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ÉLIMINATION DES BACILLES PARATYPHIQUES PAR LES VOIES BILIAIRES

Le foie exerce, on le sait, un rôle de protection de l’organisme contre les infections ; c'est une sorte de filtre par lequel de nombreux microbes sont arrêtés et détruits. Cette action protectrice a été mise en évidence par M. Roger, qui a pu, en faisant des injections dans les différentes parties du système vasculaire, déterminer l'action des organes sur les microbes, et montrer, par une série d’expériences (1) que c’est au foie qu'est dévolu le rôle le plus important, au moins vis-à-vis de certaines bactéries : le bacille du charbon, le staphylocoque, le bacille de l’entérite dysentériforme, certains coli-bacilles.

D'autre part des travaux fort nombreux établissent

qu'au cours des différentes septicémies spontanées ou expé-

1. Roger. Sur le rôle protecteur du foie contre l'infection charbonneuse. (Société de Biologie, 9 octobre 1897). Sur les effets des Inoculations microbiennes dans les diverses parties du système circulatoire (/bid., mars 1808). Le rôle du foie dans les infections. (Presse. médicale, 21 décembre 1898). Nouvelles recherches sur le rôle du foie dans les infections. (Société de Biologie, 14 octobre 1899).

EN ee rimentales, l’agent infectieux peut être arrêté par le foie, qui agit comme un véritable émonctoire, et éliminé par la bile.

A la suite de l'injection dans la veine de l'oreille d’un lapin de 0 ec. 1 de culture d’un bacille d’entérite dysentériforme, M. Roger (1) retrouva ce microbe en grande quantité dans la vésicule biliaire. Chez l’homme au cours de la fièvre typhoïde, considérée actuellement comme une véritable septicémie, ou chez l'animal, après injection intra-veineuse de bacille d'Eberth, ce microbe a pu être isolé de la bile par Fütterer (2), Blachstein (3), Chiari (4), Cushing (5), Paulowski (6). et plus récemment par Fürster

et Kayser (7) et par Dôrr (8). Cependant certains expéri-

1. Roger. Recherches bactériologiques sur l’entérite dysentériforme. (Presse médicale, 3 janvier 1900).

2. Anton et Fütierer. Untersuchungen uber typhus abdominalis (Münchener med. Wochenschrift, 1888, no 19).

3. Blachstein. Intraveinous inoculation of rabbits with the bacillus coli communis and the bacillus typhi abdominalis. (John Hopkins Hosp. Bull., 1908, II, p. 127).

k. Chiari. Ueber das Vorkommen von Typhusbazillen in der Gallenblase bei Typhus abdominalis (Zeitschrift f. Heilkunde, 1894. XV, p. 199).

5. Cushing. Observation upon the origin of Gall Bladder infections and upon the experimental formation of gall stones. : (John Hopkins Jlosp. Bull., 1899. n° 101-102).

6. Paulowski. Zur Frage der Infection und der Immuniiät (Zeitschrift f. hygiene, 1900, XXXIIL, p. 267).

7. Fôrster et Kayser. Ueber das Vorkommen von Typhus bazillen in der Galle von Typhus kranken und Typhus bazilienträgern. (Munchener med. Wochenschrift, 1905, no 3x, p. 1423).

8. Dürr. Experimentelle Untersuchungen über das Fortwuchern von Typhusbazillen in der Gallenblase. (Zentralbl. f. Bakt., 1905, XXXIX, p. 624).

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mentateurs n’ont pas observé le passage dans la bile des bactéries injectées dans le sang : tels sont Métin (1), pour le subtilis, le staphylocoque doré, le pyocyanique, le baccillus prodigiosus, le bacille du charbon, le bacille typhique, et Heck (2) pour le bacille typhique. MM. Lemierre et Abrami, par une série d'expériences très rigoureuses et très. démonstratives, viennent de confirmer les résultats obtenus précédemment et d'établir définitivement qu’au cours. des septicémies éberthiennes expérimentales. le bacille: typhique est bien réellement éliminé par le foie, et détermine fréquemment des lésions inflammatoires de la vésicule biliaire (3).

Il en va exactement de même pour les bacilles paratyphiques. Au cours de leurs expériences déjà citées, MM. Lemierre et Abrami, ayant injecté dans les veines d’un lapin du bacille paratyphique A, et dans celles d’un autre du bacille paratyphique B, ont retrouvé dans la bile dé ces. animaux sacrifiés, le premier au bout de trois jours et le

second au bout de deux jours, les microbes inoculés.

1. Métin. Note sur l'élimination des bactéries par le rein. et le foie. (Ann. de l'Institut Pasteur, 1900, p. 414.

2. Heck. Untersuchungen uber das Verkommen und Lebensdauer von Typhusbacterien in den Organen gegen Typhus aktivimmunisierter und nicht immunisierter Tiere. (Zeitschrift «Hygiene, 10 fév. 1907, CNIL, pp

3. À. Lemierre et P. Abrami. L'infection éberthienne des. voies biliaires. (Arch. des maladies de l'app. digestif, janv. 1908, p. 19). — Cholécystites et pericholécystites hématogènes expérimentales. (Société de Biologie, 27 juillet 1907, p. 252). — Fièvre typhoïde et infection descendante des voies biliai-res. (Presse médicale, 30 octobre 1907, p. 705).

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Nous avons fait sur le lapin plusieurs expériences semblables, qui démontrent le passage dans la bile des bacilles paratyphiques injectés dans le sang ; après inoculation dans une veine périphérique, ou dans un rameau intestinal de la veine-porte, nous pouvions retrouver, en cultivant la bile, le microbe injecté ; quelquefois même la vésicule biliaire était remplie de liquide purulent. Ces expériences sont décrites dans la seconde partie de ce travail ; nous

ne ferons qu’en rappeler les résultats.

Î. — Injections dans la veine de l'oreille

Expérience XIII. — Bacille paratyphique A (Brion). Culture de la bile positive.

Expérience X.— Bacille paratyphique B(échantillon personnel. Culture de la bile positive).

Expérience XI. — Bacille paratyphique B (échantilon personnel). Culture de la bile positive.

Expérience XIV. — Bacille paratyphique B (Drigalsky). Cholécystite; culture du pus positive.

Expérience XV. — Bacille paratyphique B (Schottmüller) . Choléeystite ; culture du pus positive.

Expérience XVI. — Bacille de Gärtner. Culture de la bile positive.

Expérience XVII.— Bacille carné (type Aertryck).Cholécys--

tite ; culture du pus positive.

Î1. — injections dans un rameau intestinal de la veine-porte

Expérience VI, — Bacille paratyphique B (échantillon per-

sonnel. Culture de la bile positive.

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Expérience VIT, — Bacille paratyphique B (échantillon per-

sonnelle). Cholécystite suppurée.

Chez l'homme, le passage des microbes dans la bile, au cours d’une infection paratyphique généralisée, a pu être constaté dans quelques cas. Les observations suivantes en

sont un exemple :

OBSERVATION I (Résumée)

(Brion et Kayser) (1)

La femme St... âgée de vingt-huit ans, entre à l'hôpital pour des douleurs de tête violentes et un état d’abattement dont elle souffre depuis six jours. Fièvre à grandes oscillations atteignant + lo degrés. Délire. Eruption de taches rosées ; météorisme abdominal. Diarrhée verdâtre. La température monte à 41°7 ; le pouls faiblit et la mort survient le dix-huitième jour de la maladie.

Pendant la vie, la culture du sang pratiquée au sixième et au dixième jour, avait donné des colonies de paratyphique B.

À l'autopsie, petits abcès dans lesamygdales, tuméfaction de la rate ; lésions intestinales analogues à celles de la fièvre typhoïde.

À l'examen bactériologique on trouve le bacille paratyphique B à l’état de pureté dans le sang du cœur, dans la bile, dans les ganglions mésentériques, dans la rate ; les cultures

faites avec le contenu de l'intestin sont restées négatives.

1. Brion et Kayser. Neuere klinisch-bakteriologische Erfahrungen bei Typhus und Paratyphus. (Deutsche Archiv. für klinische Medizin, 1905, t. LXXXV, p. 545.)

OBSERVATION II (Résumée)

(Nauwerck et Flinzer) (1) 1°" novembre 1907. — Enfant nouveau-née, morte trentesix heures après la naissance. À l’autopsie on trouve une hémorragie méningée, avec otite moyenne, et des suffusions hémorragiques sous le péricarde et la plèvre. L’estomac est rempli de sang et la muqueuse est semée de nombreuses ulcéralions nécrotiques ; il y a aussi une érosion sur le jéjunum. La rate est augmentée de volume. On constate enfin une cholécistite, caractérisée par la présence dans la vésicule d’un liquide trouble, floconneux et par la tuméfaction de la muqueuse. ”

La culture du sang a donné des colonies de bacille paraty-

phique B.

Eliminés par le foie, les bacilles paratyphiques peuvent donc laisser les voies biliaires intactes, et ne faire que les traverser par un phénomène analogue à la bactériurie simple des typhiques, où y produire des lésions plus.ou moins intenses, comme nous aurons l’occasion d’en décrire en étudiant les formes cliniques de l'infection biliaire. Nous nous attacherons surtout maintenant à montrer une conséquence fort importante du passage des microbes dans la

bile ; c'est leur persistance à l’état latent dans la vésicule,

1. CG. Nauwerck et Flinzer. Paratyphus und Melaena des Neugeborenen. (Münchener med. Wochenschrift, 1908, n° 25,

Demanche 2

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d'où ils sont rejetés dans l'intestin et. avec les matières fécales, dans le monde extérieur ; de sorte que des individus offrant toutes les apparences d’une santé parfaite peuvent,

quelquefois fort longtemps après une atteinte de paraty-

phus, rester une source de contamination pour leur entou-

rage. Ces faits rendent compte d’épidémies inexpliquées. Ils.

ont été mis en évidence, en ce qui concerne le bacille typhique, par un très grand nombre de travaux exécutés

en Allemagne pendant ces dernières années, pour la pro-

phylaxie de la fièvre typhoïde, sous la direction de Koch.

dans la région du Rhin, et particulièrement de Forster à

Strasbourg. Nous ne pouvons citer tous les auteurs qui se-

sont occupés de cette question ; leurs recherches sont exposées dans une très complète revue de M. Ricklin (1), et

dans quelques articles, et thèses récentes (2). Il ressort de

cet ensemble vraiment imposant de travaux, parmi les--

quels plusieurs étudient également les infections paratyphiques que des individus, ayant été atteints d’une maladie typhoïde ou paratyphoïde, continuent longtemps. encore à rejeter des bacilles avec leurs matières fécales. Ce: sont les « porteurs de bacilles ».

Lentz (3), dans une communication à la « Tagung der: Freien Vereinigung für Mikrobiologie », à Berlin (1906), cite 28 cas de porteurs debacilles parathyphiques. Le même

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