SA FRÉQUENCE
L’infarctus pulmonaire des artério-scléreux se complique de façon presque constante d’épanchement pleural. Cette notion n’est pas nouvelle. C’est Bucquoy, en 1882, qui dans un très important article y insista le premier en même temps qu’il fait la première étude détaillée des épanchements des cardiaques que depuis GRISOLLE (1865) on connaissait.
Etudiant ce qu’il appelle les complications respiratoires de la cachexie cardiaque, il fait une large place à la pleurésie qu’il distingue bien de l’hydrothorax et à laquelle il reconnaît deux causes déclenchantes : refroidissement, d’une part : « la cause la plus fréquente des pleurésies secondaires dans les maladies du cœur est comme dans la pleurésie aiguë et accidentelle, le refroidissement ».
Mais il ajoute aussitôt : « en dehors de cette cause en quelque sorte banale, il en est une autre plus spéciale aux pleurésies consécutives aux affections cardiaques et que je m'étonne de ne voir signalée nulle part: cest l'influence des infarctus êt des hémorragies pulmonaires ».
Et ce qui nous intéresse ici particulièrement : « il
Da
semble résulter des faits nombreux que j’ai pu observer que ces pleurésies ne se rencontrent pas seulement dans la période cachectique proprement dite des malades du cœur, mais aussi à une époque beaucoup moins avancée de la maladie, en dehors des phénomènes ordinaires de l’asystolie; en second lieu il m’a semblé également que cette complication appartient plutôt aux lésions cardio-aortiques qu’à l’affection mitrale ».
Mais avant Bucouoy, déjà de nombreux auteurs s'étaient intéressés à l’épanchement dans les infarctus pulmonaires. Nous n’en citerons que quelques-uns :
VULPIAN, dans son cours à la Faculté en 1869 dit avoir observé un assez grand nombre de pleurésies chez les vieillards de la Salpêtrière et avoir presque toujours trouvé chez eux un infarctus sous-pleural.
DucuEr, en 1872, attribue l’épanchement à un infarctus superficiel.
TROUSSEAU, en 1877, s'intéresse à la pleurésie qui « sans dépendre de l’affection du cœur à la façon de l’hydrothorax est liée directement à cette affection. C’est l’apoplexie pulmonaire qui a servi d’intermédiaire entre la maladie du cœur et l’épanchement: pleural, non pas qu’il y ait eu rupture de la plèvre viscérale et épanchement sanguin dans la cavité du thorax (l’absence de coloration du liquide ile démontre), mais quelques foyers superficiels ont pu irriter la plèvre et déterminer l’exsudation séreuse ».
MüLLER, dans sa thèse en 1891, consacrée à la pleurésie de l’artério-sclérose, qu’il considère comme fré-
EN SQN ER
quente, et au milieu d’autres causes supposées sur lesquelles nous reviendrons, fait une large place aux infarctus hémoptoïques sous-pleuraux.
Reprenant les idées de Bucquoy, FABRE, en 1895, reconnaît à la pleurésie qui peut survenir chez les cardiaques aortiques ou mitraux indépendamment du rhumatisme, 2 causes : le refroidissement et l’apoplexie pulmonaire.
Rappelons enfin que CHARCOT a dit que presque toutes les pleurésies du vieillard étaient dues à un infarctus.
Aujourd’hui, la fréquence de la pleurésie dans l’infarctus est indiscutée; ce qu’on discute encore c’est si la fréquence est plus grande dans les cardiopathies artérielles ou chez les mitraux, et les opinions sont divergentes; la tendance générale a longtemps été de faire des cardiopathies mitrales les causes les plus fréquentes : DuGuET, BUDIN, BARIER, ROUBIER ont soutenu cette opinion. Par contre, HUcHARD, comme Bucquoy accordait la plus grande fréquence aux épanchements des cardiopathies artérielles. BoINET, sur 386 autopsies d’aortite chronique trouve 56 épanchements. SAINT-AUBERT, en 1920, sur 44 épanchements, trouve 7 cardiopathies artérielles et 16 cardionéphroseléroses.
JoLy, dans sa thèse, insiste sur la frêquence du cœur sénile dans les épanchements des cardiaques. Sur 82 cas, 32 devraient être rattachés à cette cause. «
Ce qu’il faut retenir en particulier du travail de Jocy, c’est que jusqu'alors on ne faisait guère de diffi-
cultés pour mettre presqu’à tout coup l’épanchement pleurétique sur le compte de l’infarctus :
DuGuET, puis RÉNON, puis VAQUEZ, ainsi que BEZAN- GoN et DE DonG soutiennent cette opinion. Joy s'élève contre cette notion et souligne la rareté de l’infarctus aux vérifications anatomiques pratiquées : « l’infarctus du poumon est très rarement à l’origine des épanchements pleuraux des cardiaques ».
Il n’a trouvé en effet que sept infarctus sur ses 82 cas. |
La thèse d’ANTONELLI, contemporaine du travail de Joy donne la même notion : 4 infarctus sur 24 pleurésies.
Donc, ne discutant pas la quasi constance de la pleurésie de l’infarctus, ils nient la fréquence de celui-ci à l’origine de la pleurésie.
De même Lacroux, dans les conclusions de sa thèse signale que « linfarctus pulmonaire lui paraît jouer, dans la pathogénie de la pleurésie des cardiaques, un rôle plus effacé qu’il n’est classique de l’admettre. Il n’existait en effet que dans 23 % des cas à l’autopsie de ses malades ». Il dit que dans plusieurs cas d’épanchement pleural bilatéral, lautopsie n’a montré l’in- farctus que d’un seul côté.
Dans certains cas enfin d’épanchement unilatéral, l’infarctus dit-il se trouve localisé du côté où il n’y
avait jamais eu de liquide.
Ris