‹ L'infection purulente ou pyohémieChapitre 51 sur 53 · I. On doit considérer comme acquis les faits suivants · texte numérisé non relu

I. On doit considérer comme acquis les faits suivants

1** La théorie de M. Pasteur sur la putréfaction (1863, Pasteur) ;

2"* Les deux espèces de vibrions aérobies et anaérobies (1863, Pasteur);

3** Les deux formes (vibrions et corpuscules germes) que peut revêtir le vibrion septique (1865, Pasteur ; 1878, Pasteur, Joubert et Chamberland) ;

THÊOUIE DES GERMES. 527

4° La virulence progressive du sang septicémique (excessive chez le lapin), dont la seule explication possible est la reproduction du virus pour ainsi dire à Tinfini (1866, Coze et Feltz ; 1 872, Davaine ; 1 873, Davaine, Bouley, Béhier, Vulpian, et même, 1876, Hiller); ' 5° La nécessité de l'intervention des germes ou des vibrions des liquides putrides pour engendrer dans l'organisme les phénomènes de la putréfaction (1873, Chauveau, expérience du bistournage) ;

6"" La septicité des injections intraveineuses de liquides chargés de vibrions septiques, et l'innocuité des injections de liquides complètement privés de vibrions par une filtration suffisante (1873, Ghauveau; 1878, Pasteur, Joubert ot Chamberland) ;

T La présence d'organismes inférieurs dans le pus des plaies, constatée par presque tout le monde;

8° La présence de bactéries dans le pus des abcès mé^ tastatiques (1871-1872, Ranvier,Burdon Sanderson, 01lier et Ghauveau, P. Vogt);

9"" La spécificité que doit posséder le pus que l'on injecte expérimentalement dans les veines pour être capable d'engendrer des lésions pyohémiques (1872, Burdon Sanderson; 1873, Hueter, Birch-Hirschfeld, et surtout, 1875, Ghauveau) ;

lO'* La puissance phlogogène des bactéries (1872, Ghauveau, Klebs; 1878, Samuel, Hueter, Birch-IIirschfeld, Ileiberg; 1878, Pasteur, Joubert et Chamberland;

11"* L'utilité et le succès des pansements qui mettent la plaie à l'abri des germes de l'air, soit en empêchant l'accès de celui-ci, soit en changeant les conditions physiques du pus, de façon à le rendre inhabitable pour les bactéries (pansement ouaté de M. A. Guérin), soit en les détruisant dans la plaie et autour de la plaie (pansement de Lister, pansement par ventilation ou exposition à l'air)

(1867, Lister; 1874, A. Guérin, Pasteur; 1875, Gosselin, Pasteur; 1879, Gosselin et Alb. Bergeron) ;

12** La spécificité de la bacléridie charbonneuse (1863, Davaine; 1876, Koch; 1877, Pasteur et Joubert);

1 3* La spécificité et la nature anaérobie du vibrion septique; la spécificité et la nature à la fois aérobie et anaérobie du microbe purulent ou phlogogène (1878, Pasteur, Joubert et Chamberland). Personne, en effet, n'a contredit ni infirmé les expériences de M. Pasteur qui l'ont amené à ces conclusions.

IL Quant aux faits probables, mais incomplètement dégagés, ce sont;

1** La présence des bactéries dans le sang septicémiqueou pyohémique (1866, Coze etFeltz; 1868, Chrislot et Kiener; 1870-1872, Nepveu; 1872, Klebs; 1872-73, Davaine, Bouley, Béhier et Liouville, Vulpian ; 1874, Landau; 1876, Schûller) ;

2** L'infiltration des globules blancs du sang ou des globules de pus par des organismes inférieurs (1872, Ranvier; 1873, Hueter, Birch-Hirschfeld);

3° La capacité que posséderaient les microbes de faire embolie (1873, Martini, Heiberg).

L'importance de ces conclusions, quelqu'incomplètes qu'elles soient, n'échappera à personne; elles contiennent en effet, sinon une doctrine nettement formulée, au moins les éléments d'une doctrine. Quant à la pyohémie, dont il faut admettre les liens de parenté avec la septicémie, ne retrouve-t-on pas dans les faits acquis tout ce qu'il faut pour en expliquer la genèse? L'influence de l'air et de la putridité de la plaie est expliquée par l'action des microbes sur le pus. Les symptômes généraux trouvent leur raison dans fabsorption soit des agents, soit des produits de la putréfaction du sang ou de la lymphe épanchés ou du pus sécrété, et dans l'action décomposante des microbes sur le fluide sanguin en circulation.

Les symptômes locaux ou plutôt les lésions locales, qui ne sont expérimentalement reproduits que par l'injection d'un pus doué de qualités spécifiques, sont relevables de la pénétration dans le sang et de l'arrêt dans les viscères du microbe purulent ou phlogogène, ou du globule de pus infiltré de ce microbe.

Mais, il faut bien l'avouer, toute cette doctrine repose principalement sur des inductions logiques et des expériences positives : les consécrations cliniques et anatomiques en sont rares. Il en est une très certaine cependant ; on la trouve dans les succès de la méthode des pansements antiseptiques, dont l'action germinicide et à la fois imputréfiante me semble avoir été démontrée avec toute la rigueur scientifique désirable par les récentes études de M. le professeur Gosselin et de son aide M. Alb. Bergcron.

Quant aux consécrations anatomiques, les observations de P. Vogt (1872), qui constata des bactéries dans les lésions pyohémiques, de MM. Coze et Feltz (1800), ]\epveu(1872), Ilueter, Birch-Hirschfeld (1873), Landau (1874), Schùller (1876), qui en ont constaté soit dans le sang, soit dans les globules blancs du sang pyohémique, demanderaient à être plus généralement confirmées.

Mais avant tout il faudrait, je pense, qu'il y eût entre les chercheurs une sorte de convention sur les classifications et les dénominations à employer; il faudrait surtout des figures avec des descriptions nettes et concises des organismes inférieurs qui sont le plus spécialement incriminés dans la septicémie et la pyohémie. K'e<t-il pas probable que les granulations trouvées dans le p:is des abcès pyohémiques par M. Ranvier (1871), les bactéries d'un caractère particulier dont parle Burdon San • derson(l872),le microsporon septicum de Klebs (187:2), les monades de Ilueter (1873), les bactéries sphériquos de Birch-IIirschfeld (1873), les micrococci de Heibcrg

jëannel. 34

(1873), la coccobacteria septica de Billroth (1874), le microbe purulent de M. Pasteur (1878) sont soit le même organisme, soit des formes ou manières d'être du même organisme. Une des grandes sources des contradictions qui semblent exister entre les partisans de la théorie des germes ne serait-elle pas supprimée, s'il y avait plus d'unité dans les classifications ou plus de précision dans les descriptions? La passion de la réforme et de l'invention est souvent funeste, surtout dans la science, où la vérité et non l'originalité doit toujours être le poinl de mire. Que d'éminents chercheurs eussent mieux fait de contrôler, par exemple, la réalité de ce fait de la vie avec ou sans oxygène (aérobie ou bien anaérobie) des organismes inférieurs, et en particuher des vibrions de la putréfaction, sur lequel l'illustre patron de la panspermie fait reposer tout l'édifice de sa théorie, plutôt que de s'ingénier à établir des classifications nouvelles, ornées de dénominations plus ou moins baroques, et que leur apparente simplicité ne saurait suffire à justifier! M. Pasteur, M. Davaineet M. Ghauveau ont toujours parlé de faits expérimentaux, on leur a trop souvent répondu par des hypothèses.

Quant à moi, considérant :

1° Que la virulence progressive du sang septicémique, démontrée par les expériences de M. Davaine, ne peut être expliquée autrement que par l'intervention des bactériens ou de leurs germes; et que la similitude entre la septicémie et la putréfaction ressort également des expériences de M. Davaine;

2° Que l'expérience de M. Ghauveau sur le bistournage a prouvé que les phénomènes de putréfaction ont les mêmes agents dans l'organisme et hors de forganisme ;

3° Que les expériences de M. Ghauveau sur lagent pyohémique ont démontré que le pus devait jouir d'une spécificité pour être pyohémigène;

4° Que la dernière communication de M. Pasteur aux Académies repose sur des expériences et des découvertes que personne n'a jusqu'ici contredites, et que les inductions qu'il en a tirées sont parfaitement logiques; que ces faits et ces découvertes ont fourni réponse suffisante à toutes les objections principales opposées îi la théorie des germes ;

5*" Que les méthodes de pansement qui s'inspirent des recherches de M. Pasteur sont les plus efficaces;

Je reste convaincu que la théorie des germes appliquée à la septicémie et à la pyohémie est vraie; je crois à soq avenir et à sa consécration définitive.

Page 1