PREMIÈRE PARTIE
Histoire générale du dogme du mélange du pus
et du sang.
Pendant que Bertrand!, Desault, Larrey, etc., se perdaient dans leurs hypothèses sur Torigine des abcès du foie consécutifs aux plaies de tête, des observateurs plus sagaces avaient soutenu que le pus des plaies pouvait pénétrer dans les vaisseaux et se mélanger au sang; ils avaient même entrevu un rapport entre cet accident et les maladies fébriles des blessés caractérisées par la production d'abcès dans les viscères.
L'idée de rapporter ces maladies à une infection du sang date d'Ambroise Paré (1561) ; mais c'est Boerhaave, en 1720 (1), qui le premier accusa formellement le mélange du pus et du sang d'altérer ce liquide et de produire les collections les plus fâcheuses dans les organes. Sous la forme sententieuse d'un aphorisme, Boerhaave se contenta d'affirmer le fait, dédaignant d'apporter à l'appui aucune observation ni aucune autopsie. Il est cependant probable que le professeur de Leydeavaitcherchésur le cadavre un contrôle à son opinion. TjC passage suivant est d'ailleurs incontestablement net : <r Vel denique, dit-il, venis lymphaticis aut sanguiferis per eroso osculo impressum absorbetur (pus) cruori miscetur^ hune inquinat et coUectum in visceris, pessimis collectionibus ea corrumpit. ^ LeDran (2) (1731), Heïster (3) (1739), se
(1) Boerhaave, Aphorismi de cognoscendis et curandis morbis in usiim doctrinaa domesticœ digesti; 1720, Aph. 406.
(2) Le Dran, Plaies d*armes à feu, 1731, t. I, p. 6i.
(3) Heïster, Institutiones chirurgicae ; Amstelod, 1739, liv. IV, p. 280.
rangèrent à l'opinion de Boerhaave; de mêmeQuesnay (1) (1749), qui prétendit même que le pus pouvait se former dans les vaisseaux aux dépens des éléments du sang. Ce fut d'ailleurs alors une théorie assez généralement admise, s'il faut du moins en croire Foubert (2) (1 757) , Morgagni (3) (1761),Cheston (4) (1766), de Haen (5) (1771), Van Swieten (6) (1771). Morgagni, en 1761, avait même relaté plusieurs observations où l'autopsie avait révélé du pus dans les veines et des abcès dans les viscères. Percy (7) (1770) avait signalé un fait bizarre d'évacuation de pus par la veine jugulaire. J.-L. Petit (8) (1790) n'était pas éloigné de croire à la préexistence du pus dans le sang. « Ces dépôts, dit-il, en effet se forment en très peu de temps et avant qu'on ait eu aucun indice de suppuration, ce qui vient peut-être de ce que le pus, qui est dans le sang, se trouve tout formé et qu'il ne change presque pas de nature. > Mais chez la plupart de ces auteurs la croyance à l'altération du sang par le pus résultait d'une impression clinique et d'une induction hypothétique plutôt que de recherches anatomo-pathologiques précises et nombreuses. Sauf Morgagni, en effet, la plupart se bornent à des affirmations; la coexistence d'une plaie dont la suppuration se tarit et d'abcès multiples leur suffit pour donner la valeur d'un axiome à la supposition du mélange du pus et du sang. Avec Hunter, en 1784, conunence au contraire une
(1) Quesnay, Traité de la suppuration, 1749, p. 327. (t) Foubert, Mém. sur les grands abcès du fondement; réflexions post obs. m. (Mcm. AcadéoMe royale de chirurgie, 1757, t. II, p. 465.)
(3) Morgagni, de Sedibus, etc.; 1761, 51' lettre, |i 22 et g 23
(4) Cheslon, Patboiogical Observations and Inquiries in Surgery ; Gloucester, 1796, p. 38.
(5) De Haen, Ratio mcdendi, 1771, t. I, p. 102 à 126.
(6) Van Swieten, Commentarii in aphoris. Boerhaave; 1771, aph. 40G, t, 1, p. 706.
(7) Percy, in Legallois, Journal hebdomadaire; 1829, 25 avril, p. 16G.
(8) J.-L. Petit, Traité des maladies chirurg^icales et des opérations; des plaies en général ; 1790, éd., Bibliothèque médicale; 1837, p. 314.
ère de recherches anatomiques qui, tout en ayant la phlébite pour objet, principal, n'en poursuivaient pas moins la solution du problème de l'infection purulente. John Hunter, en 1784, affirme le passage du pus sécrété par une veine enflammée dans la circulation et double son affirmation de pièces anatomiques démonstratives. Il ne disait pas, à la vérité, que la pénétration du pus dans le sang eût pour résultat la formation d'abcès dans les viscères; c'était simplement pour lui la cause de la terminaison fatale dans la phlébite (1). Quelque temps après Jacquemin (2) (1803) s'évertuait à démontrer la réalité de la théorie de Boerhaave en citant à l'appui des observations suivies d'autopsies. Home (3) (1810) reprit ensuite l'idée de'Quesnay et soutint que les globules du sang pouvaient se transformer en globules de pus. Puis Monteggia (4) (1813) et Boyer (5) (1814) apportèrent l'appui de leur opinion à la doctrine, mais sans preuves nouvelles. Mais alors les travaux importants s'accumulent. Hunter, mieux étudié, est mieux compris. Hodgson (6), en 1815, et plus tard, en 1819, son traducteur Breschet (7), dans leurs études sur la phlébite, rapportent avec détail une série d'obser-
(1) «Examinant, dit-il, le bras d'un homme mort à l'hôpital St-Georgesdes suites d'une saignée, je trouvai les veines enflammées et adhérentes en différents points. Mais au delà de raisscUc, où la veine avait suppuré, il ne s'était pas formé d'adhérences, de sorte que le pus avait eu libre passage dans la circulation générale ; et c'était probablement cette circonstance qui avait causé la mort. » Hunter, Observations on the Inflammation of the internai Coats of Vcins, lu en 1784 et publié en 1793 in Transactions of a Society for Ihe Improvement of médical and chirurgical Knowledge, p. 18 ; ou Œuvres complètes de J. Hunter, trad. Richelot. Paris, 1810, t. III, p. 643.
(2) Jacquemin, thèse de Strasbourg, 20 floréal an XI, 1803. (3; Home, the Philosophical Transactions, 1810, p. 75.
(4) Monteggia, Islituzioni chirurgiche, 1813, p. 86.
(5) Boyer, Traité des maladies chirurgicales, 1814, p. 316.
(6) Uodgson, a Treatise on the Disease of Arteries and Veins, 1815, p.
(7) Breschet, Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences médicales. Paris; 1819, t. H et III.
valions où l'analomie pathologique avait péremptoirement prouvé la présence du pus dans les vaisseaux. Ribes, en 1816, démontre la présence du pus dans les veines de femmes mortes d'accidents puerpéraux, évidemment pyohémiques, bien qu'il ne les qualifie pas ainsi. Mais s'il attribue nettement la cause des accidents et de la mort au mélange du pus et du sang, il ne parle cependant pas encore d'abcès viscéraux (1).
Peu après, Carmichacl (2), en 1818, à propos, cette fois, de la mort rapide des opérés, accusa aussi le mélange du pus et du sang qui succède à l'inflammation des veines avoisinant la plaie.
Ce fut aussi pour expliquer des abcès pulmonaires consécutifs ^à une inflammation des veines que Palletta (3) (1820) invoqua l'entrée en circulation du pus veineux.
Puis Breschet et Villermé (4) et Montfalcon (5), en
(1) c J'ai rencontré, dit Ribes, du pus et une véritable sanie dans les veines enflammées qui entouraient les érésipèles gangreneux; la même chose se remarque dans la péritonite. Dernièrement, j*ai fait l'ouverture d'une femme morte d*une inflammation du bas-ventre quelques jours après sa couche* Elle avait presque toutes les veines de rabdomen remplies de sanie purulente. M. Ghaussier, qui a de fréquentes occasions de faire ces sortes d'ouvertures, trouve souvent de la suppuration sanieuse dans les >eincs des viscères de rabdomen chez les femmes mortes à la suite de couches et avec inflammation du péritoine. D'après ces observations et la disposition des veines abdominales relativement à la matrice, ne pourrait-on pas penser que c'est pour cela que les maladies de Tutérus, chez les femmes qui viennent d'accoucher, sont si promptement mortelles. Le désordre qui a lieu dans toutes les parties de l'abdomen, dans le cas de péritonite, suffirait aisément pour causer la mort; mais ron conçoit que, toutes les branches de la veine porte ventrale se trouvant remplies de pus, la circulation ne peut continuer sans faire rapidement périr. » Ribes, Exposé sommaire de quelques recherches anatomiques, physiologiques et pathologiques (Mémoires delà Société médicale d'émulation, 1816, t. VIII, p. 622).
(2) Carmicbaël, Observations on Varix and Venous Inflammation. (Transactions of t lie King's and Queen's Collège of Phys. in Ireland; Dublin, 1818, t. II, p. 368.)
(3) Palletta, Exercitationes pathologicœ ; 1820, ch. m, p. 20-21.
(i) Breschet et Villermé, art. Pjilébite du Dictionnaire des sciences médicales ; Paris, 1820, p. 347-350.
(5) Montfalcon, art. Pyogénie du Dictionnaire des sciences médicales; Paris 1820, t. XLVI, p. 326-329.
1820, insistèrent sur la conséquence généralement fatale du mélange, qui pouvait se produire, d'après eux,. avec ou sans inflammation. D'autre part Gendrin (1) (1820), revenant sur l'idée de Quesnay et de Home,institua une expérience pour prouver la transformation du sang en pus. Il mélangea 1 partie de pus avec 8 partiesde sang fraîchement tiré et constata au bout de 24 heures^ à Faide d'un microscope, la disparition des globules de sang.
Cependant, en 1821 , James (2) exprimait au moins un doute sur la possibilité de la pénétration du pus dans les vaisseaux. Mais d'autre part Erdmann (3) (1821) étudiant des cas d'infection purulente positive avec abcès viscéraux, trouva du pus dans les veines enflammées et déclara que c'était la cause des abcès et de la mort Également en 1821 Rodriguès, chirurgien espagnol (4)^ émit une opinion semblable; de même que Boissat (5) (1822), qui croyait à la fois à l'influence sympathique et à la viciation du sang par le pus.
En 1822, Gaspard (6) s'adressa le premier à la méthode expérimentale. Dans le but d'étudier les maladies purulentes et putrides, il injecta du pus dans les veines à des animaux. C'était du pus altéré par l'exposition à Tair. Gaspard, H est vrai, n'avait pas en vue l'infection purulente, mais bien la septicémie; ses expériences et ses
(1) Gendrin, Histoire anatomique des inflammations; Paris, 1820, t. II,. p. 13 et U.
(t) J.-H. James, Observations on some of the gênerai Principles and ob> the particularing Nature and Treatment of the différent Species of Inflammation; London, 1821, p. 51-216.
(3) Ërdmann, Annales scholœ medicœ Dorpatensis, 1818, 1819, 1820; Dorpat, 1821, p. 214-217.
(4) J.-S. Rodriguès, Leçon de chirurgie sur une espèce d'abcès proTenant du pus en circulation dans les humeurs, analysée par A. Maiet. in Jour, compl. du Dict. des se. méd., 1821, t. X, p.* 150.
(5) Boissat, thèse de Paris, 1822, u» 96.
(6) Gaspard, Mémoire physiologique sur les maladies puraletiteS'et putrides;. Journal de Magendie, 1822, p. 1.
MiJJkNGe DU PUS ET DU SANG. 19
conclusions sei'ont par conséquent plus utilement analysées ailleurs (voy. Doctrines toxémiques, ch. i); qu'il nous suffise de dire ici qu'il réussit à provoquer les symptômes généraux de la pyohémie, mais qu'il n'aboutit qu'à en ébaucher les lésions.
Alors parut, en 1 823,1a thèse inaugurale de Yelpeau (4 ), qui créa le mot infection purulente pour- désigner l'état du sang altéré par le pus. Malgré les travaux précédents, la réalité du dogme du mélange du pus et du sang n'était pas encoi'e généralement reconnue. La résorption de Boerhaave était à peu près oubliée; la phlébite n'était encore que timidement invoquée comme cause des accidents fébriles des opéréstp Velpeau lançait donc les idées humoristes de l'absorption et de l'infection purulente, en réponse aux doctrines seules régnantes de l'évolution des tubercules préexistants et de l'influence sympathique, doctrines énûnemment solidistes. G^était vraiment le drapeau d'une révolution qu'il déployait; c'était l'humorisme raj6uni qui se réveillait pour protester contre le solidisme. Quelle que fût l'errer physique d'où il fit naiti*e l'infection, quelque entaché d'iatro-mécanisme que fût son humorisme, Velpeau n'en a pas moins ouvert ainsi la grande voie qui devait conduire aux découvertes modernes. U ne devait d'ailleurs pas s'en tenir & ce premier appel.
En 1825, Bibes^S) insista sur lesidées qu'il avait soutenues en i8i6. Il <ata sept observations de phlébite, dont quatre suivies de mort; dans une seule, la troisième, il signala des abcès métastatiques, l'un sous le grand pectoral. Vautre au sommet du poumon droit : dii pus exis* tait dans las veûies. Ribes n'hésita pas à von* une relation
(1) Yelpesv. mr Omel^ves fn^^mHÀÊrn éftBiédBeiae;tbièse4le Paris, ii28, n* 16, g 19 et suiv.
(2) Ribcai, £xpoi4 siiccuKt 4» hkImmImi f»ie» sur la pkiâlUe (Revue médicale, 1825, i.m^\^^.
comme de cause à effet entre la présence du pus dans ces vaisseaux et les abcès.
En 1826, Breschet (1), convaincu des dangers de la pénétration du pus dans la circulation, proposa, pour la prévenir, d'appliquer un bandage compressif sur les veines variqueuses liées ou excisées. En même temps Gendrin (2) (1826) attirait l'attention sur le rapport à reconnaître entre les suppurations viscérales et la résorption du pus par les veines.
Velpeau rentra alors en lice (1826) et développa ses idées dans un très important mémoire, où il s'efforçait de démontrer que la viciation du sang par le pus était la seule cause des lésions; il rqetait toute inflammation primitive du solide dans la genèse des abcès viscéraux et voyait dans la sécrétion purulente de la plaie la source unique où était puisé le pus, pour infecter le sang et l'économie tout entière. Quant à des preuves, il arguait de l'identité de nature du pus trouvé dans le sang, dans les caillots fibrineux du cœur et dans les viscères, avec le pus de la plaie (3).
Également en 1826, Trousseau etDupuy (4) firent une
(1 Breschet, art. Phlébite du Dictionnaire de médecine; Paris, 1826.
(2 Gendnn, Considérations sur les causes de la phlébite et observations sur rinflammalion des veines encéphaliques (Revue médicale, 1826, t. II, p. 28).
(3) « Comment, disait Velpeau, se refuser à révidence quand une foule d*organes sont imbibés de pus sans offrir la moindre trace de travail inflammatoire; quand on voit, pour ainsi dire, les vaisseaux prendre ce fluide dans son foyer principal et le transporter combiné avec d'autres liquides dans le reste de l'économie ; quand on le retrouve dans ces mêmes vaisseaux avec tous ses caractères; quand on le rencontre jusqu'au ccnlre des concrétions fibrineuses du^cœur; enfin, quand le sang avait été si complètement décomposé, qu'il n'eût assurément pas été possible d'en trouver quatre onces dans tout le cadavre? Peut-on nier raisonnablement que les fluides aient rempli le principal rôle et que leur altération ait été la source des accidents et de la mort? » Velpeau, Recherches sur les altérations du sang dans les maladies (Revue médicale, 1826, t. Il, UO).
(4) Trousseau et Dupuy, Expériences et observations sur les altérations du sang (Archives générales de médecine, 1826, t. Xf, p. 373).
injection de pus dans la jugulaire d'un cheval, mais sans qu'il fût possible d'en rien conclure au point de vue du sujet qui nous occupe.
Bientôt après sir Astley Cooper (1) et Duncan (2), en 1827, attribuèrent les symptômes généraux des accidents fébriles qui compliquent les plaies à la pénétration du pus dans la circulation. Puis Maréchal (3) soutint sa thèse en 1828, affirmant que le vide produit dans la poitrine pendant l'inspiration avait pour effet l'aspiration du pus dans les vaisseaux béants à la surface de la plaie. Alors Piorry (4) (1828) prétendit que le sang pouvait s'enflammer (hémitis) et même suppurer, et donna à la maladie qui résulte de cette suppuration le nom de pyohémie. D'autre part, Dance (5) (1828-1829) vint, par une série de plus de 20 observations suivies d'autopsies, démontrer la pénétration du pus dans le sang consécutivement à la phlébite. Il invoqua d'ailleurs l'inflammation veineuse comme origine constante des complications qui surviennent chez les opérés et qui sont anatomiquement caractérisées par la présence d'abcès multiples dans les viscères. « Le pus se mêle quelquefois au sang, dit -il, en pénétrant dans le torrent circulatoire; il y manifeste sa présence par des désordres tels qu'ils ne peuvent être attribués qu'à une cause de cette nature. » Puis il ajoutait comme conclusion, après une remarquable description clinique et anatomo-
{}) Sir Astley Cooper, Lectures on the Principles and Practice of Surgery; London, 1827, t. HI, p. 205.
(2) Duncan, Transactions med. chir. of Society Edinburgh; 1827, t. I, p. 448.
(3j Maréchal, Recherches sur certaines altérations qui se développent au seia des principaux viscères à la suit3 des blessures et des opérations; thèse de Paris, 1828, n« 43.
(i) Piorry, Dissertation sur cette question : Quelle part a rinflammation dans la production des maladies organiques? Paris, 1828.
(5) Dance, de la Phlébite en général et de la phlébite utérine en particulier; Nouvelle bibliothèque médicale. (Bulletin de la Soc. anut., 1828, juillet, t. ni, p. 57. — Arch. gén. de méd., décembre 1828 et février 1829.)
pathologique de Tinfection purulente : m Si maintenant on réfléchit que : 1° toutes ces lésions surviennent promptement et dans le cours d'une phlébite; 2° qu'elles parviennent en peu de jours à l'infiltration et à la collection purulentes; 3- qu'elles présentent des caractères spéciaux, tels que jamais inflammation franche et ordinaire n'en développe dans les poumons ; 4° qu*à côté du tissu altéré on trouve un tissu entièrement sain ; 5^* que ces mêmes lésions peuvent être observées dans les mêmes organes à la suite d'une phlébite extérieure; 6° qu'enfin les symptômes graves dont elles sont accompagnées offrent la plus grande ressemblance avec ceux qui annoncent une infection miasmatique des fluides, tels que le typhus, etc., on conviendra que si le mélange du pus et du sang dans le cours de la phlébite n'est pas matériellement démontré (l'analyse chimique ne pouvant encore à cet égard être d une grande utilité), cette opinion offre les plus grandes probabilités. >
En même temps Reynaud (de Pelisanne) soutint en 1828 (4) sa thèse sur l'introduction du pus dans les voies circulatoires. Il insista sur l'altération que ce mélange inflige au fluide sanguin et s'efforça de concilier l'humorisme et le solidisme en attribuant les lésions du solide à la dyscrasie purulente des liquides.
Larrey lui-même, en 1829 (2), oubliant sa théorie de l'influence nerveuse et de l'irritation des membranes fibreuses, et cherchant à démontrer la non-réalité de la phlébite, admit que les veines pouvaient pomper dans les foyers de suppuration des hquides hétérogènes et les porter dans les viscères.
Le dogme de l'infection purulente devint d'ailleurs,
(1) Ueynaud (de Pelisanne), Quelques considérations sur Pintroduction du pus dans les voies circulatoires; thèse de Paris, 1828, n"232.
(2) Larrey, Clinique chirurgicale observée dans les camps et les hôpitaux militaires de Tannée 1800 à Tannée 1829; Paris, 1829, t. HI, p. 487.
•en 4829, tous les jours mieux accepté pai' les chirurgiens. Blandin (4) (4829; sacrifia son ancienne doctrine des tubercules préexistants, qu'il déclara entièrement controuvée, et se rangea franchement sous le drapeau de l'infection purulente et de la phlébite, dont il devint un des plus ardents avocats. Legallois (2) (4829) relata plusieurs observations originales où « il trouva de la manière la plus évidente du pus dans le système vasculaire, dans le parenchyme des organes et dans la trame intime des tissus ]». Il prétendit, dû reste, que le mélange de pus ne change en rien les caractères physiques du sang : i J'ai pris du pus, dit-il, et, à mesure que le sang coulait d'une veine ouverte, j'ai mêlé intimement les deux liquides. La proportion était de 4 partie de pus pour 2 de sang. Après vingt-quatre heures de repos, j'ai examiné le mélange et, si je n'eusse connu d'avance qu'il contenait du pus, il m' eût été impossible d'en soupçonner la présence. » Légallois fit encore avec Dance l'expérience suivante : il injecta une once de pwsdans la veine d'un chien ; l'animal mourut 42 heures après l'opération. Le sang était partout noir et granuleux sans qu'il fût possible d'y découvrir le pus.
En même temps Amott (3) (4829) reprit et commenta les observations de Dance, et soutint que la présence du pus dans les veines est la cause principale, mais non pas unique, des abcès que l'on trouve dans les viscères et des accidents généraux; il se dispensa d'ailleurs d'indiquer quelle autre cause peut intervenir ; mais il laissa deviner qu'il avait en vue une infection particulière de l'organisme.
Quelque temps après, Piorry (4) (4834), poursuivant
(1) Blandin, Mémoire sur quelques accidents très fréquents à la suite des amputations, Journal hebdomadaire, 1829, t. il, p. 579. 21 mars.
(2) Legallois, des Maladies occasionnées par la résorption du pus (Journal hebdomadaire, 1829, t. III, p. 166, 21 avril et p. 32t, 30 mai.)
(3) Arnott, a Pathological Inquiry into secundary Effects of Inflammation of the Veins (Méd. chir. Transactions, 1829, t. XV.)
(4) Piorry, des Altérations du sang, pyohémie, 1831, p. 19.
les idées qu'il professait en 1828, admit raltération du sang par le pus dans trois cas : 1° h la suite d'hémitis; 2° consécutivement à la présence du pus dans un organe très vasculaire; 3° consécutivement à l'ouverture d'un abcès dans une veine ou à une phlébite. Il ajouta qu'il y aurait lieu de différencier deux grandes classes de pyohémie: 1° celle où le pus qui pénètre dans le sang est altéré et putréfié ; 2° celle où le pus absorbé est pur et non décomposé à la suite de son contact avec l'air. Piorry considérait comme anatomiquement démontrée la présence du pus dans le sang. Il envisageait comme formées par du pus, des granulations qu'il voyait dans l'épaisseur de la couenne, plus près du caillot que de la surface de celle-ci, granulations grisâtres, plus foncées au centre qu'à la périphérie, se confondant par nuances insensibles avec la couche où elles sont déposées, d'un volume variant entre celui d'une graine de pavot et celui d'un grain de chènevis.
Disons tout de suite que Donné (1) (1836) montra que ces granulations apparaissaient sous le microscope comme formées par de très petits caillots emprisonnés dans de la couenne; et que d'ailleurs Piorry lui-même (2) reconnut ultérieurement son erreur (1842).
En 1832 M. Sédillot (3) et en 1833 Cruveilhier (4) confirmèrent chacun pour leur part le dogme du mélange du pus et du sang; mais ils s'occupèrent plus spécialement du mécanisme par lequel s'opère la pénétration*
En 1834 A. Boyer (5) revint à la méthode expéri-
(1) Donné, Mémoire sur les caractères distinctifs du pus. (Archives gén. de médecine, 1836, t. XI, 449. — Cours de microscopie, Paris, 1844.)
(2) Piorry et Lhéritier, Traité de chimie pathologique, 1842, p. 320.
(3) Sédillot, Phlébite traumatique; thèse d'agrégation, 1832.
(4) Cruveilhier, Auatomie pathologique du corps humain, liv. Xi, 1833. — Art. Phlébite du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques on 15 volumes, 1834.
(5) A. Boyer, Mémoire sur les résorptions purulentes (Gazette médicale de Paris, 29 mars 1834).
mentale. Il démontra que la disparition des globules sanguins dans un mélange de pus et de sang était simplement causée par la décomposition putride. « L'action d'un liquide purulent fétide, dit-il, est des plus l'emarquables ; si l'on mélange des globules de ce pus avec des globules sanguins, l'œil armé du microscope voit aussitôt la matière colorante de ces derniers se détacher et se dissoudre entièrement dans la sérosité, à laquelle elle
communique une teinte uniformément rouge Le
même phénomène n'a pas lieu si Ton opère avec un pus louable, crémeux, sans odeur. »
A Boyer fit en outre des injections intraveineuses de pus sur des chiens et montra la nécessité de l'altération putride préalable du pus pour engendrer des symptômes et des lésions pyohémiques. (Voy. Doctrines toxémiques ch. I.)
En la même année 1834, Giinther (1) (de Hanovre) publia une importante série d'expériences d'injections dans les veines jugulaires de pus filtré sur une flanelle, pratiquées en particulier dans le but d'étudier les accidents secondaires (abcès viscéraux) de la phlébite. Vingt-deux fois sur vingt-trois essais il réussit, sur le cheval, à provoquer dans les poumons des foyers inflammatoires et purulents, analogues à ceux de la pyohémie. Les symptômes généraux simulèrent ceux de l'infection purulente, avec les différences apportées nécessairement par la constitution propre des animaux. Je n'entrerai pas dans le détail des expériences de Giinther, bien qu'elles soient peu connues, même en Allemagne ; il me suffira de dire qu'elles ont été faites
(1 ) Giinther (de Hanovre), Wie lange Zeit bedurfen Entzundungsknoten und
Eiterheede in den Liingen (sogennante Lungcnknoten) zu ihrer Ërzeugung?
£rinittcltitiiid:l[it£grundet durch Versuche an Pferden mit direct in die Venen
jbfiuidirtfinvn'fiite^;O04bsi . beilauflgen Hendeutungen auf die secundaren
>&teQliei>atuB^d^die\ Fii^l)jti»<> Qla^a^in rur die gesammle Heilkunde von Rust,
en général avec du pus qui avait subi le contact de l'air, et par conséquent avec du pus altéré, mais soigneusement filtré et ne contenant point de grumeaux capables d'obstruer les vaisseaux. Les résultats positifs ont été la production d'abcès dans un délai de quelquesjours, 4 ou 5 au moins, surtout lorsque les injections avaient été faites à plusieurs reprises par doses de 2 à 8 grammes environ. Il est légitime d'en conclure que l'injection de pus dans les veines, le mélange artificiel du pus et du sang, opéré avec précaution et douceur, aboutit à la production des lésions qui caractérisent en général l'infection purulente.
En 4836 Donné œprit la question de l'action du pus sur le sang et de la transformation des globules rouges du sang en globules de pus. Il soutint que le caillot fourni par du sang mélangé de pus à sa sortie de la veine devient diffluent et se dissout plus vite que le caillot fourni par du sang pur. Mais il n'osa pas affirmer la transformation des globules rouges en globules de pus et il ne tint aucun compte de la putridité du pus mélangé (4).
En la même année 4836, Donné (2) rechercha encore les moyens de reconnaître la présence du pus dans les liquides, et en particulier dans le sang auquel il se trouve mélangé. Il proposa d'abord, mais avec réserves, l'agitationavec l'ammoniaque, qui dissoudrait les
(1) « En observant du sang môle de pus au microscope, dit Donné, on voit, dès la sixième heure environ après le mélange opéré, les globules du sang se déformer, pâlir, perdre peu à peu la netteté de leurs contours, et le lendemain, quand le sang est tout à fait liquéfié, on ne trouve plus absolument que des globules purulents. La dissolution des globules sanguins s'est-elle réellement opérée comme par un agent chimique, ou bien les globulos ontils subi une altération, nne espèce de transformation purulente? Je ne puis encore me prononcer, mais je suis porté à admettre cette dernière opinion. > Donné, Action do pus sur le sang fraîchement tiré des veio6«:teittraii d'une lettre à M. Dumas; C. R. de TAcadémie des 8ciences,'i896,;l^ BèmeoItTvpw'Mi
(2) Donné, Mémoire sur les caractères diflllfkl^4fi^dà^^ (AJV4;M»»t[gëBânM de médecine, 1836, t. XI, p. 453 et 459. —Cours de microsoopie, :Piwis, ^iU^
globuies rouges du sang en respectant les globules du pus et permettrait ainsi l'examen microscopique. Puis il renonça à ce procédé, dont il reconnut l'insuffisance, et lui substima le suivant, qu'il n'appliqua qu'à l'examen du sang à sa sortie de la veine : On défibrine le sang et (ui le laisse reposer dans un verre à expériences. Le liquide.se sépare en trois couches : sérum à la surface, globules ronges au fond, globules de pus au milieu. Si la couche intermédiaire constituée par le pus est assez considérable, on la recueille; l'ammoniaque la transforme en une matière filante et glaireuse. Inutile de faire ressortir l'infidélité de ce procédé, qui dévoile uniquement la présence des leucocytes normaux du sang. C'est d'ailleurs ce que démontra Mandl en 1837 (1), réfutant en même temps la théorie de la transformation des hématies qui * disparaissent sans se métamorphoser >. Mandl (2) (1838) indiqua du reste un nouveau procédé qu'il prétendit infaillible pour découvrir le pus dans le sang : « On bat le sang au sortir de la veine avec une baguette de verre pour en séparer la fibrine. S'il est pur, il se forme sur la baguette une membrane élastique continue sans lambeaux ni filaments. Si au contraire il existe une petite quantité de pus dans le sang, un soixantième environ, il se forme, non plus une membrane, mais une accumulation de lambeaux filamenteux sans élasticité et d'autant plus mous que la quantité de pus mélangé est plus grande. Si la quantité de pus est plus considérable,il ne se forme ni lambeaux, ni membrane.» Ce procédé bizarre fut bientôt jugé à sa juste valeur. Cependant Tessier (3) (1838), n'acceptant comme dé-
fi) Mandl, C. R. Académie des sciences; 1837, 21 février et septembre;
(2) Mandl, Recherches sur là nature et Torigine du pus, son action sur le sang (rExpérience, 1838, t. H, p. 245).
(3) Tessier, Exposé et examen critique des doctrines de la phlébite et de rinfection purulente (rExpérience, 1838, t. I, p. 1).
montrée ni Tabsorplion ni la résorption du pus, nia la .possibilité du passage du pus dans la circulation à la suite de la phlébite et se refusa par conséquent à admettre la doctrine de l'infection purulente, à laquelle il substitua la diathèse purulente.
Velpeau, en revanche, dans une leçon orale professée en 1839, affirma de nouveau, en s'appuyant sur une série nombreuse de faits péremptoires, le dogme de la dyscrasie purulente, et soutint la démonstration anatomique de cette dyscrasie (1).
En 1840 Gibert (2) passa en revue les différents moyens proposés pour révéler la présence du pus dans le sang et fut obligé d'en confesser l'insuffisance.
En la même année, Renault et Bouley (3), à propos de leurs études sur la morve aiguë, firent une injection de pus morveux dans la jugulaire d'une jument ; les lésions qu'ils obtinrent furent naturellement plutôt celles de la morve que celles de la pyohémie.
Le mélange du pus et du sang était à cette époque la doctrine régnante au sujet de la pyohémie, malgré l'opposition de Tessier, qui d'ailleurs s'adressait principalement aux mécanismes invoqués pour engendrer l'infection. Mais la méthode expérimentale devait encore fournir une nouvelle série de preuves d'où sortirait la
(l) « Les grumeaux que le sang présente, dit-il, renferment quelquefois des globules de pus rcconnaissables à Tœil nu; il n'est môme pas rare de reconnaître de véritables foyers purulents dans l'épaisseur des caillots veineux un peu volumineux contenus dans le cœur et les gros vaisseaux...; du côté de la plaie rien n'est plus commun que de voir les veines enflammées, en pleine suppuration, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur, et cela dans une étendue extrêmement variable ; mais de telle sorte cependant que les deux veines caves restent à peu près intactes. » Velpeau, Leçons orales de clinique chirurgicale rédigées par le D' Pavillon, 1839-1841, t. 111, p. 6.
(i) Gibert, Mémoire sur les altérations du sang (Revue médicale, 1840, t. I, p. 37 et 180).
(3) Renault et Bouley, Archives générales de médecine, 1840, t. VIII, 3*" • 5rie, p. 337.
conclusion définitive de Tefficacité du mélange artificiellement provoqué.
En i842, d'Arcet (1) rapporta, entre autres expériences, que onze ou douze fois il avait injecté dans les veines, à des animaux, du pus en nature liquide et non altéré : deux fois seulement des collections purulentes analogues à celles de la pyohéniie furent obtenues; dans tous les autres essais il se produisit seulement des ecchv' moses viscérales. Quant aux symptômes, ce furent ceux de rinfection purulente; d'Arcet ne donna d'ailleurs aucun détail précis sur ces expériences, dont je me borne à constater les résultats imparfaits.
Encore en 1842, Aran fit aussi des injections de pus; mais il ne fournit non plus aucun détail, se contentant de noter leur insuccès sans même parler des symptômes (2). Il signala, il est vrai, Texistence d'ecchymoses pulmonaires chez les animaux sacrifiés deux ou trois joui's après Finjection; mais est-il sûr que ces ecchymoses eussent abouti à des abcès?
Bouchut, en 1844(3), à propos d'une épidémie de fièvre puerpérale où les accidents furent ceux de la pyohémie, affirma encore , en s'appuyant sur les autopsies qu'il avait pratiquées, la présence du pus dans les vaisseaux.
En même temps Donné (1844), après avoir insisté de nouveau sur les caractères du caillot fourni par le
(1) D'Arcet, Recherches sur les abcès multiples et sur les accidents qu'amène la présence du pus dans le système vasculaire; ihèse de Paris, 11 mai 1842, p. 32 ^t 33.
(2) « Nous fîmes des expériences, dit Aran ; mais quel fut notre désappointement ! Jamais, avec du pus de bonne nature, quelle qu'en fût d'ailleurs la quantité, nous ne pûmes obtenir d'abcès dans le tissu pulmonaire. Les animaux se rétablissaient parfaitement, et lorsque nous les sacrifiions, deux ou trois jours après, nous ne- trouvions que des ecchymoses sur les poumons sans aucune trace d'inflammation pulmonaire. » Aran, Mémoire sur les abcès du poumon; S"* partie. Abcès diathésiques (Gazette médicale de Paris, 8 octobre 1842, p. 643).
(3) Bouchut, Mémoire sur une épidémie de fièvre puerpérale (Gazette médicale de Paris, 1844, p. 85).
sang altéré par le pas, confessa rincapacité du micros* cope à reconnaître les globules de pus dans le sang en raison de leur identité de forme et de volume avec les leucocytes (1).
L'année suivante, en 1845, Lebert (2) publia une nouvelle série d'expériences, dont six furent faites avec du pus sur des lapins et sur des chiens. Ce fui tantôi daxis une veine, tantôt dans une artère que l'injection fut poussée en une seule fois à la dose de 0',12 à 9 grammes. Dans tous les cas la mort survindi spontanément. L autopsie révéla des altérations du ssmg, des ecchymoses viscérales, mais point d'abcès xnétastatiques* J'insisterai {dus loin sur llnterprétation que Lebeart donna à ses expériences. (Voy. Doct. totxémiques, p. 233.)
Peu après, Castelnau et Ducrest (3) (1846), convaincus de la véarité du dogme du mélange du pus et du sang, mais jugeant que les expériences enlr^rises potcur en fournir la démonstration i^'avaient été ni bien co»duites, ni sévèrement exécutées (ils ignoraient celles de Gùnther), entreprirent de nouvelles injections de pus en se plaçant dans les meilleures conditions possibles pour obtenir des abcès viscéraux, signes certains de h pyohémie.
1. « Les globules blancs du sang, dit Donné, ont une structure, une com position et des caractères physiques et chimiques tellement semblables aux caractères pl^ifoes- et efaintqves- des gkibuies puntteiiti,.qiill me pMatt in» possilile de lei distùgiur ko ma d« auttes. Ce praUène «ai datant pbia difficile, si ce n*est insoluble, que les globules blancs du sang, indépenchaiK aent de leur MmiiitHriB avee lea globnlea du ptm, peuvent se présenter an si grand nombre, par saite de certains piiénomènes morbidea, ^'U «eaiblerail que des globules étrangers se sont iniruduits dans le sang et que Ton na sa»* rait attribuer leur présence a une astre cauae qn'au mébagv du put. • On Toit que Benne aTaitau moins un soupçon des pbénomènea de la lancneytaaau Donné, Cours de mieraeeopie complémenÉaire des études médicales. Pwntt, 1844, p. 192.
(2) Lebert, Physiologie pathologique; Paris, 1845, t. I, p. 313-«9Blli.
(3) Castelnau et DMcrest, .Recherchée aar les cas où Ton ebserfe dav aècèa multiples (Mémoires de rAcadémie royale de médecine, iS46>.
MÉLANGE DU PUS £T DU SANG. 3i
Ces expériences furent au nombre de sept. L'injection fut toujours poussée, sur des chiens, dans la veine saphène à la partie externe du jarret. Le pus employé, plus ou moins récent, fut toujours filtré. Dans les premières expériences, la quantité déterminée de pus fut injectée en une seule fois; la mort survint en 32 heures au plus tard. Une méthode plus comparable au procédé supposé de la nature fut adoptée deux fois ; ce fut la méthode des injections fractionnées et successives déjà nodse en usage par Gaspard, Trousseau et Dupuy, et Giinther.Les animaux n'ont jamais été sacrifiés, sauf une fois^ où la mmt fut hâtée par l'injection de plus de 300 grammes d'eau distillée mêlée à du pus et d'un assez grand volume d'air. 4
Cinq desanimaux succombèrent^, deux guérirent. Dans les cinq expérieiices positives, la quantité de pus a varié entre 4 et 45 grammes. Les résultats ont été soit des ecchymoses pulmonaires (une fois), soit des abcès multi* pies bien formés (quatre fois) . Ce fut dans les muscles et le tissu cellulaire que les abcès furent les plus nombreux et les plus fréquents ; il y en eut aussi dans les poumons,, dans les r^s et la rate et dans tes articulations (deux fois).
La fièvre fut expressément constatée par Castelnau et Ducrest, ainsi que le frisson, danstoutes 1^ expériences. Les symptômes ofBrirent en général une ressemblance firaippantôy eu égai*d à la nature particulière des animaux^ avec les symptômes observés chez les blessés atteints de^ pyohémie. La qualité putride ou non du pus injecté n'était pas poâtivement indiquée ; mais d'un côté les phénomènes d'adynamie offerts par les animaux injectés^ d'un autre côté la viciation rapide du pus au contact de l'air ne permettent pas de douter qu'il ne se soit agi de pus déjà altéré. Les conclusions tirées de ces^expériences étaient confirmatives du dogme du mélange du pus et du sang comme origine de l'infection pm^ulenle; les
auteurs pensaient avoir démontré et avaient démontré positivement que le pus introduit dans le sang avait pour effet de provoquer une intoxication d'où résultaient la fièvre et les abcès viscéraux.
En 1847, Monneret et Fleury (1), puis Glœsel (2), n'admirent pas d'autre définition de Tinfeclion purulente que celle de « maladie constituée par la présence d'une quantité plus ou moins considérable de pus circulant avec le sang; présence que démontre ordinairement l'anatomie pathologique, l'examen du sang et l'existence d'abcès métastaliques ». Mais ils n'apportèrent d'ailleurs aucune preuve nouvelle à l'appui de leur théorie. Cependant Monneret et Fleury s'attachèrent à plusieurs reprises à démontrer que le globule de pus n'est pas la caractéristique de ce liquide (3). Et l'on verra plus loin qu'ils se fondaient sur cette considération pour admettre l'absorption endosmotique comme mécanisme de la pénétration du pus dans la circulation, affirmant ainsi leur conviction sur la puissance infectieuse complète du sérum du pus.
En 1849, M. Sédillot (4) s'adressa à la fois à la méthode expérimentale et à la clinique. Il fit 45 expériences
(i) Monneret et Fleury, art. Pyohémie, Compcndium de médecine pratique; Paris, 1847, — Fleury, Essai sur rinfection purulente; Paris, 1844.
(2) Glœsel, de rinfection purulente considérée sous le point de vue étiologique et du mode de développement des abcès métastatiques ; thèse de Paris, 1847, 31 mars.
(3) Le passage suivant, choisi entre plusieurs autres, ne laisse aucun doute à ce sujet et indique clairement que les auteurs du Compendium de 1847 estimaient que la sérosité purulente suffisait pour engendrer la pyohémie. « Nous pensons avec MM. Andral et Gavarret, disaient Monneret et Fleury, que le mi- GTOSCope et rammoniaque permettent souvent de reconnaître avec une certitude presque complète la présence des globules purulents dans le sang. 11 faut se demander toutefois, dans l'état actuel de la science, si le globule est la caractéristique du pus; si la sérosité tenant en suspension des granules purulents ne sufilt point pour constituer un véritable pus; si la présence dans le sang des granules purulents ne donne pas lieu à tous les phénomènes que détermine celle des globules. »
(4) Sédillot, de rinfection purulente ou pyohémie; P.^ris, 1849.
comparatives, dont 25 injections intraveineuses de pus en nature, putride ou non, 4 de globules de pus et 7 de sérosité purulente filtrée. Il arriva à la conclusion que le mélange du pus et du sang caractérise la pyohémie et que dans le pus les globules seuls sont actifs. Je reviendrai plus loin sur cet important travail, qui contenait des conclusions plus étendues et qui trouveront ailleurs une meilleure place.
Enfin, en 1850, H. Lee (1) mélangea encore une fois du pus avec une certaine quantité de sang parfaitement pur et récemment tiré de la veine. Il crut constater une coagulation plus rapide qu'à l'ordinaire et un caillot plus ferme et plus solide. Rapprochant cette observation du fait de l'obstruction fréquente par un caillot des veines enflammées, il conclut que la coagulation du sang sous l'influence du pus devait être le premier anneau de la chaîne morbide dans la pyohémie. La présence du pus aurait pour effet d'épaissir le sang, qui, devenu incapable de poursuivre son cours à travers les capillaires, adhérerait à leurs parois et les transformerait ainsi en autant de centres inflammatoires et de dépôts purulents.
Telle est la dernière expérience de mélange de pus et de sang hors de l'économie. Ce genre d'investigation n'aboutit en réalité à aucun résultat, et il n'en pouvait être autrement. Le sang, dès sa sortie de la veine, ne subit-il pas, en effet, en dehors de la coagulation, une transformation complète, qui en fait un liquide nouveau, n'ayant avec le sang vivant des vaisseaux que des rapports physiques? On pouvait, il est vrai, arriver ainsi à des conclusions sur l'état anatomique du sang pyohémique ; mais alors une autopsie bien faite valait bien davantage.
Quant à la doctrine de Lee, qui a joui longtemps d'une certaine faveur tant en Angleterre qu'en Amérique,
(!) H. Lee, on Inflammation of the Veins; London, 1850, p. 45-48.
JEAMNEL. 3
elle pèche par la base. L'expérience sur laquelle elle s'appuie n'est en effet rien moins que certaine, et n'est pas confirmée par les injections faites sur les animaux. L'augmentation de la coagulabilité du sang mélangé de pus, déjà fort hypothétique, ne signifie d'ailleurs nullement que le sang soit épaissi et moins fluide. Il suffit pour s'en convaincre d'étudier les causes . de la coagulation et par conséquent de la coagulabilité. Que l'on admette, en effet, soit les idées de Denis (de Commercy) et de Schmidt (1), qui considèrent la coagulation comme résultant d'un phénomène de dédoublement de la plasmine en fibrine concrète et fibrine dissoute; soit la théorie d'A. Gautier (2) , qui soutient que la coagulation est due à une réaction produite par la paraglobuline exsudée des hémaies; soit l'opinion de Mathieu et Urbain (3), qui pensent |ue c'est l'acide carbonique qui, en se portant sur la fibrine dissoute dans le plasma, la transforme en fibrine coagulée; ou bien enfin que, convaincu par les belles expériences de Glénard (4), on croie à l'influence de la membrane interne des vaisseaux pour la formation du caillot et à l'action coagulatrice de la paroi du vase qui contient le sang, oiï sera obligé de conclure que la plus ou moins grande coagulabilité du sang n'en modifie en rien la fluidité : la coagulation commencée ne s'arrête plus et l'épaississement du sang est une pure fantaisie.
Quoi qu'il en soit, en 1850, le mélange du pus et du sang était partout reconnu comme la condition étiologique indispensable à la genèse de la pyohémie. L'anatomie pathologique et l'expérimentation semblaient concourir à cette conclusion exclusive, que plusieurs auteurs
(1) Denis de Commercy, Mémoire sur le sang; Paris, 1859. — Schmidt, Nouvelles recherches sur la coagulation de la fibrine. (Pfluger's Arch. 1872, p. 413.) (i) Gautier, Chimie appliquée à la physiologie, etc. ; 1874, p. 509.
(3) Mathieu et Urbain, C. R. de TAcadémie des sciences, 1874, 14 septembre.
(4) Glénard, Contributions à l'étude de la coagulation spontanée du sang à son issue de rorgtni«me ; thèse de Paris, 1875.
tendaient même à considérer comme un fait sur lequel la discussion ne devait plus s'attarder.
Cependant Bennett (i) (4851-52) vit une grande ressemblance entre la pyohémie et la leucocythémie. S appuyant sur ridentité de forme et de constitution existant entre les globules de pus et les globules blancs du sang, identité sur laquelle Donné (2) avait en 1844 attiré l'attention, sur laquelle il avait lui-même insisté en 1 845 (3) en même temps que Virchow (4), et que M. Sédillot avait injustement contestée en 1849 (5), Bennett Considéra comme produit par une accumulation de leucocytes l'aspect du sang que Ton avait rapporté à la présence du pus.
En la même année 1 852, Beck (6) publia une série de quatorze expériences d'injection intraveineuse de pus liquide provenant le plus souvent d'abcès froids, et qui n'aboutirent pas une seule fois à la production d'abcès métastatiques.
En revanche, Gamgee (7) (1 853) publia les conclusions d'expériences entreprises dans le laboratoire de M. Chauveau, à Lyon. Ces conclusions peuvent être résumées comme il suit :
V Une seule injection de 8 à 10 grammes de pus dans la jugulaire du cheval produit tantôt une conges-
(1) Bennett, Séries of Papers 1851. — Separate Work, 1852. Monthly Journal of med. se. , avril 1852 , p. 337.
(2) Donné, Cours de microscopie complémentaire des études médicales ; Paris, 1844, p. 192.
(3) H. Bennett, Ediaburgh med. andsurg. Journal, septembre 18i5.
(4) Virchow, Froriep*6 Notizen, novembre 1845.
(5) Sédillot, de Tlnfection purulente ou Pyohémie, 1849,
(6) Beck, Anatomiache Forschuagen und physiologische Versoche iiber der Einfluss der Eiters, der Jauche und anderer Flussigkeiten auf den Organismus bei Einspritzungen ii^ die venoesen Gefasse. Untersuchungen und Studien im Gdbiete der Anatomie, Physiologie und Chirurgie, 1852, s. 36-79.
(7) Gamgee, oa Pyamia (Association med. Journal, 1853, p. 187 et p. 1079). — Expériences snr l'injection de pus dans les vaisseaux sanguins (Gaz. méd* 4e L^on, 1855, d9 t, eUoamal de médecine vétérinaire, t. II, p. 28.)
tion pulmonaire quelquefois assez intense pour tuer presque subitement le patient, tantôt des abcès ;
2° Chez le chien, on n obtient sûrement des abcès pulmonaires que grâce à des injections répétées cinq ou six jours de suite. Alors ces abcès ont la plus grande similitude avec les abcès pyohémiques.
Des résultats identiques sont obtenus dans le foie .si rinjection est poussée dans une veine mésaraïque.
Passant ensuite à des expériences pratiquées en collaboration avec J. Faivre et consistant en injections de pus dans les artères, Gamgee signalait la constance des accidents et des lésions pyohémiques obtenus de cette façon chez le cheval et chez le chien.
Quant aux injections dans les lymphatiques,, toutes restèrent sans résultats ; le pus fut constamment arrêté par un ganglion.
Gamgee n'indiquait d'ailleurs pas la nature putride ou non du pus qu'il avait injecté; il est à présumer cependant qu'il s'agissait de pus non putréfié, mais ayant subi le contact de l'air. En tous cas le pus avait été filtré et débarrassé de toutes les parties solides agglomérées et capables d'obstruer les vaisseaux. Dans de telles conditions la production des lésions pyohémiques à la suite de l'introduction artificielle du pus dans le sang était donc encore la conclusion légitime des expériences de Gamgee.
Cependant, tandis que Bonnet de Lyon (1) en 1855, se ralliant à cette conclusion absolue, affirmait que la pénétration des globules de pus dans le sang était un des trois facteurs indispensables de la pyohémie, M. Gosselin (2) (4855), moins absolu, soutenait que ce si le pus
(1) Bonnet (de Lyon}, Mémoire sur la nature et le traitement de rinfection purulente, lu à la Société de médecine de Lyon (Gazette médicale de Lyon, 1865, n» 1 , p. 3).
(2) Gosselin, sur les Fractures en V et sur les phénomènes toxiques graves
sert de poison dans certains cas d'infection purulente, la matière toxique est différente dans certains autres, et en particulier dans ceux où Ton ne trouve point de phlébite suppurée. )>
Les travaux de Virchow relativement à la pyohémie datent de 1846. J'ai cru cependant qu'il y aurait bénéfice, pour la compréhension des idées de ce savant, à me départir un instant de mon respect pour la chronologie et k réunir Vexposé de ces travaux h la date où Virchow luimême les a condensés et complétés.
Virchow s'attacha à démontrer que l'infection purulente, dans le sens littéral du mot, n'existe pas. Dès 1846 (1) il avait prétendu que le caillot veineux des veines enflammées ne devenait pas purulent, mais puriforme ; qu'il n'était pas envahi par une sécrétion de pus provenant de la paroi de la veine, mais qu'il subissait une transformation chimique, une sorte de digestion et de ramollissement, comme en subit la fibrine coagulée dans un verre à expériences; que, par conséquent, l'on avait pris pour du pus, dans le sang coagulé, ce qui n'en était pas.
Encore en 1846 et en 1847 (2), passant à l'examen du sang pyohémique liquide et en circulation, et se fondant sur l'identité des leucocytes avec les globules du pus, il avait attribué à une accumulation de leucocytes, ou k une leucocytose, l'aspect du sang décrit comme pyohémique.
Puis, en 1847 et en 1854 (3), il avait démontré, en empruntant, en partie au moins, les arguments de Cru-
qui les accompagnent. Mémoire lu à la Société de chirurgie en 1855 publié in Mémoires de la Société de chirurgie, t. V, p. 147, en 1863.
(1) Virchow, Zeitschrift fur rallonelle Medicin, 1846, Band V, seite 226.
(2) Virchow, Froriep*s Notizen, 1846, und Archiv fur pathologische Anatomie, 1847, Band I. s. 242/
(3) Virchow, Archiv fur pathologische Anatomie, 1847, Band 1, s. 175-181, und liandbucb der speciellen Pathologie und Thérapie, 1854, B. I, s. 282.
veilhier, que Fabsorption du pus en entier avec ses globules intacts est une impossibilité (voy. Doctrine de l'absorption), et qu'il n'y avait qu'un seul mode posàble de pénétration du pus dans le sang, à savoir, l'intravasation ou résorption, c'est-à-dire Tintroduction par un vaisseau ouvert.
Enfin, en 1856 (1) et plus tard en 1859 (^2), Virchow condensa en les complétant ses précédents travaux et formula la théorie suivante :
Dans les veines l'intravasation du pus est rare et a pour résultat la mort par embolie ou obstruction vasculaire; dans les lymphatiques elle est au contraire constante. Que le pus soit intravasé ou qu'il soit formé dans le canal du lymphatique, il est arrêté par le premier ganglion, de même ((ue tout corpuscule de bleu de Prusse ou de cinabre dans les tatouages ; il ne peut donc arriver dans la circulation et provoquer la véritable pyohémie, vu l'imperméabilité absolue du ganglion aux corpuscules solides. Mais ce ganglion, sous l'influence du contact du globule de pus, s'irrite et s'enflamme. Or,. d'après les recherches de Virchow lui-môme, toute irritation ganglionnaire a pour conséquence immédiate une augmentation des globules blancs du sang, soit une leucocytose symptomatique. C'est cette leucocytose qui donne au sang l'aspect purulent faussement rapporté par tout le monde à la présence réelle du pus.
Virchow n'entraîna d'ailleurs pas la conviction dans tous les esprits. Callender (3) (1860) se rangea, il est vrai, à son avis et adopta sa théorie en entier. De même Panum en 1862 (4).
(1) Virchow, Gesammelte Âbhândltingen zur wtssensehafUichen Médiciii; Frankfurt, 1856, s. 219-729.
(2) Tircbow, Cellularpathologie in iiirer Begnmdting auf pliystologisdie und pathologischeGewebdelire; Beriin, 1859-1860-1866. Trad. Picard.
(3) Callender, in Holmc*s Surgery ; 1860, t. I, art. PTÔeiOA, p. 266.
(i) Panum, ExperimenleUe Beîtrage zur Lehre Ton der Embolie (Virchow's Archiv fUrpathol. Ânatomie, 1862, B. UV, s. 306-338, imd 133-530.).
Mais en France, Batailhé (i) et Alexopoulo (2) (1863) injectèrent de nouveau du pus putride dans les veines à des animaux et produisirent des lésions et des accidents pyohémiques.
Puis 0. Weber, en Allemagne (3) (1864-1865), entreprit et publia une série d'expériences surtout destinées, il est vrai, à l'étude de la pyrétologie chirurgicale, mais où il étudia avec détail les conditions de production de la pyohémie consécutivement à la pénétration du pus dans le sang. 0. Weber prélendit même que le pus pur et de bonne nature jouissait de toutes les qualités nécessaires pour engendrer la pyohémie. (Voy. Doctrines loxémiques, ch. m.)
En même temps Billroth (4) (1864-1865) pratiquait aussi des injections de pus dans les veines, et tout en reconnaissant l'activité du pus putride, il concluait que la pyohémie naissait d'ordinaire à la suite de la résorption du pus non altéré. (Voy. Doct. toxémîques ch. m.). 0. Weber, Billroth et Batailhé étaient donc, à rencontre de Virchow, partisans de la doctrine de l'infection purulente, laquelle comptait d'ailleurs de nombreux adeptes, entre autres Gross (de Philadelphie) 1864(5),Savory (1866- 67) (6),Bristowe (1866) (7), qui, de même que Batailhé, crurent à la nécessité de la putridité du pus.
(1) Batailhé, Note sur rinfèction purulente. (G. H. Acad. des se., 1863, 2« semestre, t. LVIII, p. 491.)
(2) Âlexopoulp, de Tlnfection purulente, ou de Flnfection putride aiguë (septicémie aiguë); thèse de Paris, 1863, n<* 151.
(3) 0. Weber, Experimentelle Studien uber Pyâmie, Septikâmie und Fieber (Deutsche Klinik, 1864, n' 48-51, — 1865, n^^ 2-5 7-8).
(4) Billroth, Beobaehtungsstudien iiber Wundfieber und accidentelles Wundkrankheiten. (Àrchiv fur klinische Chirurgie, 1864-1865, B. (I, s. 325-511 ; B. Yi, s. 372; B. VUl, s. 52-168. Traduit en français parle D' Culmann in Arch. gén. de médecine, 1865, 6« série, t. VI, et 1867, 6« série, t. VU.)
(5) Gross, System of Surgery; Philadelphie, 1864, art. Ptcemia, 1. 1, p. 145.
(6) Savory, on Pyœmia with Statistics. S^Bartholomew*s Hospital Report, 1866, t. U, p. 46; 1867, t. 111, p. 19-72.
(7) Bristowe, in Reynold's System of Surgery, 1866, t. 1, p. 207.
Cependant Braidwood (i 868) {i) ne trouva matière à conviction nulle part, pas même dans les expériences qu'il avait lui-mftme pratiquées. Ces expériences, au nombre de quatre, consistèrent en deux injections de levure de bière, une injection de sable et une injection de pus à dose massive. Braidwood n'obtint aucun effet concluant. Il protesta d'ailleurs que les expériences faites sur les animaux ne pouvaient avoir la valeur qu'on leur attribuait, parce que la fièvre suppurative ou pyohémique est une maladie sui generis inpossible à provoquer.
En 1869, Hueter (2) soutint et développa la théorie d'O. Weber et de Billroth, et affirma encore une fois que la fièvre pyohémique dépendait de l'introduction dans le sang des éléments du pus. Il avoua d'ailleurs qu'il était la plupart du temps impossible de démontrer anatomiquement la présence du pus dans le Sang; mais il considéra la doctrine comme irréfutablement démontrée par 0. Weber et Billroth, refusant d'accorder toute créance aux expériences pratiquées avant ces deux chirurgiens. Il faut croire d'ailleurs que Hueter connaissait bien peu l'histoire expérimentale de l'infection purulente, car il attribuait à Dupuytren et même à Cruveilhier des expériences que ces savants n'ont jamais entreprises. Cruveilhier, en effet, avait bien injecté du mercure, mais jamais de pus : « Le pus ne pouvant que difficilement être reconnu dans le sang, dit-il lui-même, on y substitua le mercure. » Quant à Dupuytren, il n'a jamais, que je sache, essayé n'importe quelle injection au sujet de la pyohémie. Il est vrai qu'en revanche Hueter ne citait ui d'Arcet, ni Lebert, ni Castelnau et Ducresl, et ne disait qu un mot de Gamgee et de M. Sédillot.
\\) Briùdwood, ou Pyœniia or suppuralio Feber, 1868; traduit en français par E»lw. AUing. Paris, 1870, p. 238 et suiv.
{i\ Huoter, Handbuch der all^romeinen und speciellen Chirurgie von Pitha umï Billrolh; die Pyamischen Fiebor, Erlaugen, 1869; B. I, Abth. Il, Heft. F, s. 50MÎO.7O.
MÉLANGE DU PUS ET DU SAiNG. 41
D'autre part, M. Sédfllot (1) déclara encore, en 1870, que fl- la pénétration des éléments solides du pus dans le sang est la cause 'de l'infection purulente 3>, prétendant en avoir fondé la démonstration sur quatre ordres de preuves : ai 1° La préexistence constante d'un foyer de suppuration; Q"" la relation observée entre la formation du pus dans les veines, le passage de ce liquide dans le sang et le développement de la pyohémie ; 3° la présence constatée du pus dans le sang ; 4"* les résultats des injections de pus dans les veines des animaux, qui présentent les mêmes symptômes et les mêmes lésions anatomo-pathologiques que nos blessés. »
Enfin, à l'Académie de médecine de Paris, lors de la discussion qui eut lieu en 1869-1871, personne, sauf MM. A. Guérin et Chauffard, ne contesta le fait de l'origine purulente de la pyohémie; la discussion porta principalement sur l'exclusivisme de cette origine et sur le mode d'action et les quahtés du pus introduit dans la circulation.
En résumé, malgré l'opposition de Virchow, le dogme du mélange du pus et du sang, toutes réserves faites sur la nature putride ou non du pus, demeure anatomiquement et expérimentalement démontré comme l'une des origines possibles de l'infection purulente. Virchow, qui seul a essayé d'élever contre celte doctrine un faisceau de preuves anatomiques, mais aussi théoriques, a réussi, il est vrai, à montrer, comme on le verra plus loin, que la pyohémie peut résulter de l'introduction dans le sang d'une substance ichoreuse autre que le pus ; mais il s'est absolument trompé en répudiant l'infection purulente dans le sens littéral du mot. Quelque fondées que fussent ses déductions, comment Virchow pouvait-il d'ailleurs expliquer le succès des expériences d'injection
(1) Sédillot et Legouest, Traité de médecine opératoire, 1870, p. 3i.
intraveineuse de pus si habilement pratiquées par Gûnther, Castelnau et Ducrest, Lebert, M. Sédillot et Gamgee, pour ne parler que de celles qui furent faites avant la publication de ses travaux, en 4 856. Il ne pouvait en nier les résultats positifs ! Et s'il pouvait répondre que le pus n'avait agi qu'à la manière des embolies fournies par une thrombose veineuse, il n'en reconnaissait pas moins ainsi la capacité pyohémigène de ce Uquide. Restaient donc seulement les objections mécaniques, c'est-à-dire concernant les voies et moyens de pénétration du pus dans les vaisseaux ; l'histoire va nous les faire connaître et nous permettre d'en apprécier la valeur. Le pus introduit dans le sang peut causer la pyohémie ; mais comment peut-il s'y introduire?