‹ L'infection meningococciqueChapitre 13 sur 75 · RÉGENCE D'OPPELN · texte numérisé non relu

RÉGENCE D'OPPELN

Malades

à 30 ans

Au-dessus de 70 ans . . .

Morts

Pourcentage

DUISBURG-KUHRORT

Malades

Morts

Pourentage

ans, pour s'élever à nouveau vers la quinzième année ; puis elle décroît progressivement en s'atténuant de plus en plus au, fur et à mesure que l'âge grandit.

Cette influence indéniable de l'âge s'observe non seulement vis-à-vis de la morbidité mais, aussi de la mortalité, témoin la statistique établie par Flatters pour les épidémies de la région d'Oppeln et de Duisburg-Ruhrort.

Le tableau ci-dessus montre que la mortalité est la plus forte dans le jeune âge ; après s'être abaissée jusqu'à l'âge de seize ans, une recrudescence s'observe entre seize et vingt ans pour redescendre et remonter à nouveau à partir de quarante-cinq ans. L'expérience montre que, lors de la vieillesse, la léthalité atteint son maximum : 100 p« 100.

ETIOLOCIE. — CAUSES SECONDES

^^Sexe. — Hirsch rapporte qu'en 1846, en Irlande, et à Petit-Bourg en 1849, la majorité des cas atteignit le sexe masculin.

I- AZellin, en 1865, sur 173 malades, on compta 110 femmes et 63 hommes. A Carthans, les deux sexes furent à peu près également éprouvés. Les auteurs allemands qui ont observé les épidémies de Silésie et deWestphalie, pays miniers, ont constaté que les hommes payaient un plus lourd tribut que les femmes'; il est fort vraisemblable que les mineurs, obligés do travailler les uns au contact des autres dans les puits de mine, et soumis à une hygiène défectueuse, ont été plus prédisposés que leurs familles à

^contracter l'infection.' En réalité, à part cette exception, on s'accorde à

'penser que l'influence du sexe est négligeable.

1 a ^ iî II u if l* i\ \(. Vf il i^ (/ fp ^l f; if (,\ u if Fig. 6. — Morbidité par méningite Cérébro-spinale (par âge) en Prusse, pendant l'année 1902.

Etat de maladie antérieure. — L'état de maladie antérieure est important à considérer. Il est évident que, pour la méningococcie comme pour les autres infections, le germe a plus de prise sur un organisme déjà affaibli par les infections, les intoxications antérieures, ou en état de déchéance due à la misère physiologique.

Situation sociale. — La situation sociale intervient encore comme un facteur d'importance non négligeable, non tant par elle-même que par les conditions hygiéniques dans lesquelles vivent les individus. Si la méningococcie n'épargne pas la classe riche, elle porte ses coups de préférence sur la classe ouvrière, qui vit habituellement dans des conditions difficiles où le confort est peu connu ; les quartiers populeux, où les agglomérations sont denses, sont éminemment propices à la pullulation du germe qui y trouve un aliment facilitant sa diffusion ; l'encombrement des habitations favorise au plus haut point cette dernière, et l'on conçoit aisément que, dans les logements où règne l'insalubrité, où des familles entières vivent dans des pièces peu nombreuses, exiguës, mal aérées, où les lits donnent asile à plusieurs de leurs membres, les organismes puissent être des proies faciles à l'infection.

Ces conditions se réalisent au maximum dans les pays de mines, qui sont signalés habituellement comme des régions où la méningite se

30 ÉPIDÉMIOLOGIE

montre avec intensité. Les familles de mineurs de Silésie, de Westphalie ont payé, ces dernières années, un tribut fort important à la méningococcie. Il en est de même des districts miniers de Limbourg (Pays-Bas), où, en 1915, elle a été importée des districts miniers d'Aix-la-Chapelle, de Dusseldorf, d'Arnsberg, etc. Elle s'y manifeste à l'état latent sous la forme endémique sur laquelle se greffent, suivant les années, des épidémies plus ou moins denses qui, chaque fois, font de nombreuses victimes.

Affections favorisantes. — La rougeole a été parfois accusée de favoriser l'éclosion de la méningite cérébro-spinale. Quelques auteurs ont attribué encore ce rôle à la vaccination antityphoïdique. H. Rendu (1), Sainton (2), Serr et Brette (3) ont rapporté des observations qui semblent le démontrer.

Fatigue et surmenage. — La fatigue et le surmenage constituent un facteur assurément important dans l'éclosion de la méningite cérébrospinale. La répartition générale des atteintes de cette dernière en est une preuve manifeste ; dans l'armée, on constate, en effet, que les jeunes soldats ayant moins d'un an de service paient le tribut le plus important à la maladie ; ce n'est assurément pas en raison de leur âge qui ne diffère pas sensiblement de celui des soldats ayant deux à trois ans de service ; il faut en chercher la cause dans l'influence des causes détériorantes et notamment delà fatigue, résultant pour eux de la période toujours pénible de l'initiation au service.

C'est donc plus à la fatigue qu'à l'âge qu'il faut attribuer cette réceptivité spéciale des recrues dans un régiment.

Les exemples de cette réceptivité se sont toujours montrés fréquents au cours des épidémies. A Metz, en 1841, sur 48 malades :

10 avaient moins de 3 mois de service. 26 — de 3 mois à 1 an —

8 — de 1 an à 2 ans —

2 — de 2 ans à 3 ans —

1 — 4 ans —

1 — 6 ans —

L. Laveran a montré qu'à Toulon, en 1851, dans le régiment d'infanterie de marine atteint, 80 p. 1.000 malades avaient moins d'un an et 5 p. 1.000 avaient plus d'un an de service.

A Saint-Etienne, en 1848, la garnison se composait de 1.100 hommes du 22^ léger, tout nouvellement incorporés, de 100 hommes du 13^ léger presque tous anciens soldats, de 300 hommes du 12^ dragons. Le nombre des atteintes se répartit ainsi :

22eléger 100 cas.

13e léger 5 —

12e dragons 2 —

En d'autres épisodes, on constata souvent que les épidémies débutaient au moment de V arrivée des recrues. Ainsi, l'épidémie de Versailles de 1839

(1) H. Rendu. Paris médical, 30 juin 1917.

(2) Sainton. Archives de médecine navale, 1918, n" 2.

(3) Serr et Brette. Sud médical, 15 novembre 1919.

ÉïIOLOaiE, — CAUSES SECONDES 31

commença aux premiers jours de février et, jusqu'en mars, se limita au 18^ léger. «Ce corps, dit Faure-Villars, avait reçu du 16 au 22 janvier, 226 recrues provenant des départements de la Vienne, de l'Indre-et-Loire, du Loir-et- Cher. Ces jeunes gens avaient fait une route longue et fatigante. Ceux de la Vienne s'accordaient à se plaindre d'avoir été surmenés pendant le voyage. C'est sur les jeunes soldats de cette dernière catégorie qu'a sévi spécialement l'épidémie. En effet, ce détachement, fort de 153 hommes, a fourni 79 malades. »

On pourrait penser, à la lecture de ce récit, que la saison (février) était particulièrement favorable à l'éclosion de la méningite et que ce facteur avait pu intervenir de préférence à tout autre. L'interprétation pourrait être exacte si dans la même épidémie de Versailles, l'atteinte du 14© de ligne n'avait coïncidé, comme la précédente, avec l'arrivée des recrues, mais cette fois au mois de mai. Là, en effet, les jeunes soldats furent les premiers et les plus atteints ; les anciens soldats ne commencèrent à subir l'épreuve que plus tardivement.

I Enfin, en d'autres garnisons, où la méningite existait déjà, les recrudescences se sont manifestées au moment de l'arrivée des soldats nouvellement incorporés.

« A Laval, en 1840, sur 44 morts, il y eut 37 nouveaux soldats et les recrudescences furent toujours en rapport 'avec l'arrivée des recrues ; ainsi, du mois de mars 1-840 au 30 septembre, le 15^ de ligne a reçu 957 hommes qui sont restés au 3® bataillon à Laval, et une recrudescence s'est manifestée le 28 de ce mois. Du mois d'octobre au 1®^ janvier 1841, le corps a reçu 368 hommes dont 335 le 13 septembre, le 30 de ce mois, on était au plus fort de l'épidémie. »

Dans cette épidémie donc, deux poussées furent observées ; elles coïncidèrent manifestement avec l'arrivée des recrues.

Des faits identiques s'observent constamment à notre époque, et dans chaque épidémie militaire, ce sont les jeunes soldats qui paient le plus fort tribut à l'infection. Rolleston (1) a signalé également le fait pour la méningococcie qui a sévi pendant la guerre sur la marine anglaise. Ainsi en 1914-1915, sur 15 cas qui se sont produits aux baraquements de Davon-Port, 14 étaient de nouveaux arrivés ayant un service moyen de 24 jours ; en 1916-1917, sur les 46 cas observés à Portsmouth, 36, soit 78 p. 100, n'avaient encore servi que quelques jours ou quelques semaines (Fields et Baker) (2).

En ItaUe, MereUi (3) mentionne également que les jeunes soldats furent atteints dans la proportion de 83 p. 100 (Statistique de l'armée italienne de 1915 à 1917 inclus).

L'influence de la fatigue et du surmenage se fait sentir encore sur la

mortalité. C'est ainsi qu'en temps de guerre, la léthalité est infiniment

(moindre sur les troupes au repos relatif, que sur les troupes obligées de

prendre part à des combats prolongés ou continuels ; les fatigues subin-

trantes, l'insomnie pendant de longs jours finissent par entraîner une

(1) Rolleston. Loc. cit.

(2) Fields et Baker. Médical Research Commiiiee, 1918. Spécial Report, série 17.

(3) Merelli. VIgieie moderne, juillet 1918, p. 146.

ÉPIDÉMIOLOGIE

déchéance organiqii^, qui fait fléchir la résistance générale et enlève à l'homme ses iftoyens de défense.

Facteurs extrinsèaues. — Influence saisonnièbe. Pbédominance EN HIVER et au PRINTEMPS. — La méningoccccie pcut éclorc en toutes saisons, mais elle affecte une remarquable prédilection pour la saison froide. C'est en effet généralement en hiver que la maladie éclate, quelle que soit la latitude. Les épidémies les plus méridionales de l'ancien continent, celles de Grèce, d'Itahe, de Gibraltar, d'Algérie, les épidémies les plus septentrionales, celles de France, d'Angleterre, de Russie, de Suède commencent à la même époque. Hirsch a fourni à ce sujet les exemples les plus démonstratifs. D'ailleurs tous les auteurs qui ont observé et décrit des épidémies de méningite cérébro-spinale posent les mêmes affirmations.

Voici d'ailleurs quelques exemples qui les ratifient :

Parmi les épidémies anciennes, celle de Rochefort (1837-38), surtout celle de Strasbourg (1840-1841) sont significatives à cet égard :

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