‹ L' infanticide par l'immersion dans les fosses d'aisancesChapitre 11 sur 14 · II. Considérations préliminaires · texte numérisé non relu

II. Considérations préliminaires

Comme nous l’avons montré en traitant de l’infanticide en général, il ressort de la statistique élevée par M. le professeur Tardieu, que l’infanticide par immersion dans les fosses d’aisances lient, par ordre de fréquence, surtout dans les grandes villes, le deuxième rang parmi les divers genres de ce crime; cependant, l’immersion dans les latrines n’est, dans bien des cas, que le moyen par lequel la mère dénaturée cherche à faire disparaître le cadavre de la victime après avoir donné d’une autre fëçon la mort au nouveau-né. Toutefois, un grand nombre d’enfants sont précipités très-manifestement vivants et doivent leur mort à la submersion dans les matières stercorales, ou à l’action toxique des gaz délétères des fosses, si la submersion n’a pas eu lieu, l’enfant étant retenu à la surface par une couche plus ou moins solide de ces matières.

Caractères du cadavre. — Le cadavre d’un enfant nouveau-né, retiré d’une fosse d’aisances, après y avoir séjourné un temps un peu prolongé, a un aspect tout à fait caractéristique. L’odeur qu’il exhale est toute particulière, non franchement celle de matières fécales, mais âcre et singulièrement pénétrante comme le remarque M. Tardieu. La couleur des téguments dépend de la durée de l’immersion, si elle ne date que de quelques jours, les téguments sont d’un blanc verdâtre, comme plombés, blafards. Plus tard, la couleur devient plus foncée, brune ou tirant sur le vert grisâtre; cette couleur est toujours répandue uniformément sur toutes les parties du corps. — Les os prennent une couleur brune presque noire.

Il est important de remarquer que les cadavres d’enfants nouveau-nés, précipités dans les latrines, résistent très-longtemps à la putréfaction, et que cette putréfaction ne s’accompagne pas d un grand dégagement de gaz putrides, et ainsi le volume du corps n’a pas notablement changé. Les parties molles, après un séjour plus

ou moins long, subissent une dégénérescence graisseuse et se dissocient graduellement. Le cadavre dc’un fœtus ayant ele trouvé dans le conduit d’une fosse d’aisances d’une maison de campagne, aux environs de Paris, M. Boys de Loury, chargé d’en faire l’expertise, constata, outre que l’enfant était né à terme et du sexe féminin, qu’une partie de la peau était d’une couleur verdâtre et transformée en une matière savonneuse, incrustée de tubercules blancs de souscarbonates de chaux (caractères déjà indiqués par Orfila), arrondis, élevés en forme de pustules, d’excroissances ou de végétations présentant en certains points une cristallisation amorphe et diffuse. L’époque où le cada vre aurait été jeté dans le tuyau n’a pas pu être déterminée, mais elle était déjà très-éloignée.

Quel que soit le degré de la décomposition du cadavre, il exhale non pas l’odeur de la décomposition putride, mais celle des vidanges et des fosses en réparation.

La disposition des latrines dans lesquelles a été jeté l’enfant, présente Une importance considérable dans ce genre d’infanticide. M. le professeur Tardieu donne le précepte, que « l’expert ne doit jamais manquer de se faire exactement renseigner à ce sujet, soit qu’il visite lui-même les localités, ce qui est indispensable dans certains cas, soit qu’il demande la communication des; procès-verbaux: et des plans dressés par les officiers de police judiciaire on par des hommes spéciaux. (2) » L’enfant étant jeté, tombe sans choc dans les fosses qui sont largement ouvertes, comme cela se voit à la campagne, au rez-de-chaussée, dans les cours de certaines maisons des faubourgs, habitées par les populations pauvres et dans quelques pays. — Mais, dans les grandes villes de France, à chaque étage de la maison, se; trouvent dès latrines pourvues d’une cuvette conique,

(1) Boys de Loury. Rapport sur un infanticide, Annales d’hygiène publique et de médecine légale, 2. série, t'. XY, p. 210.

{¥} Tardieu, loc. eit., p. ISO.

terminée, à sa partie inférieure, par une lunette plus ou moins étroite, librement ouverte ou garnie d’une soupape, à laquelle aboutit un tuyau de Fonte, de poterie ou de maçonnerie, qui directement ou par branchement à angle plus ou moins aigu, conduit les matières dans la fosse. Supposons que l’on jette un enfant dans de pareilles latrines, qu’arrivera-t-il ? D’abord, si les dimensions de la tête dépassent celles de la lunette, malgré la flexibilité et la mobilité des os du crâne, elle ne peut franchir l’orifice rétréci que forcée par la main meurtrière, alors elle est déformée et meme ecrasee, les os du crâne sont fracturés. .Une fois la lunette franchie, I enfant a à par* courir toute la longueur du conduit à parois dures et quelquefois inégales, qui déterminent sur le corps des lésions plus ou moins graves, plus ou moins complexes, comme des traces de frottement, des excoriations, des déchirures, principalement sur les régions proéminentes : à la face, aux épaules, aux coudes, aux genoux ; ces diverses lésions, par leur direction et leur forme, peuvent éclairer, jusqu’à un certain point, l’expert, en indiquant 1 extrémité du corps qui a précédé l’autre.

Quelquefois, on ne trouve dans les fosses que des cadavres incomplets ; cela vient de ce qu’on les a mutilés en les coupant en morceaux pour faciliter leur passage dans le tuyau de conduite.

Toujours les cadavres sont souillés par les matières contenues dans le tuyau de ta fosse, et elles adhèrent surtout sous les ongles et dans les plis delà peau. Si l’enfant a été plongé dans ces matières, elles pénètrent dans les narines, dans la bouche et même jusque dans l’estomac. Dans l’expertise médico-légale du cadavre d enfant retiré d’une fosse d’aisances, il faut examiner toujours avec grande attention l’état du cordon ombilical, car dans aucune circonstance, cet examen ne fournit d’indications plus précieuses; on doit surtout considérer si le cordon est coupé ou rompu, et s il est rompu, m diquer dans quelle partie de la longueur, si c’est à une des extrémités, ombilicale ou placentaire, si le placenta lui adhéré, ce qui montre que l’enfant et le placenta ont été expulsés en meme temps.

Dans cette expertise, le médecin légiste, se basant sur une connaissance approfondie des faits et sur un examen attentif du cadavre, doit constater : si l’enfant a été jeté dans la fosse vivant ou mort, et comment il a péri; et s’opposer aux allégations presque toujours mensongères de la plupart des accusées, qui prétendent que l’enfant est tombé fortuitement dans la fosse pendant quelles se trouvaient sur les lieux d’aisances pour satisfaire un besoin de défécation. Par conséquent, le magistrat peut poser à l’expert les questions : Si l’enfant a été jeté vivant dans la fosse, et s’il a pu tomber par accident dans les latrines au moment de l’expulsion.

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