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Fracture du crâne. Défaut d’ossification du pariétal

Je soussigné, Paul Hronardel, commis par ordonnance de M. E. Desjardins, siibstilut de M. le procureur de la République, cà refî“l de procéder à l'autopsie du cadavre d’un nouveau-né trouvé rue de Madrid, serment préalablement prêté, ai procédé le 29 janvier 1879 à cette autopsie, à l'elfet de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit.

Le corps est celui d’un enfant nouveau-né du sexe masculin, bien constitué. Il pèse 3''*',o20 et mesure S4 centimètres dans sa longueur totale, dont 30 de l’ombilic au sommet de la tête. Il est couvert de taches formées par le méconium et l’enduit sébacé.

Le cordon mesure 20 centimètres, il paraît avoir été arraché ou sectionné par des ciseaux peu coupants.

La putréfaction n’est pas commencée, les yeux sont bleus, ils ont leur consistance presque normale. Les conjonctives ne piésentent pas d’ecchymoses.

Sur la peau de la face, du cou, et du reste du corps, on ne trouve aucune trace de violence.

Sous le cuir chevelu, au niveau de l’union des deux pariétaux et de l’occipital, existe une suffusion sanguine nette à bords arrêtés. Celte suffusion paraît être le reste de la bosse sanguine de l’accouchement. En ce point, le cuir chevelu est œdémateux.

Le pariétal droit dans son tiers supérieur, à 4 centimètres de la suture frontale, présente une fracture allongée, étoilée ; cette fracture aboutit, à son extrémité antérieure, à une lacune osseuse due à une anomalie dans le développement de l’ossification. Cette lacune a environ i centimètre de diamètre, et à ce niveau le périoste et la dure-mère sont en contact immédiat, ils sont infiltrés de sang coagulé; sur le bord frontal du pariétal on trouve deux autres lacunes moins considérables. Ce pariétal est si mince, si fragile, que l’on doit admettre que la fracture a pu être produite par pression contre les parois osseuses du bassin de la mère pendant les efforts de l’accouchement.

L’autre paiiétal est régulièrement ossifié, cependant dans son tiers inférieur, près du temporal, il est très déprimé. 11 n’est pas fracturé.

Le frontal gauche présente une petite lacune analogue aux précédentes, mais moins prononcée.

Les méninges sont un peu congestionnées, l’encéphale est sain.

Les poumons remplissent la cavité thoracique. Ils sont très développés. Le poumon gauche, plus volumineux que le droit, présente des zones de couleur rouge foncé (rouge brique) entrecoupées par des zones gris ardoisé ; sur ces dernières on voit des

petits tractus blanchâtres. A.u niveau des zones ronges, le poumon est très crépitant. A la base du poumon on distingue des ecchymoses sous-pleurales peu abondantes, mais typiques.

Le poumon droit, moins volumineux, est d’un rouge plus sombre que le gauche, il est gris ardoisé, sa plèvre est couverte de petites ecchymoses, il présente en outre des plaques d’emphysème sous-pleural.

Les poumons projetés dans l’eau avec le cœur et le thymus nagent largement, il en est de même de leurs fragments. Ceux-ci pressés sous l’eau laissent dégager de fines bulles de gaz qui viennent faire des plaques de mousse à la surface du liquide.

Le péricarde contient un peu de liquide séreux. Le cœur est vide, ses parois sont couvertes par un peu de sang liquide, assez foncé.

L’estomac contient des mucosités assez aérées. Le foie, les reins, la rate, sont dans leur état normal.

Le méconium occupe les dernières portions du gros intestin.

Les points d’ossification des condyles du fémur sont bien développés. Les deux branches du maxillaire inférieur sont creusées par quatre alvéoles nettement cloisonnées.

Conclusions . — 1° Ce nouveau-né était arrivé à la fin du neuvième mois de la vie intra-utérine.

2° Il a largement respiré.

3° Il ne porte sur la peau du corps aucune trace de violence.

4° La fracture du pariétal droit occupe un point au niveau duquel l’ossification a subi un arrêt de développement. La fragilité de l’os est ainsi devenue telle que la fracture peut s’être produite sous l’influence d’une faible pression, de celle par exemple à laquelle la tête a été soumise pendant les efforts de l’accouchement.

5° Les ecchymoses sous-pleurales ne suffisent pas à prouver que la mort a eu lieu par suffocation.

6° La naissance de cet enfant peut dater de quatre ou cinq jours.

51. Fractures du crâne, fractures de la colonne vertébrale, fractures des côtes, etc. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par ordonnance de M. Desjardins, substitut de M. le procureur de la République, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre d’un enfant nouveau-né trouvé rue de la Victoire, serment préalablement prêté, ai procédé le 31 janvier 1879 à cette autopsie, à l’effet de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit.

Gel enfant noiiveau-né, du sexe féminin, parait bien constitué. 11 pèse 3 kilogrammes, U mesure 53 cenlimètres (30 de l’ombilic au sommet de la tête). Le cordon est adhérent à l’ombilic; il mesure 24 cenlimètres; il est encore frais et son extrémité libre paraît arrachée. Ce nouveau-né présente de nombreuses lividités cadavériques. La cornée des deux yeux est un peu trouble. Les conjonctives forment un cliémosis ecchymotique, mais il n’y a pas d’ecchymoses conjonctivales vraies.

Le nez paraît aplati. Par les narines et la bouche il sort un liquide rougeâtre, sanguinolent.

.Sur la peau de la face, autour des lèvres, on ne trouve pas de trace de violence. Sur le cou à droite, au niveau de la partie moyenne, dans le point qui correspond au slerno-mastoïdien, on aperçoit six à sept petites érosions linéaires dont les plus longues mesurent 3 à 4 millimètres. Elles n’intéressent que les couches les plus superficielles du derme. A gauche, sur la partie correspondante, on voit des érosions analogues. Sur la ligne médiane, en avant du corps thyroïde et dans la région sous-hyoïdienne,se trouvent des érosions semblables, dont une plus grande, presque verticale, reproduit exactement la forme d’un ongle. A la région postérieure du cou, surtout à droite, on voit des érosions de la peau identiques comme profondeur et largeur, mais beaucoup plus grandes, quelques-unes ne mesurent pas moins de 2 centimètres.

Sous ces érosions, dans le tissu cellulaire, on ne trouve pas de suffusion sanguine.

Dans les autres régions, on ne constate pas de trace de violence sur la peau, notamment sur le cuir chevelu et dans le dos.

Les os du crâne 'présentent des fractures multiples.

Le pariétal droit est divisé en deux fragments à peu près égaux par une fracture linéaire, verticale, allant delà suture bi-pariétale jusqu’au temporal.

Le pariétal gauche est fracturé, suivant une ligne qui part de la suture bi-pariétale à 3 centimètres du bord occipital, décrit une courbe passant par la bosse pariétale, et se termine à la suture pariéto-frontale. Elle forme ainsi une courbe à concavité antérieure. Sur le môme os, au niveau de son union avec l’occipital, on trouve une autre fracture, longue de 4 à 3 centimètres, mais celle-ci ne va pas jusqu’à une suture, elle est incomplète, ses fragments restent en contact.

Le périoste qui recouvre ces dernières fractures est détaché, soulevé par du sang coagulé. Les bords des fragments osseux ne sont pas colorés par le sang.

Le frontal gauche est divisé en deux fragments.

A la base du crâne le corps du sphénoïde est divisé d’avant en arrière sur sa ligne médiane en deux portions. La ligne de fracture se continue en arrière, et sépare en deux la base de l’occipital jusqu’au (rou occ'pilal. De la fracture du corps du sphénoïde part en avant et à gauche un trait secondaire qui se prolonge en avant jusque sur la voûte orbitaire gauche. Cette fracture se continue jusque dans le sinus maxillaire du même côté, qui est complètement brisé, ainsi que la voûte palatine.

La portion écailleuse du temporal gauche est fracturée. Le trait de la fracture rejoint celle du corps du sphénoïde en traversant le rocher. Celui-ci est broyé, réduit en morceaux.

La symphyse médiane du maxillaire inférieur est dissociée.

La cavité de l’arachnoïde et les mailles de la pic-mère qui recouvrent les hémisphères cérébraux sont infiltrés de sang coagulé. L’épanchement arachnoïdien est plus considérable à gauche qu’à droite. A la base du cerveau les méninges sont remplies par une couche de sang semi-fluide assez épaisse. Cet épanchement sanguin se continue jusque dans le canal rachidien qui est absolument plein de sang. Dans l’encéphale on ne constate pas de foyer sanguin, mais cet organe est trop altéré par la putréfaction pour qu’on puisse retrouver les caractères des contusions du cerveau.

Ces fractures du crâne si nombreuses, on pourrait dire cet écrasement de la boîte crânienne, résultent très probablement d’un coup unique. La tête reposant sur le sol par son côté droit, un coup porté avec force par une masse contondante pesante ou par le talon d’un pied aurait frappé l’os temporal gauche, celui-ci serait entré par son prolongement, formé par le rocher, à la manière d’un coin et aurait disloqué les os de la base du crâne, et aurait fait éclater tous les os, comme si la boîte du ciâne avait été ouverte au niveau du temporal gauche et écartelée.

La colonne vertébrale présente aussi de nombreuses fractures. La première et la seconde vertèbre cervicale (atlas et axis), la septième cervicale, les première, deuxième et Iroisième vertèbres dorsales, la douzième dorsale, sont brisées, corps et apophyses.

Sous les nniscles de la région dorsale, en dessous du trapèze et du grand dentelé, au-dessus des muscles intercostaux, on trouve une poche remplie de sang à demi coagulé, étendue de la septième vertèbre cervicale à la douzième dorsale. Cette poche mesure 10 centimètres verticalement et 8 centimètres transversalement. Un pareil décollement doit être le résultat de coups multiples, portés avec une extrême violence par un instrument contondant, par un pied par exemp'e.

Les cinq côtes supérieures gauches sont fracturées dans leur tiers postérieur, au niveau de l’angle des côtes.

Les poumons projetés dans l’eau avec le cœur et le thymus surnagent largement. Leurs fragments nagent également, ceux-ci pressés sous l’eau laissent échapper de fines bulles de gaz qui viennent faire de larges taches de mousse à la surface du liquide. Les plèvres pulmonaires, la plèvre diaphragmatique, sont mouchelées d’ecchymoses sous-pleurales multiples. Il en est de môme du péricarde; sur lequel on voit de nombreuses ecchymoses.

Le cœur ne contient qu’un peu de sang fluide.

I.es mucosités de l’estomac renferment des bulles de gaz. Le méconium occupe les dernières parties du gros intestin.

Le foie, la rate, les reins sont sains.

Les os du bassin et ceux des membres ne sont pas fracturés. L’extrémité inférieure et cartilagineuse du tibia droit est séparée du corps de Los au niveau de la ligne épiphysaire.

Les points d’ossification des condyles du fémur sont bien développés.

Conclusions. — l°Get enfant nouveau-né était arrivé à la fin du terme de la vie intra-utérine.

2° Il a largement respiré.

3° Les fractures multiples des os du crâne, de la colonne vertébrale, des côtes, du tibia, prouvent que cet enfant a été broyé par des coups multiples, portés avec acharnement soit par un corps contondant, soit plus probablement avec le pied. L’absence des lésions de la peau au niveau des points sur lesquels ces coups ont frappé doit faire penser que le corps contondant était mousse, et si c’est le pied qu’il n’était pas revêtu de chaussures ayant des talons ou des semelles durs.

4° Cet enfant porte sur le cou des traces évidentes de coups d’ongles ; ces marques ainsi que les ecchymoses sous-pleurales et sous-péricardiques caractérisent une tentative de suffocation ou de strangulation.

0° La naissance peut dater de cinq ou six jours.

52. Fractures du crâne par écrasement. Mutilations. Immersion dans une fosse d’aisances. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par ordonnance de M. Desjardins, substitut de M. le procureur de la République, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre d’un nouveau-né (fosse d’aisances de la maison rue Albouy, 19), serment préalablement prêté, ai procédé le 20 février 1879 à cette autopsie, à l’effet de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit.

P. Brouardel. — L’Infanticide. 18

Le cadavre est celui d’uii enfant nouveau-né, du sexe féminin. Il mesure 47 centimètres et demi (24 de l’ombilic au sommet de la têle). Le cordon est adhérent, il mesure 33 centimètres, son extrémité libre paraît rompue par arrachement.

Le cadavre est dans un état de putréfaction très avancé, il répand une odeur de fosse d’aisances et il est couvert de matières fécales. L’épiderme se détache avec une extrême facilité. Les yeux: ont perdu leur couleur et leur consistance.

Autour de la bouche et sur le cou on ne constate ni érosion, ni écorchure, ni plaie, mais sur le reste du corps on trouve destraces de violences très nombreuses.

La partie latérale droite de la tête présente une plaie, allant du. borddu front jusqu’à la bosse pariétale, elle est dirigée d’avanten arriére, elle mesure transversalement 6 c-'^ntimètres et demi. A son extrémité antérieure, la division est unique; à la partie postérieure, elle se partage en deux, de façon à former un lambeau triangulaire. La plaie intéresse la peau, le tissu sous-cutané, le périoste et les os, qui fracturés laissent voir la cavité cérébrale en partie vidée.

A la face postérieure de l’oreille droite, au niveau du pli formé par la peau au moment où elle passe de la conque de l’oreille sur la région mastoïdienne, on voit une déchirure verticale mesurant 2 centimètres et demi. Cette déchirure n’intéresse pas toutel’épaisseur de la peau, le tissu cellulaire sous-cutané n’a pas une couleur différente de celle du tissu cellulaire placé symétriquement.

Au niveau du bord inférieur des côtes, sur la ligne mammaire,. 011 voit une petite plaie paraissant faite par un instrument piquanl. Elle mesure 7 à 8 millimètres et n’intéresse que les couches superticielles de la peau.

Dans la région dorsale, on trouve deux plaies :

L’une, placée au niveau de la troisième vertèbre dorsale, est piesque transversale et se dirige de la colonne vertébrale vers l’omoplate. Elle mesure 2 centimètres et demi, elle comprend la peau, le tissu cellulaire sous-cutané, les muscles de la région superficielle. En disséquant la région, on constate qu’à ce niveau l’apophyse traiisverse de la troisième vertèbre dorsale est brisée. Les. tissus divisés ne contiennent pas de sang infiltré.

A 2 centimètres et demi au-dessous de cette plaie, on en. trouve une seconde, longue de 1 centimètre, ayant divisé également la peau et les parties superficielles, mais sans infiltration, sanguine.

Sur le bras droit, au niveau du tiers inférieur, à la face posté-

rieure, on trouve une plaie mesurant 3 centimètres, allant jusqu’à riiumérus, cette plaie est reclilij^ne.

Le petit doigt delà main droite est presque entièrement détaché à son union avec le métacarpe, l’os de la première phalange est brisé et le doigt ne tient plus à la main que par le tiers interne de la circonlérence.

A la partie antérieure du membre supérieur gauche, au niveau du pli articulaire du poignet, on voit une plaie transversale mesurant 15 millimètres et comprenant la peau et le tissu cellulaire sous-cutané.

Dans le creux du jarret droit, on trouve une petite érosion de 3 à 4 millimètres qui n’intéresse que les couches superficielles du derme. .

La jambe gauche a été séparée du reste du corps par une section circulaire. La division porte à 3 ou 4 millimètres audessous de l’articulation du genou. Les os n’ont pas été sciés, ils ont été brisés et forment de petites esquilles.

Les os du crâne sont fracturés. Le pariétal droit est divisé en trois fragments par des fractures qui sont réunies par un de leurs angles à la bosse pariétale, une des divisions part de cette bosse et atteint laligne pariéto-frontale, la seconde se dirige en haut et atteint la suture bi-pariétale, la troisième continue la première et va jusqu’à la suture occipito-pariétale. Les fragments osseux sont refoulés dans le cerveau, la dure-mère au niveau des fractures est déchirée.

Le frontal droit présente au niveau de son bord pariétal deux fractures incomplètes, qui mesurent 1 centimètre et demi, mais n’atteignent pas la suture bi-fronlale.

Le pariétal gauche n’est pas divisé en fragments, la bosse pariétale n’est pas fracturée, il reste à ce niveau un espace de 2 centimètres de diamètre intact, mais de ce point comme d’un centre partent six rayons qui vont à la périphérie de l’os et forment ainsi six fractures incomplètes.

La cavité du crâne est ouverte, avons-nous dit, au niveau de la bosse pariétale droite, une partie du lobe droit du cerveau s’est écoulée par celle plaie. Le reste de l’encéphale est dans'un état de [tutréfaction trop avancé pour que l’on puisse y distinguer des lésions.

Les autres cavités, thoracique et abdominale, n’ont pas été ouvertes par les plaies que nous avons notées sur leurs parois.

La trachée est remplie par un liquide roussâlre. Les poumons sont volumineux et présentent à leur surface quelques bulles dé gaz de putréfaction et une ecchymose sous-pleurale au sommet

gauche. Projetés dans l’eau ils surnagent largement. Il en est de môme des divers fragments. Ceux-ci pressés sous l'eau laissent échapper quelques grosses huiles et une grande quantité de fines bulles qui forment des plaques de mousse à la surface du liquide.

Le cœur, la bouche, le pharynx, l’œsophage, le foie, les reins, sont dans leur état normal.

L’estomac contient beaucoup de liquide fortement coloré par les matières fécales.

Les points d’ossification des condyles des fémurs sont bien développés. Les deux branches du maxillaire inférieur présentent quatre alvéoles nettement cloisonnés.

Conclusions. — 1° Ce nouveau-né était arrivé à la fin du neuvième mois de la vie intra-utérine.

2° Il a largement respiré.

3° La mort est le résultat des fractures du crâne et de la lésion de l’encéphale.

4° La forme et la direction des lignes des fractures indiquent qu’elles ont été faites par l’aplatissement de la tète, celle-ci reposant par son côté gauche sur le sol ou sur un corps résistant, et la force vulnérante, corps contondant ou le pied, étant appliquée avec violence sur le côté droit.'

La mutilation de la jambe et les plaies du corps ont été faites avec un instrument tranchant, un couteau et peut-être des ciseaux.

6° L’état de la putréfaction ne permet pas d’affirmer que ces dernières lésions ont été faites pendant la vie.

7° Le cadavre paraît avoir séjourné quinze ou vingt jours dans la fosse d’aisances.

53. Fractures du crâne. Immersion dans les fosses d’aisances.

— 1° Autopsie de Venfant. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Bitte, substitut de M. le procureur [de la République près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 22 juin 1886, ainsi conçue :

« Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 22 juin 1886, par M. le commissaire de police du quartier de la Madeleine, constatant le transport à la Morgue du cadavre d’un enfant nouveau-né, du sexe féminin, trouvé dans une tinette, au n° 67 de la rue de la Boétie.

« Commettons M. le D‘‘ Brouardel, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit. »

Serment préalablement prêté, ai procédé à celte autopsie le 23 juin 1886.

Le cadavre est celui d’un enfant nouveau-né, du sexe féminin, pesant 3'^*^4o0, ayant 57 centimètres de longueur. La putréfaction gazeuse est très avancée. On voit sur la face quelques plaques parcheminées sans suffusion sanguine dans le tissu cellulaire sousjacent.

Le cuir chevelu est recouvert de nombreux petits cheveux. Les ongles aftleurent l’extrémité de la pulpe des doigts.

Le diamètre antéro-postérieur de la tête mesure 110 millimètres et le diamètre transverse 100 millimètres.

Le cordon ombilical mesure 23 centimètres; il paraît avoir été déchiré, il ne porte pas de ligature.

Entre les os du crâne et le cuir chevelu, se trouve un épanchement de sang et de matière cérébrale du volume d’une noix aplatie. Le pariétal gauche présente une ligne de fracture partant de la bosse pariétale, ayant deux lignes principales, une d’elles rejoint directement la suture bi-pariétale, l’autre rejoint la suture occipito-pariétale et se divise, vers le milieu de son trajet, en une branche secondaire qui vient se terminer vers le milieu de la suture pariéto-occipitale, formant ainsi un fragment osseux libre constitué par l’angle supérieur et postérieur du pariétal.

Le pariétal droit présente une fracture identique.

La moitié gauche de l’occipital présente une ligne de fracture verticale partant de la bosse occipitale et se terminant à la suture occipito-pariétale gauche. Cette ligne de fracture présente vers son milieu une ligne de fracture secondaire, qui, après s’être coudée à angle aigu, gagne également la même suture plus près de la ligne médiane.

Les deux frontaux ne sont pas fracturés.

Entre les bords de ces fractures il existe un peu de sang coagulé, ainsi que dans le périoste.

On ne constate aucune lésion ni tumeur du cerveau, du bulbe ou du cervelet. La dure-mère est déchirée au niveau des fractures. Cette rupture a donné issue à la substance cérébrale qui est venue se répandre sous le cuir chevelu.

L’œsophage et la trachée sont sains. Cette dernière ne contient pas de spume bronchique.

Les poumons plongés dans l’eau avec le cœur et le thymus surnagent. Il en est de même des fragments, et ces derniers pressés sous l’eau laissent sourdre des alvéoles de fines, bulles d’air qui viennent se réunir sous forme de plaques de mousse à la surface du liquide. Ainsi pressés et dilacérés sous l’eau ces fragments de

poumons continuent à surnager. Il n’y a pas d’ecchymoses souspleurales.

I.es cavités du cœur sont vides. Les valvules sont saines. Il n’y a pas d’ecchymoses sous-péricardiques.

Le foie est putréfié.

L’estomac contient quelques grammes de liquide brunâtre, exhalant l’odeur de matières fécales. L’examen microscopique de ce liquide nous a permis de constater qu’il était exclusivement constitué par de l’eau contenant de la matière fécale (débris de fibres musculaires et végélales).

La rate est puiréfiée.

Les reins paraissent sains et se décortiquent facilement.

Le méconium occupe les dernières parties du gros intestin. Les intestins plongés dans l’eau surnagent (épreuve de Breslau).

Le maxillaire inférieur possède de chaque côté cinq alvéoles nettement cloisonnés.

Les condyles de l’extrémité inférieure du fémur présentent un pomt d’ossification qui mesure 5 à 6 millimètres de diamètre.

Conclusions. — 1° Le cadavre est celui d’un enfant nouveau-né, vigoureux, du sexe féminin, arrivé au terme normal de la gestation ou à une époque voisine du terme, mais ayant certainement dépassé huit mois et demi de vie intra-utérine.

2° Il a largement respiré.

3° Les fractures des os du crâne, que nous avons constatées sur ce nouveau-né, ont été faites pendant la vie et ont amené la mort.

4“ La présence de matières fécales liquides dans l’estomac prouve que cet enfant était encore vivant lorsqu’il est tombé dans la fosse d’aisances.

2° Examen de la mère. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Merle, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 25 juin 1886, ainsi conçue :

« Vu la procédure en instruction contre la femme B... (Marguerite-Jeanne-Marie T...), détenue, inculpée d’infanticide.

« Commettons M. Brouardel, â l’effet de visiter la femme B... et de constater si elle présente les signes d’un accouchement récent. w

Serment préalablement prêté, ai procédé à cet examen le 3 juillet 1886.

La femme B... (Marguerite), âgée de vingt-neuf ans, est grande et paraît vigoureuse. Elle nous déclare avoir toujours eu une excellente santé, elle affirme n’avoir eu qu’une seule grossesse.

■Celle femme serait accouchée, le 13 juin dernier, d’un enfant à terme. Les douleurs de l’enfantemenl, nous déclare-t-elle, auraient précédé de deux ou Irois heures le moment de l’accoucheinenl. Elle aurait élé prise d’une sorte d’attaque de nerfs et déclare n’avoir conservé aucun souvenir de son accouchement; celle crise aurait duré environ une heure.

Cette femme alhrme n’avoir jamais eu d’autres accidents nerveux. Elle n’est pas anesthésique.

A l’examen des organes génitaux, nous constatons que les différentes parties de la vulve sont actuellement souillées par des peites sanguinolentes, des lochies. La fourchette est déchirée cl n’est pas encore cicatrisée complètement.

Sur le ventre, la ligne brunâtre abdominale est très foncée. On constate un grand nombre de vergetures récentes et parmi elles quelques vergetures blanchâtres paraissent anciennes.

Les seins sont très développés et l’aréole mamelonnaire est fortement piquetée. Par la pression des seins, on fait sourdre un peu de colostrum.

Conclusions. — 1° La femme B... présente actuellement les 1 races d’un accouchement récenl, datant de trois semaines environ.

2° La grossesse de celte femme était arrivée au terme normal ou à une époque voisine du terme.

54. Fractures du crâne. Strangulation. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis porM. Feuilloley, substitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 4 mai 1882, ainsi conçue :

((Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 3 mai 1882 par M. le commissaire de police du quartier de l’Odéon, constatant l’envoi à la Morgue du cadavre d’un enfant nouveau-né du sexe féminin, trouvé derrière l’une des portes de l’église Saint-Sulpice.

(( Commettons M. le D*’ Brouardel, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit. »

Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le C mai 1882.

Le cadavre est celui d’un nouveau-né du sexe féminin. La putréfaction n’est pas très avancée et la rigidité cadavérique a complètement disparu. Sa longueur totale est de 52 centimètres et son poids est 2'^‘i,703. Le cordon est séparé presque au ras de la

peau de l’abdomen et il est impossible de dire s’il a été arraché.

La partie inférieure du corps est couverle de sang desséché et de méconium.

Sur la peau du cou, au niveau des cartilages thyroïde et cricoïde, on constate trois traces de violences, dont deux sur la ligne médiane.

La supérieure, transversale, mesure 1 centimètre et demi de longueur, l’épiderme est détaché à ce niveau et le derme présente un piqueté rougeâtre ayant 2 ou 3 millimètres de hauteur.

La seconde située à 2 millimètres au-dessous de la précédente est légèrement oblique de haut en bas et de gauche à droite, elle mesure 2 centimètres de longueur et le derme présente également un piqueté rougeâtre ayant 2 ou 3 millimètres de hauteur.

La troisième est située à 1 centimètre et demi au-dessous de la précédente, elle part de l’articulation sterno-claviculaire gauche. Elle a la forme d’une estafilade parallèle à la précédente érosion, elle mesure environ 2 centimètres de longueur.

On ne constate pas de suffusion sanguine au niveau de ces plaies, le derme seul est un peu ecchymotique.

Les iris sont bleus.

Autour de la bouche on ne constate pas de traces de violences. Les membres supérieurs présentent une conformation spéciale. Le membre supérieur gauche n’est représenté que par le bras, à l’extrémité inférieure duquel on trouve deux petits os rudimen' taires mesurant environ 2 centimètres de longueur et représentant l’avant-bras. A l’extrémité de ces deux os, on constate très nettement deux doigts ayant chacun trois phalanges distinctes, dont la dernière porte un ongle, et séparés l’un de l’autre par un espace de 1 centimètre environ.

Le membre supérieur droit est constitué comme le précédent, seulement les deux doigts ne sont pas distincts l’un de l’autre. La main est représentée par deux ongles implantés à l’extrémité du membre.

Sous la peau du cuir chevelu, à la partie postérieure de l’occipital, on constate une bosse séro-sanguine.

Les deux pariétaux sont fracturés. Le pariétal gauche présente une ligne de fracture partant de la bosse pariétale, se dirigeant en haut jusqu’à la suture bi-pariétale et présentant en bas, à sa partie antérieure, un petit angle droit,

La fracture du pariétal droit part également de la bosse pariétale et se continue jusqu’à la suture occipito-pariétale.

Ces fractures sont souillées d’un peu de sang à demi coagulé. Les méninges du cerveau et du cervelet sont recouvertes de sang.

Les os de la base du crâne ne sont pas fracturés.

Sur le thymus on constate une ecchymose. Les plèvres diaphragmatiques et pulmonaires ainsi que le péricarde sont le siège de nombreuses petites ecchymoses très nettes.

L’arrière-bouche, le larynx, l’œsophage et la trachée ne contiennent pas de corps étranger.

Les poumons jetés dans l’eau nagent. Pressés sous l’eau, il sort des bronches des mucosités aérées qui viennent se réunir sous foi me de plaque de mousse à la surface du liquide.

Le cœur contient du sang liquide et noir. Les valvules sont saines.

L’estomac contient des gaz et des mucosités aérées.

Le foie est gros, mais sain.

La rate est saine et n’est pas diffluente

Les reins sont sains.

Le gros intestin contient dans ses dernières parties du méconium.

L’utérus est normalement conformé.

Le point d’ossification de l’extrémité inférieure du fémur mesure 3 millimètres de diamètre.

Conclusions. — 1° Le cadavre est celui d’un enfant nouveau-né ayant dépassé le huitième mois de la vie intra-utérine et très probablement à terme.

2° Cet enfant a largement respiré.

3° Il porte sur la peau du cou des traces de violences, produites par l’application violente des ongles, il y a donc eu tentative de strangulation.

4° On constate des fractures des os du crâne. Ces fractures ont été faites pendant la vie et résultent d’une compression fortement exercée sur les deux extrémités du diamètre transversal de la tête.

5° Cet enfant présentait une conformation anormale des deux membres supérieurs, lesquels n’étaient représentés pour ainsi dire que par les bras; l’avant-bras et la main étant à l’état rudimentaire (malformation congénitale).

55. Fractures du crâne. Strangulation. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M.de la Fuye, substitut de M. leprocureur de la République, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre d’un nouveau-né (égout de l’avenue Trudaine).

Serment préalablement prêté, ai procédé le 14 juillet 1878, à cette autopsie, à l’effet de rechercher les causes de la mort et constater tous indices de crime ou délit.

Cet enfant nouveau-né, du sexe féminin, pèse 3 100, mesure

53 centimètres. Le cordon est déchiré à 33 centimètres de son insertion ombilicale. Il ne porte aucune ligature.

La putréfaction est assez avancée. Les rats ont commencé à ronger la joue gauche, la langue et les lèvres au niveau de leurs commissures, ainsi que la plante du pied droit.

Après avoir débarrassé le cadavre des couches de limon qui le recouvrent, nous constatons des traces multiples de coups d’ongles sur la région gauche du cou, sur le bord interne du sterno-mastoïdien, quelques autres à droite, moins nombreux et plus espacés, on en trouve jusque sous l’oreille. La peau, au-dessous des marques placées à gauche, est ecchymosée, infiltrée de sang.

Un des os du crâne, le pariétal droit, est fracturé horizontalement ; autour de la fracture, du sang est épanché, mais la putréfaction a fait transsuder la matière colorante du sang, assez loin du foyer lui-même de la fracture.

L’encéphale réduit en une bouillie visqueuse ne présente pas de lésion actuellement possible à constater.

Les poumons sont volumineux, dilatés, très aérés. Ils ne sont pas tachetés par une seule ecchymose sous-pleurale. Ils surnagent dans l’eau, quand on les projette avec le cœur et le thymus, ou bien séparément, ou après les avoir divisés en fragments. Ces derniers pressés sous l’eau, entre les doigts, laissent échapper de grosses bulles de gaz et de petites bulles, qui se suivent serrées les unes contre les autres pour venir mousser à la surface de l’eau.

La bouche, le pharynx, le larynx, la trachée ne présentent rien à noter.

L’estomac contient du mucus aéré. Les deux tiers inférieurs du gros intestin sont remplis par du méconium.

Le foie, les reins, la rate sont sains.

Les condyles du fémur ont un point d’ossification bien développé.

Condmions. — 1° Cet enfant avait atteint le terme de la vie intrau térine, à la fin du neuvième mois.

2'^ Il a largement respiré.

3° Il porte des traces de violences multiples, fracture du pariétal droit, coups d’ongles autour du cou.

4° L’état de putréfaction dans lequel se trouve ce nouveau-né ne permet pas de préciser quelle est celle de ces lésions qui a plus spécialement déterminé la mort, mais on peut affirmer qu’elles ont été faites pendant la vie et qu’elles prouvent que ce nouveau-né a été soumis à des violences criminelles.

5° La naissance doit remonter à cinq jours environ (soit du 8 au i 0 juillet).

56. Fractures du crâne. Strangulation. — Je soussigné, Paul Orouardel, commis en date du lo janvier 1878, par ordonnance de M. Desjardins, substitut de M. le procureur de la République, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre d’un enfant nouveau-né trouvé dans une cave du passage des Eaux, n° 8, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit.

Serment préalablement prêté, ai pratiqué cette autopsie à la Morgue, le 16 janvier 1878.

Le cadavre est celui d’un nouveau-né du sexe masculin,, il est assez vigoureux, pèse 3’^*', 100, a une longueur totale de 47 centimètres. Il ne présente aucune trace de putréfaction. Il n’existe pas de rigidité cadavérique.

Lapeau ducorps est marbrée par quelques lividités cadavériques plus notables sur les épaules, sur les parties postérieures du tronc et la région frontale droite. La desquamation épidermique n’est pas encore commencée.

Le cordon ombilical, mou, à peine flétri, est long de 12 à 13 centimètres, son extrémité libre est effilée. Il ne porte la trace d’aucune ligature.il a été déchiré et non coupé. En le sectionnant, on constate que les artères ombilicales ne contiennent pas de caillot.

La face inférieure de la peau de l’abdomen et la face interne et supérieure des cuisses sont recouvertes d’une couche peu épaisse de sang desséché, qui est dû à l’écoulement du sang par le cordon non lié.

Les ongles des mains sont bien formés, mais ils affleurent à peine l’extrémité de la pulpe des doigts; les ongles des orteils sont un peu moins longs, ils n’affleurent pas complètement la pulpe.

Sur la peau de la face, il n’existe ni ecchymoses ponctuées, ni écorchures, ni traces de coups d’ongles. On trouve seulement un peu au-dessus de la bosse frontale gauche une petite plaie ayant à peine 2 millimètres de largeur, n’intéressant pas toute l’épaisseur du derme, ne contenant aucune infiltration sanguine dans ses lèvres.

Les conjonctives Représentent aucun piqueté ecchymotique, les yeux ne sont pas affaissés, si onles déprime, ils reprennent d’euxmêmes leur forme.

La peau du cou est parcourue dans toute sa circonférence par un sillon, dirigé de haut en bas et d’arrière en avant, un peu plus élevé du côté droit que du côté gauche. Ce sillon est blanc, nacré.

très net et entouré de deux peliles lèvres saillantes. Il n’a pas plus de 2 millimètres de large. Ses caractères ne se modifient pas parla pression du doigl.

Au-dessus de ce sillon blanc et étroit, on observe une trace circulaire rouge, plus marquée en arrière et en avant sous le menton, moins marquée sur les parties latérales. Ce sillon n’est pas déprimé comme le précédent, il n’est visible que par le changement de couleur de la peau.

Sur le trajet d’une ligne verticale qui descendrait de l’oreille droite au-dessous du sillon blanc, on voit une petite plaque parcheminée de quelques millimètres d’étendue qui touche presque ce sillon.

En disséquant la peau de la région du cou, on ne trouve dans les muscles, en particulier dans le sterno-mastoïdien, autour du larynx, aucune tache de sang ; au niveau du sillon blanc, la peau est transparente.

Examen des parties profondes. — La lêle prise entre les mains présente une consistance molle et en agitant les doigts on obtient la sensation que donnerait un sac de noix.

La peau de la région crânienne ne présente aucune solution de continuité; en la disséquant, on trouve à droite, le pariétal droit fracturé. Cette fracture est double, une des branches parcourt tout le pariétal, depuis son bord occipital jusqu’à son bord frontal. Cette fracture divise l’os en deux portions, supérieure et inférieure, à peu près égales. Du milieu de cette ligne part une deuxième fracture qui dirigée vers l’angle antéro-supérieur du pariétal touche presque la fontanelle antérieure. La partie interne de cette fracture baigne dans du sang épanché en quantité assez considérable, mais non réuni en caillots.

La région pariétale gauche présente des lésions analogues, mais sans fracture de l’os. La face externe du pariétal est surmontée par une poche sanguine ayant le volume d’une noix, et en contact immédiat avec l’os qui est séparé par cette poche de son périoste. La membrane qui unit le pariétal au temporal est largement rompue, et il sort par cette rupture de la matière cérébrale. En enlevant les os du crâne, on constate qu’au niveau du pariétal gauche la dure-mère est séparée de l’os pariétal par un épanchement de sang, qui a ainsi que celui qui forme la poche placée audessous du pariétal une consistance sirupeuse.

Les autres os du crâne ne sont pas fracturés et il n’y a rien à noter.

L’encéphale n’est pas putréfié, mais le lobe gauche du cerveau est réduit en bouillie. Son tissu est mélangé avec le foyer sanguin

précédemment décrit. Le lobe droit est plus ferme, on distingue facilement sa texture. Il est recouvert par un large épanchement sanguin infiltré dans les mailles de [la pie-mère.

Appareil respiratoire. — En ouvrant la bouche et en détachant l’os maxillaire par une double incision, on ne constate de lésion ni sur le palais, ni dans Farrière-gorge.

Les poumons, examinés en place après ouverture du thorax, recouvrent en partie le cœur et le thymus, ils sont d’un rouge assez vif et parcourus par de larges marbrures, les unes plus rouges, les autres blanchâtres. Ils n’offrent pas de trace d’emphysème interlobulaire et aucune apparence d’un commencement de putréfaction.

Sur le bord antérieur et à la partie interne du lobe inférieur droit et sur la face diaphragmatique du lobe moyen, on remarque de petites ecchymoses sous-pleurales ponctuées.

Sur la face diaphragmatique du lobe inférieur gauche, on trouve des ecchymoses de même nature, mais un peu plus étendues. Pas de noyaux apoplectiques. ^

Détachés avec le ,cœur et le thymus et projetés dans l’eau, les deux poumons nagent à fleur d’eau. Chacun des poumons, séparé du cœur et du thymus, nage en laissant hors de l’eau un tiers de son volume.

Le larynx, la trachée et les grosses bronches sont rouges et leur muqueuse est tapissée par du mucus aéré non coloré.

Le cœur est sain, les cavités ne contiennent qu’un peu de sang fluide, il n’y a d’ecchymose ni sur le péricarde, ni sur l’endocarde.

Abdomen. — L’estomac est complètement rempli par une masse muqueuse, transparente, non sanguinolente et ne contenant pas de bulles d'air. Le foie est volumineux, très coloré.

L’intestin grêle est vide. La moitié gauche du côlon transverse, le côlon descendant et les dernières parties du gros intestin sont remplis par du méconium.

Squelette. — Le bord supérieur du maxillaire inférieur détaché par un coup de ciseau met à nu les quatre alvéoles nettement circonscrits par un cloisonnement complet.

Les points d’ossification des condyles inférieurs des deux fémurs n’ont pas encore apparu.

Discussion. — 1° Le cadavre est celui d’un nouveau-né qui n’est pas encore complètement à terme, puisc^ue les points condyliens des fémurs n’ont pas encore apparu, que les ongles ne dépassent pas la pulpe des doigts ; mais ce nouveau-né a plus de huit mois et demi de vie intra-utérine, puisque le cloisonnement des alvéoles du

maxillaire inférieur esl terminé, que le méconium est collecté dans les dernières parties du gros intestin. Son poids, sa longueur, son apparence, sont ceux d’un enfant vigoureux.

2° L’enfant a largement respiré, ainsi que le prouvent les diverses épreuves dociniasiques.

3° La mort résulte de l’écrasement du crâne et de la strangulation.

La double fracture du pariétal droit et les épanchements sanguins des deux régions pariétales résultent de violences criminelles faites pendant la vie La projection d’un lieu élevé aurait pu produire une fracture après la mort, mais n’aurait déterminé de lésion que d’un seul côté, celui de la chute, et cette projection n’aurait pas été suivie d’épanchement de sang collecté en foyer, ayant décollé le périoste et dissocié la substance cérébrale. La symétrie des lésions, fracture d’un pariétal d’un côté, déchirure de la membrane d’union du pariétal et du temporal du côté opposé, la quantité du sang épanché, prouvent que la tête a été écrasée pendant la vie entre un corps contondant et un autre résistant.

Le sillon blanc, nacré, résulte de l’application d’un lien étroii, tel qu’une ficelle, autour du cou. La ligne rougeâtre placée audessus n’a pas été produite par un lien analogue, elle pourrait être la trace qu’aurait laissée le cordon enroulé autour du cou, mais dans toute hypothèse ce second sillon, vu la texture de la peau, qu’il n’a pas altérée, n’est pas comme le premier le fait de l’application d’un lien fortement serré.

La petite plaie de la peau du front n’a pas ses lèvres infiltiées de sang et a. pour cause quelque déchirure ou ipiqùre post mortem.

La durée de la vie n’a probablement pas été longue, car les artères ombilicales ne contiennent pas de caillots, l’estomac esl rempli d’un mucus non aéré, il n’y a donc pas eu de mouvements de déglutition, et il n’est pas sorti de méconium bien que l’anus fut perméable, et la desquamation épidermique n’est pas commencée.

La conservation du cadavre, l’état des yeux notamment, font penser que la mort ne doit remonter au plus qu’à trois ou quatre jours.

Conclusions. — 1° Le cadavre est celui d’un nouveau-né, avant

plus de huit mois de vie intra-utérine et moins de neuf.

2° L’enfant a largement respiré, ainsi que le prouvent les diverses épreuves docimasiques.

3° La mort résulte de violences criminelles, fracture et écrasement du crâne, exercées pendant la vie.

4° L’enfant a du être tué peu de temps après sa naissance.

5° La mort ne date pas de plus de trois ou quatre jours.

INFANTICIDES PAR PLAIES

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