OBSERVATION IX
{Archives générales de neurologie 1900.)
B .., vingt-deux ans, originaire de la Loire, soldat aux batteries à cheval du 6trégiment d'artillerie, entre à l'hôpital militaire d'instruction Desgenettes, le 18 septembre 1897, pour dothiénen-
térie classique, avec prostration, céphalalgie, bourdonnements
d'oreilles, épistaxis, éruption de taches rosées, séro-diagnostic positif. Mère rhumatisante, sujette à des bouffées de chaleur ; il dit avoir un oncle mort de mort subite, étouffé en courant après des bœufs échappés : cet oncle se plaignait de son cœur depuis plusieurs années, il ne pouvait se livrer qu'à de petits travaux. Grand'mère et tante affectées de goitre. Lui-même, à l'âge de seize ans, eut une première attaque de rhumatisme articulaire aigu, puis quelques acces de tachycardie avant sa maladie actuelle, toutes les fois qu'il montait à cheval. En 1897, il avait eu l'influenza ; vers la même époque, il fit une chute de 3 mètres de hauteur, qui n'eut pas de suite, Le 3 février 1897, il avait fait une première entrée à l'hôpital Desgenettes, où 1l avait élé soigné jusqu au 2» mars de la même année pour une attaque de rhumatisme compliquée d'endocardite, dont il ne resta aucune trace. Il eut alors un congé de convalescence,
Cette fièvre typhoïde suivit un cours très régulier, sauf que, pendant la convalescence, il s'établit une tachycardie tenace, allant au début jusqu'à 150 battements à la minute, puis oscillant entre 110 et 120.
Cette complication attira l'attention vers le 23 ou 24.octobre ; elle fut traitée par 4 grammes de bromure de potassium et des bains tièdes quotidiens d'une demi-heure, il n'y avait ni albuminurie ni hypertrophie du cœur. Le 10 novembre, le pouls est à 112, il fut commencé un traitement par un demi-milligramme d'atropine par jour et le surlendemain 12, on s'aperçut pour la première fois d’un léger trenfblement des mains, les réflexes étant normaux.
Sa situation était en l’état, avec quelques palpitations par intermittence, et l'administration d'un peu de sulfate de soude, en raison de l’ancienne détermination rhumatismale sur le cœur, lorsque, le 29 novembre, en pleine convalescence de sa fièvre typhoïde, le malade attira l’attention sur son cou qui avait démesurément grossi, il ne pouvait pas boutonner le col de sa chemise. On constata, en effet, l'existence d'un goitre de volume modéré, souple, sans kystes, ne présentant aucun souffle à l’auscultation avec le stéthoscope, c'était une tuméfaction assez appré-
ciable, suivant la trachée dans les mouvements de déglutition. Il ne fut pas possible de savoir si B... avait quelque commencement de goitre avant la tuméfaction actuelle de sa thyroïde. Pas de douleur spontanée ou provoquée. Pas de réseau veineux superficiel. Aucun indice de fluctuation ni de ramollissement. Il persistait un tremblement oscillatoire très fin des mains, et on pouvait constater, en même temps, un éclat du regard très notable sans exophtalmie considérable. Les autres signes de la maladie de Basedow, signes de Graefe et de Mœæbius, faisaient défaut ; mais le malade avait des bouffées de chaleur le surprenant subitement dans la soirée, et accompagnées quelquefois d'hyperthermie objectivement constatable. La mensuration du cou, en extension, donnait 43 centimètres de circonférence, à 8 centimètres au-dessus de la fourchette sternale.
Cet état demeura sans grande modification jusqu'au 9 février 1898 où le malade sortit de l'hopital militaire Desgenettes pour aller en congé de convalescence de trois mois. Pendant ce temps, il fut possible de constater à diverses reprises l'émotivité anormale de B... qui, par exemple, s’affectait jusqu'au point d'en avoir les larmes aux yeux du départ d'un voisin de ht. De plus, il désespérait facilement de sa situation, disant qu'il avait toujours souffert de palpitations, mais que celles-ci s'étaient exaspérées depuis sa fièvre typhoïde, qu'il ne guérirait jamais, etc.
Le volume du goitre, malgré de nombreuses tentatives thérapeutiques, resta à peu près stationnaire, Le pouls persista également aux environs de 90-110 pulsations. Le cœur ne présenta jamais de signes d'affaiblissement ni de dilatation. Toutefois, surtout dans la période terminale de ce second séjour à l'hopital, il s'établit des intermittence perçues par le malade et quelquefois par le médecin qui n'étaient jamais bien tenaces et survenaient surtout le matin. De (emps en temps de violentes crises de palpitations venaient, au dire du malade, compliquer ce tableau ; mais elles n'ont jamais été constatées objectivement.
Parlois un peu d'œdème prétibial provoqué surtout par les efforts du malade pour marcher.
Le tremblement oscillatoire menu des mains persista jusqu'à
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la fin du séjour de B... à l'hopital. L'urine ne présenta jamais ni sucre ni albumine.
Le traitement varia à diverses reprises à cause de l'échec de toutes les thérapeutiques employées. Successivement B. fut soumis au régime des bains tièdes prolongés, avec 2 grammes de bromure de potassium par jour, puis 3 grammes d’iodure de potassium, à des badigeonnages de teinture d'iode, il fut également fait des applications locales de glace sur ce goitre et des lotions froides générales sur le tégument. Enfin, le 2 janvier, on institua le traitement par la glande thyroïde du mouton dont le malade absorba tous les Jours deux lobes, sauf pendant une angine intercurrente, Ce traitement n'eut d'autre effet que de causer à B... un amaigrissement de 9 kilogrammes, C’est dans cet état que Je 9 février 1898 il quitta l'hôpital pour aller en congé de convalescence de trois mois, ‘
Pendant ce congé, il continua à se plaindre, dans les lettres qu'il nous adressa de la perte de forces et de ses palpitations. Il demanda et obtint une prolongation d’un mois.
Etant rentré à son corps le 8 juin, il dut revenir à l’hôpital pour une recrudescence de ses palpitations, amenée par quelques tentatives pour reprendre son service. Les symptômes basedowiens n'étaient guère atténués; les yeux étaient moins saillants, mais toujours très brillants; le tremblement vibratoire léger persistait : la circonférence du cou, mesurée dans les mêmes conditions que précédemment, était de 41 em. 5. Le cœur légèrement amélioré était à 80 ; le pouls ample, sans intermittences. Pas de dilatation du cœur ni de souffle; pas d’œdème des pieds; bouffées de chaleur, sommeil conservé. Le 18 juin on s’aperçut que B... était porteur d'une blennorragie pour laquelle il fut évacué sur le service des deuxièmes blessés. Il en sortit le 24 août 1898.
A l'occasion d'un quatrième séjour de B... à l'hôpital pour rhumatisme articulaire aigu, nous pûmes examiner de nouveau B... qui déclara qu'il allait mieux. Les intermittences avaient disparu et les bouffées de chaleur avaient diminué. Le périmètre du cou était de 41 centimétres, mais le cœur était toujours très
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rapide, 92 à la minute, et présentait un éréthisme notable. B... avait été installé dans les fonctions d'employé au réfectoire, et ne montait plus à cheval. Il fut libéré avec sa classe, en Octo-
bre 1899.