‹ L'infection Hépatique par l'entérocoque de Thiercelin: (Contribution à l'étude des Hépatites nostras)Chapitre 15 sur 27 · DR AE · texte numérisé non relu

DR AE

dyspnée assez intense. Il est vu à la contre-visite, le soir de son entrée, par mon collègue Théohari, qui constate chez lui l'existence d'une zone de matité très nette à la base droite, remontant jusqu'à l’épine de l’omoplate, avec abolition de la respiration et des vibrations ; bref, tous les signes d’un épanchement pleural, et, de fait, une ponction aspiratrice ramène une pleine seringue d’un liquide clair citrin sans aucun trouble. Les autres organes paraissent sains, sauf cependant le foie dont le volume anormal le frappa.

Le lendemain, ce malade est présenté à la clinique du mardi de M. le professeur Hayem, qui constata ce qui suit (1) :

« Facies légèrement cyanosé. Quelques plaques cyaniques sur les jambes, la dyspnée est intense, la température est à 38°. En découvrant le malade, on voit se dessiner sur l’abdomen le réseau veineux d’une circulation complémentaire. »

« Le crachoir du malade est rempli d’une expectoration abondante, verdâtre, à odeur de feuilles vireuses. Une goutte d'acide nitrique y décèle, par la réaction de Gmelin, la présence de la bile.

« L’attention est surtout attirée du côté de l'appareil respiratoire. Le côté droit de la poitrine semble élargi, les espaces intercostaux également. La poitrine est immobilisée ; il existe une matité presque absolue remontant jusqu'à l’épine de l’omoplate, et à ce niveau on trouve des râles ronflants et sibilants. En avant la sonorité est conservée jusqu’à 3 travers de doigt au-dessous du mamelon. Plus bas, elle fait place à de la matité. Dans l’aisselle, matité complète, foyer de gros râles.

« Le foie est gros, lisse, non douloureux.

« La limite inférieure descend jusqu’à l’ombilic. Rien au cœur. Pas d’œdème. »

En présence des renseignements fournis par le malade, de la dyspnée, de cette expectoration verte avec présence de bile, du volume du foie, M. le professeur Hayem pensa à la possibilité d'une ouverture de collection hépatique dans les bronches.

Les jours suivants la température reste oscillante entre 38° et 38°,5,

(1) Notes recueillies à la Clinique de M. le professeur Hayem.

puis remonte à 39° le 17. Même état général, PxpétOeRen est toujours aussi abondante, deux crachoirs pleins.

Cependant, le 19 février, l'expectoration change de caractère. Elle perd sa coloration verte, devient rougeâtre, grisâtre, purulente, et l'haleine se fait fétide. T. soir, 39°. Pendant deux jours l'état reste stationnaire, les signes locaux sont les mêmes. Le 21, à deux heures de l'après-midi, brusquement le malade est pris d'une crise de dyspnée intense avec sensation de déchirement intérieur et au milieu de quintes de toux et d’efforts de vomissements une vomique abondante se déclare. Le malade inondeson lit, remplit3 crachoirset2 cuvettes d'un liquide nettement purulent, jaune rougeâtre, bien lié. Ce pus exhalait une fétidité telle qu'elle obligea les malades de la salle à fuir leur lit. Nous voyons, à ce moment, le malade, et nous constatons une dyspnée intense et tous les signes d’un pneumo-thorax sous-phrénique ; la matité est remplacée par de la sonorité tympanique, du souffle, du tintement métallique; le thorax est dévié à droite, immobilisé. De gros ronchus encombrent la poitrine.

L'expectoration continua les jours suivants aussi abondante, et le malade rendit plus de 4 litres de pus. La température, de 38°,8 le 21 au soir, tomba le 22 au matin à 36°. L’expectoration ne cessait pas, le malade se cachectisait. Une intervention semblait s'imposer.

Le 23, le malade fut montré à M. le D' Arrou, chirurgien des hôpitaux, qui pencha pour une intervention. Le malade fut immédiatement passé dans le service de M. le D° Monod, mais il succomba dans la nuit même. ù

Auropsie. — L'autopsie fut pratiquée par nous le 26 février.

A l’ouverture du cadavre en détachant le plastron sternal, on remarque la présence d’une collection purulente ayant déterminé la production de fausses membranes, occupant la partie supérieure de la plèvre droite en avant et en rapport immédiat avecla paroi sternocostale. Cette cavité remplie de pus se prolonge en arrière vers l’aisselle et la base du poumon droit, mais sans atteindre la partie posté. rieure. À ce niveau la collection est nettement distincte d’un épanchement séreux occupant la partie postérieure de la plèvre et dans lequel avait été faite la ponction exploratrice du vivant du malade. Cette

cavité, entièrement enkystée ettapissée de fausses membranes, contient du pus fétide en assez grande quantité; le poumon est repoussé en arrière et contre la colonne vertébrale. Le foie est volumineux, descend presque dans la fosse iliaque droite et dépasse l’ombilic à gauche. Les organes sontenlevés en masse (poumon droit avec le foie et le diaphragme) et une longue coupe frontale, allant du sommet du poumon au bord inférieur du foie, est pratiquée. On met ainsi à découvert une vaste collection purulente siégeant sur la face supérieure du foie, du volume des deux poings, contenant un pus bien lié, jaune verdâtre, d’odeur fétide, et des membranes analogues aux membranes d'enveloppe des kystes hydatiques. On ne trouve pas de vésicules.

Dans le poumon, il existe une caverne siégeant à la base droite, où le parenchyme pulmonaire détruit laisse les bronches à nu et béantes. Cette cavité communique à travers le diaphragme par un orifice où passe l'index, avecla collection hépatique; de plus, en avant de cet orifice se trouve un pertuis situé à la partie antérieure de la collection hépatique : une sonde cannelée introduite dans ce pertuis conduit, à travers le parenchyme pulmonaire, dans la collection purulente pleurale.

Le foie dans le reste de son étendue est sain. Le poumon du côté malade est congestionné. À gauche, emphysème assez prononcé. Pas de lésions tuberculeuses.

Cœur normal, 330 grammes, plein.

Rate grosse, 250 grammes ; pas d’abcès.

Reins normaux, 190 grammes. Aucune autre lésion dans le reste de l'économie, pas d’autres kystes hydatiques.

Intestin sain, un peu congestionné cependant par places.

On recueillit du pus aseptiquement, ainsi que du sang du cœur pour l'examen bactériologique.

Examen bactériologique. — 1° Pendant la vie on examina les crachats rendus par le malade.

À l'examen direct on trouva de nombreux diplocoques auréolés, lancéolés, des formes diplo-streptococciques et de rares staphylocoques.

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