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LES TROIS PHASES DE CETTE EXPERIENCE

1° DILATATION VASCULAIRE, ACCÉLÉRATION CIRCULATOIRE. !° RALENTISSEMENT CIRCULATOIRE, DIMINUTION DE LA PRESSION SANGUINE MARGINATION DES LEUCOCYTES.

3° DIAPÉDÈSE DES LEUCOCYTES ; EXSUDATS INTERSTITIELS.

L'idée doctrinale de Cohnheim est basée sur des expériences physiologiques ; elle impose le premier rôle aux modifications chimiques subies par les parois vasculaires.

Première phase

Dilatation des vaisseaux ; accélération du courant sanguin. — Que l'on mette à nu, sous le microscope, le mésentère d'une grenouille curarisée et l'on verra bientôt se produire une dilatation manifeste des artères afférentes de l'anse intestinale ainsi étalée, puis des veines

afférentes, beaucoup moins des capillaires de la région. Au bout de 15 à 20 minutes, le phénomène sera des plus évidents ; en même temps, et pendant encore une demi-heure, une heure au plus, on aura le loisir de constater une accélération marquée du courant sanguin. Cette accélération de la vitesse de la colonne sanguine, frappante au niveau des artères, sera même assez notable dans les veines et dans les capillaires.

Cette première phase prémonitoire, pour ainsi dire, ne dépasse guère 60, 100, 120 minutes, au bout desquelles la dilatation vasculaire peut avoir au moins doublé le diamètre des artères.

Deuxième phase

Ralentissement du courant sanguin ; diminution de pression ; margination des leucocytes. — Alors commence la phase caractéristique du ralentissement du courant sanguin, phénomène qui s'accompagne toujours d'une diminution de la pression intra-vasculaire. Les globules rouges s'accumulent dans les vaisseaux, s'y tassent; on voit même, au niveau de quelques capillaires, la progression de la colonne sanguine s'effectuer par saccades irrégulières, isochrones aux pulsations artérielles, pulsations visibles jusque dans les moindres ramifications artérielles.

La circulation se ralentit de plus en plus, au point de laisser reconnaître chaque globule sanguin, non seulement dans les capillaires mais aussi à l'intérieur des veines et, au moment de la diastole du cœur, même à l'intérieur des artères.

Par suite de cette diminution de la vitesse et de la pression du sang, un grand nombre de globules rouges s'accumulent à l'intérieur des capillaires.

Puis, c'est-à-dire au bout d'un temps qui varie de quelques minutes à une heure et parfois davantage, on va surprendre, au niveau des veines, un phénomène capital défini d'un mot : la margination des leucocytes.

En effet, à la face interne du vaisseau dilaté, la couche corticale du plasma sanguin se remplit d'innombrables globules blancs. A l'état normal, comme on sait, un certain nombre de leucocytes, roulant avec les globules rouges, sont rejetés à la périphérie de la colonne sanguine et s'avancent ainsi graduellement, plus ou moins visibles au microscope, sur la marge interne de la ligne qui représente la paroi vasculaire. Leur forme sphérique, leur poids spécifique moindre que celui des hématies expliquent ce rejet des globules blancs à la périphérie du courant ; leur grande viscosité contribue au phénomène, en ne leur permettant de se détacher qu'avec peine de la paroi endothéliale, pour peu qu'ils aient été mis en contact avec elle.

Dans notre expérience, le ralentissement inflammatoire du courant sanguin favorise l'adhésion du leucocyte à la couche endothéliale; aussi les globules blancs s'y arrêtent-ils, ou, pour mieux dire, s'y réunissent-ils dans un repos relatif, s'avançant, puis s'arrêtant, pour repartir à nouveau. Le contraste entre la colonne centrale des globules rouges courant avec une allure continue et la bande marginale des leucocytes à peu près immobiles, est des plus remarquables ; on dirait que la face interne des veines est tapissée d'un pavage ininterrompu de globules blancs (Cohnheim).

Ce triage entre les globules rouges et les leucocytes constitue le phénomène de la margination déjà signalé par Waller, Spallanzani, Poiseulle, Dutrochet, mais admirablement décrit et interprété par Cohnheim, qui en démontra la valeur ca-

pitale au double point de vue de la pathologie expérimentale et de la pathogénie des processus inflammatoires.

On comprend, sans autre explication, pourquoi la margination ne se produit ni au niveau des artères, ni au niveau des capillaires (').

Troisième phase

Diapédèse ; exsudations interstitielles. — A ce moment commence la diapédèse. C'est habituellement au niveau d'une veinule, bien reconnaissable à sa zone marginale de globules blancs, quelquefois aussi au niveau d'un capillaire que le phénomène se produit : on voit apparaître sur le contour externe de la paroi vasculaire, une pointe protoplasmique qui pousse en dehors, s'épaissit, devient bientôt une bosse incolore, arrondie, augmentant peu à peu de volume, émettant, de ci de là, de nouvelles pointes à l'extérieur et finissant par se séparer progressivement de la paroi vasculaire à laquelle elle ne demeure encore rattachée que par un mince pédicule allongé.

Enfin, l'opération de la diapédèse se termine; elle a pu mettre deux heures à se compléter. Le pédicule protoplasmique rentre dans la masse de la cellule, que l'on distingue maintenant à l'extérieur du vaisseau ; elle y forme un corpuscule incolore, d'une matité brillante, mono ou polynucléé, contractile, doué qu'il est de mouvements amiboïdes; il s'agit bien d'un globule blanc.

(*) La margination des leucocytes permet de reconnaître, sous le microscope, une veinule et de la différencier d'un capillaire ou d'une artériole : dans le capillaire, les leucocytes alternent avec les hématies; quant à l'artériole, s'il est vrai que les globules blancs gagnent, nombreux, la périphérie du vaisseau pendant la diastole ventriculaire, la prochaine systole les rejette immédiatement dans le torrent sanguin.

Le même phénomène se produit sur un grand nombre de points, autour des veinules et des capillaires, et les leucocytes semblent bientôt engaîner les vaisseaux d'une sorte de manchon, d'une palissade d'une épaisseur variable, tandis qu'à l'intérieur la margination continue son œuvre.

Le résultat terminal est qu'au bout de six à huit heures, toutes les veines et un grand nombre des capillaires de la région sont de la sorte doublés de zones leucocytiques plus ou moins larges.

Intégrité des artères au milieu du processus diapédétique. Les artères demeurent indemnes au milieu de ce travail d'émigration cellulaire. Les globules blancs extravasés se disséminent au milieu des mailles du tissu conjonctif péri-vasculaire. A mesure que la diapédèse s'effectue, la diffusion des leucocytes augmente; plus leur nombre s'accroît, et plus ils s'éloignent des vaisseaux et tendent à remplir les interstices du tissu conjonctif. Bientôt même, il n'y aura plus place dans le tissu pour les leucocytes exsudés et ceux-ci arriveront à la surface du mésentère.

Diapédèse des hématies. Mais en même temps que l'acte de la diapédèse, les vaisseaux dilatés étaient le siège d'une exsudation plus complète. Les globules rouges eux-mêmes, au niveau des capillaires, subissent, bien qu'ordinairement moindre, le même processus diapédétique ; ils franchissent la paroi endothéliale et tombent dans le tissu péri-capillaire où leur immobilité les confinerait si d'autres substances, fluides celles-ci, ne diffusaient à leur tour hors de la cavité vasculaire.

Infiltration de la séreuse par des exsudais liquides. La paroi des vaisseaux devenue, en effet, plus perméable que normalement, laisse transsuder, malgré la diminution de

pression -intra-vasculaire, une plus grande quantité de liquide. En face d'une pareille modification du filtre, on doit s'attendre à constater des modifications dans la quantité et dans la qualité des matières filtrées. Aussi, l'expérience sur le mésentère poursuivant son cours, voit-on la séreuse s'infiltrer de sucs, s'opacifier, les leucocytes et les liquides transsudés gagner la surface de la membrane et finir par y former une couche plus ou moins épaisse, véritable pseudo-membrane inflammatoire, composée principalement de deux substances faciles à reconnaître : de leucocytes et de fibrine.

Les données fondamentales de V expérience de Cohnheim se retrouvent dans les autres tissus. L'expérimentateur, variant ses recherches, constatera la même série de phénomènes, à peu près toujours identiques à ceux que nous venons d'esquisser, qu'il agisse sur la langue de la grenouille, le péritoine ou l'oreille du lapin traumatisés à l'aide de l'huile de croton, du nitrate d'argent, du fer rouge ou de la ligature prolongée.

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