques d’une asphyxie par sulTocation ou strangulation.
Conclusion. — L'asphyxie avant la mort parle fichu qui enveloppait la tête et le cou du nouveau-né est possible, mais elle n’est plus démontrable à cause de l’état de la putréfaction.
3*^ Question. — Est-il contraire aux données de la science et aux constatations faites par M. le D’’ Brard:
Que la femme F... âgée de trente-huit ans, mère de cinq enfants (à la 1^° grossesse, 2 jumeaux), paraissant avoir eu deux fausses couches depuis leur naissance, mais ne justifiant d’aucune hémorrhagie antérieure, ni d’affection utérine, soit restée sans trouble sensible dans sa santé, avec des règles supprimées pendant six à neuf mois, pour aboutir à une simple hémorrhagie sanguine, exclusive de toute conception; qu’en janvier, elle se serait plainte seulement de fréquents besoins d’uriner, phénomène ordinaire chez les femmes enceintes?
Réponse. — Pour répondie à cette question, il faut chercher ses éléments de conviction dans le rapport très détaillé et très bienfait parM. le D"' Brard sur l’examen de la femme F..., le 12 juin 1880.
Si l’on accepte pour véridiques les réponses faites par la femme F..., on doit admettre qu’elle a eu en 1880 deux pertes de sang. La première (janvier) aurait été précédée d’une suppression des règles de trois mois, la seconde (mars) par une suppression des règles d’un mois. Dans l’intervalle de ces deux pertes de sang, le ventre serait resté volumineux, sans trouble notable dans la santé. Celte augmentation dans le volume du ventre ne pourrait s’expliquer par le développement d’une tumeur, kyste, fibrome, etc. Ces lésions ne disparaissent pas. Il faut donc admettre qu’il y auiait eu un simple développement gazeux, un tympanisme. Celui-ci ne survient qu’à la suite d’affection utérine grave, de troubles gastrointestinaux ou chez les femmes nerveuses, hystériques. Les constatations de M. le D"' Brard ne justifient aucune de ces hypothèses. On ne peut dire que le développement des gaz dai s l’abdomen avec troubles de la menstruation soit impossible, mais la description donnée par la femme F... ne correspond à aucune affection qu’il soit possible de caractéiiser.
Une autre circonstance notée par M. le D'’ Brard semble plus importante. Sur la lèvre antérieure du col, il y avait, le 12 juin.
INFANTICIDES l'AR SUBMERSION.
une cicatrice qui paraissait elre de date assez récente. Il est certain que l’on ne pourrait sur ce seul signe affii'iner qu’il y a eu accouchement à terme ou voisin du terme et relativement récent, on ne pourrait surtout pas en préciser la date. Mais cependant ce signe est plutôt en faveur de l’hypothèse d^’un accouchement datant de deux ou trois mois.
ConclüSLûn. — Nous ne pouvons donc répondre d’une façon précise à la question qui nous est posée. La version fournie par la femme F... est très invraisemblable, mais il n’est pas démontrable qu’elle soit fausse.
4® Question. — Serait-il possible encore, à l’heure actuelle, de reconnnitre par le toucher ou à l’aide du spéculum le nombre des couches et des fausses couches de la femme F...?
Réponse. — Cette constatation est impossible. Il suffit en elfet souvent d’une seule grossesse, terminée par un accouchement à terme, pour produire des lésions mécaniques de la peau du ventre, de la vulve et du col de l’utérus aussi nombreuses et aussi étendues que celles qui résultent habituellement d’accouchements à terme multiples.
42. Immersion dans les fosses d’aisances. Violences. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. le substitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 13 mars 1881, ainsi conçue :
« Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 13 mars 1881, par M. le commissaire de police du quartier de la Salpêtrière, constatant un infanticide.
« Commettons M. le Brouardel, à l’etfet de procéder à l’autopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit. »
Serment préalablement piété, ai procédé à cette autopsie le 14 mars 1881.
Aspect extérieur. — Le cadavre est celui d’un enfant du sexe masculin,’ pesant 2'‘‘*,8o0 et mesurant 48 centimètres de longueur totale. Le corps, enveloppé dans une toile caoutchoutée, présente partout une coloration verte, plus accentuée au niveau de l’abdomen. L’épiderme est encore adhérent ainsi que les cheveux; les yeux ne sont pas affaissés, le tissu cellulaire sous cutané n’est pas emphysémateux. Une portion de la paroi antérieure du tronc est desséchée et comme parcheminée ; sur le reste du corps la peau est souple et humide.
Le cordon ombilical, long de 62 centimètres, est desséché dans
OBbERVATlONS ET EXPERTISES MÉDICO-LÉGALES.
toute SOU élendue, sauf toul près de l’abdomen, et adhère assez fortement aux parties sur les({uelles il se trouve collé.
Sur le front, on remarque quatre érosions linéaires, longues de 3à7 millimètres; les unes à peu près rectilignes, deux autres nettement curvilignes à concavité tournée en bas. Ces érosions occupent les parties médiane et latérale gauche du front; aucune d’elles n’est accompagnée d’ecchymoses. Sur la partie médiane du cou, un peu au-dessous du larynx, on trouve une autre érosion linéaire, à concavité tournée en haul, et mesurant 18 millimètres de longueur; un petit épanchement sanguin existe dans le tissu cellulaire sous-jacent.
Le corps ne porte pas d’autres marques de violences.
Ouverture du corps. — Le cuir chevelu est intact; au-dessous de lui, on trouve de nombreuses ecchymoses épicraniennes, et une bosse sanguine d’environ 1 centimètre d’épaisseur occupant la région occipito-pariétale droite.
Les os du crâne ne sont pas fracturés.
Les méninges sont imbibées de sang, mais ne paraissent pas congestionnées.
Le cerveau n’est pas très ramolli, il est d’une couleur verdâtre.
Le larynx et la trachée sont vides. Les poumons sont peu volumineux, le gauche n’atteint pas le péricarde; sur leur surface, on ne trouve pas d’ecchymoses sous-pleurales ; mais on remarque sous la plèvre de nombreuses bulles de gaz du volume d’une lentille à celui d’un pois. Plongés dans l’eau avec le cœur et le thymus, ils surnagent; isolés, ils surnagent également; mais, si après les avoir divisés en petits fragments, on crève les bulles qui se trouvent à la surface de ceux-ci, chacun des fragments tombe immédiatement au fond du vase. Comprimés sous l’eau, quelques-uns de ces fragments ne laissent rien échapper, d’autres donnent une ou deux huiles, grosses au moins comme un grain de chènevis ; aucun ne laisse sortir de ces fines vésicules de gaz qu’on voit se réunir en grand nombre à la surface du liquide quand on presse sous l’eau un poumon ayant respiré.
Le cœur ne présente pas d’ecchymoses sous-péricardiques; ses cavités renferment du sang li(|uide et noir, mais pas de caillots.
L’estomac contient un peu d’air et une petite quantité de mucus.
La masse intestinale, détachée dans son entier, ne surnage pas dans l’eau ; néanmoins il existe quelques bulles de gaz dans les parois de l’intestin grêle et dans sa cavité. Le gros intestin est rempli de méconium.
Le foie, la rate et les reins ne présentent pas de lésions appré-
INFANTICIDES PAR SUBMEHSION. 255
ciables ; ils sont d’ailleurs extrêmement putréfiés, ainsi que les viscères thoracitjiies.
Le maxillaire inférieur contient huit alvéoles nettement cloisonnées.
Le point d’ossification de l’extrémité inférieure du fémur existe, et mesure 3 à 4 millimètres de diamètre.
Conclusion'^. — 1° Le cadavre est celui d’un enfant nouveauné du sexe masculin, parvenu au terme normal de la gestation;;
2° Gel enfant n’a pas respiré.
3° L’existence d’une bosse sanguine sons le cuir chevelu démontre que cet enfant vivait pendant V accouchement.
4o 11 existe sur le cou et sur la face, des traces de coups d’ongles, indiquant l’application d’une main, disposée le pouce sur la partie antérieure du cou de l’enfant, les quatre autres doigts sur le front.
5° L’ecchymose trouvée au-dessous de l’une de ces empreintes onguéales, indiijue qu’elles ont été produites alors que l’enfant vivait encore, ou du moins très peu de temps après sa mort.
6° Cet enfant est donc mort pendant le travail de l’accouchement ou immédiatement après sa sortie du sein de sa mère.
7“ Les traces onguéales notées sur le cou et le front ne peuvent pas s’expliquer par l’application d’une main qui aurait aidé la délivrance de la mère.
8° Il est possible que l’application de la main sur les orifices de la respiration, faite évidemment dans un but criminel, n’ait eu lieu que sur la face d’un enfant en état de mort apparente, ainsi que cela se voit après les accouchements laborieux.
9° Le séjour du cadavre dans la fosse d’aisances ne semble pas avoir dépassé huit à dix jours.
43. Submersion dans la fosse d’aisances. — ["' Examen de la mère. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Garnot,juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 25 janvier 1883, ainsi conçue ;
« Vu la procédure suivie contre la fille C.... (Louise), vingt ans, inculpée d’infanticide.
« Consignée à l’hôpital Saint-Antoine.
« Commettons M. le D’’ Brouardel à l’effet de visiter la fille C... et de dire si elle est réceniment accouchée,
« De quoi il sera dressé, serment préalablement prêté, rapport qui nous sera transmis. »
Sermenl préalablement prêté, ai procédé à l’examen de la fille G..., le 28 janvier 1883.
An n° 14 de la salle Cliomel, à l’bùpital Saint-Antoine, est couchée la nommée C... (Louise), àj'ée de vingt ans. Cette fille parait grande et vigoureuse ; elle nous déclare Jouir habituellement d’une bonne santé et n’avoir jamais eu de grossesse antérieurement à celle qui s’est terminée le 20 janvier dernier. Régulièrement réglée, la lille G... aurait eu ses règles pour la dernière fois en mai 1882, Cette grossesse se serait bien passée, sans accident. L’accouchement aiu'ait été normal, les grandes douleurs l’auraient précédé de trois ou quatre heures.
• Actuellement nous constatons que les seins sont très développés et laissent sourdre du lait à la pression. Les aréoles mamelonnaires sont fortement pigmentées.
Sur la peau de l’abdomen, on constate un certain nombre de vergetures rougeâtres et blanchâtres. La ligne brune est très nettement accusée.
^'A l’examen des organes génitaux, l’on constate outre la présence des lochies, une déchirure profonde de la fourchette. Par le toucher vaginal, on sent que l’utérus est encore gros et remonte jusqu’au bord du pubis. Le col de l’utérus est mou et présente une déchirure à la lèvre latérale gauche.
Conclusions. — La fille G... (Louise) présente les traces d’un accouchement récent paraissant remonter à huit ou dix jours.
2° La grossesse avait certainement dépassé le septième mois et ti ès probablement même avait atteint ou dépassé le huitième mois.
2^^ Examen du cadavre de l'enfant. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Garnot, juge d'instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 30 janvier 1883, ainsi conçue :
« Vu la procédure instruite contre la fille G... (Louise).
U Gommettons M. le Brouardel à l’elîet de visiter le cadavre d’un enfant trouvé dans la fosse d’aisances de la maison de la rue de Gharenton, 150, et de dire s’il a ou non vécu et quelles sont les causes de sa mort. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le 3 février 1883.
Scellé couvert. — « Boîte renfermant le cadavre d’un enfant du sexe masculin, trouvé en notre présence dans la fosse du premier corps de bâtiment de la propriété située rue de Gharenton, 11° 150, à Paris.
« Le commissaire de police (( Clément. »
INFANTICIDES PAU SUBMERSION
Dans une lioile eu bois blanc, niunie de deux charnières en cuir, nous trouvons enveloppé dans un morceau de toile Ideue, et reposant sur un lit de paille, le cadavre d’un enfant du sexe masculin, paraissant très bien constitué et présentant une coloration bleuâtre à peu près uniforme. Cet enfant, très vigoureux, a une longueur totale de 52 centimètres et pèse 3'‘^',150. Le cordon ombilical est encore adhérent à l’ombilic, il a 24 centimètres de long et présente une ligne de section parfaitement nette sans trace de ligature. L’épiderme des mains est un peu macéré. La putiéfaction est à peine commencée. On ne constate aucune trace de violences, actuellement appréciable, sur les différentes parties du corps, notamment sur la peau de la face et celle du cou.
Sous le cuir chevelu se trouvent quelques ecchymoses sousépicrâniennes et à la partie postérieure de la tête une bosse sérosanguine résultant du travail de l’accouchement.
Les os du crâne ne sont pas fracturés. Dans la pie-mère qui tapisse les sillons qui séparent les circonvolutions cérébrales, se trouvent quelques petites suffusions sanguines, mais il n’y a pas d’épanchement sanguin coagulé ni dans le cerveau lii autour du bulbe.
Le pharynx et la trachée, ainsi que l’œsophage, sont remplis de matières fécales.
Projetés dans l’eau avec le cœur, les poumons nagent. Les poumons coupés en fragments nagent également. A la pression l’on fait sortir des petites bronches des matières fécales • qui ont pénétré jusqu’aux dernières ramifications bronchiques. Pressés dans l’eau, il sort de ces fragments de poumon des bulles d’air en très grand nombre, qui viennent se réunir sous forme de plaques de mousse à la surface du liquide. Après avoir été fortement exprimés sous l’eau, les fragments continuent à nager.
Le cœur contient un peu de sang noir non coagulé. On ne constate pas d’ecchymoses sous-péricardiques.
L’estomac contient un peu de matières fécales et du mucus aéré.
Le foie, les reins et la rate sont sains.
Le méconium occupe les dernières parties du gros intestin.
La vessie est pleine d’urine.
Le condyle de l’extrémité inférieure du fémur présente un point d’ossification ayant 3 à 4 millimètres de diamètre; il en est de même pour le calcanéum et l’astragale. Le sternum a cinq points d’ossification.
Le maxillaire inférieur présente cinq alvéoles iiettemenL cloisonnées.
P. Broüardel. — L’Infanticide.
Conclusions. — 1° Le cadavre est celui d’uii enfant nouveau-né du sexe masculin, arrivé au terme normal de la grossesse.
2° Cet enfant a largement respiré.
3° La mort a été le résultat de la submersion dans une fosse d’aisances. L’enfant a certainement été jeté vivant dans cette fosse, ainsi que le prouvent les matières fécales qui se trouvent dans l’estomac et dans les dernières ramifications bronchiques. Ces matières n’ont pu pénétrer dans l’estomac et dans les bronches que par les mouvements de déglutition et les efforts de respiration énergiques que l’enfant a accomplis alors qu’il était tombé dans la fosse.
44. Immersion dans les fosses d’aisances. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Ditte, substitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 24 novembre 1885, ainsi conçue.
« Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 14 novembre 1885, par M. le commissaire de police de Boulogne constatant le transport à la Morgue du cadavre d’un enfant nouveau-né trouvé dans une fosse d’aisances de l’usine de M. Fouquet, rue Colas, n° 5, à Billancourt.
(( Commettons M. le D'' Brouardel, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le 27 novembre 1885.
Le cadavre est celui d’un enfant nouveau-né du sexe masculin, dans un état de putréfaction extrêmement avancé, il exhale une odeur de matières fécales très manifeste. Il est enveloppé dans un fragment de journal ayant pour litre Le Républicain et portant la date du 30 août 1885.
Il porte sur le corps et notamment sur la face antérieure de l’abdomen de nombreuses traces de morsures de rats.
Les ongles affleurent l’extrémité de la pulpe des doigts.
Le cuir chevelu est recouvert de nombreux petits cheveux.
Le cadavre mesure 53 centimètres de longueur totale, et pèse 2i^*‘,700.
Le diamètre antéro-postérieur de la tête mesure 111 millimétrés et le diamètre bi-pariélal 91 millimètres.
Le cordon ombilical est arraché au niveau de l’abdomen.
Le crâne est aplati. Les os chevauchent les uns sur les autres,
mais aucun n’esL fracturé. Le cerveau est réduit à l’état de bouillie liquide.
Le larynx, la trachée et les bronches sont vides.
Les poumons sont très affaissés. Plongés dans l’eau avec le cœur, ils surnagent. Il en est de même des fragments de poumons, et ces derniers pressés sous l’eau, laissent sourdre des bronches de fines bulles d’air qui viennent se réunir sous forme de plaques ■de mousse à la surface du liquide. Ainsi pressés et dilacérés sous l’eau, ces fragments continuent à surnager. Si l’on presse certains fragments de poumons, avant de les plonger dans l’eau, on ne fait pas sourdre des bronches des matières fécales.
Il n’y a pas d’ecchymoses sous-pleurales.
Les cavités du cœur sont vides, les valvules sont saines. Il n’y a pas d’ecchymoses sous-péricardiques.
Le foie et la rate sont putréfiés.
Les reins paraissent sains.
Le méconium occupe les dernières parties du gros intestin.
Le sternum présente quatre points d’ossification.
Les points d’ossification du calcanéum et de l’astragale sont très développés.
Les condyles de l’extrémité inférieure du fémur présentent un point d’ossification de 4 millimètres de diamètre environ, non réuni à la diaphyse de l’os.
Le maxillaire inférieur] présente quatre alvéoles nettement cloisonnées.
Conclusions. — 1° Le cadavre est celui d’un enfant nouveau-né du sexe masculin, arrivé au terme normal delà gestation ou à une époque voisine du terme, mais ayant certainement dépassé huit mois et demi de vie inlra-utérine.
2° Il a respiré.
3° Il porte sur différentes parties du corps de nombreuses traces de morsures de rats.
4° La putréfaction est trop avancée pour qu’il soit acluellement possible de constater des traces de violences qui n’auraient intéressé que les parties superficielles de la peau.
5° La déchirure du cordon au ras de l’abdomen et par suite l’absence de ligature du cordon prouvent que cet enfant n’a reçu aucun soin au moment de sa naissance.
G. — lufauticides par fractures du crâne.
45. Fractures des os du crâne. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Ditte, substitut de M. le procureur de la Républi-
que près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 20 décembre 1886, ainsi conçue :
« Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 18 décembre 1886 par M. le commissaire de police du quartier de Montrouf;e constatant le transport à la Morgue du cadavre d’un jeune enfant du sexe masculin.
« Commettons M. le D’’ Brouardel, à l’eiret de procéder à l’autopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à celte autopsie, le 22 décembre 1886.
Le cadavre est celui d’un enfant nouveau-né du sexe masculin, pesant 2'^'\4o0. II mesure 49 centimètres de longueur totale et le cordon ombilical, qui paraît arraché, ne porte pas de ligature, il mesure 31 centimètres de longueur. Le placenta pèse 280 grammes et mesure 15 centimètres de diamètre; la portion du cordon qui adhère au placenta mesure 5 centimètres de longueur.
Ce placenta est contenu dans un bocal en verre blanc portant l’étiquette suivante ;
« Scellé n° 1. — « Placenta trouvé dans le vagin de la fille B..., par le D’’ Nutte, vingt-deux heures après l’accouchement.
« Le commissaire de police.
« Illisible. »
On ne constate aucune trace de violence sur les différentes parties du corps, notamment sur le cou et la face.
Le cuir chevelu est recouvert de nombreux petits cheveux; les ongles affleurent l’extrémité de la pulpe des doigts. Le diamètre antéro-postérieur de la tête mesure 101 millimètres et le diamètre transverse 81 millimètres; l’occipilo-menlonnier mesure 141 millimètres et le bi-acromial 103 millimètres.
Sur les conjonctives des deux yeux se trouvent quelques ecchymoses siégeant dans les culs-de-sac conjonctivaux.
La fosse temporale droite est remplie par un caillot sanguin. En arrière du crâne et à gauche se trouve un épanchement de sang assez considérable.
Le pariétal gauche présente une ligne de fracture verticale avec épanchement de sang au niveau des bords de la fracture. Les fragments ne coïncident pas et il y a une petite lacune d’ossification.
Le pariétal droit est également fracturé; la ligne de fracture part de la bosse pariétale et se dirige verticalement vers la
suture sagittale. Le pariétal droit ne présente pas de lacune d’ossification.
Les frontaux et l’occipital ne sont pas fracturés.
Toute la moitié gauche de l’arachnoïde est remplie par un caillot de sang. La moitié droite contient également un peu de sang épanché, mais en moins grande quantité.
Entre la dure-mère et le crâne, du côté droit, se trouve un peu de sang coagulé.
A la partie inférieure de l’encéphale, l’arachnoïde est absolument remplie de sang, surtout du côté gauche.
L’œsophage et la trachée sont sains.
Les poumons sont développés et présentent deux petites ecchymoses sous-pleurales inter-lobaires. Plongés dans l’eau, avec le cœur, ils surnagent. 11 en est de même des fragments, et ces derniers pressés sous l'eau, laissent sourdre des bronches de fines bulles d’air qui viennent se réunir sous forme de plaques de mousse à la surface du liquide. Ainsi pressés et dilacérés sous l’eau, ces fragments continuent à surnager.
Il n’y a pas d’ecchymoses sous-péricardiques. Les cavités du cœur contiennent un peu de sang liquide ; les valvules sont saines.
Le foie est un peu volumineux et paraît sain.
L’estomac contient un peu de mucus aéré.
La raie est saine.
Les reins sont sains et se décortiquent facilemenl.
Le méconium occupe les dernières parties du gros intestin. Plongés dans l’eau, les intestins surnagent (épreuve de Breslau).
Le maxillaire inférieur possède cinq alvéoles nettement cloisonnées.
Les condyles de l’extrémité inférieure du fémur présentent un point d’ossification mesurant 4 millimètres de diamètre.
Conclusions. — 1° Le cadavre est celui d’un enfant nouveau-né, du sexe masculin, arrivé au terme normal de la gestation.
2° II a respiré.
3° La mort est le résultat des fractures des os du crâne.
4° L’absence de ligature du cordon ombilical prouve que cet enfant n’a pas recules soins habituels au moment de sa naissance.
46. Fractures des os du crâne. Écrasement. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Ditte, subslitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 29 novembre 1883, ainsi conçue :
« Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le
procès-verbal dressé le 28 novembre 1883, par M. le commissaire de police du quartier du Petit-Montrouge, constatant le transport à la Morgue d’un enfant nouveau-né, du sexe féminin, trouvé dans un égout de la rue d’Alésia.
« Commettons M. le D*’ Brouardel, à l'effet de procéder à l’autopsie, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie, le 30 novembre 1883.
Le cadavre est celui d’un jeune enfant du sexe féminin, pesant 3'‘*’,600 et mesurant 52 centimètres de longueur totale. Le cordon ombilical est encore adhérent et mesure 23 centimètres de longueur; l’extrémité libre taillée en biseau, semble avoir été arrachée; il ne porte pas de ligature.
Le corps est encore couvert d’une partie de l’enduit sébacé. Il n’y a pas trace de violences sur les différentes parties du corps, pas d’érosions ou d’écorchures autour de l’orifice buccal ni sur la peau du cou.
Il n’y a pas d’ecchymoses sous-conjonctivales.
Les iris sont bleus.
Le diamètre antéro-postérieur de la tète est de 11 centimètres et demi et le diamètre transversal de 9 centimètres.
A la pression de la (ête, on sent sous les doigts des crépitations osseuses. Sous le cuir chevelu, au niveau du pariétal droit, on trouve un épanchement sanguin de forme assez allongée et de consistance gelée de groseille.
A ce niveau le périoste est déchiré et le pariétal droit présente une fracture, à deux branches, réunies, à angle droit, sur le sommet de la bosse pariétale et se dirigeant, l’une perpendiculairement à la suture bi-pariétale, l’autre au frontal.
Le pariétal gauche est également fracturé et présente également deux rayons partant de lahosse pariétale, formant un angle aigu et allant aboutir à l’occipital.
Entre le pariétal et le périoste, on constate un petit épanchement sanguin.
Le cerveau, le cervelet et le bulbe paraissent sains.
On ne constate pas la présence de corps étranger dans l’arrièrebouche.
L’œsophage, la trachée et le larynx sont sains.
A la pression des poumons il sort de la trachée un peu de spume bronchique.
On ne constate qu’une seule ecchymose sous-pleurale, et pas d’ecchymose sous-péricardique.
Lecœnrconlienldu sang, légèrement épaissi et en grande quantité.
Les valvules sont saines.
Les poumons jetés dans l’eau [nagent, il en est de même des fragments. Ces derniers pressés au fond de Teau laissent soui'dre par les bronches de fines bulles d’air qui viennent se réunir sous forme de plaques de mousse à la surface du li(|uide.
L’estomac contient un peu de mucus aéré.
Le foie paraît sain ainsi que les reins et la rate.
Le méconium occupe encore les dernières parties du gros intestin.
Les condjdes de l’extrémité inférieure du fémur présentent un point d’ossification parfaitement net, ainsi que le calcanéum.
Le maxillaire inférieur présente quatre alvéoles nettement cloisonnées.
Conclusions. — 1° Le cadavre est celui d’un enfant nouveau-né du sexe féminin, né à terme ou aune époque très voisine du terme et ayant certainement dépassé le huitième mois de la vie intrautérine.
2° II a largement respiré.
3° La mort est la conséquence des fractures du crâne (fractures des deux pariétaux). Ces fractures ont été faites pendant la vie et semblent être la conséquence d’une pression exagérée, appliquée sur la tête, alors que le côté opposé reposait sur un plan résistant tel que le sol.
47. Fractures du crâne. Mutilations. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Dilte, substitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 16 avril 1885, ainsi conçue :
« Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 13 avril 1883, par M. le commissaire de police du quartier des Batignolles, constatant le transport à la Morgue du cadavre d’un enfant nouveau-né du sexe masculin.
<( Commettons M. le D'’ Brouardel, à l’effet deprocéder à l’autopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie, le 15 avril 1885.
Le cadavre est celui d’un enfant nouveau-né du sexe masculin, pesant 3 250 et mesurant 53 centimètres de longueur
totale. Le cordon ombilical mesure 2 centimètres de longueur et
présente une ligne de section très nette, sans ligature. L’avantbras gauche fait complètement défaut, il a été détaché du bras un peu au-dessous du pli du coude. Les fragments supérieurs du cubitus et du radius sont fracturés en biseau. La ligne de section des parties musculaires n’est pas nette; elle est hachée et ressemble à celles qui sont faites avec un sécateur ou un instrument analogue.
Le pied droit est sectionné au niveau de l’articulation scaphoïdométatarsienne.
Les orteils du pied gauche ont été sectionnés au niveau de la première phalange pour le premier doigt et de la phalangette pour les deuxième et troisième doigts.
Les testicules ainsi que la peau des bourses et de la verge sont enlevés.
A la surface de ces plaies ainsi que dans les tissus environnants on ne constate aucun épanchement ni suffusion sanguine, démontrant que ces plaies aient été faites pendant la vie.
La peau de la joue droite présente une teinte ecchymotique sans suffusion sanguine dans le tissu cellulaire sous-cutané; cette lésion paraît résulter d’un frottement énergique.
On ne constate aucune trace de violences autour du cou et de la bouche.
Sous le cuir chevelu, il y a de nombreuses ecchymoses sousépicràniennes.
Le pariétal gauche est fracturé. Les lignes de fractures partent de la bosse pariétale et se dirigent vers les bords. Autour de ces fractures et sous le périoste se trouve du sang à demi coagulé.
Le frontal et l’occipital sont intacts.
Dans la cavité de l’arachnoïde, au-dessus de la surface convexe du cerveau, on constate une suffusion sanguine étendue et assez épaisse et au-dessous de la tente du cervelet se trouve un épanchement sanguin analogue.
Le cerveau, le bulbe et le cervelet paraissent sains.
La trachée contient une écume finement aérée faisant issue des bronches par la pression des poumons. Sur les poumons se trouvent un certain nombre d’ecchymoses sous-pleurales. Les poumons et le cœur plongés dans l’eau surnagent; il en est de même des fragments; ces derniers pressés sous l’eau laissent sourdre des bronches de fines bulles qui viennent se réunir sous forme de plaques de mousse à la surface du liquide. Même dilacérés, ces fragments de poumons continuent à surnager.
Il n’y a pas d’ecchymoses sous-péricardiques sur le cœur. Celuici contient un peu de sang liquide. Les valvules sont saines.
[/estomac renferme du mucus aéré.
Le foie est normal et paraît sain.
Les reins et la rate sont également sains.
[.es intestins plongés dans l’eau (épreuve de Breslau), vont au fond du vase. Le méconium occupe les dernières parties du gros intestin.
Le sternum présente quatre points d’ossification.
Le calcanéum et l’astragale présentent chacun un point d’ossification très développé.
Les condjles de l’extrémité inféideure du fémur présentent un point d’ossification.
Sur le maxillaire inférieur on constate quatre alvéoles nettement cloisonnées.
Conclusions. — 1° Le cadavre est celui d’un enfant nouveau-né, du sexe masculin, arrivé au terme normal de la gestation, ou à une époque voisine du terme, mais ayant certainement huit mois et demi de vie intra-utérine.
2° Il a largement respiré.
3° La mort a été le résultat de fractures du crâne.
4° La section de l’avant-bras gauche, du pied droit et des orteils du pied gauche ont été faites après la mort, ainsi que le démontre l’absence d’épanchement sanguin au niveau de ces lésions.
48. Fracture du crâne. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par ordonnance de M. Desjardins, substitut de M. le procureur de la llépublique, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre d’un nouveau-né (fossé des fortifications, entre le quartier de la Santé et le Petit-Montrouge), serment préalablement prêté, ai procédé le 9 mars 1879 à cette autopsie, à l’effet de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit.
Le cadavre est celui d’un enfant nouveau-né du sexe féminin; il est souillé par des saletés et des détritus de toute nature, ses fesses et ses cuisses sont couvertes de méconium.
La putréfaction est commencée, les cornées sont troubles, on distingue à peine la couleur des iris. Le corps n’a pas macéré, l’épiderme ne se détache pas.
Le corps pèse 2'^*', 750, il mesure 52 centimètres, dont 28 de l’ombilic au sommet de la tête.
Le cordon ombilical est desséché, coupé à 2 centimètres de l’ombilic.
Autour des lèvres, sur le cou et les diverses parties des téguments on ne trouve aucune trace de violence.
Sous le péricrâne il ii’y a pas d’ecchymose sous-épicr;inienne. Une bosse sanguine de 7 cenlimètres de diamètre a décollé et soulevé le périoste du pariétal droit et après sa déchirure le sang s’est répandu dans le tissu cellulaire sous-épicrânien. L’os est divisé dans sa presque totalité par une fracture qui part de la suture bi-pariétale et s’arrête à 1 centimètre de la suture temporopariétale. Ces deux fragments sont presque égaux. La dure-mère à ce niveau est décollée et doublée par un épanchement de sang à demi coagulé comme le précédent.
Le pariétal gauche n’est pas fracturé.
L’occipital est fracturé au niveau de son tiers inférieur par une ligne transversale qui va d’une suture à raulre. Sous le périoste et sous la dure-mère, on trouve du sang à demi coagulé, le tissu spongieux qui forme la partie moyenne est imbibé de sang.
Les autres os du crâne ne sont pas fracturés.
Derrière l’occipital on constate la présence de la bosse sérosanguine de l’accouchemenl, elle est nettement limitée et distincte par sa couleur et sa consistance des épanchements sanguins placés sur l’occipital et le pariétal droit.
Les méninges sont très injectées; au niveau des circonvolutions pariétales droites, les mailles de la pie-mère sont infiltrées par un épanchement sanguin assez considérable.
L’encéphale est ramolli, la substance grise est teintée par la matière colorante du sang.
La trachée-artère contient des mucosités non aérées.
Les plèvres sont mouchetées par quelques ecchymoses souspleurales. Les poumons sont rouges, peu crépitants. Plongés dans l’eau avec le cœur et le thymus, ils gagnent le fond du vase. Coupés par fragments, on constate que le sommet du lobe supérieur du poumon droit surnage très nettement. Les autres fragments plongent tous au fond du vase. Le lobe qui surnage, pressé sous l’eau, laisse échapper de fines bulles de gaz qui s’élèvent à la surface du liquide pour y former des plaques de mousse. Les autres fragments pressés sous l’eau ne laissent échapper aucune bulle semblable.
On note quelques ecchymoses sous-péricardiques. Le cœur est normal, le canal artériel a le diamètre de l’aorte. La valvule mitrale présente de petites suffusions sanguines interstitielles.
L’estomac contient un peu de mucosité non aérée, une partie est blanchâtre opaque.
Le méconium occupe les dernières parties du gros intestin.
Le foie, les reins, la rate, sont dans un état normal.
L’oreille interne est pleine de mucosités.
Cbacune des branches du maxillaire inférieur est cloisonnée par quatre alvéoles bien nettes.
Les points d’ossification des condyles du fémur sont bien développés, ainsique ceux du calcanéum et de l’astragale.
A côté du corps se trouve un placenta entier, pesant 420 grammes. Le cordon qui en part mesure 70 centimètres. II est mou et non desséché.
Conclusions. — 1° Le cadavre est celui d’un enfant nouveau-né, arrivé au terme de la vie intra-utérine.
*2° Bien que la respiration ne se soit établie que très incomplètement, on peut affirmer que cet enfant a respiré.
3° La mort est le résultat des fractures multiples du crâne.
4° Ces fractures ont été faites pendant la vie, ainsi que le prouvent les épancbements de sang à demi coagulés dans lesquels plongent leurs fragments.
5° La naissance doit dater de six à huit jours environ.
49. Fractures du crâne par écrasement. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par ordonnance de M. E. Desjardins, substitut de M. le procureur de la République, à l'effet de procéder à l’autopsie du cadavre d’un enfant nouveau-né {égout de l’avenue Daumesnil), serment préalablement prêté, ai procédé le 7 mars 1879 à cette autopsie, à l’effet de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit.
Le cadavre est celui d’un enfant nouveau-né, du sexe masculin. Sa peau est couverte d’un enduit brunâtre formé par de la boue et de la paille putréfiée. Les fesses et la partie supérieure des cuisses sont colorées par le méconium.
Ce cadavre pèse 3'^'h210. Il mesure 52 centimètres, dont 27 de l’ombilic au sommet de la tête. Le cordon ombilical est desséché, il mesure 1 centimètre et il paraît avoir été divisé par déchirure.
La putréfaction est assez avancée, elle est caractérisée par de nombreuses lividités cadavériques qui occupent les parties antérieures et postérieures du tronc et des membres, par l’état des cornées qui sont troubles et qui ne laissent voir qu’assez difficilement la couleur bleue des iris.
Les extrémités des doigts, des orteils, le nez, ne présentent pas de morsure faite par la dent des rats, ainsi que cela se voit sur les cadavres qui ont séjourné quelque temps dans les égouts.
Les lèvres, la face, le cou, ne portent aucune trace d’érosion ou d’écorchure.
Sous le cuir chevelu on voit quelques ecchymoses sous-épicrâ- «iennes.
Les deux pariétaux sont fracturés. Le pariétal gauche est divisé en deux fragments par une ligne qui, partant de la partie antérieure de la suture bi-pariétale, traverse la bosse pariétale et va se terminer à l’angle de réunion du pariétal, de l’occipital et du temporal.
Le pariétal droit présente des fractures multiples. La bosse pariétale est intacte, mais d’elle comme d’un centre partent trois rayons de fractures qui vontl’un jusqu'à la suture bi-pariétale, l’autrejusqu’à la suture occipito-pariétale, le troisième jusqu’à la suture pariétotemporale. En avant existe une autre fracture qui sépare sur la partie antérieure du pariétal un fragment osseux en forme de V dont le sommet se trouve près de la bosse pariétale.
Les autres os du crâne ne sont pas fracturés.
Au niveau des fractures, le périoste et la dure-mère sont soulevés par une petite quantité de sang à demi coagulé.
L’encéphale est très ramolli, la pie-mère contient des suffusions sanguines sous les deux pariétaux.
Les plèvres ne renferment pas de liquide. Elles sont mouchetées par de très nombreuses ecchymoses sous-pleurales très fines et rosées. Les poumons sont volumineux; plongés dans l’eau avec le cœur et le thymus, ils surnagent, mais très faiblement. Il en est de même de leurs fragments. Ceux-ci pressés sous l’eau laissent sortir quelques fines bulles d’air qui forment de petites taches de mousse à la surface du liquide.
Dans le péricarde on trouve un peu de liquide séro-sanguinolent et une ecchymose sous-péricardique à la face postérieure du ventricule gauche.
Le cœur est normal, il contient du sang liquide.
Sur la langue il s’eit déposé un peu de matière analogue à celle qui souille le corps.
L’estomac renferme des mucosités non aérées. Le méconium occupe tout le gros intestin.
Le foie, la rate, les reins, sont dans leur état normal.
Le point d’ossification des condyles du fémur est bien développé. Les deux branches du maxillaire inférieur sont toutes deux cloisonnées par cinq alvéoles bien nettes.
Conclusions. — 1° Le cadavre est celui d’un nouveau-né parvenu au terme normal de la grossesse.
2° Il a respiré, mais pas très largement.
3° La mort est le résultat d’un écrasement de la tête, démontré par les nombreuses fractures des os du crâne. Ces fractures ont été faites pendant la vie.