DOCTRINE MIASMATIQUE
miasme, ce Je veux bien, dit-il, admettre l'origine miasmatique de la pyohémie, si Ton entend par miasme des matières purulentes, desséchées, pulvérulentes et peutêtre aussi des organismes microscopiques. y> 11 insista d'ailleurs sur les vertus pyrogènes et phlogogènes de ces matières. Quanta la provenance, il concéda qu'un sujet non pyohémique pouvait engendrer un miasme infectant. Quant au mode d'infection, il admit exclusivement l'infection par la plaie.
Toujours en 1868,Braidwood (1) fit remarquer, au sujet du développement spontané et de la contagion de la pyohémie et par conséquent de sa spécificité, que les conta'gionnistes et les non-contagionnistes sont d'accord sur ce point que la pyohémie trouve dans l'encombrement un terrain propice à' son développement. Il dit avoir constaté du reste que ce si les moyens hygiéniques servent à empêcher la propagation de la pyohémie lorsqu'elle s'est montrée, et à empêcher ses réapparitions en supprimant un terrain qui lui est favorable, c'est-à-dire de la saleté et des mauvaises odeurs, cependant les malades placés dans les meilleures conditions hygiéniques ne sont pas exempts de ses ravages ». L'inoculation de la pyohémie par l'intermédiaire des mains qui pansent les blessés serait possible, mais non prouvée.
Au surplus, ajouta-t-il,les épidémies qui sévissent dans les hôpitaux n'ont pas les allures de la contagion : « On voit constamment cette fièvre survenir chez les malades d'une salle, tandis que ceux d'une salle à côté échappent. De plus, on a souvent remarqué que dans une salle où il y a nombre de malades sujets à prendre cette affection, un seul des malades est pris, et après sa mort un autre, et ainsi de suite. » Braidwood négligeait, on le voit, le degré
(1) Braidwood, on Pyœmia or suppurativ Fever, 1868, p. 222, 224, 227 (trad. Allingp).
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de réceptivité de chaque individu. D'ailleurs toutes ces difficultés trouveront une solution dans la théorie des germes.
Quoi qu'il en soit, le 18 mai 1869, M. A. Guérin (1) ouvrait à l'Académie de médecine de Paiîs la discussion sur la pyohémie par une communication au sujet de la curabilité de l'infection purulente et de l'efficacité du traitement par le sulfate de quinine; M. A. Guérin n'hésitait pas à reconnaître à ce médicament une action anal<[^ue à celle qu'il possède contre la fièvre paludéenne. « Rapprochant, dit-il, après avoir rappelé l'opinion qu'il soutenait dans sa thèse dès 1847, rapprochant Tinfection purulente des autres maladies qui dépendent d'une alté- . ration du sang, j'ai pensé que la fièvre paludéenne n'en diffère que par la nature de l'agent miasmatique. Dans l'infection purulente, ce sont des émanations animales qui engendrent la maladie ; dans la fièvre paludéenne, ce sont des émanations végétales putréfiées. Le frisson qui dénote l'empoisonnement est tellement identique dans l'une et dans l'autre maladie, qu'il est impossible d'y ti^ouver une différence appréciable. Dans l'une et dans l'autre il indique la pénétration de l'économie tout entière par le poison^ » M. A. Guérin élargissait donc en 1869 le cadre des maladies voisines de la pyohémie; il étendait à la fièvre palustre la comparaison qu'il avait limitée, en 1847, au seul typhus. Du reste, jugeant les théories du mélange du pus et du sang insoutenables, M. A. Guérin ne repoussait pas les idées de Virchow sm- la leucocytose symptomatique rendant le «ang puriforme, mais non purulent; il en trouvait même la confirmation dans le fait maintes fois observé par lui du développement des plaques de Peyer, lésion qui avait
(1) À. Gaéria, ftiUetiade rAcaééaiie demédedoe, 1869,16 mtà et 8 juin, p. 347.
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été pour lui un trait de ressemblance de plus entre la pyohémie et la fièvre typhoïde.
M. A. Guérin chercha en outre dans rexpérimentation la confirmation de sa doctrine. De concert avec M. Tillaux, il introduisit dans le tissu cellulaire d'un lapin un morceau de cadavre : l'animal fut empoisonné avant qu'il se fût formé la moindre goutte de pus et sans que l'on découvrît aucune lésion à l'autopsie. « Il faut donc avouer, conclut-il, que les substances animales putréfiées donnent lieu à des émanations septiques qui donnent la Hiort(l). :»
La doctrine miasmatique ou du typhus chirurgical ne fut pas sans soulever des protestations au sein de l'Académie. M. Verneuil (2) fit remarquer « que le mot typhus ne s'applique en général quà des maladies infectieuses dont les miasmes pénètrent dans les voies aériennes sans nécessiter une solution de continuité. Or, dans une saUe d'hôpital, ceux-là seuls qui sont atteints de blessures sont atteints d'infection purulente. Cela prouve bien que la plaie joue le rôle étiologique principal, soit en recueillant, à titre de surface absorbante, les virus venus du dehors, soit en produisant ce virus lui-même. » Mais J'objection était sans valeur. M. A. Guérin avait en effet pris soin d'insister sur le rôle joué par la plaie qui donnait au typhus son caractère chirurgical. MM. Goze et Feltz (3) n'avaient-ils pas en outre, en 1866, démontré expérimentalement la faible capacité d'absorption dont jouissent les poumons et le tube digestif lui-même pour les principes putrides. M. Verneuil entrait donc entièrement lui-même dans les idées de M. A. Guérin en accordant à la plaie le rôle de surface absorbant les virus
(l) A. Guérin, Bulletin de l'Acad. de méd., 1869,8 juin, p. 355.
(i) VenieuiU Ibtd., 1869, 8 juin, p. 364.
(3) Coze et Feltz, Recherches expérimentales, etc. ; Strasbourg, 1866.
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venus du dehors ; entre le mot virus et le mot miasme la différence était en effet bien faible.
M. Legouest (1) protesta aussi contre la dénomination de typhus chirurgical ; bien que M. A. Guérin admette la nécessité d'une plaie en suppuration pour déterminer le miasme du typhus chirurgical et son absorption, et je rappellerai néanmoins, dit-il, que dans les hôpitaux encombrés des armées, si souvent envahis par ces redoutables épidémies, les blessés et les amputés succombent et au typhus, et au choléra, et à la dyssenterie, et au scorbut, et aussi à l'infection purulente, qu'ils devraient uniquement contracter, puisqu'ils y sont particulièrement disposés >. C/était évidemment une conclusion outrée: M. A. Guérin n'avait pas dit, en effet, que l'infection purulente fût le typhus, c'est-à-dire la forme que revêt le typhus chez les blessés; mais il avait seulement soutenu que c'était une maladie du genre typhus sévissant sur les blessés; il n'avait pas dit que le miasme du typhus fût le même que le miasme de l'infection purulente ou typhus chirurgical ; il avait seulement prétendu que les deux maladies ont une origine miasmatique.
M. Legouest reconnaissait d'ailleurs absolument « la grande fréquence de l'infection purulente dans les hôpitaux encombrés de malades, où cette maladie revêt souvent un caractère épidémique, » et même que « ce fait indéniable semblait puissamment militer en faveur da miasme chirurgical » ;mais il cherchait plutôt à l'expliquer a: par le mauvais état des plaies, l'érosion des veines qui le suit et ouvre au pus une voie de pénétration dans le sang (2) ».
En somme aucune objection sérieuse et péremptoire n'avait été élevée contre la doctrine de M. A. Guérin.
(1) Legouest, Bulletin de r Académie de médecine, 1869, 15 juin, p. 381.
(2) Id., Ibid., p. 38â.