RUPTURE DE L^ÉQUILIBUE DES FORGES VITALES
sorte de diathèse purulente acquise ; mais il n'avait aucune intention dogmatique : « Qui n'a vu survenir après l'accouchement, dit-il, une multitude d'abcès tant profonds gue sous-cutanés ? On dirait alors qu'il s'établit une sorte de diathèse purulente, tant leur formation est nombreuse est rapide. »
De même Louis, en 1826 (4), admit une prédisposition particulière et acquise de l'économie à l'inflammation pour expliquer les nombreuses suppurations que l'on rencontre chez certains malades dans diff^érents organes à Ja fois.
De même encore Bretonneau et Récamier. Bretonneau (2) avait admis «une diathèse purulente, sorte d'infection des liquides déterminée par un point quelconque de suppuration dans l'économie, et pendant laquelle toutes les affections qui surviennent tendent à revêtir le même caractère, c'est-à-dire à fournir du pus ». Récamier (3), sans prononcer le mot diathèse purulente, professait dans ses cours que chaque phlegmasie primitive qui passe à suppuration était une pustule génératrice d'une autre phlegmasie suppurante.
En 4834, Dupuytren (4) fut plus précis et indiqua une théorie de l'infection purulente basée sur la modification intime que la fièvre traumatique imprime à l'organisme entier. « Comment la fièvre traumatique, dit-il, pourrait-elle favoriser la formation des dépôts et des infiltrations de pus? C'est en quelque façon une fièvre pyogénique; elle donne aux humeurs, qui affluent vers la partie
(1) Louis, Archives générales de médecine, 1826, t. X, p. 341.
(2) Bretonneau, in Legallois, Méoi. cité in Journal hebdomadaire, 1829,
t. m. p. 3io.
(3) Récamier, in Legallois, Mém. cité in Journ. hebdomadaire, 1829, t. Ill, p. 340.
(4) Dupuytren, Traité théorique et pratique des blessures par armes de guerre, rédigé d*après les leçons de M. le baron Dupuytren et publié sous sa direction par MM. les D» Paillard et Marx; Paris, 1834, t. H, p. 103.
iSO ORIGINE SPONTANÉE DU PUS DANS LE SANG.
malade la nature qu'elles doivent avoir pour qu'elles se convertissent en pus. Serait-il donc bien étonnant que cette disposition s'étendît au delà des humeurs qui affluent vers la partie enflammée, et que, par l'effet d'une disposition devenue plus générale et par suite de causes sans effet dans l'état de santé, des suppurations se fissent dans l'intérieur? Qui pourrait nier que l'état de suppuration d'une partie quelconque de l'individu n'appelle dans d'autres parties de cet individu d'autres suppurations; en un mot que la suppuration amène la suppuration» ou produit dans nos corps des dispositions particulières qui la multiplient partout où quelque point d'irritation peut exister? Le pus engendre le pus, disaient les anciens ; nous acceptons cet axiome, en l'expliquant par les dispositions générales que détermine une suppuration locale. :î> Ce n'était qu'une ébauche de doctriae émise sous forme dubitative, et dont la raison d'être était le scepticisme que professait Dupuytren pour les théories régnantes, plutôt qu'une conviction arrêtée, fondée sur des principes affermis.
Les idées de Dupuytren n'eurent d'ailleurs aucun écho. La phlébite et la discussion soulevée par Tessier absorbèrent l'attention générale, et personne n'attacha d'im* portance à la conception nouvelle et originale, qui tomba dans un oubli complet.
Longtemps après, en 1853, M. Surmay (4), dans sa thèse inaugurale, ignorant d'ailleurs l'opinion de Dupuytren, vint formuler une théorie analogue, où il considéra l'infection purulente ou suppuration aiguë disséminée comme un mode de la fièvre traumatique. « Je crois, dit-il, que l'état inflammatoire (qualification par laquelle l'auteur désigne la fièvre traumatique) est toujours Télé-
(1) Surmay, Considérations sur Tétat pathologique appelé résorption parulente, infection purulente, diathèse purulente, fièvre purulente, fièvre pyohémique, pyohémie, etc. ; thèse de Paris, 1853, n« 2, 3 janner, p. 87.
RUPTIHIE DE L*ÉQUIUBRK DES FOBGES VITALES. 151
ment fondamental de l'état pathologique qui fait le sujet de cette thèse, et que par sa seule forcé, par son évolution propre, il arrive à la suppuration aiguè disséminée.
M Mais je sais aussi que ce n'est pas toujours de l'intensité ou de la durée seule de l'état inflammatoire que dépend la suppuration ; que celle-ci est modifiée soit dans la facilité, soit dans la multiplicité de ses manifestations par des conditions individuelles ou extérieui^s, anciennes, accidentelles ou passagères, d'où résulte une disposition oudiathèse purulente. Seulement, comme je crois qu'il est le plus souvent fort difficile, sinon impossible, de distinguer l'action propre de l'inflammation de celle toujours subordonnée de la diathèse, je préfère, pour l'affection sur laquelle je viens de disserter, le nom de mppuration aiguë disséminée.
» Je crois que la suppuration aiguë disséminée est le résultat de l'évolution spontanée ou influencée de l'état inflammatoire général :
1 • Parce que les phénomènes de la suppuration aiguë disséminée ne justifient pas les théories de l'empoisonnement du sang par le pus ;
2** Parce que ces théories n'expliquent nullement les phénomènes pour lesquels elles sont faites ;
3* Parce que, sans faire une maladie de plus, je trouve dans l'histoire de l'état inflammatoire l'histoire de la suppuration aiguë disséminée. >
Suivant M. Surmay, l'infection purulente était donc la plus haute expression ou plutôt l'une des terminaisons de la fièvre traumatique, et les deux états, traumatique et purulent, étaient intimement liés l'un à l'autre.
La doctrine dont Chauffard se fit le patron et l'éloquent avocat en 1871, lors de la grande discussion sur la pyohémie qui agita l'Académie de médecine, rompt au contraire tout rapport direct entre les deux états. La fièvre traumatique tombée et disparue, l'infection purulente peut naîti^e