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Quelles personnes commettent des infanticides

D’un rapport présenté en 1880 par le ministre de la justice, rapport dressé sur des documents d’une authenticité absolue par M. Yvernès, qui était alors directeur de la statistique, il résulte que pendant un demi-siècle, de 1831 à 1880, les cours d’assises de France ont été appelées à se prononcer sur 8568 accusations d’infanticide.

En voici la progression par périodes quinquennales :

1831-35 ou

a jugé 471

infanticides 94

par an.

L’augmentation a donc été continue pendant les trente premières années. Le chiffre a fléchi au moment de la guerre de 1870, sans doute à cause des difficultés qu'ont rencontrées les enquêtes de la-justice. Les nombres restent ensuite à peu près stationnaires. Malheureusement cette diminution semble purement apparente.

En effet fa loi du 13 mai 1863, en réduisant à un simple délit la suppression de l'enfant lorsqu’il n'est pas établi que celui-ci a vécu ou lorsqu’il est établi qu’il n’a pas vécu, a donné aux parquets et aux juges d’instruction la possibilité de déférer aux tribunaux correctionnels des infanticides qui auraient antérieurement été envoyés aux cours d’assises.

En 1892, dernière année pour laquelle les statistiques complètes ont été publiées, il y a eu aux assises 1-18 affaires d’infanticide comportant 163 accusés ; 72 ont été acquittés, 58 condamnés aux travaux forcés à temps, 17 punis de plus

d’un an d’emprisonnement, 14 condamnés à moins d’un an, une accusée a été punie delà réclusion, une autre, une jeune fille de quatorze ans, a été internée dans une maison de correction.

Somme toute, en France le nombre des infanticides a presque triplé depuis 1830. Pourquoi?

Est-ce’ à cause de l’indulgence du jury ? Je ne crois pas qu’une fille mère, dans l’instant où elle tue son enfant, pense à bénéficier de cette indulgence. Elle est possédée par une seule préoccupation : cacher son déshonneur.

Est-ce à cause de la suppression des tours? Ici, Messieurs, nous nous trouvons en présence d’une littérature extraordinairement étendue. Les avis sont absolument partagés, les uns accusent la disparition des tours de tout le mal, les autres ne lui reconnaissent au contraire aucune influence.

M. Socquet (1) a fait une étude très complète de la question des tours au point de vue de l’infanticide. Il se dégage de cette étude un fait très curieux et très intéressant. Dans les grandes villes, Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, etc., la suppression des tours n’a absolument rien changé à la situation ; le nombre des infanticides est resté le même. Dans les pays agricoles au contraire, il a augmenté. La raison de cette différence est facile à découvrir. Les mères qui tuent leurs enfants forment deux catégories nettement tranchées. A la première appartiennent ces filles mères, qui sachant qu’elles seraient déshonorées par une grossesse, ont lutté jusqu’au bout pour la dissimuler et y sont parvenues. Jamais elles ne consentiront, au moment de leur accouchement, à confier leur enfant à une tierce personne qui le déposerait dans un tour. Leur déshonneur deviendrait public.

Je passe h la seconde catégorie : Dans certaines de nos provinces, la naissance d’un enfant illégitime n’est pas considérée comme un déshonneur pour lanière. Mais cet enfant c’est une bouche en surcroît à nourrir ; tant que les tours

(I) Socquet, La Criminalité en France.'Thèse ioaugurale, 1893.

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