CHAPITRE PREMIER
La méningococcie • est une de ces infections dont les manifestations n'attirent, en général, l'attention des praticiens que lorsqu'elles prennent un caractère nettement épidémique. En dehors de ces épisodes, elle ne se révèle que par des cas sporadiques, isolés, disséminés, qui passent souvent inaperçus. Cet état d'endémicité latente peut persister un certain nombre d'années : dix ans, vingt ans, plus encore ; il n'est pas surprenant que lors des explosions épidémiques, survenant après un délai aussi prolongé, on prenne parfois cette affection pour une maladie nouvelle. C'est ce qui s'est produit à l'apparition de chacune d'entre elles.
Or, l'histoire de la méningococcie montre qu'elle est déjà ancienne. Si elle n'a été décrite d'une façon assez nette qu'au début du xix^ siècle, on peut supposer, par analogie avec bien d'autres maladies infectieuses, qu'elle sévissait antérieurement. Mais les descriptions peu précises des auteurs anciens ne permettent pas d'affirmer qu'elle existait au moment où ils observaient ; en réalité, l'affirmation ne peut être admise que du jour où elle a été isolée cliniquement du chaos des fièvres pernicieuses, pyohémiques, pétéchiales qui, au moyen âge, comprenaient indistinctement toutes sortes d'affections disparates. Ce n'est qu'au début du xix^ siècle que les études cliniques et anatomiques permettent de la reconnaître uniquement il est vrai sous l'aspect de la méningite cérébrospinale ; à cette époque seulement commence vraiment l'histoire de la méningococcie (1).
En Europe, Vieusseux relate une épidémie de méningite cérébro-spinale qui sévit à Genève pendant l'hiver de 1805, et se fit remarquer par son haut caractère de gravité avec début brusque, évolution prompte et mort rapide. Elle se manifesta sur la rive gauche, puis sur la rive droite du lac Léman, et s'étendit à la campagne immédiatement environnante. La description clinique
(1) Dans cet historique, il ne sera question que de la méningite cérébro-spinale, seule forme attribuée jusque vers 1905 à la méningococcie.
DopTER — L'Infection méningoccocique 1
qu'il donna des symptômes observés ne laisse aucun doute sur la nature du mal. Les constatations nécropsiques de Mathey en font foi, montrant les vaisseaux méningés très congestionnés, l'existence d'une « humeur » gélatineuse répandue sur toute la surface du cerveau, la présence d' « eau » dans les ventricules ; plexus choroïdes d'un rouge foncé, matière puriforme à la partie postérieure du lobe du cerveau et du cervelet, de même au niveau des nerfs optiques et s'étendant le long de ces nerfs.
C'est encore à la méningite cérébro-spinale qu'il convient de rapporter la maladie qui a régné dans l'armée prussienne de 1806 à 1807 (Hufeland), en Sicile en 1808 (Bayle), et qui, d'après Petot, a sévi à Mayence pendant l'hiver 1813-1814. Boudin l'observait, la même année, à Pont-à- Mousson, Comte à Grenoble, Rampont à Metz en 1815. Il est très vraisemblable que, pendant la retraite de Russie, la fièvre « méningite catarrhale de congélation », décrite par Larrey, n'était autre que la méningite épidémique. Elle était encore certainement en cause en 1822 dans la population civile de Vesoul (Pratbernon, cité par Jaccoud) ; de même l'épidémie de gastro-céphalite observée au Mans par Pingrenon du mois de juillet au mois de septembre 1823 au 12^ régiment de chasseurs à cheval.
A peu près à l'époque où Vieusseux assistait à l'épidémie de 1805 à Genève, les médecins des Etats-Unis signalaient une affection épidémique que l'observation ultérieure a unanimement rapportée à la méningite cérébro-spinale. C'est en 1806, aux épidémies observées à Vermont, puis à Medfield (Massachusetts), que remontent les premières traces de cette affection sur le continent américain, où elle devait, par la suite, faire de si nombreuses et si meurtrières apparitions. De 1806 à 1813, elle s'y manifeste chaque année par des explosions multipliées sur les points les plus différents, atteignant souvent les grands centres tels que Norfolk, Washington, Philadelphie, Boston, Cambden, etc., déterminant parfois une effroyable mortalité, comme à Cambden en 1812. De 1813 à 1816, elle subit un temps d'arrêt, mais en 1816 elle sévit à New- York, au Canada, en Pensylvanie, et depuis cette époque jusqu'à nos jours elle ne cesse pour ainsi dire de se montrer dans le Nouveau- Monde.
Depuis lors, en Europe, comme en Amérique, la méningite cérébro-spinale, qu'elle soit restée assoupie ou méconnue, semble n'avoir fait que des apparitions très localisées et discrètes, quand, en 1837, s'ouvrit pour elle une nouvelle ère d'épidémicité qui reste historique dans les annales de la médecine.
En fin 1836, en effet, elle fait son apparition dans la garnison de Bayonne et la population civile de plusieurs localités des arrondissements de Dax et do Saint-Sever (Landes) ; elle y est signalée par Lamothe et Lespès à la Société de médecine de Bordeaux comme une infection étrange et inconnue jusqu'alors, et effrayant les populations par la promptitude avec laquelle elle atteint et souvent tue ses victimes.
De Bayonne et des Landes où elle débute en novembre 1836, la maladio gagne, la même année, Bordeaux, La Rochelle, Rochefort, où se constituent des foyers secondaires d'où la maladie va s'irradier au loin. D'un bond, à la faveur de déplacements de troupes, elle apparaît à Versailles, au 18^ de ligne qui l'avait apportée du sud-ouest, après l'avoir semée à Rochefort ; à Versailles, elle se propage aux régiments voisins en donnant lieu à 154 malades dont 66 morts. Puis elle éclate de tous côtés ; elle s'irradie vers l'ouest, à Chartres, à Laval, mais surtout vers l'est, où on la voit sévir à Metz en 1839 et 1840 ; à Strasbourg, d'octobre 1840 à mai 1841, où elle frappe 184 soldats et en fait succomber 108 ; elle y atteint aussi la population civile qui enregistra de son fait 90 décès. Presque toutes les garnisons d'^\lsace et de Lorraine lui paient successivement leur tribut.
Presque au même moment où la méningite cérébro-spinale débutait à Bayonne, 16 cas se produisaient coup sur coup du 3 au 14 avril 1837 sur des
militaires de la garnison de Foix ; des faits semblables étaient au même moment observés à Narbonne, puis à Perpignan, puis dans le bassin du Rhône. Pendant quatre ans, l'affection règne sur un grand nombre de garnisons du Midi et de la Provence, s'irradiant en Algérie avec les troupes qui, de France, sont transportées dans cette contrée pour des opérations de guerre.
• Pendant les années 1843 et 1844, la méningite cérébro-spinale se calme, elle ne se révèle plus que par des cas isolés ; en 1845, elle fait une nouvelle réapparition pour se continuer jusqu'en 1851, en prenant une extension plus générale que lors des explosions antérieures. On la voit sévir alors dans les provinces de Gonstantine et d'Alger, et en France sur une vaste étendue du territoire, notamment à Avignon, Lyon, Orléans, Metz, Saint-Etienne, où sur 2.500 hommes 107 sont atteints et 28 succombent, puis à Paris, Nîrnes, Cambrai, Lille, Lunéville, Dijon, Bourges, Toulon où, en 1851, on compta parmi les régiments de l'infanterie de marine 116 malades dont 55 morts.
En 1851, prend fin, pour la France, l'ère des grandes épidémies de méningite cérébro-spinale. Elle restreint alors son essor, mais ne disparaît cependant pas. Chaque année, dans l'armée et dans la population civile, elle continue à frapper de ci, de là, mais ses atteintes sont clairsemées, isolées, ne se traduisant que par des cas sporadiques ou de petites séries de 3, 4 ou 6 cas. C'est d'ailleurs peut-être ainsi qu'elle régnait en France avant 1837.
Pendant que la France était ainsi éprouvée, des épidémies de même nature se développaient aussi en d'autres régions en Europe :
Ainsi, au moment de la première irruption épidémique de 1837 à 1842, la méningite cérébro-spinale sévissait en Italie, provenant sans doute des régions françaises atteintes ; de 1839 à 1840, elle s'abattait sur plusieurs localités du royaume de Naples et, l'hiver suivant, dans la Romagne où l'épidémie se continuait jusqu'en 1845.
En hiver 1844, elle s'observe à Gibraltar presque exclusivement sur la population civile, alors que le reste de l'Espagne reste indemne.
En 1845, le DaneTnark est atteint à son tour jusqu'en 1848. En Irlande, elle est signalée en 1 846 jusqu'en 1850.
On la vit sévir sous cette forme dans le Tennessee et l'Alabama (1842), dans rillinois, le Mississipi, l'Ai'kansas et la Nouvelle- Orléans (1845 à 1847).
L'Amérique enfin ne reste pas indemne pendant cette période, où l'on constata à diverses reprises des épidémies, mais qui restèrent assez localisées.
En 1854, la Suède est envahie à son tour. La méningite cérébro-spinale s'y fit remarquer par son extension et son intensité. C'est vers la fin de 1854 qu'une affection, jusque-là inconnue, dit-on, en Suède, se déclara sur les côtes sud-est. Appelée dans le langage vulgaire fièvre cérébrale, ou encore maladie de Calmar, du nom de la localité où elle prit naissance, cette maladie s'étendit tout d'abord dans le voisinage immédiat, puis à toute la province de Calmar, avec une intensité telle que, en mars, on comptait déjà 3.000 cas et 800 morts. La maladie disparut complètement pendant l'été, mais l'hiver suivant elle se montra de nouveau dans la même province et s'étendit vers le nord. Les années suivantes, elle poursuivit sa marche ascendante vers le nord, avec assez de lenteur pour mettre six hivers avant de parvenir aux limites septentrionales qu'elle atteignit en 1860. Sur les 24 gouvernements du royaume de Suède, les deux plus septentrionaux seuls furent épargnés. Cette vaste épidémie frappa 11.712 habitants ; 4.1S8 succombèrent.
Pendant cette période, en 1854, la Norvège payait, elle aussi, son tribut, mais d'une feçon bien moins importante. En 1859, à Optai (province d'Hidemarken), et à Ringsaker (1860), elle fit quelques victimes. La Hollande fut de même atteinte de 1860 à 1861, où la méningite régna, notamment dans la garnison d'Arrhenz. Le Portugal fut aussi le siège d'une épidémie assez étendue en 1861 et 1862. En Amérique du Nord, après les épisodes qui se manifestèrent à
<t HISTORIQUE
New- York et en Caroline du Nord en 1857, cette dernière et plusieurs Etats de l'Union furent éprouvés à nouveau pendant l'hiver 1862-1863.
Jusqu'alors l'Allemagne était restée presque indemne, ou tout au moins les petits foyers qui s'étaient développés n'avaient pas pris une densité suffisante pour s'imposer à l'attention. Leichtenstern a réuni cependant une série d'épisodes épidémiques qui ont évolué à plusieurs reprises de 1822 à 1860, dans la Prusse rhénane et en Westphalie.
La première épidémie véritablement sérieuse prit naissance en 1863 et dura deux ans. Elle débuta à Liegnitz et s'étendit à Bromberg (duché de Posen) où, du 1er février au 15 juin 1864, 140 cas se déclarèrent chez des enfants de huit mois à quatorze ans, puis en Poméranie et en Prusse orientale ; elle se manifesta d'une façon sévère à Stettin, à Kônigsberg (en 1865), et fit quelques victimes à Berlin dans la garnison et dans la population civile. En 1864, elle gagna l'Allemagne centrale pour apparaître à Leipzig, Eisenach, Weimar, et en de nombreuses localités situées dans l'intervalle de ces dernières.
En même temps, la méningite cérébro-spinale sévissait avec intensité en Allemagne du Sud, où la Bavière, les duchés de Hesse et de Bade, notamment dans le district de Rastadt (174 cas, 51 décès), étaient particulièrement éprouvés. Sur la Baltique, le gouvernement de Stralsund signalait des épidémies dans les unités de Fransburg, Griefswald et Grimmen. Pendant les années suivantes, elle se montrait à Trieste et à Pola, où elle atteignit tout particulièrement les enfants (150 cas et 78 morts).
Jusqu'à cette époque, la méningite ne semblait pas exister dans les pays slaves ; elle paraissait limitée à l'Europe centrale et occidentale, si bien qu'on admettait, avec Hirsch, l'immunité des races slaves. Cependant, d'après les descriptions de Rudnew et Burzew, de Kûttner, de petits foyers assez circonscrits se développèrent en 1863 à Talouza, dans les environs de Moscou, en 1864 dans le Caucase, et en 1866 à Moscou même ; en 1867, la première grande épidémie fit explosion à Pétrograd.
On vit encore cette maladie sévir pendant l'hiver 1866-1867 à Pola, où elle atteignit surtout les enfants (150 cas, 78 décès), puis à Trieste, où elle fut moins sévère. L'hiver suivant on l'observa à Jassy en Roumanie, puis en Grèce, où, dans les localités atteintes, la population fut peu épargnée ; c'est ainsi que sur 9.000 habitants de Nauplies, 104 furent touchés. A Argos (11.000 habitants), on enregistra 104 cas, dont 63 mortels ; à Milos, sur 200 habitants, 12 tombèrent malades. En même temps, on la vit à Lissa, en Dalmatie, puis à Trente dans le Tyrol. L'Asie Mineure ne resta pas indemne, et Magnésie, Smyrne connurent la méningite cérébro-spinale.
On la retrouve à la même époque en Irlande, à Dublin et à Bardney et en Amérique du Nord, où, depuis 1861, pendant quelques années, elle frappa ses coups en plusieurs grandes villes, à New- York notamment, en 1863 et 1866.
Cette période passée, une détente générale se produit sur presque tout le globe, du moins en ce qui concerne les épidémies assez denses, car, en réalité elle ne disparaît pas, mais se révèle sous la forme de foyers très limités et surtout de cas sporadiques disséminés, paraissant n'avoir entre eux aucun lien.
C'est ainsi qu'en 1870-1871, quelques cas apparurent à Berlin, Mannheim, Bonn, Weinheim. On trouve cependant le récit d'une épidémie assez sévère qui se manifesta dans un village du district de Gumbinnen, où, sur 80 enfants, 30 furent atteints et 12 succombèrent, puis un foyer de 25 cas à Reichenbachen 1879.
Les autres épisodes présentèrent parfois si peu d'importance qu'on peut se demander si vraiment il s'agissait bien d'épidémies.
Petits foyers à Berne en 1870-71, dans l'Italie centrale et méridionale en 1873-76, développés d'ailleurs dans les régions où la méningite s'était manifestée si sévèrement en 1839 et 1840, en 1873 et 1874 à Bruxelles. En France, 24 cas se déclaraient à Cherbourg (Kieffer) en 1882.
HISTORIQUE b
accalmie dura jusqu'en 1885, où Senator relata une épidémie assez intense à Berlin, Leichtenstern, à Cologne, où 111 cas éclatèrent, suivis d'une série d'autres pendant les années qui suivirent. Cette épidémie fut, d'après Leichtenstern, le point de départ d'autres foyers qui s' allumèrent dans la région du Rhin et en Westphalie.
En 1885 et 1886, Helsingfors et la Finlande sont le siège d'une explosion légère; en 1891, Copenhague présente une trentaine de cas ; les années suivantes quelques atteintes sporadiques se produisirent qui continuèrent à engendrer une poussée plus sérieuse en 1898.
En 1886 encore, on vit se constituer des épidémies assez importantes en Silésie, où la ville et le district de Beuthen fournirent 269 atteintes s'étendant à Gleiwitz et à Tarnowitz, qui, avec Kattowitz, furent éprouvées à nouveau dix ans plus tard en 1896. Dans notre pays, elle faisait quelques victimes en 1886 à Orléans, à Quimper en 1888 et 1889.
En 1898, Birdach observe à Trifail un noyau de 172 cas avec 30 décès. Cette épidémie est d'ailleurs historique, car elle permit à Albrecht et Ghon de confirmer le résultat des recherches de leur maître Weichselbaum.
En même temps Netter signalait en France un nouveau foyer qui s'y révélait, mais sans grande ampleur. A signaler aussi une épidémie à Dublin (1900) et en Portugal en 1901-1903, où plus de 3.000 atteintes furent enregistrées.
Aux Etats-Unis, New- York, Boston présentèrent des reprises assez sérieuses qui furent le point de départ des travaux actuellement classiques de Councilmann, Wallory et Wright.
En 1904, commence alors pour la méningite une ère nouvelle où l'épidémicité domine ; la méningite commence à porter des coups sévères aux Etats-Unis. La ville de New- York, déjà en 1904, lui paie un tribut important qui augmente encore en 1905, pour diminuer progressivement en 1906 et en 1907.
Presque en même temps, elle éclate en Allemagne où elle s'étend progressivement comme une tache d'huile et fait un grand nombre de victimes, plus particulièrement dans les centres miniers où de véritables désastres sont enregistrés.
Le premier foyer s'alluma en novembre 1904, dans les centres industriels des régions extrêmes de la Silésie. Elle fit son apparition première à Kônigshiitte ; de là, elle s'abattit au début de 1905 dans les villes et les districts de Beuthen, Kattowitz, Pless, Ratibor, Tarnowitz, Tryberik, et s'étendit atout le pays minier de cette région, si bien que toutes les localités industrielles furent atteintes et plus ou moins éprouvées. Ce début fut si sévère qu'en quatre mois, on compta 1.088 cas, dont 1.006 dans la seule région d'Oppeln ; 582 succombèrent. La méningite continua à s'y manifester pendant tout le courant de l'année 1905 et, à la fin de cette dernière, sur 3.766 cas qui éclatèrent dans tout l'empire allemand, la province de Silésie seule avait enregistré 3.317 cas, dont 3.149 provenaient de la régence d'Oppeln ; en 1906, elle régnait encore, mais en présentant une certaine accalmie (811 cas, 504 morts) qui s' affirma encore durant les années suivantes.
Parti de la Silésie, le foyer s'étendit à la régence de Breslau (146 cas en 1905, 176 en 1906), puis à la régence de Liegnitz.
Au printemps 1906, un nouveau foyer se forma à Posen, d'où la méningite s'étendit à une foule de localités de la province.
En même temps, transportée vraisemblablement par des mineurs de la Haute-Silésie, la méningite fait son apparition dans les centres industriels rhénans et westphaliens. A Dusseldorf et dans la région environnante, 320 malades dont 225 morts. On retrouve sensiblement la même morbidité à Ruhrort, à Duisbourg ; des foyers secondaires s'allument sur la rive gauche du Rhin. De Dusseldorf, elle s'étend à Recklinghausen, à Munster, de là, à Bochum, à Arnsberg où l'on observe 223 cas dont 139 décès. Dans tous les centres, les familles de mineurs sont particulièrement éprouvées.
L'affection envahit la Prusse, atteignant 2.029 personnes, avec 1.275 décès.
En 1907, l'épidémie continue, elle augmente même d'intensité ; elle fournit 2.591 atteintes, dont plus de la moitié provient des provinces rhénanes et de Westphalie, où elle sévit à Bochum, Gelsenkirchen, Essen, Herne, Dortmund, Recklinghausen, Gladbach et les localités environnantes.
Une nouvelle poussée se dessine à nouveau cette même année 1907 dans la régence d'Oppeln.
Tous ces foyers ont donné naissance à dés foyers secondaires qui se sont créés parfois au loin, tels ceux qui se sont constitués dans le Mecklembourg-Schwerin et le Schleswig-Holstein. Il y a lieu de retenir aussi ceux, dont à la même époque ont été le siège, d'une part la Silésie autrichienne et la Galicie, d'autre part la Pologne nisse. Ces foyers se sont trouvés en relation étroite avec les foyers primitifs des centres miniers de la régence d'Oppeln.
Avec cette année 1907 prend fin l'explosion prolongée qui a marqué cette période épidémique ; depuis lors, l'Allemagne n'est cependant pas restée indemne, car de temps à autre, se sont révélés de petits groupements, séparés par des atteintes sporadiques. Bref, l'état d'endémie, au moins dans les grandes villes, a succédé à l'état épidémique antérieur.
L'épidémie allemande se terminait, quand, en France, on la vit apparaître, mais sans prendre toutefois une extension aussi considérable :
Déjà, durant les années précédentes, la méningite cérébro-spinale manifestait dans l'armée une certaine activité, pas suffisante toutefois pour attirer particulièrement l'attention ; ainsi la statistique du ministère de la Guerre emegistrait 33 cas en 1904, 71 en 1905, 111 en 1906, 108 en 1907, 110 en 1908. Quand brusquement, en 1909, pour les seuls mois de janvier, février et mars, le chiffre des atteintes s'élevait à 139 cas avec 38 décès, évoluant en des garnisons réparties dans les zones les plus différentes, indiquant que l'affection avait déjà pris un caractère de diffusion assez accentué. Dans la population civile, on observait cette même augmentation insolite, cette même dissémination.
L'épidémie continua en 1910 et 1911, mais se ralentit à partir de 1912, ne donnant lieu qu'à des épisodes d'allure moins active, l'ensemble tendant à revenir à l'état endémique antérieur.
Lorsqu'en 1914 la guerre éclata, on pouvait s'attendre dans notre pays, du moins au seuil de l'hiver, à voir la méningococcie se développer à la faveur d^ l'agglomération considérable de troupes, surtout pendant la période de stationnement ; il n'en fut rien ; un certain nombre de cas sporadiques se manifestèrent certes dans la zone des armées, mais sans revêtir d'allure épidémique. Quelques foyers prirent naissance parmi les troupes de l'intérieur.
En Angleterre, au contraire, la méningococcie prit plus d'ampleur, et soit parmi les troupes des armées et de l'intérieur, soit dans la population civile do Grande-Bretagne, elle présenta un certain développement: alors qu'en 191 4 on n'avait relevé que 315 cas, en 1916 on en compta 1.306, et en 1917 1.085.
On ne possède pas encore de renseignements suffisants pour apprécier ce qu'elle fut dans les autres nations belligérantes.
Telle est, dans ses grandes lignes, l'histoire de la méningococcie telle qu'elle s'est manifestée jusqu'à l'heure actuelle. Son étude montre que, dans sa marche, elle s'est limitée à l'Europe, aux Etats-Unis et au nord de l'Afrique. Cependant son extension n'est pas encore terminée, puisqu'en 1903, Castellani la décrivait à Ceylan, et Olitsky la voyait apparaître en 1913 à Hong-Kong.
Cette histoire est, en tout cas, riche en épisodes variés, dont Tobserv^ation a permis de fixer les caractères de cette affection, qui était relativement peu connue jusqu^à ces dernières années.