A STE CU
D’ Blum à l'hôpital Saint-Antoine et où on retrouva dans le mucus entourant lesboulettes fécales contenues dans l’'appendice enlevé à froid, des quantités considérables de diplocoques ; les uns à grains arrondis, les autres lancéolés et quelques-uns auréolés, absolument analogues à ceux décrits dans le mucus des entérites muco-membraneuses.
« Des cultures faites avec ce mucus donnèrent une quantté considérable de colonies de diplocoques.
Sur un tube d’agar incliné, il existait plus de 50 colonies de diplocoques contre 4 de bacterium coli. »
Dans 21 cas d’appendicite examinés par Thiercelin, le même nombre fut retrouvé.
Dans 2 cas d’appendicite gangréneuse opérés par M. Segond, le même microbe se retrouvait avec le bacille de Veillon.
Ce même diplocoque fut encore rencontré dans les flocons muqueux rejetés par vomissements chez les malades atteints d’embarras gastrique fébrile : maladie également phlegmasique.
Il fut rencontré notamment chez deux malades prises d’embarras gastrique avec ictère catarrhal.
Enfin, nous avons déjà cité pour le foie les cas d’ictère infectieux que notre maître, M. le professeur Hayem, a décrit sous le nom d’ictère chronique splénomégalique, et “où on trouve le diplocoque dans le sang retiré de la rate pendant la vie. Cette localisation ne doit pas nous étonner, étant donnés les rapports intimes et les voies nombreuses canaliculaires et vasculaires qui unissent la glande hépatique et l'intestin. :
Tout récemment, à la séance de la Soc, méd, des hôpitaix
Op 2
du 25 mai 1900, MM. Gilbertet Fournier, à propos de leur communication sur la cirrhose biliaire hypersplénomégalique, disaient : j
« Au point de vue pathogénique la cirrhose biliaire hypersplénomégalique paraît être comme les autres cirrhoses le résultat d’une infection ascendante des voies biliaires par les germes venus de l'intestin », et ils rapportaient le cas de M. Gilbert qui trouva, du vivant du malade, un bacille mal déterminé, et celui de MM. Gilbert-Castaigne et Lereboullet, qui ont isolé le coli-bacille du foie il y a un an. Ces faits sont confirmés encore par nos observations personnelles et surtout par l’obs. IV, due à notre ami Lereboullet, où il s'agissait d'un cas d’angiocholite suppurée. Dans ce cas,le diplocoque observé était nettement lancéolé et aréolé, très voisin du pneumocoque; il était extrêmement virulent pour la souris et conserva sa vitalité et sa virulence pendant plusieurs semaines.
L’entérocoque peut aussi jouer un rôle important comme agent d'infection secondaire dans le cours de certaines affections générales comme la fièvre typhoïde (Thiercelin).
Il peut également, en franchissant la barrière intestinale, donner lieu à des septicémies, comme on l’a remarqué en le trouvant dans le sang de deux sujets morts d’urémie à forme gastro-intestinale ; chez deux rhumatisants morts d’une infecton mal caractérisée pendant la vie (Thiercelin).
Et, enfin, dans un cas que nous observâmes nous-même avec M. Thiercelin, dans le service de M. le professeur Hayem (cas qui sera publié ultérieurement), chez un homme ayant présenté des phénomènes gastro-intestinaux très élevés, avec fièvre intense, on rencontra ce diplocoque dans le sang et les urines.
D'où vient ce microbe qui joue un rôle si important dans les affections digestives ? Est-ce un microbe venu accidentellement, ou est-ce un germe banal de l'intestin, susceptible de devenir pathogène en exaltant sa virulence ?
Thiercelin admet volontiers « que dans certains cas l’ensemencement du tube digestif a pu se faire par des germes venus du pharynx ou des voies respiratoires ».
Il a, en effet, pu observer la présence du même germe dans certaines complications pharyngiennes etbroncho-pulmonaires de la grippe, et Rosenthal, dans une thèse toute récente, a bien décrit le rôle pathogène de l’entérocoque dans les affections pulmonaires. Mais, d'autre part, l’examen des selles normales permet de retrouver ce même microbe qui y vit à l’état de saprophyte. 6 |
« Il s’y présente sous forme de cocci isolés, de diplocoques ou de diplo-streptocoques de volume et de forme très variables. Mais dans les selles normales il existe en petite quanüté par rapport aux formes bactériennes longues que lon y rencontre et, de plus, il n’est pas virulent, il est plus abondant à mesure que l’on remonte dans le tube digestif et qu’on se rapproche de l’estomac. »
Les influences qui peuvent modifier la virulence de ce microbe sont multiples. Elles peuvent tenir au milieu gastrointestinal lui-même. Altération du chimisme stomacal ou du contenu intestinal, mauvais fonctionnement du pancréas ou du foie, constipation opiniâtre, suralimentation.
D’autres fois il faut incriminer la constitution médicale ; c’est en effet souvent sous forme d’épidémie qu'éclatent ces affections et récemment, à propos de la communication de M. Galliard et René Monod, faite à la Soc. med. des hôpitaux
(6 avril 1900), M. Hayem montra que l’épidémie de grippe qui sévissait à ce moment était caractérisée par des cas graves dont les accidents intestinaux simulaient ceux de la fièvre typhoïde et que ces accidents étaient dus à l’entérocoque de Thiercelin (1), et cela expliquerait que depuis quelques années en même temps que la grippe est plus meurtrière on constate plus fréquemment lappendicite, les entéro-colites aiguës graves de l'enfance et la méningite cérébro-spinale.
Escherich a décrit sous le nom de streptococcus enteritis, un microbe qu’il a rencontré dans lentérite folliculaire, le faisant provenir du lait des vaches malades. Mais tandis que pour Escherich ce serait une variété de streptocoque, pour Thiercelin il s’agit là d’un microbe saprophyte de l'intestin, « susceptible d’exalter sa virulence, de se propager aux annexes du tube digestif et même, en franchissant la barrière intestinale, de donner lieu à une véritable septicémie ».
Ce microbe peut du reste se rencontrer ailleurs que dans le tube digestif et il a été décrit dans le pharynx, la bouche, le nez, susceptible de là de se propager aux autres organes et de donner angines, pneumonies, broncho-pneumonies, otites, elo etc 1e):
Thiercelin conclut dans son travail : :
« Quelle place faut-il attribuer dans la classifiation microbienne à ce diplocoque? Nous avons placé celui-ci entre le pneumocoque et le diplocoque et nous croyons qu’il sert de trait d’union entre ces deux germes. Si on le range dans le grand groupe des streptocoques, il faut admettre la classifi-
(1) Bull. Soc. méd. des hôpitaux, 6 avril 1900.
(2) Voir: THIERCELIN et ROSENTHAL. Sur un deuxième cas de méningite
cérébro-spinale avec septicémie. Méd. mod., 12 juillet 1899, et ROSENTHAL. Thèse de Paris, juin 1900, p. 110 et suivantes,
cation de Paschale et y ranger aussi le pneumocoque, car il y a autant de points de ressemblance et de différence avec l’un qu'avec l’autre. »
En effet si dans l’organisme ses caractères se rapprochent du pneumocoque, dans les cultures ils se rapprochent de ceux du streptocoque. Il se distingue du streptocoque de Fehleisen par les caractères suivants :
1° Présence de capsule ou d’une auréole dans l’organisme.
2° Chaïînettes courtes dans les cultures jeunes et disposition par paires des éléments.
3° Mort des souris par septicémie.
Par rapport au pneumocoque :
4° Culture possible à la température de la chambre et enfin la vitalité considérable de l’entérocoque qui en fait son principal caractère.
Nous avons rapporté à Thiercelin la priorité de la découverte de l’entérocoque ; c’est en effet lui qui a fixé ses caractères, c’est lui quile premier montra que ce germe saprophyte très répandu dans l’organisme, où on le retrouve non seulement dans l'estomac et l'intestin, mais aussi dans les narines, le pharynx, la bouche, possède des caractères qui permettent de lui donner une place à part entre le streptocoque et le preumocoque, c’est lui aussi qui avec M. Rosenthal, l’a individualisé, l’a identifié avec le streptocoque meningitis de Bonome et il a insisté sur le rôle très important joué par ce microbe dans les manifestations morbides de:la grippe.
Ce germe fut entrevu par Tavel et Eguet il y a quelques années dans un travail sur l’entérite à streptocoque, mais ces auteurs, trompés par la forme des grains, crurent nécessaire de créer deux types : le diplococcus intestinalis major et le
diplococcus intestinalis minor. Citons également l’observation de Leroy des Barres et Widal, parue dans les Archives de médecine expérimentale de l'année 1898, où ces auteurs décrivirent une espèce microbienne se rapprochant de lentérocoque. Enfin le mémoire de Tavel et Krünbeim dans les Annales suisses des sciences médicales (1894-1895), où ces auteurs décrivirent un streplocoque encapsulé ayant à la fois les caractères du pneumo et du streptocoque; ces auteurs se sont très probablement trouvés là en présence de l’entérocoque.
C’est ce microbe décrit par Thiercelin que nous rencontrâmes dans le pus de suppurations hépatiques. Maintenant que nous avons exposé longuement ses caractères, ce qui nous à paru indispensable pour la clarté de ce qui va suivre, nous allons présenter les observations recueillies par nous de ces localisations de l’entérocoque sur la glande hépatique.