INTRODUCTION
Dans la dernière année de nos études médicales, nous: eûmes l’occasion d'observer 3 cas d'infection du foie, de véritables hépatites, évoluant sur des sujets indemnes de: toute tare dysentérique et dont la cause était nettement due à un microbe encore peu connu, hôte habituel de lintestin.. .
Ce microbe, décrit par M. Thiercelin, chef de chnique à-la: Faculté, sous le nom d’entérocoque, avait. été trouvé par lui. dans l’intestin et les déjections des malades atteints de diar-. rhée infantile. |
Depuis il fut retrouvé par divers auteurs dans d’autres localisations. L EE
On le signala dans un certain nombre d'infections intestinales aiguës ou chroniques.
On le trouya même dans le foie.
ons
Dans un cas de cette variété d’ictère infectieux que notre
maître, M. le professeur Hayem, a décrit sous le nom d’ictère chronique spléno-mégalique (1), M: Thiercelin rencontra, il y a deux ans, en colorant le sang retiré par ponction de la rate, un diplocoque lancéolé qui tuait la souris en re heures.
La thèse de J. Lévy (6 avril 1898) donne d’ eus Con à cet égard.
De même, en 1899, en ponctionnant le foie d’un malade atteint de cirrhose hypertrophique avec ictère, on retrouva au moment des poussées aiguës le même microbe.
La relation entre le microbisme intestinal et le foie, connue depuis longtemps, permettait de supposer que l’entérocoque, hôte habituel du tube digestif, se retrouverait dans ces infections propagées par les différentes voies, soit canaliculaires, soit vasculaires, qui unissent le foie au tube digestif.
En un court espace de temps nous pûmes observer dans le service de notre maître M. le professeur Hayem, 4 cas bien nets d'infection hépatique, 3 cas d’abcès du foie multiples et un cas de kyste hydatique infecté et rompu dans les voies respiratoires, où l’agent pathogène était l’entérocoque.
Ces malades étaient indemnes de toute tare dysentérique et il s'agissait d’une infection due à Pexaltation de virulence d’un microbe intestinal,
À ce propos, nous avons recherché dans la littérature médicale de ces dix dernières années, ce qui avait été dit sur la bactériologie de ces infections hépatiques, et où en était cette question de la bactériologie des abcès du foie. Nous nous
(1) G. HAYEM. Sur une variété particulière d’ictère chronique. Presse médicale, ; 9 mars 1898, et in thèse de J. LÉVY, 6 avril 1898.
one
sommes volontairement cantonné dans une variété de ces abcès décrits déjà sous le nom d’hépatites nostras, suppurations du foie, séparées des abcès du foie dysentérique et dont l'étude, encore peu avancée, est des plus intéressantes. Nous avons depuis quelques années, et nous aurons sans doute davantage plus tard l’occasion d’observer de ces suppurations hépatiques dues à des microbes variés et en tous cas survenant chez des sujets n’ayant pas habité les pays chauds, et ayant ou n'ayant pas eu de manifestations dysentériques dans nos climats.
La dysenterie de nos pays tempérés est loin d’être une rareté, et ses caractères, encore mal connus, surtout au point de vue bactériologique, la différencient de la dysenterie des pays chauds.
Les faits de dysenterie nostras produisant des “bus du foie, ont été signalés en France, par Andral, Louis, Renard (Arch. méd. militaire, 1843, 1. LV), Gallard, Béhier (Gaz. hôpitaux, 1869), Rendu, Cestan (épidémie de Pontaven dans le Finistère), Sergent (thèse Paris, 1862), Descroizilles, Lan: glet, Hirtz.
Enfin on trouvera dans les thèses de Bergès (1), Dubain (2), Bernard (3), Maurel (4), les mémoires de Arnaud (5), une série de documents sur la question. Enfin Gangolphe, dans le Zyon médical du 12 juillet 1896, a publié un cas d’abcès du foie consécutif à la dysenterie nostras. Ces abcès dysentériques
(1). BERGÈS. Étude sur les abcès du foie consécutifs à la dysenterie des régions tempérées. Thèse Paris, 1876, n° 110.
(2) DuBAIN. Æssai sur l'hépatite suppurée de nos climats. Thèse, Paris, 1876.
(3) BERNARD. Thèse Montpellier, 1879, n° 35,
(4) MAUREL. Etude sur les abcès du foie. Thèse Paris, 1880.
(5) ARNAUD. Marseille médical, 1887, p. 146, 193, 271,343, 1° octobre 1895,
ont du reste été décrits dans les autres parties de PEurope. Pringle les observait dans les armées des Flandres.
Enfin, Babès et Zigura (Archives de médecine expérimentale de 1894, p. 862) ont observé en Roumanie 15 cas d’entéro-hépatite très grave qu’ils considèrent comme spéciaux à ce pays. Boinet, dans la Revue de médecine de x 897 a publié 3 cas que nous citerons plus loin.
Donc, il existe des abcès du foie nostras, de véritables « foiesintestinaux », dus à l’action des microbes saprophytes de l'intestin dont la virulence se trouve réveillée pour une cause ou une autre. À ce titre, l’entérocoque mérite sa place dans cette catégorie de faits, puisque lui-même peut donner des cas de dysentérie nostras aiguë.
En effet, une communication toute récente de M. Galliard et René Monod sur un cas de choléra nostras où l’entérocoque pouvait seul être incriminé, donne un intérêt plus grand encore à l’étude de ce microbe, puisque nous le voyons se comporter comme un agent dysentérique infectieux, susceptible à la fois
de donner des accidents intestinaux simulant la dysenterie, et en plus de se localiser sur le foie en y produisant de véritables hépatites. s
Nous avons voulu présenter ces faits qui nous ont paru intéressants en ce qu'ils jettent un Jour nouveau sur cette question de bactériologie hépatique et intestinale encore à l’étude.
Nous avons prononcé plusieurs fois déjà le mot d’ « entérOCOQUE . st de PRET
Cette espèce microbienne, récemment décrite, mérite plus qu’une simple mention.
Dans un premier chapitre, nous étudierons donc « l’entérocoque », ses caractères, ses localisations.
is
Nous présenterons ensuite les observations personnelles que nous avons recueillies sur les suppurations hépatiques à entérocoque, en y joignant une observation due à Pobligeance de notre ami Lereboullet, interne des hôpitaux, observation de cirrhose hypertrophique avec abcès biliaires qui Jette un Jour nouveau sur la question de la pathogénie des cirrhoses en même temps qu’elle montre le pouvoir pathogène de l’entérocoque pour le foie (1). Elle vient à l'appui . des faits où il fut retrouvé par ponctions du foie, au cours des ictères infectieux. Elle montre enfin son pouvoir pyogène.
Nous étudierons ensuite ce que les auteurs ont décrit dans ces dernières années sur la question.
Nous rappellerons la symptomatologie de ces collections purulentes hépatiques, leur marche, faisant précéder ce chapitre d’un article où la pathogénie de ces infections sera étudiée autant que le permet la question.
Nous terminerons par quelques mots concernant le diagnostic et le traitement rapidement exposés.
Nous tenons cependant, avant de commencer cette étude, à adresser à M.le D' Thiercelin tous nos remerciements pour les renseignements qu'il a bien voulu nous communiquer sur ce sujet qui est sien, en même temps que pour l’accueil si ‘amical qu'il nous a toujours réservé; qu'il soit assuré de notre gratitude pour tout ce qu'il a fait pour nous.
(1) Cette observation avait paru en résumé dans une communication faite per P. LEREBOULLET àla Société de biologie, séance du 10 juin 1899.
LE
RSA E
RATE RONITEN