CARACTÈRES MORPHOLOGIQUES DES BACILLES PARATYPHIQUES
Les bacilles paratyphiques font partie du vaste groupe coli-Eberth. Comme tous les microbes de ce groupe, ce sont des bacilles en général courts, plus ou moins mobiles, ne se colorant pas par la méthode de Gram, mais prenant bien les couleurs d’aniline. Ils sont tous ciliés, présentant de deux à six flagelles longs. Ils se développent sans difficulté sur les milieux usuels, et poussent aussi bien à l'abri de l'air qu’en présence d'oxygène. Ils sont pathogènes pour l’homme, et, à des degrés divers, pour la plupart des animaux de laboratoire.
Certaines proprictés culturales permettent de les distinguer du bacille d Eberth d’une part, du colibacille d’autre part.Coutrairement au bacille d’Eberth, et c'est surtout ce caractère .qui les fit différencier par les premiers observateurs. ils font fermenter les hydrates de carbone,et en particulier certains sucres (mallose, glucose, lévulose,elc.) et ils réduisent le rouge neutre. Contrairement au colibacille, ils ne font pas fermenter le lactose, ne coagulent pas le lait, mais ils attaquent la dulcite : enfin ils ne dounent pas la réaction de l’indol.
Demanche 5
Depuis les travaux de Brion et Kayser (1902) on en distingue deux types : le /ype A, qui forme un groupe assez homogène, et dont les propriétés se rapprochent du bacille d’Eberth, et le {ype B, groupement plus vaste et plus disparate qui est voisin du colibacille. Nous résumons
les caractères respectifs de ces deux types dans le tableau
suivant, emprunté en partie à l'excellente revue de M.Sac-
quépée (1).
BaAciLLE TYPE À Bacuce ryre B Culture sur gélatine Peu épaisse, transparente, Généralement épaisse, vis-
opaline. queuse, opaque et blanche.
Culture au gélose
Cf. b. typhique. me Ce D ei Culture sur pomme de terre Léger enduit glaireux pres- Enduit épais d’abord blanc, que invisible. gris brunâtre sur les vieilles cultures.
Culture en bouillon
Trouble uniforme, aspect Culture abondante, souvent. moiré, pas de voile. mince voile superficiel, quel-
quefois odeur fécaloïde.
Artichaut Ne verdit pas. 4 Verdit fortement en deux
à trois jours.
r. Sacquépée et Chevrel. Les bacilles paratyphiques. (Bul-
letin de l’Institut Pasteur, 1. V, n°‘ 2 et3, 30 janv. et 15 fév. 1907).
Bacrzze TxPE À Baarcze rvre B
Milieux aux sels de Jer ou de plomb
Noircissent tardivement ou Noircissent en trois À six
pas du tout. jours.
Gélose au nitro-prussiate de soude
Verdit tardivement ou pas Verdit en deux à cinq jours.
du tout.
Gélose additionnée de rouge neutre
Décoloration rapide. Décoloration lente (2 à 4].
Gélose à l’orcéine
Pas de décolo ration. Décoloration
Action sur le lait
Le lait n’est pas modifié. Il s’éclarcit tardivement
vers le deuxième septénaire.
Le lait tournesolé est légère- D'abord légèrement acidifié ment acidifié. pendant la première heure, il est alcalinisé du troisième au septième jour.
Petit-lait tournesolé : mêmes D'abord acidifié, puis alcali-
modifications que le lait. nisé. .
Bacrie Txre À Bacrzce vyre B
Action sur les alcools
La glycérine, la manniteet la Ces mêmes alcools fermen— dulcite fermentent peu. L’éry- tent plus fortement, avec dégathrite n’est pas attaquée . gement de gaz en milieu anaé-
robie.
Actions sur les sucres
Les bacilles type À ettype B attaquent sensiblement les mê-
mes sucres ; ceux du type B plus énergiquement.
Aux deux espèces ainsi classiquement admises par tous les auteurs, Zupnik (1) propose d'en ajouter une troisième intermédiaire aux précédentes, pour les bacilles isolés par Longcope et Cushing, et produisant en présence de certains milieux des réactions particulières. Comme les bacilles du type À, ils fermenteraient à peine la dulcite, l’érythrite, le raffinose ; comme ceux du type B, ils alcaliniseraient le petit-lait après une acidification passagère. Mais il faut remaquer que les caractères différentiels que nous avons indiqués ne sont pas absolus et comportent des degrés et des exceptions ; c’est ainsi que les cultures du type B ordinairement comparables à celles du colibacille, prennent quelquelois l'aspect des cultures d'Eberth, et que la fermentation des hydrates de carbone n'offre d’un type à l’autre qu'une différence assez légère de degré, et peut dépendre dans une certaine mesure, comme nous le verrons, du
(1) Zupnik. Ueber verschieden Arten von Paratyphus und
Fleischvergiftungen. (Zeitschrift f. Hygiene. T. LXII, 1906, p. 5x3).
eee
milieu de culture employé. D'ailleurs les divers individus de chaque groupe présentent entre eux quelques diffé- rences. Il nous semble donc préférable de pas compliquer la classification, et de nous en tenir à la division en deux types, qui, s’il est des individus quelquefois difficiles à classer, n'en demeure pas moins valable dans la majorité des cas.
La culture sur les milieux vaccinés confirme cette division. Les bacilles type A ne se développent pas dans les milieux vaccinés contre les bacilles paratyphiques (A ou B), contre le bacille d'Eberth ou le colibacille. Les bacilles type B se développent dans les milieux vaccinés contre le bacille typhique ou le paratyphique A, mais poussent mal dans les milieux vaccinés contre le colibacille.
I est un autre groupe de bactéries avec lequel les bacilles paratyphiques B offrent de nombreuses ressemblances ; et de ce côté la limite est difficile à tracer. Ce sont le bacille de la psittacose, le Bacillus typhi murium de Lôffler, le Bacillus enteridis de Gärtner, les bacilles des intoxications carnées, etc... Tous ces microbes font partie de la classe des Salmonelloses de Lignières ; ils présentent les mêmes caractères morphologiques et culturaux et les mêmes propriétés biologiques in vitro que les bacilles paratyphiques B, au point que nombre d'auteurs les ont récemment identifiés (Trautmann, Fischer). Ils différent surtout par leur origine, ayant été isolés chez des espèces animales très diverses, et dans les affections les plus disparates. Cependant par l'étude des sérums expérimentaux, on a pu établir une division dans ce groupe (de Nobelé, B. Fischer et Trautmann) : le sous-groupe I est formé par les bacilles
carnés du type Gærtner ; — le sous-groupe Il comprend les
bacilles carnés du type Aertryck, les bacilles du hog-cholera, de la psittacose, du typhus de souris, et les paratyphiques B. On voit combien ces derniers microbes s’éloignent du
bacille typhique, et méritent peu leur nom.