DUISBOURG
Novembre 1905
Décembre
Janvier 1906
Février
Mars
Avril
Mai
Juin
Juillet
Août
Les rapports sanitaires établis par l'État prussien, de 1904 à 1907 inclusivement, parlent dans le même sens :
Janvier
Février
Mars
Avril
Mai
Juin
Juillet
Août
Septembre
Octobre
Novembre
Décembre
Pendant l'épidémie parisienne de 1909, Netter et Debré ont observé la répartition qui suit :
Janvier 3
Février 10
Mars 19
Avril 16
Mai 14
Juin 6
Juillet . . . .
Août
Septembre Octobre . .
Novembre 2
Décembre 4
Ces statistiques montrent nettement que la méningite cérébro-spinale est une maladie de l'hiver et du printemps.
D'une façon générale, les premiers cas de méningite s'observent en novembre et décembre ; à cette période de l'année, ils sont sporadiques et assez disséminés ; en janvier et février, ils deviennent plus nombreux, mais c'est habituellement en mars et en avril que leur nombre atteint le maximum ; il reste stationnaire en avril ou fléchit légèrement en mai, pour diminuer notablement en juin, et le plus ordinairement l'épidémie DopTER. — L'Infection méningococcique. 3
34 EPIDEMIOLOGIE
se termine en juillet ou en août ; elle ne disparait cependant pas toujours complètement, et les mois d'été sont marqués par quelques atteintesisolées, disséminées dans le temps, pour constituer le§ traits d'union entre la fin de l'épidémie et le début de la suivante, quand celle-ci doit se produire et réapparaître avec les premiers froids.
C'est ce qui ressort nettement de l'épidémie observée par Flatters en Haute-Silésie en 1905, avec le nombre des cas déclarés quotidiennement
Ces particularités et ce mode d'évolution à travers les différentes périodes de l'année s'observent mieux encore dans les épidémies qui se prolongent plusieurs années ; on les voit en effet s'atténuer et même s'interrompre pendant la saison chaude pour opérer leur reprise lors de la saison froide. Les chiffres reproduits plus haut pour l'épidémie prussienne de 1904 à 1908 en sont l'expression nette. Citons encore l'exemple typique fourni par l'épidémie de Suède : pendant les six années qu'a duré l'épidémie, on en a constate la suspension à peu près complète pendant la saison chaude et le retour périodique en hiver.
Ce sont des constatations identiques qui ont été faites récemment en Angleterre :
Sur 3.621 cas éclos en 1915 et 1916, R.-J. Reen a recueilli par trimestre les chiffres suivants :
1» trimestre 1,355 cas =37, 4p. 100) nr, ^ .nn
Même observation faite dans la marine par Rolleston, de 1915 à
Sur 509 cas :
ler trimestre 298 cas = 58,5 p. 100
Cette influence de la saison dépend vraisemblablement d'une foule de causes parmi lesquelles les facteurs météoriques tiennent une place importante.
Influences météoriques. — Il est certain que les facteurs météoriques ont une influence marquée par l'éclosion de la méningococcie ; reste à savoir quels ils sont :
Depuis de longues années déjà, les auteurs ont incriminé le jroid.
A Metz, L. Laveran notait que l'abaissement de la température, de même aussi le retour des vents froids, faisait présager une aggravation ou une reprise de l'épidémie. A Versailles, en 1839, Faure-Yillars mentionne que « vers le milieu de mars, l'épidémie était en voie manifeste de décroissance. Une recrudescence se produit à la suite d'une revue pendant laquelle le 18^ léger a été exposé pendant plusieurs heures d'immobilité à l'action d'un froid vif et pénétrant ».
Beaujeu avait remarqué, pendant l'épidémie d'Arras en 1910 (3® régi-
ÉTIOLOGIE. CAUSES SECONDES 35
ment du génie), que les poussées successives coïncidaient nettement avec les recrudescences du froid.
Pendant l'épidémie de Lonaconing, en 1893, à chaque abaissement de température, la maladie prenait une extension nouvelle.
C'est aussi ce qu'avait remarqué M. Lemoine à l'occasion de l'épidémie d'Orléans en 1886 : « On peut dire, d'une façon générale, que chaque cas en particulier est survenu le jour précis ou le lendemain d'une chute brusque et marquée du thermomètre, et il est à remarquer que sur 14 cas de méningite cérébro-spinale, 7, c'est-à-dire la moitié, se produisirent pendant le mois de mars, remarquable habituellement par les oscillations brusques de la température, et qui, cette année-là, fut particuhèrement rude à Orléans. Cette coïncidence avait été tellement nette dès l'apparition des premiers cas, qu'il m' arriva plusieurs fois, à certains jours de température très rigoureuse, de prévoir l'éclosion de cas de méningite cérébro-spinale. »
J'ai pu, en plusieurs circonstances, faire des observations identiques ; il en fut de même d'Olitsky lors de l'épidémie d'Hong-Kong en 1913. Mais j'avais été amené à envisager davantage l'influence des oscillations brusques de température auxquelles l'organisme est très sensible que celle d'un froid continu. Au printemps notamment, il est fréquent de constater pendant quelques jours une température assez douce, suivie brusquement, du jour au lendemain, sans transition aucune, d'un froid, soit sec, soit humide, extrêmement pénétrant. C'était habituellement le lendemain ou le surlendemain de ces variations importantes de la température que j'avais remarqué les poussées paroxystiques de la méningite, telles qu'elles ont été décrites dans l'étude des caractères généraux des épidémies.
Toutefois, certains auteurs n'observèrent pas cette relation de cause à effet : d'aucuns même ont signalé des recrudescences par une température douce.
Signalons, en concordance d'ailleurs avec les opinions précédentes, lie de Rolleston (1) qui crut pouvoir établir l'existence d'un rapport ect entre l'augmentation du nombre des atteintes méningococciques et les cents du nord et de l'est, amenant dans nos régions les vagues de froid. i^^ais si à Portsmouth, Plymouth et Deale, les recrudescences de méningite v^Ê^ sont produites 3 à 4 jours après un tel régime de vents, à Chatam il ^^H'en fut pas ainsi, et en d'autres épisodes, c'étaient les vents du sud et ^He l'ouest qui étaient dominants.
^B II pouvait exister une action combinée des vents prédominants et de
^Bi température : les recherches sont restées assez imprécises à cet égard.
D'ailleurs certains auteurs, Glover entre autres, semblent estimer que
l'influence de ces facteurs ne serait qu'indirecte, et qu'ils n'agiraient
qu'en favorisant l'encombrement dans les locaux que l'on occupe plus
volontiers lors des intempéries.
Après une étude approfondie poursuivie à l'occasion de 62 cas de méningite cérébro-spinale observés en Angleterre à Weymouth, Dorchester et Bournemouth pendant la guerre, Compton (2) admet que le facteur
(1) Rolleston. Loc. cit.
(2) Compton. Etudes sur la méningite cérébro-spinale et ses facteurs météorologiques Annales de VInstitut Pasteur, 1918, p. 111).
3) EPIDEMIOLOGIE
essentiel est Vhumidité de V atmosphère ; les maxima de l'état hygrométrique de l'air coïncident en effet, dans la plupart des cas, avec.les recrudescences de l'infection ; Compton ajoute que celles-ci se manifestent de préférence quand, dans les vingt-quatre heures, il existe une certaine égahté de température. A la vérité les variations dans la saturation de l'atmosphère sont en rapport avec les variations de la pression barométrique.
En réalité, si l'on peut admettre sans réserve que la production de la méningococcie est favorisée par les conditions météoriques, ces dernières sont assez mal déterminées. Peut-être plusieurs de ces dernières interviennent-elles suivant les cas. Quoi qu'il en soit, elles semblent jouer vis-à-vis de cette infection le même rôle que vis-à-vis des angines et des coryzas vulgaires avec lesquels, d'ailleurs, la première étape rhino-pharyngée de la méningococcie (coryza méningococcique spécifique) présente une certaine analogie.
Influences cosmiques. — L'influence du froid et des intempéries n'est donc pas niable. Mais à côté de ces facteurs, certains autres, que l'oiipeutréunir sous le vocable de «cosmiques», peuvent seuls, jusqu'à plus ample informé, exphquer certaines particularités, telle l'apparition simultanée de certaines épidémies en des régions étendues de territoire, ou des régions même parfois très distantes les unes des autres.
Netter et Debré expHquent ces faits par une exaltation de la végétabilité et de la virulence du méningocoque ; il existerait à cet égard une analogie assez étroite avec le pneumocoque, dont la virulence varie suivant l'époque de l'année et s'exagère au moment de la période d'hiver, celle où l'on observe le plus de pneumonies (Netter). Cette interprétation peut expliquer les variations de la morbidité de la méningite suivant les saisons, mais elle ne nous renseigne pas sur les facteurs qui conditionnent fa simultanéité d'apparition et la morbidité plus grande observées en certaines années ; ces derniers ne peuvent être rapportés, en l'ignorance de leur nature exacte, qu'à des influences cosmiques mal définies, qu'il est, pour l'instant, difficile de déterminer.
Tout ce qu'il est possible d'affirmer, c'est que, àl'image d'autres maladies contagieuses et épidémiques, rougeole, scarlatine, diphtérie, etc., il y a des années à méningococcie comme il y a des années à diphtérie, à scarlatine, etc..
Influence de l'encombrement. — Le surpeuplement des locaux habités intervient comme un facteur de la plus haute importance dans l'étiologie et la propagation de la méningococcie. Il agit de deux manières: tout d'abord, par la viciation de l'air il débilite l'organisme et le rend plus réceptif, d'autre part il contribue à multipHer les contacts et à favoriser ainsi grandement les échanges microbiens interhumains. I C'est une notion qui n'avait pas échappé à l'observation des auteurs anciens, dont l'attention avait été attirée par la fréquence de la méningite cérébro-spinale dans les classes pauvres, due surtout à l'encombrement des locaux occupés par elles. Les familles chez lesquelles plusieurs personnes sont frappées sont celles où existe une promiscuité très étroite entre les habitants, où l'on trouve plusieurs enfants couchant dans le même lit, etc.
C'est à cette cause qu'il faut attribuer la densité des atteintes dans certaines épidémies observées en Angleterre pendant la 'guerre. D'après
les faits rapportés par Glover, la méningococcie a sévi de préférence dans les camps d'entraînement, dans les centres de mobilisation et les dépôts où le surpeuplement avait été porté au maximum, à tel point que les lits n'étaient séparés les uns des autres que par un espace de 23 centimètres !
En France, les véritables foyers épidémiques ne se sont développés qu'à l'intérieur dans certains camps (Valréas notamment), où les troupes étaient entassées à l'extrême.
Et c'est encore ce facteur qui doit intervenir pour expliquer la grande morbidité méningococcique observée sur les troupes américaines dès leur débarquement dans les ports français et britanniques. L'infection sévissait déjà à leur départ des Etats-Unis, mais elle s'est propagée activement à la faveur du séjour sur les bateaux de transport où l'encombrement