‹ L'Infection Éberthienne et la Glande ThyroïdeChapitre 8 sur 24 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

NOTIONS ÉTIOLOGIQUES GÉNÉRALES

L'EXISTENCE ANTÉRIEURE D'UN GOITRE EST-ELLE NÉCESSAIRE A LA LOCALISATION THYROIDIENNE DE L'INFECTION ÉBÉRTHIENNE ?

La thyroïdite post-typhique est due naturellement à un agent infectieux. Nous verrons que cet agent, le ‘plus souvent le bacille d'Eberth, peut être un microbe phlogogène banal. Nous chercherons aussi à montrer comment cet agent pénètre dans le corps thyroïde. Mais à côté de cette cause vraiment efficiente qu'est le microbe nous devons signaler des causes secondaires nous expliquant jusqu'à un certain point pourquoi l'agent infectieux a élu domicile dans la glande et pourquoi il s'y est développé. Pour que la complication survienne, 1l faut qu'il existe dans la glande thyroïde un point d'appel pour les germes pathogènes.

De toutes les conditions qui favorisent l’éelosion de la thyroïdite la plus efficace est certainement l'existence antérieure d’un goitre. Cette préexistence est notée par tous les observateurs. Nous la retrouvons généralement dans les observations publiées dans ce travail, soit que le goitre existàl encore au moment où l'affeclion a débuté, soit que les malades en aient présenté des signes à une époque plus ou moins éloignée. D'ail-

He leurs, il est incontestable que les complications thyroï- diennes des maladies infectieuses et de la fièvre Lyphoïde en particulier sont beaucoup plus fréquentes dans les pays à goitre, la Suisse, par exemple. Dans une observation de Jeanselme que nous rapportons plus loin, le goitre occupait par exception l'isthme et non les lobes du corps thyroïde; c’est exactement et uniquement au niveau du goitre que s’est localisée l’inflammation thyroïdienne. L'inflammation de la glande s’est pour ainsi dire superposée au goitre et n'a pas dépassé ses limites.

Il est facile d'expliquer cette importance prépondérante du goitre. Nous savons combien facilement les infections générales se localisent aux points fables de l'organisme. L'homme bien portant n’est pas un milieu bien favorable au développement des microbes pyogènes. Dans l’étiologie des suppurations locales, nous trouvons le plus souvent une diminution de la résistance des tissus, soit par suite d’une modification générale de l'organisme, soit par suite d’un traumatisme ou d’une altération locale. Tout le monde se rappelle la célèbre expérience de Chauveau dans laquelle ce savant a fait voir que l'opération du bistournage, suivie de l'infection intraveineuse de la septicémie gangreneuse permet au microbe de se développer dans le testicule,

Chez le typhique atteint de goitre, des conditions semblables se trouvent réalisées. Les germes trouvent dans le corps thyroïde altéré un terrain des plus propices à leur pullulation.

En somme, nous avons plutôt affaire à de la strumite, c'est-à-dire à l’inflammation d'une glande thyroïde

Mÿree déjà altérée qu’à de la thyroïdite au sens propre du mot. Mais si le rôle étiologique du goitre est incontestable, ce goitre est-1l vraiment nécessaire pour que les maladies infectieuses se localisent sur la glande thyroïde? En d’autres termes, la thyroïdite proprement dite, c’est-à-dire l’inflammation de la glande antérieurement absolument saine existe-t-elle ? Si oui, elle est en tout cas d’une infinie rareté, car elle est niée par un grand nombre d'auteurs des plus compétents. La disünction entre la thyroïdite et la strumite a été rarement faite et, sous la dénomination commune de thyroïdite, on voit généralement confondues toutes les inflammations du corps thyroïde.

Parmi tous les cas de thyroïdites publiés, nous n'en avons trouvé qu'un seul où l'observateur affirme que la glande thyroïde était saine avant l’apparition des premiers phénomènes inflammatoires. Bien que l’origine {yphique de la thyroïdite y soit des plus douteuses, il nous paraît utile de résumer cette observation due à M. Testevin.

Il s’agit d'un malade ayant eu d'abord une angine pseudo-membraneuse, puis une thyroïdite, puis enfin, une fièvre typhoïde. L'ouverture de l’abcès a montré des streptocoques abondants. Le malade intelligent et très soigneux de sa personne affirmait n'avoir pas eu de goitre. Les ascendants et les parents n’en présenlient pas davantage. Il n'avait pas habité de région où le goitre fût endémique. Done, thyroïdite incontestable, d’après M. Testevin.

À l'appui de la théorie de l'existence de la thyroïdite proprement dite, on pourrait encore faire valoir que

— 19 — , quelques observateurs n’ont pas signalé dans l'étiologie des thyroïdites qu'ils ont observées, l'existence antérieure d’un goitre. Mais on peut répondre qu’à l'inverse de M. Testevin ces observations ne nient pas non plus l'existence de ce goitre. Peut-être la vérité est-elle du côté de ceux qui pensent, avee M. Charvot, que dans les rares cas où cette notion étiologique est passée sous silence, peut-êlre même chez le malade de M. Testevin, 1l s'agissait d'un goître latent ayant échappé à l'observation du malade et de son médecin. Siles cliniciens avaient toujours pris soin de noter dans l’histoire de leurs malades le lieu de leur naissance et leurs antécédents héréditaires et personnels, nous verrions peut-être le nombre des thyroïdites incontestablement pures se réduire à néant, ou presque à néant.

Au sujet de ce rôle du goitre, nous croyons devoir placer ici une remarque intéressante : c’est que la strumite a quelquefois pour effet de faire disparaître la tumeur. Le goitre, condition nécessaire à l'inflammation de la glande, est guéri par elle. MM. Pinchaud, Jeanselme, elc., ont constaté très nettement ce mode de guérison naturelle qui, d’après Jeanselme, ne diffère en rien de la guérison artificielle qu'on obüent à l’aide de la méthode sclérogène en injectant des liquides 1rritants dans les cavités d'un goitre kystique.

En outre de la dégénérescence de la glande, signalons quelques éléments étiologiques dont l'influence n’est pas aussi bien établie. Parmi ces agents très divers, il faut ranger d’abord la simple contusion de la glande et le froid qui était à peu près l’unique cause de la thyroïdite acceptée des anciens.

Le sexe a peut-être une certaine influence, la femme étant plus sujette que l’homme à la thyroïdite à cause des congestions répétées auxquelles la glande est soumise aux époques cataméniales ou pendant la grossesse. Mais encore cette action prédisposante ne peut-elle se manifester que pendant la vie sexuelle de la femme. Au point de vue de l’âge, nous avons été frappé de ce fait que l'affection ne se rencontre pas chez les sujets âgés. Les malades dont nous rapportons les observations ne dépassent pas en général la trentaine. Ceci n’est pas pour nous surprendre si nous nous rappelons que la fièvre typhoïde est particulièrement une affection des jeunes gens.

La syphilis a aussi été incriminée, peut-être en raison du pouvoir goitrigène que lui ont prêté certains auteurs. Enfin, spécialement en ce qui concerne les troubles nerveux comme le syndrome de Basedow, imputables à une altération post-typhique”du corps thyroïde, nous pourrions invoquer une hérédité névropathique.

Page 1