INTRODUCTION
Les infections des voies biliaires ne possèdent au point de vue bactériologique aucun caractère de spécificité. De nombreux microbes ont déjà été rencontrés dans les lésions inflammatoires ou suppuratives de la vésicule et du cholédoque, ou ont pu servir à les reproduire expérimentalement. : |
Normalement les voies biliaires ne sont pas stériles. MM. Gilbert et Lippmann y distinguent trois zones : l'une inférieure, voisine de l'intestin, habitée par un grand nombre de microbes aéro-anaérobies ; la seconde compre. nant la vésicule biliaire, la moitié supérieure du cholédoque et la partie initiale du canal hépatique, où la flore est purement anaérobie ; enfin la troisième formée par la terminaison dans le foie des canaux hépatiques, seule stérile.
Dans les infections ascendantes ces germes se dévelop-
pentet dépassent les limites entre lesquelles ils végètent
habituellement. C’est dire la grande importance des anaérobies et des microbes de l'intestin dans la pathogénie des angiocholécystites. Parmi ces derniers, l'un des plus fréquemment observés est le coli-bacille dont MM. Gilbert et Girode ont montré le rôle considérable et qui a été retrouvé - par de nombreux auteurs. L'entérocoque, le streptocoque, le staphylocoque, le tétragène ont été plusieurs fois signalés. Gilbert et Girode, Klemperer, Canon, ont trouvé le pneumocoque. Le bacille de Koch peut lui aussi se rencontrer dans la bile, et donner lieu à des angiocholites tuberculeuses. Enfin les microbes des infections générales envahissent fréquemment les voies biliaires, il en est ainsi en particulier du vibrion cholérique, observé par Nicati et Rietsch, par Galliard, Oddo, Lewine, et du bacille d’'Eberth. Les localisations de la fièvre typhoïde sur l’appareil biliaire élaient connues depuis longtemps par les cliniciens ; les travaux de Gilbert et Girode, de Dupré, de Gilbert et Dominici, de Chiari confirmés par un grand nombre de recherches récentes, ont démontré l'existence d'angiocholécystites éberthiennes.
A côté du bacille d'Eberth et du colibacille il faut placer les microbes connus depuis une douzaine d'années et décrits sous le nom de bacilles paratyphiques. Voisins du bacille typhique d’une part, du coli-bacille d'autre part, plus ou moins confondus avec les germes des infections alimentaires, ces microbes ont pris dans la pathologie une place importante. Parmi les infections de formes variées auxquelles ils peuvent donner lieu, ils semblent, comme le bacille d'Eberth et le coli-bacille, se localiser volontiers
sur le foie. Nous nous proposons d'étudier leur rôle dans les infections des voies biliaires.
L'histoire des infections paratyphoïdes date des travaux de MM. Achard et Bensaude (1), qui, en 1896, chez deux malades atteints d'une fièvre continue à forme typhoïde, isolèrent de l’urine, dans un.cas, d’un abcès chondro-sternal, dans l’autre, un bacille voisin du bacille d’Eberth, mais s’en distinguant par certains caractères. Depuis lors les observations se sont multipliées. MM. Widal et Nobécourt (2), en 1897, rencontrèrent dans le pus d'un abcès thyroïdien un microbe analogue, dont ils constatèrent l’agglutinement à une dilution élevée par le sérum d'une femnie atteinte d'une infection typhoïde ; cependant ce sérum n’agglutinait pas le bacille d'Eberth. A Ballimore et à New- York, Gwyn (3) et Cushing (4) observèrent des faits analogues.
Schottmüller en 1900 étudia 7 cas d'infections paratyphoïdes, et distingua deux groupes de bacilles paratyphiques, que Brion et Kayser en 1902 désignèrent sous les noms de bacille type A et de bacille type B, l'un plus voisin du bacille d’Eberth, l’autre se rapprochant du coli-bacille. Depuis ces études fondamentales, le paratyphus a fait dans ces dernières années l'objet de travaux très nombreux en Angleterre et en Amérique, en Italie, en Allemagne ; la
liste serait longue de tous les auteurs qui en ont publié
1. Achard et Bensaude. (Soc. méd. des Hôpitaux, 27 novembre 1896). — Bensaude. (Th. de Paris, 1897).