XXV. — Présence des bactéries dans le sang vivant
Tiegel et Landau. — Peu après Tiegel (1874) (1) chercha à résoudre le problème de la pi'ésence des germes de coccobactéries septiques dans le sang des animaux vertébrés pendant la vie. Il fit ses observations en s'entourant de précautions multiples. Une portion d'organe fut isolée sur l'animal vivant, avec un tîl de soie trempé dans de la paraffine chauffée à +110^ et +115'* C. et fut immergée elle-même dans la paraffine qui forma ainsi une enveloppe isolante.
Tiegel constata un développement plus ou moins rapide de bactéries au centre des divers organes qu'il examina, et conclut par conséquent à l'existence des germes dans le sang vivant.
Quant à la raison qui empêche leur développement pendant la vie, il admit avec Billroth « que les spores de coccobactéries ne sont pas, dans l'état où elles se trouvent dans l'organisme vivant, capables d'assimiler les corps albumineux y> . Ce qui en réalité n'expliquait pas grand chose.
Les expériences de Klebs (1873) et de Tiegel étaient, on le voit, en contradiction; l'un ou l'autre se trompait par conséquent. Or on ne peut hésiter à juger le procédé de Klebs plus minutieux et plus capable d'empêcher l'accès, dans le sang observé, des germes de l'air. En tous cas qu'importe que le sang contienne ou non des germes de bactéries, si ces bactéries ne sont pas nocives, s'il ne s'agit pas de germes de vibrions septiques par exemple?
Landau (1874) (2) fit une série d'expériences avec du sang pris à des hommes atteints soit de simple fièvre traumatique, soit de septicémie, soit de pyohémie etc, recueilli et conservé dans des tubes, d'après le procédé de Klebs.
(1) Tiegel, Ubei* Coccobacteria in gesunden WirbelthierkÔrper; (Archiv fur patliol. Anat. und Phys., 1874. B. LX, S. ^3.)
(2) Landau, Zur Aetiologie der Wundkrankheiten ; (Archiv fur Klinische Chirurgie, 1874. B. XVH, S. 527).
THÉOIUE DES GERMES. 477
Il commença par établir positivement que :
V Le sang d'un animal bien portant conservé dans un tube bien désinfecté ne se putréfie pas ;
2° Le sang d'un animal bien portant conservé dans un tube non désinfecté se putréfie bientôt;
3° Le sang d'un animal, infecté pendant la vie avec un liquide putride, se putréfie bien qu'on l'enferme dans un tube parfaitement désinfecté;
4** Le sang d'un animal, auquel une petite quantité de liquide bactérifère a été injectée, ne se putréfie point dans un tube désinfecté.
Quant aux échantillons de sang humain malade qu'il observa, il constata qu'au bout d'un mois, ils n'étaient pas encore en putréfaction quand les tubes qui les contenaient avaient été désinfectés.
Landau soutint que cela prouve simplement que le sang pyohémique ou septicémique ne contient pas de bactéries de la putréfaction, mais ne démontre nullement l'absence ou la non existence de bactéries spécifiques.
Il entreprit alors de prouver qne les bactéries spécifiques ne provoquent point la putréfaction. Il cita des expériences où il avait constaté que le sang, riche en spirilles, d'un malade atteint de typhus recurrens ne se putréfiait pas, non plus que le sang d'un varioleux ou d'un typhique ordinaire. Il aurait pu citer aussi le sang charbonneux qui ne se putréfie pas sous l'influence de la seule bactéridie et dont la putréfaction détruit même la virulence. Il conclut d'ailleurs, que puisque le sang qui contient manifestement des organismes spécifiques ne se putréfie pas spontanément, on peut aussi bien croire à la présence de pareils organismes dans le sang pyohémique et le sang septicémique.
En résumé, quant aux accidents trauma tiques Landau formula que : 4** La fièvre traumatique est due aux produits des bactéries de la putréfaction ;
478 «TdËORlË DES GËHM£S.
2° La pyohémie et la septicémie ont pour origine un seul et même poison différent du poison putride et fabriqué par des organismes spéciaux.
XXVI. — Travaux divers parus en 1874 et 1875. — Weigert, en 1874 {l)\ soutint d'autre part qu'il existerait une infinité de bactéries, résultant de ce que chaque micrococcus prend des propriétés vitales Spéciales selon le milieu où il se trouve et- par conséquent donne naissance par suite des décompositions qu'il opère en accaparant Toxygène, à des produits chimiques agissant comme virus morbides; mais Weigert ne fit aucune application particulière de sa thèse à la pyohémie.
Sans produire aucun travail original Virchow (1 874) (2) admit que les organismes de la putréfaction suffisent à expliquer, en grande partie au moins, les accidents locaux, et, en certaines parties, les accidents généraux de nature infectieuse. Il pensa qu'en dépit de l'apparente similitude des microrganismes , il fallait reconnaître leurs différentes espèces et la spécificité de quelques-uns d'entre eux; qu'ils agissaient dans les tissus et les liquides du corps à la manière des ferments sur les substances fermentescibles, et que c'était le produit de leur fermentation qui constituait la substance toxique; que s'il n'était pas nécessaire que les microrganismes pénétrassent dans le sang pour créer l'intoxication, l'absorption du produit de la fermentation qu'ils provoquent étant suffisante, leur présence était néanmoins indispensable à la fabrication de ce produit.
Quant aux applications cliniques et à la pyohémie en particulier, on sait que Virchow exigeait pour l'embole
(1) Weigert) Beïtrage zur pathologisch Ànatomie derPocken; Breslau, 187i (Berlin Kliniscli Wochenschraften, 1874, n' 44).
(!^) Vircliow, Vortrag iiber die Fortschritte der Kriegsheilkunde, etc., besonders in Gebiete der Infekiionskrankheilen. Berlin, 1874, (Allgem. militârztl., Ztg. 1874 nr 36 und 41.)
métastatique des qualités ichoreuse et qu'il croyait aux métastases liquides également ichoreuses; les bactéries devenaient le principe actif des emboles et des métastases liquides.
Birch-IIirschfel (4875) (1) comme conclusion d'un remarquable travail historique sur la question qui nous occupe, fit remarquer que la plupart des recherches expérimentales, dont les résultats combattent la théorie des germes, se fondent sur Tinefflcacité des bactéries, provenant de substances putrides efficaces, et cultivées dans un liquide de Pasteur. Or, dit-il a: il faut ré* pondre à cela que les substances putrides infectieuses contiennent, outre les bactéries de la putréfaction, de nombreuses espèces de microrganismes très différentes morphologiquement et pathogéniquement. 11 est alors possible que le liquide de culture ne soit favorable qu'à une forme de bactéries innocentes qui s'y développe d'un façon prépondérante. y> Billroth avait déjà signalé la fausseté du système qui déclare le liquide de Pasteur (urine neutre) propice au développement de toutes les formes possibles d'infusoires. Les spirilles du typhus recurrens par exemple meurent dans ce liquide. Birch ajouta qu'il avait a: très souvent observé que du pus riche en streptococcos et gliacoccos donne, dans le liquide de Pasteur, une abondante prolifération de baclérium terme. » Sans se prononcer d'ailleurs sur la théorie de Billroth et sur les allégations de A. Frisch, Birch-llirschfeld sembla en 4875, ne rien retrancher des conclusions de son travail de 1873.
D'autre part M. Gosselin (1875) (2) déclara, au nom d'une commission chargée par l'Académie des sciences
(1) Birch-Hirschfcld, Mém. cité in Schmidt's Jahbriicher, 1875. B. 166. n' 5, s. 199.
(t) Gosscliu, Rapport sur le travail de M. A. Guérin; (C. R. de rAcadémie des sciences, 1875, 1» série, p. 8i).
d'étudier et de rapporter le travail de M. A. Guérin (1874), avoir constaté tantôt Tabsence, 4/3 des cas, tantôt la présence (2/3 des cas) des vibrions et des bactéries sous le pansement ouaté. Les bons effets de ce pansement n'en étaient d'ailleurs pas amoindris; le pus n'était même pas putride.
M. Gosselin attribuait uniquement le succès du pansement à sa rareté et à la compression qu'il exerce. Quant au rôle à accorder aux ferments : « Nous sommes loin, dit-il, de nier leur intervention possible dans la pathogénie de l'infection purulente et nous acceptons qu'il est bon d'en préserver les plaies. Seulement il résulte de ce qui précède que les ferments n'agissent pas d'une façon nuisible sur toutes les matières organiques. Parmi les conditions qui rendent leur action dangereuse se trouve l'altération que donne aux tissus et aux liquides exposés à l'air, une inflammation traumatique intense. i> M. Gosselin ne parlait cependant pas du zymoïde phlogistique de Billroth et de ses hypothétiques fonctions.
M. Pasteur (1875) (1) déclara n'être pas entièrement de l'avis de M. Gosselin. Il attribua la présence des infusoires sous le pansement ouaté à l'application insuffisante du principe dont ce pansement s'inspire. Il pensait au surplus que la suractivité vitale réparatrice, dont toute blessure est le siège, constitue la force première qui lutte contre l'influence pernicieuse des microrganismes.
D'autre part, M. Trécul (1875) (2) émit l'opinion que les batteries provenaient d'une transformation des matières albuminoïdes sous l'influence de l'ouate; M Trécul est comme on le sait, le contradicteur déclaré de la théorie de M. Pasteur sur les fermentations.
(1) Pasteur, A propos du rapport de M. Gosselin; (G. R, de ri^cadémio d<» sciences, 1875, 1^ série, p. 94-95).
(2) Trécul, G. R. de TAcadémie des sciences, 1875, l''' série, p. 96.
En même temps paraissait un grand travail de M.Nepveu (1) (1874-75) évidemment inspiré par la lecture de Billroth. Les recherches et les examens cadavériques du professeur de Vienne y étaient citées, analysées et comparées à quelques observations originales.
Les conclusions, très voisines de cellede Billroth, étaient les suivantes : M. Nepveu considérait les organismes que Ton trouve dans les exsuda ts et les tissus, comme morphologiquement semblables aux organismes de la putréfaction à l'air libre et il niait le dogme de la spécificité de certaines espèces. [1 déclarait même ne pas reconnaître de rapport de cause à effet entre les organismes et la putréfaction, et n'était pas éloigné de croire à la possibilité de la putréfaction sans intervention d'infusoires.
Au point de vue pathogénique, à Fexemple de Billroth, il pensait que les microrganismes ne peuvent se développer que dans un milieu préalablement préparé, et que les substances putrides dont les propriétés phlogistiques sont connues, forment pour ces organismes le milieu nutritif par excellence. M. Nepveu ne disait pas que ce fut un miheu nécessaire; c'est le seul point qui le séparait de Billroth.
Au sujet des maladies locales des plaies, il n'affirmait ni ne niait le rôle étiologique des microrganismes; mais quant à la pyohémie il renouvelait la déclaration qu'il avait déjà faite à la Société de Biologie (2) (1875), disant qu'il n'avait jamais examiné de sang pyohémique sans y avoir constaté des bactéries. M. Nepveu était donc bien partisan de l'étiologie bactérienne de la pyohémie, mais il ne se prononçait pas sur la question de la spécificité.
(1) Nepveu, du Rôle des organismes inférieurs dans les maladies chirurgicales (Gazette médicale de Paris, 1874, nos 47 et 50, 1875 n»» 1 , 10, 13, 14, 19).
(2) Id. Présence des bactéries dans les collections sous-cutanées (Société de biologie, 27 février, 1875 p. 88).
En 1875 M. Feltz (1) fit; à TAcadémie des sciences, communication de recherches récentes qu'il avait faites sur la nature de l'agent toxique de la septicémie. Des expériences antérieures l'avaient, on le sait, conduit à soutenir que les organismes inférieurs sont les éléments pathogéniques de cette maladie. Pour contrôler cette assertion, il voulut employer les procédés de ses contradicteurs et essaya de priver les liquides putrides de bactéries par la filtration : jamais il ne put y parvenir, « malgré de nombreuses tentatives à travers toute espèce de filtres, même ceux réputés infaillibles en Allemagne (charbon, pierre ponce pilée, sable fin , couches multiples de coton) )>.
M. Feltz entreprit en outre une série d'expériences cherchant à détruire les infusoires dans les liquides septiques; il constata que la diminution de la toxicité du sang putréfié coïncide toujours avec une diminution parallèle dans le nombre et l'activité vitale des microrganismes.
En troisième heu. il constata que du sang ayant passé par toutes les périodes de la putréfaction et desséché en plein air, détermine constamment au bout d'un certain temps des phénomènes de septicémie. Il déclara qu'on était dès lors en droit d'admettre «; qu'il reste toujours dans les matières inoculées des germes qui, introduits dans le sang normal, y développent le travail septique, dont les infiniment petits sont l'indice le plus certain ^; que par conséquent les matières putréfiées et desséchées peuvent rester toxiques.
Encore en 4875, M. Bouloumié (2) publia les conclusions d'observations multipliées faites en collaboration
(1) Feltz, Recherches sur Tagent toxique de la septicémie (G. R. de l'Académie des sciences, 1875, l'« série, 1" mars. p. 553, et 31 mai, p. 1338).
(2) Bouloumié, Résultat de recherches et d'observations sur l'existence des microrganismes dans les suppurations, leur influence sur la marche des plaies (Mouvement médical, 3 avril 1875, n° U, p. 221).
avec Demarquay. Je ne citerai que les principales, non pas que toutes n'aient une importante valeur, mais parce que toutes ne nous intéressent pas directement : « — 1° Le pus provenant d'une collection quelconque sans communication avec une plaie, ne renferme que des points mobiles très réfringents, jamais de microzoaires ou microphytes véritables;
2° Le pus des plaies renferme toujours des microzoaires ;
3° Le pus d'un abcès développé au voisinage d'une plaie en renferme toujours aussi ;
4° Aucun pansement ne met d'une manière absolue les plaies dans de telles conditions que le pus ne con^tienne pas de microrganismes ;
. 5° Le mode de pansement influe surtout sur le nombre et la vitalité des microrganismes trouvés dans les suppurations ;
6" Les microrganismes trouvés dans le pus des plaies sont les mêmes, quel que soit le pansement employé.
Ces iuicrorganismes peuvent être considérés comme développés antérieurement au pansement.
Les microrganismes trouvés dans le pus des plaies n'exercent pas sur elles et sur l'individu une action morbigène égale dans toutes les circonstances. y>
« — 1*" Les microrganismes en petit nombre et peu mobiles, la plaie et l'individu étant d'ailleurs dans de bonnes conditions, n'entravent en rien, du moins en apparence, la cicatrisation;
2° Les microrganismes très nombreux, très prolifères, détruisent par liquéfaction les néocytes, pénètrent dans les parties voisines de la plaie et amènent la formation d'abcès de voisinage;
3° Les microrganismes envahissent l'économie tout entière par le système lymphatique et le système veineux; mais l'organisme sain résiste, et de la fièvre et des éva*
ouations critiques sont les seules conséquences de cette généralisation ;
4** Les microrganismes ayant envahi un organisme déjà débilité, incapable de résistance et préparé en quelque sorte aux fermentations, la fièvre septicémique se déclare, et le blessé meurt sous Faction combinée du toxique venu de la plaie (la bactérie) et du virus qu'elle a engendré par la décomposition des éléments. y>
M. Bouloumié ni Demarquay n'hésitaient donc pas, à la suite de leurs longues et patientes observations, à reconnaître l'influence des bactéries sur la production des accidents des plaies; mais ils exigeaient une sorte de préparation des malades, ou du terrain sur lequel devaient s'ensemencer les germes morbides,pour que la septicémie et la pyohémie éclatassent réellement et aboutissent au terme fatal. Peut être eùt-il été désirable que M. Bouloumié insistât davantage sur les causes et les agents de cette débilitation préalable.
XXVI. — La théorie des germes devant la Société pathologique de Londres. — Pendant que M. Lister poursuivait ses études sur la chirurgie antiseptique (1), le 6 avril 1875, s'ouvrait à la Société pathologique de Londres une discussion sur la théorie des germes. La question fut posée devant la Société par Charlton Bastian (2). qui entreprit de rechercher a: la vérité sur la théorie des germes telle qu'elle est ordinairement comprise, ou le rapport existant entre les organismes inférieurs et les inflammations virulentes et leurs dérivés d'une part, et les fièvres contagieuses de Tautre y>. La première partie du discours, la seule qui nous intéresse,
(1) Lister, on Récent Impiovment in the Détails of antiseptic Surgery (Lancet, 1875, vol. H). — Au Address oflhe Eftects of thcantiseptic Trcatment upon the gênerai Salubrity of surgical Hospitals (Ëdinburgh, août 1875, and British médical Journal, décembre 1875).
(â) Charlton Bastian, Transactions of the pathological Society. London, G avril, 1875, p. 262.)
avait pour titre. « Application de la théorie des germes aux inflammations virulentes et leurs dérivés; gonorrhée, ophtalmie purulente, érésipèle, pourriture d'hôpital, fièvre puerpérale, pyohémie, septicémie, etc. y>.
Bastian s'efforça de prouver Tinanité de la théorie et d'éloigner « la possibilité d'une relation de cause à effet entre les organismes inférieurs et les maladies en question i>. 11 essaya de démontrer d'autre part que « les bactéries que l'on 'trouve dans les tissus et les fluides infectés sont, pour la plupart, des produits pathologiques, qu'elles sont engendrées dans l'intérieur du corps ou descendent d'organismes ayant une telle origine, et qu'elles ne sont nullement des êtres préexistants et venant de l'extérieur ».
Les preuves qu'il invoquait étaient, en résumé, les suivantes :
« 4° Les injections intraveineuses de microrganismes réputés infectieux restent le plus souvent absolument inoffensives.
2° Il existe des microrganismes quelquefois dans le sang lui-même et 1res souvent dans un grand nombre de parties du corps humain ou du corps des aninrmux, sans qu'il en résulte aucune maladie. On les trouve dans le tube digestif et les voies respiratoires, dans les débris épithéliaux et les conduits cutanés. Il en entre incessamment dans le canal alimentaire, à chaque n^.pas, de nouvelles légions qui pénètrent jusque dans les ganglions mésentériques et même dans l'économie tout entière. On peut en découvrir à la surface de toutes les plaies.
3** Quant à la septicité de certaines espèces et à l'innocuité de certaines autres, Bastian n'acceptait pas comme péremptoires les arguments fournis à l'appui de cette opinion; il ne reconnaissait qu'une espèce modifiable à un degré extraordinaire.
ht II a été démontré, d'une part, que la virulence de certaines substances contagieuses diminue en proportion directe de l'augmentation des bactéries dans ces substances, et d'autre part il est également prouvé qu'une substance énergiquement contagieuse et fraîchement produite perd à peine quelques-unes de ses propriétés contagieuses, après avoir été soumise pendant quelques minutes à une chaleur humide, que nul être vivant ne peut supporter (212" Fahr° + 100° C), ou après avoir été exposée à l'influence de l'alcool bouillant qui est également reconnue comme absolument mortelle pour tout être vivant. »
Tous ces arguments, d'ailleurs peu nouveaux, étaient loin d'être sans réponse : IMa toxicité des injections pratiquées dépend de l'espèce des bactéries; 2° les organismes que l'on trouve dans le canal alimentaire ne pénètrent pas forcément dans l'économie ; d'ailleurs la présence de bactéries dans le sang normal ne prouverait que l'innocuité de certaines espèces; 3° quant à la spécificité, il ne suffit pas de la nier ni de déclarer que les arguments qui la prouvent ne sont pas péremptoires : il faudrait opposer soi-même des arguments certains, qui démontrent qu'elle n'existe pas; ^ l'extinction de la virulence par la putréfaction est un argument en faveur de la spécificité, et l'on sait à quoi s'en tenir au sujet du traitement des liquides putrides par l'ébuUition et par l'alcool.
Quoi qu'il en soit, édifiant après avoir critiqué, Bastian soutint que « l'existence même des organismes inférieurs dans les tissus et les fluides des personnes malades, doit la plupart du temps être imputée à certaines modifications (le changement d'alimentation, par exemple) dans la constitution et la vitalité de ces tissus et de ces fluides et que les bactéries apparaissent là comme produits pathologiques, soit par hétérogénèse, soit par naissance
directe dans les fluides qu'il nomme archébiosis^ c'est-àdire par génération spontanée.
Il arguait en faveur de cette opinion de ce que :
4° On trouve des bactéries en quantité dans les déchets épithéliaux et dans l'intérieur des cellules épithéliales elles-mêmes ;
2° L'examen microscopique porte à croire que les bactéries contenues dans les cellules y sont engendrées; en effet : a) elles n'apparaissent que dans les cellules mortes; ô) elles semblent dériver des granulations moléculaires qui constituent la cellule ou les corpuscules de mucus. — Il y aurait donc dégénérescence bactériale comparable et parallèle à la dégénérescence graisseuse des éléments cellulaires épithéliaux et muqueux ;
3*" Les bactéries apparaissent inévitablement dans le sang humain quatre ou cinq jours après la mort;
4'' Les bactéries absentes sous la phlyctène d'un vésicatoire chez les apyrétiques, y apparaissent dès que la température s'élève et que la fièvre s'allume;
5° L'introduction sous la peau, sans contamination extérieure possible, d'un irritant chimique, tel que l'ammoniaque, développe un abcès dans lequel on constate des mjTiades de bactéries.
S'occupant alors du transport supposé des bactéries ou de leurs germes par les poussières qui voltigent dans l'air, justement comme les prétendues particules contagieuses sont transportées par les bactéries elles-mêmes, Bastian ne trouva aucune expérience probatrice de cette théorie, c: Les particules contagieuses, dit-il, ne pouvant se mouvoir seules, doivent avoir recours aux bons offices des bactéries pour les porter, et ces diQ,vmhYQ^ porteuses sont malheureusement si délicates, qu'elles ne peuvent se soutenir seules dans l'atmosphère et doivent pour se maintenir invoquer l'appui de quelques grains de poussière atmosphérique, qui, bien que beaucoup plus pe-
sants que les particules contagieuses, sont néanmoins librement transportés par l'air dans toutes les directions ». Je ne sais trop du reste où Bastian a trouvé que la théorie des germes avait besoin de toutes ces chimériques séries de supports et de particules contagieuses.
En somme, et malgré la longueur du réquisitoire, aucune objection capable de condamner la théorie des germes n'avait été produite par Bastian, qui avait au contraire accumulé hypothèses sur hypothèses pour expliquer la présence des bactéries et avait entièrement méconnu la valeur des expériences et des travaux publiés avant lui.
Après Bastian, Burdon Sanderson (1) (1875) prit la parole et se borna à répondre .par un exposé de faits :
1** L'injection dans le sang de bactéries qui semblent identiques à celles que l'on trouve dans les tissus peut n'être suivie d'aucun résultat pathologique.
2° L'injection dans le sang de liquides albumineux légèrement septiques et contenant des bactéries fait naître la fièvre.
3° Bien que les bactéries n'aient rien de commun avec la production de la matière pyrogénique, la matière pyrogénique ne peut pas être séparée des bactéries; toutefois on peut « tuer les bactéries en les brûlant dans l'alcool bouillant sans détruire l'agent qui provoque la lièvre. y>
4° Cependant, dans toute phlegmasie qui amène ladestruction des tissus, les bactéries existent et se forment dans les liquides expulsés : bactéries sphériques, micrococci ou microsporon septicum ou coccobacteria septica.
5* Dans l'érésipèle, par exemple, on trouve des bactéries, dès le débul de la maladie dans les papilles, de la peau
(1) Burdon Sanderson, Transactions of the patholigical Society. London. 1875, 6 avril.
affectée et dans les lymphatiques environnants; on n'en trouve plus dès que la peau devient saine. Cela prouve qu'il existe un rapport intime entre les microrganismes et la maladie, et aussi qu'il s'agit d'un phénomène initial ne pouvant être considéré comme un résultat des diverses modifications produites par la phlegmasie.
Maclagan (1) (1875) s'occupa surtout de l'influence des germes dans les fièvres spécifiques, mais il généralisa aussi sa théorie aux accidents chirurgicaux et à la pyohémie. La théorie physico-chimique, dit-il, ne saurait expliquer la fièvre; il n'en est pas de môme de la théorie des germes. Il est reconnu que dans les fièvres spécifiques le poison de chacune d'elles est reproduit en énorme quantité. Or, si ce poison est un organisme étranger, « il est évident que la grande consommation d'éléments vitaux qui doit se faire pendant la rapide formation de miUions de ces organismes, ne peut manquer de produire de désastreux effets ». Que ces organismes soient des animaux ou des végétaux, il leur faut de l'eau et de l'azote; or tous les phénomènes de la fièvre signifient augmentation de la consommation d'eau et d'azote. « En notant que chaque principe contagieux possède des propriétés particulières, en constatant qu'il faut pour la propagation de la contagion quelque chose de plus que les éléments nécessaires au développement organique (eau et azote), car la fièvre s'éteint au bout de 7, 14, 21 jours et ne se reproduit plus en général chez le môme sujet, bien que le germe ait encore à sa disposition de l'eau et de l'azote; et en observant encore que ce qui donne à chaque lièvre ses traits distinctifs n est pas tant une particularité des symptômes généraux, que l'existence locale de complications et de lésions inflammatoires dans les tissus ou les organes; en observant tout cela, nous ne pouvons
(1) Maclagan, Transaclions of thc pathologicalSocicly. Lond., 1875,20 avril:.
manquer de voir qu'il existe probablement une connexion entre les complications locales et les propriétés spécifiques de la contagion... C'est, je crois, dans les organes et les tissus, dont les affections impriment à chaque forme de fièvre son caractère spécial, et là seulement, que les particules contagieuses trouvent ce quelque chose qui est nécessaire à leur fécondation et à leur propagation, en dehors des conditions de leur développement organique. ^ Ce quelque chose est le second facteur nécessaire h la production des fièvres spécifiques, le contage étant le premier. Maclagan s'attacha à démontrer ce second facteur : tous les parasites des animaux ou des végétaux ont leur siège de prédilection et ne sauraient se développer ailleurs; les ascarides et autres dans le gros intestin; les taenias dans l'intestin grêle, etc., etc.; l'analogie conduit à attribuer une propriété semblable aux organismes contages. Chaque parasite et chaque contage ne trouverait ainsi le second facteur de ses conditions d'existence et de multiplication que dans un certain ordre de tissus ou dans tel organe déterminé. La maladie durerait et le contage vivrait et pullulerait tant que ce second facteur subsisterait dans l'organe envahi par le parasite.
Passant à l'application de son hypothèse à la chirurgie, Maclagan localisa dans la plaie le second facteur nécessaire aux germes des fièvres chirurgicales. Il n'entra d'ailleurs pas dans des détails circonstanciés au sujet de la pyohémie.
La nécessité d'être complet m'oblige à la trop longue exposition de toutes les théories hypothétiques. Mais en ce qui concerne la pyohémie, la théorie de Maclagan n'est même pas soutenable. Comment en effet admettre la localisation dans la plaie du second facteur nécessaire au développement de la pyohémie, lorsqu'on considère la multiplicité et la variété des localisations qui
caractérisent cette maladie? Et pourtant quelle maladie chirurgicale plus que la pyohémie ressemble aux fièvres dites spécifiques?
Tout le monde est d 'accord, dit John Dougal 1 (1 ) (1 875) pour conclure que la présence des bactéries dans une partie quelconque d'un organisme vivant est un signe certain de décomposition putride. Mais les uns font des bactéries des causes et les autres des résultats de cette décomposition.
John Dougall s'efforça d'éclaicir cette contradiction, il fit remarquer que les bactéries ne peuvent exister que dans un milieu neutre. Or, de deux solutions aqueuses de sérum sanguin, l'une, neutre, contint des bactéries et répondit pendant une année au réactif de l'albumine (ce qui prouvait que la décomposition putride n'était pas terminée), l'autre, acide, ne contint pas de bactéries, mais seulement des torula et des touffes de fungus, et ne répondit plus au bout de trois mois aux réactifs de l'albumine, preuve que la décomposition putride était complète, et par conséquent qu'elle avait été bien plus active que dans la solution bactérifère.
Bien plus: dans une solution de sérum sanguin, si l'on ajoute 1/8 ou 1/10 de son poids de potasse caustique, la décomposition est complète au bout de deux mois sans qu'on y puisse découvrir aucun organisme microscopique. On peut au contraire avoir des solutions organiques de lartrate d'ammoniaque chargées debactéries, où la putréfaction ne se développe pas. Donc, continua John Dougall, la putréfaction n'est pas la conséquence de la présence des bactéries, et peut se produire sans elles.
Mais J. Dougall ne tenait compte que des bactéries aérobies de la surface du liquide putride, dont le rôle
(1) John Dougall, Transactions of the pathological Society, Londoii, 1875, 20 avril.
492 THÉORIE DES GëRMëS.
consiste à transformer les produits de la putréfaction ; il oubliait qu'au centre des liquides sont les vibrions anaérobies, c'est-à-dire les véritables acteurs de la fermentation putride. Il avait absolument négligé, dans son contrôle de la théorie de la putréfaction, de suivre les indications opératoires de l'auteur de la théorie, de M, Pasteur.
Quoi qu'il en soit, à l'égal de Bastian, J. Dougall considéra les bactéries comme de simples produits putrides au même titre que les produits chimiques.
Il soutint du reste que les antiseptiques agissent non sur les bactéries en les tuant, mais sur le sol sur lequel elles se développent, en le modifiant. Puis il se livra, au sujet de la pyohémie, à des considérations aussi curieuses que démonstratives de son inexpérience chirurgicale. D'après lui l'acide phénique, loin de prévenir la pyohémie en favoriserait la contagion! a: Il a été aussi avancé, dit-il, que Tacide carbolique (phénique) prévient la pyohémie... Ainsi que je l'ai fréquemment expérimenté, l'acide carbolique, mêlé en grande quantité à la lymphe vaccinale, la conserve pendant 36 heures, loin de l'annuler. J'en infère que si le poison pyohémique est formé, l'acide carbolique des pansements, loin de l'annuler, le conserve, et par conséquent favorise sa dissémination et la contagion! y> En faut-il davantage pour ruiner la doctrine de Dougall, qu'il résume en ces mots : a: Tous les virus infectieux et contagieux se produisent ou peuvent se produire spontanément, soit dans le corps, soit à l'extérieur du corps : dans le corps, par quelque perversion inconnue des sécrétions, amenée principalement par une violation prolongée des lois de l'hygiène; hors du corps, par quelque synthèse chimique sur laquelle nous ne savons rien : des atomes de matière azotée s'introduisent dans l'organisme et en affectent les sécrétions de façon à y faire naître le poison. » Dougall était donc
réellement partisan du dogme de la spontanéité morbide.
Crisp (1) (1875) rappela les recherches de M. Davaine sur les bactéridies du charbon, il en contesta les conclusions et adopta la théorie de Dougall.
Hutchinson (2) (1875) admit la théorie des germes pour les fièvres spécifiques, mais il préféra la théorie physico-chimique pour les inflammations contagieuses et virulentes.il crut d'ailleurs à une autre série d'aflections contagieuses où les produits de l'inflammation, les globules purulents par exemple, sont eux-mêmes les agents de la contagion. Mais il faut que ces produits de l'inflammation, que le pus, soient vivants. Le pus d'un abcès est mort et déjà dégénéré ; le pus n'est contagieux que lorsqu'il est tout récemment formé. Le pus contagieux n'est dangereux que pour les tissus semblables aux tissus qui l'ont sécrété. Dans le pus contagieux le principe actif est la pellicule ou membrane d'enveloppe des globules!
Comme conclusion, Hutchinson en arrivait à donner le pas à la méthode antiphlogistique, qui prévient l'inflammation et la formation du pus contagieux, sur la méthode antiseptique, qui prévient la putréfaction du pus. L'expérience thérapeutique et les succès de la méthode antiseptique seraient la condamnation de la théorie de Hutchinson; mais cet auteur prétendit que la méthode antiseptique n'a de succès que justement parce qu'elle est antiphlogistique, aussi s'attacha-t-il à vanter les vertus de l'acide carboliquepour prévenir l'inflammation.
Knowsley-Thornton (3) (1875) trouva la théorie des germes très avancée en ce qui concerne la chirurgie et très peu en ce qui concerne les fièvres spécifiques. Il assimila la théorie du pus contagieux de Hutchinson à la
(1) Crisp, Transactions of thc pathological Society. Lond., 1875,20 avril.
(2) Hutchinson, Ibid.
(3) Knowsley-Thornton, Ibid.
théorie du zymoïde phlogistique de Billroth. Ces deux théories lui semblèrent d'ailleurs imparfaites, parce qu'on ne saurait concevoir la cause originelle desdeux substances (pus contagieux, zymoïde phlogistique), et que, si on les suppose préexistantes dans les tissus, on ne saurait comprendre quelle cause les rend actives et pernicieuses. D'ailleurs sous le pansement antiseptique il peut se produire de l'inflammation de la plaie : pourquoi cette inflammation reste-t-elle aseptique? Il n'y a alors ni putridité, ni troubles généraux intenses, ni aucun microrganisme dans le pus, et l'inflammation se résout dès qu'on en supprime les causes (tension compression, corps étranger).
D'autre part si la substance toxique est fabriquée dans les tissus eux-mêmes, on ne s'explique pas comment les antiseptiques, qui la détruisent une fois produite à la surface de la plaie, n'en enrayeraient pas la fabrication. En outre, dit toujours Thornton, s'il existe une parenté entre le zymoïde phlogistique et le zymoïde septique, on ne s'explique point comment, lorsque le premier se produit, le second ne se produit pas aussi. . Thornton pensa qu'il était plus conforme à la vérité d'admettre que les germes de bactéries ou d'autres organismes inférieurs trouvent dans les sécrétions des blessures un milieu favorable à leur développement, qu'ils causent par leur multiplication des altérations dans ces liquides, et que l'absorption de ces liquides engendre les accidents. Il crut d'ailleurs à un rapport possible entre l'espèce des organismes et la nature des accidents.
Murchinson (1) (1875) ne fit que renouveler les arguments et la théorie de Bastian. Il considéra cependant que la multiplication du principe contagieux dans l'individu infecté est un puissant argument en faveur de la théorie des germes; attendu qu'on ne connaît aucun
(I) Murchinson, Transactions of the pathological Society. Lond, 1875,4 mai.
phénomène chimique semblable. Il cita cependant Toxamide (C'H^O^N) qui est transformée en oxalate d'ammoniaque quand on la fait bouillir avec des acides. Si Tacide employé est de l'acide oxalique, une petite quantité d'acide suffit à transformer une grande quantité d'oxamide. « En d'autres termes, l'agent de la transformation est considérablement multiplié sans l'intervention d'aucun germe... De même, ajouta-t-il, il est certainement possible que le contage ne soit multiplié ni par le développement des germes, ni par une action chimique, mais que les particules contagieuses, agissant comme le pus ou les corpuscules tuberculeux, excitent par leur contact une nouvelle formation de particules semblables. » Quand on est sur la voie des hypothèses, Murchinson a prouvé qu'on ne saurait plus s'arrêter.
Wagstaff (1) (1875) considéra qu'en état de parfaite santé il n'y a pas de bactéries dans le sang, mais qu'il existe des états de santé relative où l'on en trouve : il cita par exemple le cas d'un infirmier d'une salle d'érésipélateux dans le sang duquel il constata des bactéries. Il affirma d'ailleurs qu'on ne trouve quelquefois pas d'organismes dans le sang môme, en état de maladie fébrile, mais qu'on en trouve toujours chez les blessés dont les plaies sont exposées à l'air, dans le sang des érésipélateux, dans le sang et dans le pus des abcès viscéraux des pyohémiques. Sans se prononcer sur l'origine de ces bactéries Wagstaff ne douta pas cependant qu'il n y eût une relation entre leur présence et la gravité des processus, pathologiques.
Good'hart (2) (1875) contesta l'exactitude des observations d'où l'on a conclu à la présence des bactéries dans le sang; mais il admit cependant que les bactéries
(1) Wagstaff, Transactions of the palhological Society. London, 1875, 4 mai.
(2) Good'hart, Ibid.
peuvent agir en vertu d'une puissance particulière d'absorption pour les contages.
La discussion de la Société pathologique de Londres avait, en résumé, assez souvent touché aux fièvres chirurgicales et à la pyohémie; mais elle n'était pas sortie du domaine de la théorie pure. Peu d'observations cliniques, peu d'expériences concluantes avaient été produites. Aussi est-il bien difficile, pour ne pas dire impossible, de dégager une acquisition solide au profit de la science de cette longue série de discours dont quelques-uns furent remarquables, mais dont bon nombre manquèrent d'originalité. En réalité, au moins pour ce qui est de la pyohémie, la théorie des germes, à la clôture de cette discussion, n'avait ni avancé ni reculé,
XXVin. — Spécificité du pus pyohémique^ expériences de Chauveau. — En revanche, en la même année 1875, M. Chauveau (1) apporta de nouveau le tribut de lumineuses expériences à l'étude de la pyohémie.
Les diverses injections de pus dans les veines avaient démontré que le pus non putride n'est pas infectant, mais que tous les pus putrides sont plus ou moins aptes à déterminer des lésions et des accidents pyohémiques. M. Chauveau rechercha les conditions de putridité du pus putride qui le rendent pyohémigène, ou, plus exactement, qui lui permettent, quand il s'introduit dans les vaisseaux, de produire les inflammations secondaires disséminées circonscrites, ou diff^uses, de l'infection purulente.
Il injecta, avec la seringue de Pravaz, dans l'artère carotide de chevaux, entre 5 et 20 gouttes de pus putride soigneusement tamisé et additionné de 2 ou 3 parties d'eau.
(1) Chauveau, de l'Agent pyoliémique, Conférence au congrès scientifique de Nantes (Revue scientifique, 1875, septembre, n° 11, p. 256).
Des phénomènes généraux septicémiques chez tous les animaux, des abcès milliah^es encéphaHques idenliques aux abcès pyohémiqucs chez un certain nombre, furent les symptômes et les lésions observés.
Le bilan général des expériences fut le suivant : 28 expériences; 8 avec du pus non putride furent négatives, 20 avec du pus putride furent positives. Sur les 20 expériences positives, faites avec du pus putride, 14 animaux guérirent, 6 moururent. Une inoculation fut pratiquée sous la peau à 20 animaux témoins avec chacun des échantillons du pus putride expérimenté.
Le pus injecté aux G animaux qui périrent donna aux animaux témoins des abcès gangreneux d'une gravité exceptionnelle, mortels 4 fois sur 6.
Dans les 14 autres expériences, les abcès produits chez les animaux témoins furent putrides, mais relativement bénins.
Le pus expérimenté, toujours putride, provenait de foyers fermés ou de plaies exposées se présentant avec des caractères de bonne nature, pour les 14 expériences suivies de guérison ; pour les 6 expériences suivies de mort, c'était du pus malin provenant de plaies exposées de mauvais aspect.
M. Chauveau conclut : « Pour que le pus introduitdans le torrent circulatoire soit apte à déterminer des lésions pyohémiques, il ne suffit pas qu'il soit putride, il faut encore que la putridité de ce pus se soit développée dans des conditions spéciales. On doit admettre pour ce pus une sorte de spécificité. y> Quelle est la cause dé cette spécificité? M. Chauveau ne le disait pas; mais, si Ton se reporte à ses travaux de 1871 et de 1872, on devine sans peine que c'est à la présence de microrganismes spéciaux qu'il avait le plus de tendance à l'attribuer.
XXIX. — Objections de Hiller ; expériences de Shciiller. — L'année 1876 fut peu féconde en travaux sur la ques-
JEANIIEL. ^
49» THÉ»»»* »B^ eiRIftES.
tian des bactéries. Les cooeepticwas théôri^jnes semblèreni céder le pas aux étudies pratiques.
Cependant A. Hiller (i) (i87&) comme je l'ai dqà indiqué (voy. p. 38^1), p«*it argument contre la théorie des germes de la nécessité d'admettre « autant d'espèces de microooGci qu'il y a de substances toxiques, de modes de décompositions organiques, et de phases dîans ces décompositioiis, et qu'ilf y a de maladies infectieuses, sans conïpter la quantité dinfusDires inôffensifsqm' pullulent (fetts Fair ». Quant aux expériences où les injecti-ons de bactéries ont réitôsi^ il en expKqua le succès par l'injection concomitante du poison putride.
Hiller ne considérait, en somme, que ta doctrine de la spécificité des microrganismes. Or, sans parler de h mxikiplîicité des bactéries spécifiques, qui a son pendant dans la mulliplicité des poi'sons pirtrides chimiques et qui n'est pas un argument bien sérieux ; si Ton n'est pas d'accord expérimenlalement m morphologiquement sui' les caractères à attribuer à la bactérie ^ciffque de la pyohéraie, par exemple, on ne l'est pas darantage, on l'est même encore moins sur la nature, te composition et Fétat chimique du poison pulride.
Hiller n'avait d'ailleurs pas été sans comprendre quel puissant argument est pour la théorie des germ?es la virulence progressive du sang septicémîque. Il confit que ce phénomène ne pouvait avoir d'explication que par l'iniervention d'un ferment. CTest alors que, te»ant toujours rigueur aux bactéries, il proposa son ferment septique ou extrait putride glycérine, dont j^ai déjà suffisamment parlé. (Voy. p. 38â.)
Sebuller (2) (iOT6) apporta au contraire ira nouveau
(1> A. Hiller, Mém. cité in Centralblatt fur Chirurgie, 1876,11 mars, n© 10, S. 146-147.
(2) ScbiiilAr^ExperimenUlle BeiUa^ ziim Studima dec a«ptischeiï Ihfebtion (Deutsche Zeitschrift fur chirurgie, 1876, R. VI, und Ceoiralblalt fur Chirurgie, 1876 n^ 16, s. 249).
tribut d'expériences à la théorie bactérienne. C'est aux bactéries sphériques. qu'il attribua, la septicémie et la pyohémie.
Il abandonna du sang d'animaux saks à la putréfaction dans un ballon de verre bouché avec de l'ouate : des bactéries cylindriques s'y développèrent exclusivement. Il fit la même expérience, en s'entourant des mêmes précautions, avec du sang d'hommes porteurs de suppurations anciennes et la plupart fébricitants : des bactéries s'y développèrent uniquement tant qu'il maintint le sang à l'abri de l'accès de l'air ; des bactéries cylindriques apparurent aussitôt qu'il permit l'accès de l'ah'. Il conclut de là que les germes de ba<îtéries sphériques existaient dans le sang expérimenté par lui, et que les bactéries sphériques et les bacto^-ies cyliodriques sont deux espèces différentes et génériquement indépendantes.
Schûller fit en outre des injections intraveineuses avec des bactéries cylindriques ; elles se montrèrent peu toxi^ques : si les animaux moururent, ce qui fut rare, ce fut toujours après formation de phlegmons diffus.
Il rechercha en outre quelles sont les voies de pénétration des bactéries dans les vaisseaux. Il isola une portion de veine entre deux ligatures et y injecta des bactéries sans résultat.
Il pratiqua à la partie supérieure de la* euisse d'une grenouille une ligature embrassant tout le membre, sauf l'artère et la veine crurales et le nerf ischiatique, pui^ il poussa une injection de bactéries à la partie inférieure dte la jambe : il n'y eut pas d'accidents. Dès qu'il lâcha la ligature^ le cortège des accidents apparut au contraire.
Chez un lapin et chez un chien, il lia le canal thoracique à son embouchure dans la veine sous-clavière et pratiqua une injection de bactéries dans la paroi abdominale : les bactéries ne se montrèrent dans le sang que lorsque la ligature fut levée.
r>00 THÉORIE DES GERMES.
En résumé, Scliùller conclut que :
V Les bactéries ne pénètrent pas dans le sang h travers les parois des vaisseaux, mais bien par l'intermédiaire des lymphatiques;
2° Les altérations du sang dans la septicémie tiennent il la présence des bactéries sphériques et non à la présence d'un corps putride dissous.
XXX. — Spécificité de la bactéridie charbonneuse. — Le 30 août 4877 à l'Académie des sciences, le 17 juillet 1877 à l'Académie de médecine, M. Pasteur (1) annonçait qu'à l'aide de cultures et d'ensemencements de la bactéridie charbonneuse dans l'urine pure ou à peu près neutre, il était parvenu à compléter la découverte de M. Davaine et à isoler la bactéridie pour en démontrer définitivement et irréfutablement la spécificité. « On peut donc, dit-il, appeler aujourd'hui le charbon, la maladie de la bactéridie, comme la trichinose est la maladie de la trichine, comme la gale est la maladie de l'acarus qui lui est propre. »
Le fait était important, non pas seulement pour la question de la pathogénie du charbon, mais aussi pour la question de la théorie des germes en général. Démontrer la spécificité d'un microrganisme pour une maladie infectieuse donnée, n'était-ce pas, en effet, démontrer implicitement l'existence possible d'un microrganisme spécifique pour les maladies de même nature?
M. Pasteur ne s'arrêta d'ailleurs pas en si bon chemin. M. P. Bert avait, d'abord en 1 874 (2), prétendu qu'il existait une putréfaction sans organismes, et en second lieu, en 1877 (3), affirmé avoir produit le charbon sans bacté-
(i) Pastour et Joubert, C. R. de rAcadémie des sciences, 1877, 30 avril, p. 90Û — BuUetin de rAcadémie de médecine, 17 juillet, 1877, p. 781.
(^2) P. Bcrl, Société de biologie, 7 février, 1874, p. UJ.
(3) Paul Bcrl, Société de biologie, 1877, 13 janvier, et C. R. de l'Académie des sciences, 31 mai 1877, p. 1130.
ridies. Dans Tun el l'autre cas, il disait avoir tué les niicrorganismes à l'aide de l'oxygène comprimé, dans lequel en effet ils ne peuvent pas vivre, et avoir vu s'effectuer cependant, ici l'infection charbonneuse, là la putréfaction. Or M. Pasteur avait, en 1865, prouvé que les vibrions putrides peuvent affecter les deux formes que Ton sait : bâtonnets que l'oxygène comprimé, les corps chimiques, tels que l'alcool, et la chaleur humide (+ 100") peuvent détruire, et corpuscules germes, forme qu'ils revêtent au contact de Toxygène et sous laquelle ils résistent h une température de + 120° et au traitement par l'alcool absolu et l'air comprimé. De plus, en 1876, le D'Koch (1) avait découvert que les bacléridies peuvent subir la même transformation. D'ailleurs M. Bert avouait bientôt son erreur devant la Société de biologie, et la spécificité de la bactéridie restait démontrée aussi bien que le rôle des organismes dans la putréfaction.
Si j'ai rappoi'té cet mcident, c'est qu'il intéresse au suprême degré l'histoire des germes dans la septicémie et la pyohémie. Qui ne se souvient, en effet, que la principale objection faite à la théorie bactérienne de ces deux maladies était tirée du succès des injections intraveineuses pratiquées avec des liquides putrides soumis ci l'ébuUilion (-f- 100') pendant plusieurs heures et à un traitement par des agents chimiques incompatibles avec la vie des vibrions sous leur forme de bâtonnets?
Cette objection ne tombe-t-elle pas naturellement, si les vibrions septiques peuvent revêtir une forme qui leur permette d'échapper à l'action destructive qu'on leur oppose?
XXXI. — Schizomicètes de Nœgeli; Chaiivel. — C'est également en 1877 que NiFgeli (2) publia ses intéres-
(I I Kocli, cité p:ir Pasteur, 1877, Acacl. des sciences, p. 901 ; Étiologic du saiij!^ de raie, Reïtragc zur Biologie der Bacillen, 1876. (t) Noîgeli, Nicderen Pilze iu ihren Beziehuiigea zu dea Infcktioiiskran-
502 TtlÉORlE I>E8 ObUMES.
santés études sur les organism^es infectieux et leur rapport avec les maladies iiafectîeuses. «C'est, il est vrai, un chapitre d'histoire naturelle et de palbologîe générale qu'écrivit Naegeli, mais les idées qu'il professa étaient entièrement applicables à rinfection purulente. Jl appela schizomioètes j ooi levures des pourritures, les champignons ou organismes -végétaux de la •fomentation putride et se dédara pla tôt porté à supposer qu'il ^en existe « un petit nombre d'espèces qui se rapportent peu aux espèces et aux genres. admis aiajourd'hui, et dont chacune parcourt un cycle de formes déterminées, mais assez nombreuses, de sorte que plusieurs espèces peuvent se montrer sous des formes ana^logues et avec un mode d'action semblable y>.
Quant à la spécificité des miororganismes, NaegeU la considéra comme ii^ésultant à la fois de l'espèce et d'une sorte d'acclimatation dans tel ou tel milieu ; elle serait, si j'ai bien compris, en partie originelle et en partie acquise, (c Chacune des espèces véritables de schizomicètes, dit-il à ce sujeft, ne se borne pas à se présenter sous les formes différentes de micrococcus, bacterium, vibrio et spirillum, mais peut encore se montrer comme agent d'acidification du lait, ou agent de putréfaction, ou comme agent producteur de plusieurs formes de maladies. Chaque espèce a la propriété de s'adapter à des milieux différents et de s'y présenter sous des formes morphologiquement et physiologiquement distinctes. » « Je suppose que les schizomicètes acquièrent des caractères d'adaptation plus ou moins pronoî*cés, sui\'ant que pendant un grand nombre de générations ils se nourrissent des mêmes aliments, exeix)era't la même action de fermentation ou bien fournisses Foccasion 4e déterminer cette action; je suppose qu'ils prennent ainsi de
kheiton und Gesundlieitspllogo, Nuniohen, t877 ; tradnit in Pievuc inlci*Da-' tionàle des sciences de de LnnesBan, 1R7^, ««♦ 1, 4, «6, 40.
préférence telle ou teille hrme iaaorphologiqae {micd^ococcus, bacteriura, 'efcc,.); et q^wie phy&iologiqiifteiiaent ils deviennent plus actifs en vue 'de telle -Oiu telle décomposition. » En tous cas la maladie serait le résultai «d'une lutte pour l'existence entre leschizomicèteat rorganisme, « Il s'agit de savoir si ce seront les «éléments de l'organisme ou les sohizoraicèies qui auront le pouvoir d'agir sur les liquides nourriciers, d'en tirer des matières nu triitives et d'y pro^duire des changements. y> Combien il y a loin de cette série de suppositions et de théories aux conclusions nettes et précises et aux 'expérietioes catégoriques de M. Pasteur!
Peu après M. Ghauvel (1) (187.7i) publiait une étude •critique sur l'action de l'air sur les plaies et passait en revue les différentes théories proposées au B^et des bacléries. Il étudiait les bactéries : i° au point de vue de la possibilité de leur action patbogénique; 2' au point de ' vue de leur si>écificité.
^ S'il 'était idémonîtré, dirait-il, que les Oî^ganismes inférieurs exisibenl partout et notaimmeut dans le corps humain, soit à l'état de germes, soit à l'ôtat de complet développement, il deviendrait bien difficile de les accuser de produire la fermenlatiom putride. » M. Cbauveil ne croyait donc pas à l'existence d'organismes inoffensifs! D'ailleurs la préseBMîe des bactéries ou de leurs germes dans le saïag normal et sain «'est ni déa»onitrée, ni £T;énéralement admise. Beale, Tiegel, fiilirotli, M. Béchamp, Bastian y croient, à la vérité; mais encore ces auteurs ne pensent-ds pas que les bactèiies ou leurs gernaes circulent dans le sang à l'état oomplet, et invoquent-ils des influences spéciales *et des conditions parr ticulières qui en permettent le <ié\»elopfpemefit. lîien de
(I) Chauvel, de TAction de l'air sur les plaies, étude critique (Recueil de mémoircfi de raédeaine et de oliirur^ifi milUainîS,, 1877,. novembre ci ilcoonibre, II" 181, p. 515).
50i THÉOKIIi: DES GERMES.
plus hypothétique et même de plus étrange que la dégénérescence bactérienne de Beale et de Bastian; et M. Béchamp compte en réalité peu de partisans de sa théorie des mjcrozymas. D'autre part Biliroth ni Tiegel n'affirment point, ils se contentent de croire possible l'existence des germes de bactéries dans le fluide sanguin. En réponse aux expériences de Tiegel, il y a du reste les expériences de Klebs et celles de Landau. Enfin M. Pasteur affirmait encore, en 1877, que a le sang d'un animal en pleine santé ne renferme jamais ni organismes microscopiques ni leurs germes, qu'il est imputrescible au contact de l'air pur y>.
Quant à la spécificité des bactéries, M. Chauvel concluait que « dans l'état actuel delà science, jusqu'à ce que des recherches plus attentives ou des grossissements plus considérables aient permis de distinguer parmi les microrganismes des espèces bien et nettement caractérisées, riiypo thèse des germes spécifiques ne peut pas être acceptée y>. Je pense, pour moi, qu'après la démonstration donnée par M. Pasteur de la véritable spécificité de la bactéridie charbonneuse, il n'y a plus rien d'impossible dans cette prétendue hypothèse.
M. Chauvel ne se prononçait d'ailleurs pas entre la théorie de la fermentation de M. Pasteur et la théorie chimique de Gay-Lussac; il énonçait ensuite les différentes hypothèses émises pour expliquer l'influence des germes dans l'infection purulente; mais il se contentait d'exposer la question sans chercher à la résoudre et ne trouvau mauere a conviction nulle part.
XXXII. — De r infection purulente spontanée. — En 1877, M. Domec (1) soutint la possibilité de la pyohémie spontanée ou d'origine interne et s'efforça de réagir contre l'influence exagérée, suivant lui., accordée au contact
(1) Domec, de T Infection purulente sans plaies exposées, thèse de Paris,
de l'air sur les plaies, dans la genèse des accidents pyohémiques. Il ne nia pas celle influence, mais il crut à la production spontanée du poison seplique sans qu'on puisse invoquer Tinfluence du milieu. 11 avait soin de dire que, a: s'il est généralement admis, depuis les recherches de M. Pasleur, que la putréfaction a lieu sous l'influence des organismes inférieurs venus du dehors, il n'est pas moins certain qu'elle peut exister sans celte intervention y>. C'était faux: les expériences de M. Pasteur et de Tyndall le démontrent absolument. M. Domec ne fournissait d'ailleurs aucune preuve de 1 enormité qu'il se contentait d'affirmer comme la chose la plus simple du monde, sans avoir l'air de comprendre qu'il soutenait ainsi la génération spontanée, puisqu'il lui était cependant impossible de nier la présence des organismes dans les matières putréfiées.
Quoi qu'il en soit, M. Domec recherchait et citait des observations et des exemples de pyohémie dile spontanée. Par une minutieuse analyse des faits publiés (1), il s'efforçait de démontrer que la phlébite survenue sans plaie extérieure pouvait être suivie de pyohémie.
Il relatait ensuite les cas de pyohémie consécutifs à une artérite ou à une endocardite (2), et, de môme que pour la phlébite, il s'ingéniait à prouver l'impossibilité, pour chaque cas particulier, de trouver dans le milieu la raison de la forme infectieuse ou non infectieuse.
(I) Schulzenbergor, Gazette nicdicale de Strasbourg, 1849, p. 50.
Wilsou, London médical Gazette, 1838.
Leloiig, tnèse de Paris, 186U.
Bamberger, thèse de Strasbourg, 1849, obs. H, p. 16.
Bébier et Hardy, Traité de pathologie in lerne, t. II, p. 770.
Bellouard, Bordeaux médical, 1873, p. !202.
Vcriieuil, de Certaines formes graves de coup de fouet, Mémoire lu à l'Association française pour l'avancement des sciences. Clermont-Ferrand, i876, obs. 111 (Archives générales de médecine, 1877, p< 31).
Raynaud, Gazette hebdomadaire, 1873, p. 2ii.
(2^ Voy. les observations citées au chapitre : Pyohémie par artérite, p. 133.
£06 T«£OIUJl MS Gii^aMËS.
ff
Il décrivait les accideats conséculifs à l'ouvea^liire d'un foyer purulent dans le torreat circtilak)kie,et aosc imaladies suppuratives du système lyjwphatkjiue.
Il citait des cas de pyohémie qui auraèeM .accédé à des érésipèles, à des phlegoaoas, à des abcès «nausculaires, à des lésions osseuses, mêcae ta des ifractures simples, à des caries osseuses, à des abcès -par.ûoiagestion,à des hépatites, des splénites, ^des {pneMnaand^es, 'des ^stroentérites, des pyélites et des pyélo-néphrites^ ei se refusait à jamais trouver aucwme raison qui rarilitM en faveui^ de l'influence pathogénique du milieu.
M. Domec n'allait .pas jusqu'à sou teaaii* que les cas de œ îgenre fussent absolument fréquents, .mais il en contestait cependant l'extrême rareté.
L'authenticité ou la vérité du dia^ostic vde pyohémie a été contestée dans tous les cas cités.; mais n'y eùt4l qu'un seul cas de bien observé et de bien réel, que cela suffirait à molivjeruaeiréfutation delà théorie éditée par M. Domec.
Je ne puis suivre en effet M. Domec dan.s ses déductions et méconnaître l'influence de l'infection par le mi- Ueu dans tous les cas ^u'ri relatait. Eh quoi, .d'ailleurs! hésitez- vous, pour l'érésipèle, à invoquer une inoculatioa de matière septique par une voie imperceptible qui le plus souvent vous écJiappe, mais que vous die meitez pas en doute? Pourquoi donc alors vous mvontr^er jpJus difficile pour la pyohémie? Faites-vous la moindre difficulté à identifier au jpoint de vue pathogénique l'érésipèle dit traumatique ou des blessés 'et l'érésipèle spootaiié ou médical? Non. Eh bien, quelle étrange. sévérité, quelle bizarre incowséqu^Dce »est doiac Ja vôtre au siqetdeia pyohémie! Y a t-il une plaie : vous invoquez à chaque instant luine iinocuiation -par un Iraimiiatistaiie ^uôlcDo^ue imperceptible de la surface snppuranle; et s^il n'y a pas de plaie, il n'y a plus d'inoculation p0ssii;4ej Consmae si
TttÉOniE Î>KS G?EnMES. 507
la moindre écorchwre ne pouvait pas être suffisante pour ouvrir une porte à l'intoxication; comme si Fab-sorptiondes germes par les voies aériennes, f intoxication par l'air ins'piré, pour être moins facile que par une plaie, était absolument impossible !
Pourquoi donc ies lésions interstitielles sont-elles en général si bénignes, si l'air et ses genres ont si peu d'inlluence?
En résumé, sans nier les cas de pyoltémie dite spontanée, on doit, je crois, les considérer comme des faits exceptionnels, mais qui sont aussi bien relevables de la théorie des germes que toutes les maladies infectieuses, telles que le typhus, la variole, etc. Que si l'on objecte encore que les cas de pyohémie de cette espèce n'ont pas les caractères infectieux aussi prononcés que les cas de pyohémie ordinaire, je répondrai que la variole, par exemple, ce type de maladie infectieuse et contagieuse, offre aussi les formes les plus variées et les pks bénignes.
XXXIII. — Théorie de MM. Pastettr^ Soubert et€hamberland. — D'ailleurs la théorie des germes reçut bientôt de M. Pasteur une nouvelle et puissante impulsion.
Après l'étude delà maladie charbonneuse, M. Pasteur s'attacha plus spécialement à l'élude de la septicémie,^ en collaboration avec MM. Joubert et Chamberland. Le 22 janvier 1878, il affirma devant F Académie de médecine (i) les propositions suivantes, se résenaiit de les démontrer ultérieurement.
(( I. Il existe plusieurs sortes de septicémie ou d'iiifeclion putride.
3) H. Il y a plusieurs vibrions septiques dont les propriétés physiologiques âiffèrent par qu^ques points essentiels : dans ce qui suit j'ai particulièrement en vue le vibrion septique proprement dit, Tun des plus darigereux.
j> m. Le vibrion septiqpie n'a pas besoin d'air pour
(1) Pasteur, IJullotin de rAcadémie de médecine, W8, *^ janvier, p.5i.
503 THÉORIE DES GERxMES.
vivre : non seulement il vit sans air, mais le contact prolongé de Tair pendant quelques heures le tue et le détruit en lui conservant sa virulence.
y> IV. Quand il se développe dans un liquide au contact deTair, c'est que le liquide a une certaine épaisseur et que les vibrions des couches profondes sont protégés par les organismes des couches superficielles.
» V. Le vibrion septique vit et se multiplie dans le vide parfait comme dans le gaz acide carbonique le plus pur; y) dans ces conditions le vibrion se transforme en corpuscules germes.
5 VI. Les germes de vibrion septique peuvent fournir une poussière que le vent transporte, que les eaux tiennent en suspension.
y> VIL Même dans Toxygène comprimé à plusieurs atmosphères, ces germes conservent leur vitalité et leur facilité de reproduction.
)) VIII. Ces germes sont féconds dans le vide et dans l'acide carbonique le plus pur, si une matière nutritive appropriée esta leur disposition.
» IX. Parmi les ferments microscopiques de maladies, et parmi les organismes dont la présence provoque ou complique les manifestations morbides, il existe : 1° des êtres qui sont exclusivement aérobies; 2° des êtres qui sont à la fois aérobies et anaérobies; 3° des êtres qui sont exclusivement anaérobies.
y> X. Les dénominations et classifications des vibrions proposées dans ces dernières années ne sauraient être établies, comme ont cru pouvoir le faire les D" Cohn et Billroth entre autres, d'après des considérations morphologiques. Le vibrion septique, par exemple, passe, suivant les milieux où on le cultive, par des formes, par des longueurs, par des grosseurs si différentes, qu'on croirait avoir sous les yeux des êtres spécifiquement séparés les uns des autres. y>
THÉOIUE DES GERMES. 509
L'importance de ces déclarations de M. Pasteur n'échappa à personne, et l'Académie attendit avec une certaine impatience la démonstration promise.
Pourtant M. Legouest (1) (1878) ne put retenir une critique anticipée, et protesta qu'il n'y avait pas de comparaison à établir entre l'infection de la clinique et l'infection ou la fermentation du laboratoire. C'était, en réalité, récuser le témoignage de la méthode expérimentale.
Mais surtout M. Le Fort (2) (1878), à propos de la discussion sur la désarticulation coxo-fémorale, réunit contre la théorie des germes un faisceau d'objections. Cette théorie ne saurait expliquer, dit-il :
1"* Le mécanisme de l'infection purulente sans plaies extérieures;
^'^ La rareté de l'infection purulente dans les plaies simples quelle qu'en soit l'étendue, et sa fréquence dans les plaies même étroites qui intéressent les os ou les tissus riches en vaisseaux;
3° La^ rareté de la pyohémie chez les enfants et sa fréquence chez les vieillards ;
4° La rareté de la pyohémie à la campagne et sa fréquence dans les hôpitaux.
M. Le Fort tirait encore argument contre la théorie des germes des succès de la méthode de pansement par la ventilation (Bouisson, de Montpellier) et par l'exposition complète des plaies à l'air (Rose, école de Moscou). Si l'air apporte les germes, dit-il, comment comprendre les succès de ces pansements ?
M. Pasteur s'empressa de répondre aussitôt à M. Le Fort qu'il démontrerait, de la façon la plus irréfutable et la plus satisfaisante pour ses exigences, la théorie de l'inîluence étiologique des vibrions sur la septicémie et sur l'infection purulente. Il soutint que les faits objectés par
(1) Legouest, Bulletin de rAcadémie de médecine, 5 février 1878, p. 102. {i) Le Fort, Ibid., 19 février 1878, p. 15i et i65.
XilO TUKORIË DES GëRMëS.
M. Le Fort plaidaient au contraire enfavem^ cte la théorie.
Bientôt après M. Colin (l) (1878) contesta la spécificité de la bactéridie charbonneuse, prétendant que la virulence se manifeste dans les ganglions lymphatiques avant l'apparition de cet infusoire. Une discussion fort vive fut soulevée ; le dernier mot resta encore à M. Pasteur et à sa doctrine.
M. Sédillot, à l'Académie des sciences (a) (1878), déclara que la théorie des germes jetait \m grauui jour sur k question des accidents chirurgicaux, et créa le nom générique de <sc microbes y> pour désigner tous les organismes inférieurs.
D'autre part, M. D'Abbadie (3) (1878) relata que, sur les bords de la mer Rouge, le seul procédé deguérison de la « plaie d'Yémen ^ est l'exposition à l'air de la région atteinte, et il crut voir dans ce fait la preuve que l'air des régions de la mer Rouge ne devait pas contenir de microbes. . .
Enfin, à l'Académie de médecine, M. Le Fart. (4) (1878), tout en continuant à repousser la théorie des germes pour la pyohémie, crut cependant à la contagion de cette maladie, qu'il classa à côté des maladies miasmatiques^ sans s'inquiéter de la nature du contage.
Ce fut le 29 avril 1878 que M. Pasteur (5) fournit à l'Académie des sciences, et le 30 à l'Académie de méde« cine, la démonstration qu'il avait promise^ et exposa sa théorie définitive.
L'importance, je dirai même la solennité historique du sujet explique la place étendue que je donne ici à cette communication.
(1) Colin, Bulletin de rAcadémie de médecine, 5 mars 1878, p. 199.
(2) Sédillot» C R. de rAcudémie des sciences». 11 mars 1^78, p. 634^.
(3) D'Abbadie, /fc/d., p. 640.
(4) Le Fort, Bulletin de l'Académie de médecine, 19 mars 1878, p. 264.
(5) Pasteur, Juubcrt et Charaberlaiid, la Thiéorie des germe» appliquée à la
THÉORIE DEH GERMES. 51 i
Le procède emplbyé par M. Pasteur, et MM. Joubert et Charaberland <^s collaborateurs, pour isoler fe bâcléridie charboTi^n^use et démontrer sa virutence exclusive, est le' procédé' de rewsemeftcemewt et des cultures en d^ehors de Fêcon-oraie dans des liq-uides^ propres à la noumr, par exempte dans Furine pure et à peu près neutre. Ufle goutte dte liquide virulent est déposée, c'està-dire ensemencée dans 10^ centimètres etrbes d'e liqtieur privée devirulence : c'^est la première culHure. Oîr fait ainsi une série d'ensemencement& successifs, ehactao ayant pour semence unegoutte de la culture précédente. On arrive de cette façon à avoir des eultures qui ne contiennent que les éléments successivement muMpliés et régénérés dans cha^q^ue cutture, c'est-à-dire des vibrions. Que resterait-il, en effet, en dehors d^eux? Rien qui ne se fut multiplié comme eux. Or que pourrait-oti supposer qui se soit multipKé et qui puisseconstituer uti virus? Co*nme éléments insolubles : des corpuscules comme ceux que M. Chauveau a décrits dan^s le vaccin? Mais dans ce cas la liqueur prendrait une teinte opdîne par suite de la multitude des corpuscules : or sa transparence est complète. IKaiHeurs^, en 1877 M. Feltz (i) réussit à séparer' les vibrions septiques et les corpuscules. Il plaça dans te fond d'une éprouvelite du sang septicêmique, puis une couche d'eau, eu évitant le mélange des deux liquides. La couche d'eau devint très riche en vibrions; les corpuscules inertes tom-bèrent au fond du vase. La couche d'eau seule resta seplique. Comme éléments solubles : une sorte de diastase^Mais la liqueur, filtrée sur un filtre capable de retenir les vibrions, reste inoffeïisive, tandis que les vibrions retenus sont essentiellement virulents.
Telte est la méthode des cultures. Après l'avoir em^
médecine cl à la chirurgie (C. R, Académie des sciences, 29 avril 1878, p. 1037, et Bullelin de l'Académie de médecine, 30 avril 1878), p. 432. (1) Feltz, C. R. de TAcadémie des sciences, mai 1877, p. 1324.
512 TIIÊOUIE DES GERMES.
ployée avec succès pour la bactéridie charbonneuse, M. Pasteur essaya d'y soumettre le vibrion septique ou microbe prélevésur un animal mort de septicémie.
Ce vibrion avait d'abord été reconnu au microscope dans le sang septicémique; il s'agissait de l'isoler et d'en démontrer la virulence exclusive. Après des essais infructueux de culture à l'air libre et d'inoculations, l'idée vint que le vibrion septique était anaérobie.
Pour se confirmer dans cette idée, M. Pasteur étala à l'air, entrés mince épaisseur, quelques gouttes de sérosité septique préalablenient démontrée virulente. Au bout d'une demi-journée le liquide était devenu inoffensif. D'ailleurs les cultures de vibrion septique dans le vide ou en présence de gaz inertes réussirent à merveille.
S'il en est ainsi, si l'air atmosphérique a une telle action destructive sur les vibrions septiques, comment le sang, qui contient de l'oxygène, peut-il devenir septique par les poussières que l'air renferme?
C'est ici qu'intervient la transformation que le contact de l'oxygène fait subir aux vibrions. L'oxygène de l'air tue d'abord une certaine partie des vibrions qui l'absorbent et sollicite, d'autre part, la métamorphose des vibrions subsistants en corpuscules germes que l'air transporte. « Que l'on prenne, dit M. Pasteur (1), de la sérosité abdominale à vibrions septiques, tous ceuxci en voie de génération par voie de scission, et qu'on expose ce liquide au contact de l'air, avec la seule précaution toutefois de lui donner une certaine épaisseur, ne fut-elle que d'un centimètre, et en quelques heures voici l'étrange phénomène auquel on assiste : Dans les couches supérieures, l'oxygène est absorbe^ ce qui se manifeste déjà par le changement de couleur. Là le vibrion meurt et disparaît. Dans les couches
(I) Pasteur, Acad. de méd., 1878, p. 43C.
THÉORIE DES GERMKS. 513
profondes au contraire, au fond de ce centimètre d'épaisseur du liquide septique que nous supposons mis en expérience, les vibrions, protégés contre Taction de Foxygène par leurs frères qui périssent au-dessus d'eux (en l'absorbant), continuent à se multiplier par scission, puis peu à peu ils passent à l'état de corpuscules germes, avec résorption du restant du corps du vibrion filiforme. y> Ainsi les vibrions adultes seuls sont tués par l'oxygène, les germes au contraire ne craignent plus l'action destructive de l'air et perpétuent la virulence.
Quant à l'oxygène du sang, qui est en combinaison intime avec les hématies, les vibrions qui pénètrent dans le sang l'absorbent : ils en meurent, mais ils préparent ainsi un milieu de germination favorable à de nouveaux vibrions ou à leurs germes. Cette absorption de l'oxygène du sang, et cette mort consécutive du vibrion, c'est une des phases de la lutte pour l'existence entre l'économie infectée et les vibrions infectants.
Du reste la transformation du vibrion septique en corpuscules germes est absolument indépendante de toute action nutritive de l'oxygène de l'air ; elle se fait aussi bien dans le vide ou en présence des gaz inertes. Bien plus, ces germes, une fois formés, même dans le vide, sont absolument stériles au contact de l'air ;c'est-k-diie qu'ils sont bien capables de reproduire un vibrion septique, mais ce vibrion meurt aussitôt formé. Encore faut-il, pour que cette stérilité persiste, que l'oxygène soit en quantité suffisante, car les premières- germinations, en absorbant l'oxygène qui les tue, peuvent devenir une protection pour les germes restants.
Il ressort de là comme conséquence thérapeutique que le meilleur moyen, théorique au moins, de défendre une plaie dans des conditions de putridité contre les germes de vibrions septiques et contre les vibrions septiques eux-mêmes est de la laver avec de l'eau aérée ou de laire
affluer à sa surface l'air atmosphérique, et ainsi sont expliqués les succès des méthodes de pansement par ventilation ou exposition à Tair pur (Bouisson, Rose, d'Abbadie, école de Moscou).
Lorsqu'on prend de l'eau commune à titre de semence pour une culture,^ peut arriver que l'on obtienne un seul organisme,- e^ l'on rencontre souvent un vibrion ou microbe à la fois aérobie et anaéroTjie « sous la forme (1) (dans les premières heures de la culture) de petits boudins très courts tournoyant sur eux-mêmes, pirouettant, s'avançant en se dandinant, d'un état mou gélatineux, flexueux, qui saute aux yeux malgré le peu de longueur des individus. Bientôt tout mouvement s'arrête, et alors il ressemble absolument au bacterium terme ^ comme celui-ci légèrement étranglé dans sa longueur, quoique spécifiquement très différent de ce bacterium. î>
L'inoculation de ce microbe a pour effet la production d'un abcès avec grande abondance de pus. C'est un microbe essentiellement phlogogène. De même que le vibrion septique et labactôridie charbonneuse, il jouit de la propriété de se diffuser dans l'organisme, il pénètre ainsi dans les organes et y produit des abcès métastatiques. Les abcès qu'il provoque ne sont pas nécessairement mortels, ce sont des accidents purement locaux. Il se multiplie cependant dans le pus de chacun des abcès, qu'il a lui-même provoqués, et qui deviennent ainsi un centre d'infection générale. Il donne des abcès, soit lorsqu'il est inoculé sous la peau, soit lorsqu'il est injecté dans les veines. Le microbe mort donne aussi des abcès; mais l'animal auquel on injecte le microbe vivant meurt le plus souvent, tandis que l'animal, à qui on injecte le microbe mort, survit toujours.
Ce microbe phlogogène peut s'associer au microbe
(I) Pasteur, ibid., p. 451.
THÉORIE DES OëKMES. 615
septique; rinfeclion produite est alors, suivant les proportions de chaque microbe, une infection purulente septicémique ou une septicémie purulente. Les abcès sont dans ces conditions toujours putrides et malins.
Le microbe phlogogène est le principe actif de la propriété phlogogène du globule de pus prétendu sain; le microbe phlogogène et le microbe sepfique réunis constituent les principes actifs du pus putride.
Ainsi M. Pasteur avait démontré par ses ingénieuses cultures l'existence d'un vibrion septique et l'existence distincte d'un vibrion purulent ou phlogogène; le premier générateur de la septicémie, le second générateur de l'infection purulente pure, celle que M. Sédillot, en 1849, avait désignée sous le nom de pyohémie vraie, celle que 0. Weber et Hueter ont plus tard décrite; forme sinon théorique, du moins rare, où les symptômes septiques font défaut. Enfin l'union du microbe septique et du microbe purulent engendre la pyohémie septicémique, c'est-à-dire la terrible coinplication des plaies que tout le monde connaît.
On se souvient que Birch-Hirschfeld, enl878(l),avait été conduit par ses observations cliniques et microscopiques et par ses expériences à des conclusions analogues. Les a: Kugelbakterien » ou bactéries sphériques étaient pour lui les agents de la pyohémie; les « Faulnissbaklerien » ou bactéries de la putréfaction, étaient cause de la septicémie ; les deux espèces de microbes pouvaient concourir sur le même sujet.
Mais Birch était loin d'avoir apporté à sa théorie des preuves aussi péremptoires que celles que M. Pasteur a fournies à l'aide de ses cultures, et la nature aérobie ou anaérobie des deux microbes lui avait complètement
(1) Birch-Hirschfcid, Cntcrsuchungen Uber Pyâmic(Àrch. der Heilk., 1878. B. XIX, n' 3, n. 4, S. 193).
516 THÉOIUE bï^ GËUMES.
échappé, de même que les métamorphoses des Faulnissbaklerien ou vibrions septiques.
Quoi qu'il en soit, il s'agit d'examiner si M. Pasteur avait bien réellement répondu aux objections tant expérimentales que cliniques des adversaires de la théorie des germes.
1~ Objection. — La filtration d'un liquide septique n'en diminue pas la virulence. — Or plusieurs expérimentateurs et MM. Pasteur, Joubert et Chamberland eux-mêmes ont pratiqué cette filtration, et lorsque les filtres sont suffisants, lorsque le liquide filtré ne donne plus aucune pullulation par la culture, l'injection de ce liquide filtré reste constamment inoffensive.
2° Objection. — Le traitement des liquides putrides et virulents par l'ébullition prolongée (+ 4 00''), l'oxygène comprimé et différents agents chimiques prétendus capables de détruire les microrganismes, n'altère pas la toxicité de ces liquides. — M. Pasteur a démontré que le vibrion septique peut revêtir une forme, celle de corpuscules germes, sous laquelle il devient indifférent aux traitements sus-indiqués.
3^ Objection. — L'injection des liquides contenant des bactéries putrides cultivées dans l'urine pure et neutre, reste inoffensive. — MM. Pasteur, Joubert et Chamberland ont démontré que les cultures de vibrion septique pratiquées sans précautions restent sans succès ; que ces cultures ne réussissent que dans le vide ou hors du contact de l'oxygène de l'air, fibre ou dissous. Les cultures faites dans ces conditions donnent des vibrions véritablement septiques.
4' Objection. — La pyohémie est rare dans les plaies simples et larges, et fréquente dans les plaies étroites et profondes qui intéressent les sinus veineux, ou la gaine des vaisseaux, ou le tissu osseux. — C'est que les plaies simples et larges sont amplement exposées à l'air, dont
THf.OP.IE DES GERMES. 517
Toxygène tue les vibrions septiques, et que les liquides sécrétés y sont toujours en couches minces, et par conséquent y sont toujours oxygénés. Tandis que les plaies étroites et compliquées, qui intéressent les sinus veineux, ou la gaine des vaisseaux, ou le tissu osseux, sont ordinairement anfractueuses, et qu'il s y produit des fusées purulentes et des phlébites; que dans ces conditions les liquides sécrétés sont peu ou pas oxygénés, et que le vibrion septique peut alors s'y multiplier à foison hors du contact de Tair. C'est qu'en outre les régions à sinus veineux et le tissu osseux sont très aptes à l'absorption des liquides septiques.
Les succès des pansements par ventilation ou large exposition des plaies k l'air pur s'expliquent de la même façon.
De même aussi la rareté de la pyohémie à la campagne, où les germes de microbes septiques sont en même temps plus rares, vu la moindre fréquence des foyers de putréfaction.
5' Objection. — La pyohémie et les fièvres chirurgicales sont rares chez les enfants et fréquentes au contraire chez les vieillards. — C'est une question de résistance vitale et de plasticité que M. Pasteur a aussi complètement éclairée. L'activité des échanges nutritifs, étant plus grande chez les enfants, exige un sang plus oxygéné, et l'excès d'oxygène est incompatible avec la vie et l'activité toxique du vibrion septique.
MM. Mathieu et Urbain (1) (1872) ont, il est vrai, démontré que, dans l'enfance comme dans la vieillesse, le sang fixe et contient absolument une moindre quantité d'oxygène, parce qu'il renferme moins de globules colorés
(1) Malliicu et Urbain, des Gaz du sang, expériences physiologiques sur les circonstances qui en font varier la proportion dans le sang artériel (Archives de physiologie normale et pathologique, 1871-72,1. IV, décembre 1872, n» 6, p. 722.)
518 THËOHIE DES GERMES.
parrhêmoglobine. Mais chez Tenfant, la rapidité ou la fréquence de la respiration est appelée à suppléer à la pauvreté du sang en hémoglobine. D'ailleurs la plasticité des tissus et la facilité avec laquelle s'obtiennent les réunions immédiates, chez les enfants, expliquent suffisamment pourquoi la pyohémie est rare chez eux.
6^ Objection. — La théorie des germes ne saurait expliquer le mécanisme des infections purulentes sans plaies extérieures. — Or l'inoculation du microbe septique n'a pas besoin d'une large blessure ; une simple écorchure suffit, de même que pour l'érésipèle. En second lieu, si les voies respiratoires sont peu propices à l'absorption des germes, elles n'y sont pas absolument réfractaires.
T Objection. — La pyohémie ne survient qu'à la suite des traumatismes récents. — C'est qu'une membrane pyogénique bien organisée et saine constitue un rempart infranchissable pour les germes et les vibrions. Au surplus, c'est là précisément un des arguments les plus puissants à opposer à la théorie du poison putride chimique et dissous : la membrane pyogénique absorbe en effet par endosmose tous les poisons chimiques dissous dont on l'arrose, c'est au contraire un filtre infranchissable pour les micr organismes.
Quant à l'action du vibrion septique sur le sang, M. Pasteur attribue l'intoxication à une putréfaction véritable, survenant après la désoxygénation préalable opérée par les premiers vibrions infectants. Il regarde d'ailleurs comme une question secondaire celle de savoir si le vibrion est toxique par lui-même ou par la décomposition qu'il engendre, ou s'il sécrète un poison; il lui suffit d'avoir établi son intervention indispensable.
M. A. Guérin (1878) adopta, comme on le pense bien, ^avec enthousiasme la doctrine de M. Pasteur, qu'il
éleva à la hauteur d'une révolution scientifique. Répondant d'autre part k M. Le Fort, il fit remarquer que la théorie du contage sacrifiait malgré elle à la théorie des germes; car le contage n'est autre chose qu'un germe.
M. Le Fort (1878) protesta contre cette interprétation, mais il ne put cependant pas dire ce qu'était le contage et se borna à en nier la nature organisée.
La communication de M. Pasteur n'en avait pas moins produit sur l'Académie une vive impression. Si elle n'avait pas convaincu tout le monde, elle avait cependant paralysé les critiques. M. Pasteur avait en effet répondu ou fourni matière à réponse à toutes les objections précédemment élevées contre sa doctrine. Il avait en outre affirmé des faits et des expériences; il fallait le combattre avec les mêmes armes pour le convaincre d'erreur. Il s'agissait de prouver qu'il se trompait, qu'il avait mal vu, mal observé ou mal interprété les phénomènes sur lesquels il édifiait sa théorie : c'est ce que personne n'a entrepris de faire.
M. L. Jullien de Lyon (1) (1878) fit au contraire des expériences pour démontrer la propriété phlogogène des bactéries . Il in j ecta dans l'œil à des lapins quelques gouttes de liquides contenant des bactéries cultivées dans l'eau distillée et produisit des phlegmons très intenses.
Peu après fut soutenue la thèse de M. Magnin (2) (1878) qui, surtout consacrée à l'histoire naturelle des bactériens, traita cependant de leur rôle en chirurgie, et en particulier dans la septicémie et l'infection purulente. M. Magnin soutint l'idée de la sécrétion d'un virus par les microbes. (( A la surface d'une plaie granuleuse, dit- il, n'offrant à l'absorption aucun orifice vasculaire ou lymphatique, il est permis de croire que le microbe ne constitue qu'un danger
(1) L. Jullien, in thèse de Magnin, 1878, p. 155.
(^} Magnin, des Bactéries, thèse de concours d'agrégation es sciences naturelles. Paris, 1878, p. 154.
aléatoire. Qu'il se multiplie dans une mesure plus ou moins considérable, il absorbera une plus ou moins grande quantité d'oxygène et donnera peut-être naissance, par suite de la décomposition chimique, à un virus à la surface de la plaie, laquelle du reste n'en parviendra pas moins à la cicatrisation. Mais qu'une solution de continuité vienne à dissocier l'épaisse couche de bourgeons charnus ; que par les mouvements du malade, par ceux qu'on lui imprime pendant les pansements, les pressions, les manipulations, auxquelles il était naguère d'usage de les soumettre, une déchirure soit produite, l'agent infectieux pourra pénétrer tant dans le courant sanguin que dans les lymphatiques, et la porte sera ainsi ouverte aux complications soit locales, soit générales. »
Les complications locales sont les abcès de voisinage dus à la propriété phlogogène du microbe, et la formation consécutive de nouveaux abcès à la suite des premiers. En fait de complications générales, la pénétration du microbe dans le sang et son transport dans les organes déterminent les abcès métastatiques.
Mais M. Magnin ne formulait ces propositions qu'avec une extrême réserve, il terminait même son travail par une conclusion restrictive un peu timide.
Cependant M. Colin (1), dans une communication sur les causes de la mort dans les affections charbonneuses et septicémiques, affirma encore une fois avoir constaté la virulence du sang charbonneux ou septicémique avant l'apparition des bactéries, et attribua la mort à une altération du sang qu'il laissa à la chimie le soin de déterminer.
M. Pasteur protesta. M. Bouillaud et M. Rochard (2) déclarèrent qu'en découvrant dans l'air atmosphérique
(1) Colin, Bulletin de l'Académie de médecine, 10 décembre 1878, p. 1255.
(2) Pasteur, Bouillaud, Rochard, Ibid., p. 1272 à 1278.
une multitude de corps figurés qui pénètrent dans le sang, M. Pasteur avait fait faire un pas immense k l'étiologie des maladies contagieuses, miasmatiques et virulentes, rapportées jusqu'à lui à une vague intoxication.
Le 17 décembre 1878, M. Panas (1), à propos d'un mémoire de M. Lannelongue sur l'ostéomyélite, rapporta les expériences de Maas et de Kocher sur le tissu de la moelle osseuse, d'après lesquelles les accidents généraux septiques de cette maladie n'éclatent pas lorsqu'on a réussi à empêcher l'action de l'air ou à enrayer la putréfaction par des antiseptiques.
M. Colin (2) saisit l'occasion pour dire qu'il ne croyait pas plus à l'influence de l'air qu'à l'influence des bactéries pour produire la septicémie ou la putréfaction. Il prétendit avoir pratiqué le bistournage et avoir obtenu la gangrène et la putréfaction du testicule en froissant simplement cet organe sans entamer la peau du scrotum.
Mais M. Colin resta seul de son opinion, contre laquelle s'élevèrent MM. Bouillaud, Bouley, Ghauveau et Trélat, en opposant tout un faisceau de preuves cliniques et expérimentales.
D'ailleurs la majorité des chirurgiens inclinait de plus en plus vers la doctrine de M. Pasteur.
M. Perrin, entre autres (3) (1879), prit à tâche d'apporter à cette doctrine un nouveau tribut de preuves cliniques, qu'il tira de la trop positive influence de l'air sur les plaies et des succès thérapeutiques de la méthode antiseptique, inspirée par les travaux de M. Pasteur, quels que soient d'ailleurs les procédés mis en usage.
D'autre part M. Trélat (4) (1879) concluait en affirmant l'influence des microbes sur la putréfaction et protestait
(1) Panas, Bulletin de l'Académie de médecine, 17 décembre 1878, p. 1288.
(2) Colin, Ibid., p. 1301.
(3) M. Perrin, Ibid., 21 janvier 1879, p. 47.
(4) Trélat, Ibid., 11 février 1879, p. 106.
5Î2 THÉORIK DES GERMES.
avec beaucoup de raison qu'il ne fallait pas s'acharner à contester la base de la doctrine de la septicémie. N'est-ce pas, en effet, tous droits réservés à la critique, n'est-ce pas attarder la science que de remettre en question des problèmes bien et dûment résolus, tels que celui de la putréfaction ?
Peu après M. Davaine (1) (1879), après avoir montré que la température de l'atmosphère où vivent les animaux les rend plus ou moins aptes à contracter la septicémie, insistait sur ce fait que, de même que la découverte de la bactéridie charbonneuse a prouvé l'entité morbide du charbon, de même l'entité morbide de la septicémie est démontrée par la découverte du vibrion septique.
M. Hervieux (2) (1879) déclara, pourtant avec preuves à l'appui, ne pouvoir admettre la théorie des germes pour la fièvre puerpérale, qui ne sévit que dans quelques localités circonscrites et s'attaque même à des sujets placés en dehors de l'état puerpéral.
Mais en résumé, malgré quelques dissidences venant surtout de la part des médecins accoucheurs, la théorie des germes avait conquis ou converti la plupart des chirurgiens.
A la Société de chirurgie, M. Desprès persista seul à nier la septicémie et l'utilité des pansements antiseptiques; la discussion porta principalement sur la valeur relative des différents procédés de pansements et des agents antiseptiques.
Cependant si M. M. Perrin (3) (1879) se plaça franchement dans les rangs des panspermistes,M. Verneuil (4) (1879) avoua qu'il ignorait encore si les bactéries sont
(1) Davaine, Bulletin de l'Académie de médecine, 18 février 1879, p. ii\.
(2) Hervieux, Ibid., 11 mars 1879, p. 238.
(3) M. Perrin, Bulletin de la Société de chirurgie, 12 février 1879, p. 153.
(4) Verneuil, Ibid., 19 février 1879, p. 179.
réellement cause ou effet de la septicémie, si la putréfaction est engendrée par les bactéries ou au contraire si les bactéries sont engendrées par la putréfaction, si Tagenl toxique est un être vivant ou un poison chimique.
Mais M. Trélat (1) (1879) rappela que les expériences de M. Pasteur et de M. Davaine ont donné des résultats positifs et saisissants auxquels les adversaires de ces expérimentateurs n'ont su opposer jusqu'ici que des appréciations et des raisonnements.
M. Le Fort (2) (i 879) , qui prit aussi part aux débats, se montra devant la Société de chirurgie bien moins sévère qu'à l'Académie pour la théorie des germes. Sans l'adopter cependant, et après avoir renouvelé robjection tirée de la différence de bénignité des plaies à la ville et à la campagne, il convint que M. Pasteur, en invoquant la spécificité d'un vibrion particulier, avait fait faire un pas k sa doctrine. Pourtant, ne tenant point compte de cette spécificité, il objectait qu'on avait trouvé sur des plaies bénignes des vibrions, dont il ne qualifiait d'ailleurs pas l'espèce, et que d'autre part le sang d'individus malades de septicémie et d'infection purulente avait été examiné pendant la vie et après la mort par M. Pasteur luimême sans qu'il pût y découvrir aucun microbe. Cette dernière objection n'était pas sans importance, mais elle n'était pas capitale. Tous les examens pratiqués par M. Pasteur n'avaient pas été négatifs, et les résultats positifs des injections pratiquées par M. Pasteur avec des vibrions septiques n'étaient pas moins irréfutables.
Enfin M. Hervieux, à l'Académie (1879) (3), essaya de faire concorder l'influence non douteuse de l'encombrement avec la théorie des germes. Si le microbe septique existe partout, dit-il, comme on le prétend, on ne
(1) Trélat, Bulletin de la Société de chirurg^ie, 5 mars 1879, p. 214.
{i) Le Fort, Ibid., 19 mars 1879, p. 250.
(8) Hervieux, Bulletin de TAcadémie de médecine, 6 mai 1879, p. 481.
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peut dire que rencombrement, qui, cela est démontré, produit les fièvres infectieuses, crée, le microbe. Mais on peut penser que l'encombrement, par la viciation de Tair qu'il produit, prépare au microbe un milieu de culture des plus favorables.
Quelque temps après MM. Debove et Miquel (1) (1879) renouvelèrent une expérience démontrant : 1** que tous les microrganismes ne sont pas également nocifs, et que la bactérie commune (être aérobie), par exemple, est absolument inofTensive; 2° que ce n'est pas par la consommation de l'oxygène du sang que les vibrions sont nocifs, puisque la bactérie commune, qui s'empare avec avidité de l'oxygène partout où elle le trouve, peut être injectée dans les veines sans produire aucun trouble.
Tout récemment enfin, MM. Gosselin et Alb. Bergeron, dans une étude essentiellement pratique sur les antiseptiques (4879) (2), affirmèrent leurs convictions sur la théorie des germes en considérant les vibrions comme le signe le plus positif delà putréfaction commençante, et en concluant que le mode d'action des antiseptiques est double. Ils admirent : IMa destruction possible par l'antiseptique des germes atmosphériques dont le développement produit la décomposition putride et les vibrions... 2** une modification favorable imprimée au sang par le contact de l'antiseptique... altération antiseptique... imputrescence. Modification qui, en résumé, transforme le sang et les liquides putrescibles en un milieu de culture inhabitable pour les vibrions. MM. Gosselin et Bergeron montrèrent en outre que l'activité, ou plutôt que la durée de l'activité des antiseptiques est mesurée par le développement plus ou moins précoce et abondant des vibrions de la putréfaction.
(1) Miquel, Ëtude sur les poussières organisées de Talmosphère (Annales d'hygiène publique, etc., octobre 1879, p. 358).
(2) Gosselin et Alb. Bergeron, Étude sur les eflfets et le mode d'action des
XXXIV. — Conclusion. — En résumé aucun fait péremploire, aucune expérience contradictoire n'avaient été opposés aux faits et aux expériences sur lesquels M. Pasteur avait assis sa doctrine. La théorie des germes avait éveillé des méfiances, elle avait même soulevé des contradictions, elle n'avait pas éclairci toutes les obscurités, mais elle n'avait laissé debout devant elle aucune objection rédhibitoire, et mieux qu'aucune autre théorie elle répondait à toutes les questions soulevées par le problème du poison septique.
D'ailleurs la théorie des germes peut encore invoquer un argument sur la valeur duquel l'attention n'a pas été suffisamment attirée ; elle est essentiellement probable et rentre dans le cadre général des phénomènes vitaux. M. Dumas disait, il y a plus de vingt ans : a: Les fermentations sont toujours des phénomènes de même ordre que ceux qui caractérisent l'accomplissement régulier des actes de la vie animale. Le ferment nous apparaît comme un être organisé. Le rôle que joue le ferment, tous les animaux le jouent; on le retrouve dans toutes les parties des plantes qui ne sont pas vertes. Tous ces êtres ou tous ces organes consomment des matières organiques, les dédoublent et les ramènent vers les formes les plus simples de la chimie minérale. Il faut souvent plusieurs fermentations successives pour produire l'effet total*. » Or ces considérations peuvent aussi bien s'appliquer aux organismes animaux.
En effet, l'être entier, l'être anatomique, est essentiellement constitué de cellules douées chacune de propriétés particulières et qui, réagissant les unes sur les autres et sur les liquides qui les baignent, manifestent la vie sous toutes ses formes. On peut dire que la vie est
substances employées dans les paasements antiseptiques (G. R. de rAcadémîe des sciences, 187D, t. LXXXIX, â'série, 6 octobre, p. 594}
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une fermentation nutritive sous Tinfluence des hématies, des leucocytes et des épithéliums ; que les fonctions et les sécrétions sont des fermentations sui generis, fonctionnelles et sécrétoires, sous l'influence des différentes cellules propres aux organes et aux glandes.
L'activité cellulaire préside donc aux actes et aux fermentations physiologiques. Quoi d'étonnant dès lors à ce que l'activité cellulaire préside également aux actes ou aux fermentations pathologiques? En réalité, la nutrition est-elle autre chose qu'une décomposition salutaire des liquides nourriciers dont les produits entretiennent l'individu? tandis que la septicémie est une décomposition fatale dont les produits empoisonnent l'individu. Dans les deux cas les liquides livrés à la décomposition sont identiques, les ferments seuls diffèrent.
Mais la probabilité n'est qu'un faible appoint à l'actif d'une théorie.
Est-il donc possible de tirer de la- longue série de travaux que nous venons de parcourir des conclusions formelles en faveur de la théorie des germes? Je ne le pense pas; je crois qu'il faut encore s'en tenir à des présomptions, quelque fortes qu'elles soient; car la consécration complète de la clinique et de l'anatomie pathologique, manque aux faits expérimentaux les mieux démontrés. On peut cependant faire le départ des faits que l'on doit considérer comme acquis et des faits probables, mais encore incomplètement dégagés.