AVANT-PROPOS
Si l’on considère la multitude des travaux récemment publiés au sujet des apoplexies utérines et ovariennes, on peut se montrer étonné de la pauvreté de la littérature en ce qui concerne l’infarctus tubaire, considéré bien à tort comme un accident très rare et en tout cas toujours noyé dans la riche symptomatologie des apoplexies génitales. L’apoplexie tubaire ne mérite pas ce manque d'intérêt. C’est un accident fréquent et sans nul doute sa fréquence serait plus grande encore si un examen histologique minutieux des pièces opératoires savait le découvrir parmi ‘tous les cas étiquetés « torsion survenue sur une trompe saine et secondairement infarcie ». D’un autre côté, si l'anatomie des organes pelviens légitime sa coexistence fréquente avec des lésions comparables de l’ovaire ou de l’utérus, l’apoplexie tubaire peut se présenter, opératoirement du moins, comme un accident isolé, méritant à ce titre une juste autonomie dans la symptomatologie utéro-annexielle, autonomie d’autant” plus nécessaire que d'apparition brutale du syndrome, faisant évoquer bien des urgences abdominales, ou au contraire la constitution d’un tableau simulant des accidents de grossesse ectopi-
que, obligeront bien souvent le chirurgien à intervenir.
Ce sont deux vérifications opératoires de l'affection, faites par notre maître le Docteur SÉGUY, qui nous ont amenés à entreprendre ce travail. Nous tenons tout d’abord à le remercier de l’aide précieuse qu’il nous a
apportée. Tous nos remerciements vont également au Docteur DELARUE, qui nous a fourni de très utiles renseignements, ainsi qu’une étude histologique très précise des pièces opératoires, et que nous voulons assurer ici, pour son aide si bienveillante, de toute notre reconnaissance.
Nous n’entendons pas décrire d’une façon scrupuleuse les accidents cliniques observés, accidents qui se rapportent à des degrés divers au tableau désormais parfaitement classique des hémopéritoines génitaux non gravidiques. Eliminant d’autre part du cadre de ce travail les infarctus tubaires de diagnostic étiologique évident, nous n’étudierons que le syndrome bien défini d’infiltration tubaire hémorragique d'apparence primitive, dont nous nous attacherons à préciser la pathogénie et les caractères anatomo-pathologiques.
Certes, nous ne nous dissimulons pas que hormis les deux cas qui ont motivé cette étude, le caractère d’imprécision de plusieurs des observations relatives au syndrome, exposera nos idées à bien des critiques. Les comptes rendus ne font en effet pour ainsi dire jamais état de la date de survenue des accidents par rapport au cycle menstruel, alors que nous verrons précisément limportance primordiale revêtue dans leur genèse par les poussées congestives cycliques utéro-annexielles. Et c’est là, en définitive, dans sa relation avec les troubles de l’équilibre neuro-hormonal de l’organisme féminin, que réside l'intérêt majeur de l’étude du syndrome d’apoplexie tubaire.