Y A-Ï'IL EU INFANTICIDE
Messieurs, quand une fille, primipare, accouche clandestinement, elle est épuisée. Songez quelle subit les douleurs de Tenfantement sans pousser un cri, sans proférer une plainte, sans faire un mouvement; quelquefois elle est accouchée dans une chambre où couche une autre personne, qui n’a rien entendu. Elle est fatiguée, elle n’en peut plus; l’enfant, demeuré entre ses cuisses, ne crie pas; elle demande qu’il passe inaperçu, elle ne désire pas autre chose, elle laisse faire. Entre ce laisser faire et la volonté de tuer il y a une différence considérable ; je vous en préviens afin que vous ne vous trouviez pas entraînés, malgré vous, en employant un terme impropre à charger inconsciemment la fille mère dans la rédaction de votre rapport.
Dans certains traités de médecine légale qui ont paru avant le moment où Tardieu a publié ses remarquables études (1), les auteurs ont confondu V avortement Qi Vinfantîcide. Je n’ai pas besoin d’insister sur la différence qui existe entre ces deux actes. 11 suffit de rappeler qu’une femme peut être poursuivie à la fois pour crime d’avortement et crime d’infanticide; voici dans quelles circonstances: Une femme enceinte de sept mois se fait avorter. Elle met au monde un enfant vivant ; l’enfant crie ; elle Tétrangle. 11 y a deux actes criminels consécutifs, avortement et infanticide. Ce sont bien deux actes absolument distincts.
Vous n’avez donc pas à vous immiscer dans la question de savoir si la mère a eu ou n’a pas eu la volonté de tuer. Vous indiquerez dans votre réponse au juge d’instruction quel était l’état du petit cadavre ; vous direz quel était l’âge de l’enfant, s’il a ou s’il n’a pas vécu et de quelle façon il a succombé.
(1) Tardieu, Étude médico-légale sur l’avortement ^ 4® édition, Paris, 1888. — Étude médico-légale sur l'infanticide, 2® édition, Paris, 1880, p. 4.