‹ L'infection purulente ou pyohémieChapitre 37 sur 53 · DOCTRINE MIASMATIQUE · texte numérisé non relu

DOCTRINE MIASMATIQUE

M. Verneuil, en se constituant le champion de la doctrine septicémique, avait seulement opposé une théorie à une autre théorie et n'avait nullement fait la preuve de Tinanité de la doctrine du miasme chirurgical.

Cherchant des critiques et des contradicteurs, M. A. Guérin formula encore une fois et définitivement sa doctrine à la tribune académique le 6 juin 1871 (1), ajoutant que « les traumatismes intéressant les surfaces osseuses en même temps que les parties molles créent une réceptivité plus grande pour le poison y>. Quant à la question des rapports de la fièvre traumatique et de la septicémie avec la pyohémie soulevée par M. Verneuil, il déclarait qu'à ses yeux, bien que la septicémie et la pyohémie fussent de la même famille, elles ne procèdent pas l'une deTautre; et il ne reconnaissait aucune relation entre la fièvre traumatique et le typhus chirurgical. La discussion se concentra alors sur ce point, M. Verneuil soutenant l'unité des fièvres chirurgicales, que M. A. Guérin n'admettait pas. Mais quant a l'infection purulente, c'était la quatrième fois que M. A. Guérin en traitait à la tribune académique, et de la docte société il ne s'éleva qu'une voix pour assimiler l'une à Tautre la doctrine miasmatique et la doctrine septicémique, entre lesquelles on ne vit avec raison que des nuances.

Cependant Ghassaignac (2) objecta que les blessés atteints de suppurations chroniques étaient respectés par l'infection purulente; or ce s'il est un malade, dit-il, qui puisse être considéré comme plongé au sein des miasmes exhalés par le pus décomposé, c'est celui qui, portant sur lui-même une suppuration de mauvaise qualité, habite depuis des mois, des années même, une salle de chirurgie où se trouvent presque constamment des sujets atteints de

(1) A. Guérin, Bulletin de l'Académie de médecine, 1871, 6 juin. (t) Ghassaignac, Ibid., 1871, 16 août, p. 45

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suppurations. Or ce malade est strictement respecté par tes miasmes jusqu'à l'heure où il subit une grande opération, et ce n'est qu'à partir de ce moment qu'il devient apte tout d'un coup à contracter l'infection purulente. > L'objection semblait sérieuse; elle n'était que spécieuse. Il est évident en effet que la réceptivité, la puissance d'absorption d'une plaie récente pour le miasme est plus grande ; mais d'un autre côté la nécessité d'un traumatisme récent n'est pas absolue : on voit l'infection purulente éclater chez des blessés presque guéris, alors que toute émotion première causée par la blessure est entièrement dissipée : la moindre écorchure de la plaie suffit alors à créer les conditions de la catastrophe.

La doctrine miasmatique restait donc intacte, telle que son auteur l'avait foraiulée. Comme l'avait fort bien jugé la majorité des académiciens, cette doctrine touchait en somme de fort près à la théorie septicémique.

La question de l'unité des fièvres chirurgicales, diversement interprétée par M. Guérin et par M. Verneuil^ n'était d'ailleurs pas rédhibitoire, et les deux théories exigeaient la pénétration de l'organisme par un pcûson septique que les uns appelaient sepsine et les autres miasmes. Que le poison se fabriquât, ou au moins se multipliât dans la plaie aux dépens du pus ou du sang sous l'influence de l'air, qu'il fut toujours ou presque toujours importé par l'air atmosphérique, ce n'était là qu'un dissentiment peu important. Une question fondamentale restait en tous cas à résoudi^e, celle de la nature du poison. L'expression et l'idée de miasme était aussi vague et indéfinie que celle de virus traumatique : il restait à les éclaircir et à les déterminer.

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