‹ L'Infection Éberthienne et la Glande ThyroïdeChapitre 7 sur 24 · INTRODUCTION. — HISTORIQUE · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. — HISTORIQUE

L'infection éberthienne limite généralement ses lésions à l’intestin et aux organes lymphoïdes, mais elle peut aussi frapper la plupart des organes du corps humain, soit que son agent pathogène fasse lui seul toute la complication, soit qu’il ouvre la porte à des infections secondaires. C'est ainsi qu’il nous est donné journellement d'observer des complications sur l’appareil circulatoire, l'appareil respiratoire, le péritoine, le cerveau, les organes glandulaires. On connaît des cas de parotidites, d’orchites, de mammites et d’ovarites consécutives à une fièvre typhoïde. Il semble même que le poison typhique ait une prédilection particulière pour les glandes vasculaires sanguines et, comme telle, la glande thyroïde doit être susceptible de subir des altérations au cours d’une infection éberthienne. D'ailleurs. toutes les maladies infectieuses peuvent compter la thyroïdite et la strumite au nombre de leurs complications. Le rhumatisme articulaire aigu, les accidents

= puerpéraux, le paludisme, la tuberculose, etc., peuvent donner des déterminations thyroïdiennes, mais, d’après Kocher, ce sont les affections du tube digestif et la fièyre typhoïde, en particulier, qui ont le rôle étiologique le plus important.

A l'heure actuelle, si l'on en croit Jeanselme, on pourrait réunir une centaine de cas de thyroïdites typhiques et il est permis de s'étonner de ce que cette complication, relativement fréquente, n'ait pas attiré l'attention des anciens observateurs.

Les thyroïdites aiguës sont, en effet, étudiées depuis peu. Autrefois on attribuait au refroidissement le plus grand nombre de ce qu’on appelait des goitres aigus et Nélaton écrivait encore, 1l y a moins de cinquante ans : « L’inflammation pure et simple de la glande thyroïde est une affection rare et dont on chercherait vainement dans les auteurs une description complète. »

Au siècle dernier cependant, Marc-Aurèle Séverin aurait signalé une suppuration thyroïdienne découverte à l’autopsie d'un tuberculeux, et Jeanselme cite plusieurs auteurs, tels que Mauchard, Petit, Monteggia, Franck et Convudi comme ayant observé, à peu près à la même époque, des abcès de la glande thyroïde.

Mais 1l faut arriver en 1850 pour trouver, dans les travaux de Lebert et de son élève Baumann et dans la communication de Bauchet à la Gazette hebdomadaire en 1857, une étude un peu sérieuse des suppurations de la glande thyroïde saine où goitreuse, Depuis, de nouvelles observations ont été publiées. Les auteurs allemands en particulier se sontoccupés de la question,

car si la thyroïdite est excessivement rare en France,

sis elle parait beaucoup plus fréquente en Allemagne eten Suisse. Lebert, en 1862, cite six observations de thyroïdites typhiques. Libermeister cite 15 cas dont 6 suppurés. Griesinger ayant cherché systématiquement les lésions thyroïdiennes chez les typhiques cite 4 abcès sur 118 aulopsies. Kocher cite 3 cas. De nos jours l'affection a été étudiée dans les thèses de MM. Garnier, Pinchaud, Rascol, dans les mémoires de MM. Charvot et Forgue et enfin dans le travail de M. Jeanselme. |

Les découvertes pasteuriennes ont marqué le début d'une èrenouvelle dansl’étude desthyroïditestyphiques. Charvot disait avant que l'analyse bactériologique ait été pratiquée pour la première fois : « Si on veut creuser plus profondément le problème et fixer la pathogénie des goitres aigus apparaissant au cours de la fièvre typhoïde, on se trouve en face d’obscurités où l'histologie seule pourra faire le jour. Il faudrait, en effet, pour lever les doutes que le microscope montràt dans la trame de la glande thyroïde enflammée, dans le pus issu de sa fonte purulente, le microbe typhique, le bacille d'ÉEberth ou de Klebs. » Il était permis de ne voir dans les thyroïdites survenues dans la convalescence de la fièvre typhoïde qu’une pure coïncidence, la fièvre typhoïde en affaiblissant l’organisme rendant seulement le corps thyroïde plus susceptible sans le frapper elle-même. Cette opinion pouvait même s’appuyer sur ce fait que la fièvre typhoïde passait autrefois pour une affection amenant très rarement la suppuration, tandis que les thyroïdites observées dans le cours d’une dothiénentérie sont le plus souvent des lésions

rt ès

suppuratives. Aujourd’hui les bacilles ont été trouvés. En 1883, Woelfer découvrait le premier des microorganismes dans le pus des abcès thyroïdiens. Depuis le bacille d'Eberth a été trouvé à l’état pur par Colzi, Kocher, Dupraz, Bertarelli et chez le malade observé dernièrement à l'hôpital militaire Desgenettes, par MM. les médecins-majors Niclot et Batut. De même, MM. Chantemesse. Spirig et Jeanselme lont trouvé associé à d’autres microbes de la suppuration et enfin les études expérimentales de MM. Roger et Garnier ont confirmé ces données de la clinique et de la bactériologie.

Depuis ces dernières années la question a fait encore un pas de plus. Les cas de Remlinger, de Gilbert et Castaigne et le cas observé à Desgenettes dans le service de M. le Médecin major Benoit nous prouvent que le poison typhogène peut frapper non seulement le stroma conjonctivo-vasculaire du corps thyroïde, mais qu'il peut l'atteindre profondément dans son parenchyme pour donner le tableau clinique de la cachexie strumiprive ou le syndrome de Basedow.

Ce rapide aperçu historique nous servira à tracer le plan de ce travail. Une première partie traitant des causes générales de la thyroïdite aura surtout pour but de discuter la question de savoir si la présence antérieure d’un goitre est absolument indispensable pour l’éclosion de la complication.

Dans une seconde partie nous envisagerons les cas, de beaucoup les plus nombreux, où la thyroïdite complique une fièvre typhoïde normale. Ces cas seront étudiés en trois chapitres différents, le 1°* chapitre com-

ASE prenant les lésions conjonctivo-vasculaires suppurées, classées elles-mêmes d’après les microbes trouvés dans Je pus, le 2° chapitre les lésions conjonetivo- vasculaires terminées par résolution et non par suppuration, le 3° chapitre enfin les thyroïdites à type parenchymateux el fonctionnel f{myxædème et maladie de Basedow). Enfin une troisième et dernière partie beaucoup plus courte comprendra l'étude de quelques faits où l’infechion éberthienne, cause de la thyroïdite, aura été franchement atypique se traduisant chiniquement par une infection purement locale sans dothiénentérie.

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