II. - DOCTRINE DE COHNHEIM
ÉLÉMENTS FONDAMENTAUX; DÉFINITION DE L'iNFLAMMATION
L'étude comparative de ces différentes séries d'expériences a permis à Cohnheim de fixer d'une manière définitive la grande loi de la diapédèse, son mécanisme intime et ses conséquences anatomo-pathologiques. Résumons, en quelques propositions, les plus importantes de ses idées doctrinales.
Lois de la diapédèse
Cause de la dilatation vasculaire. Conséquences du phénomène : augmentation de V adhésion du sang aux parois vasculaires ; exagération de la perméabilité des parois vasculaires. La dilatation vasculaire est due à l'insulte directe des parois artérielles par l'agent pathogène. Toute influence nocive qui atteint l'artère détermine un relâchement de sa musculature annulaire. La vitesse du courant sanguin diminuant^) ainsi que la pression intra-vasculaire, l'hypérémie persiste et la stagnation du sang a lieu.
La première conséquence en est un accroissement des frot-
(!) L'augmentation artificielle de la vitesse du courant atténue le processus inflammatoire. L'expérience suivante le prouve : que l'on injecte largement, dans la veine abdominale d'une grenouille, une solution d'eau salée à 6 pour i.ooo, la margination et la diapédèse des leucocytes seront beaucoup plus tardives et beaucoup moindres dans le mésentère ou à la surface de la plaie linguale, tant que durera l'accroissement de la vitesse du torrent circulatoire.
tements de la colonne sanguine contre les parois vasculaires avec une augmentation de l'adhésion du sang aux parois. La seconde conséquence sera l'exagération de la perméabilité des parois vasculaires (f) : la diapédèse et l'exsudation anormale des liquides du sang en sont la preuve incontestable.
L'examen microscopique des parois vasculaires ne permet pas d'y constater de lésions histologiques.
Les stomates d'Arnold et V intégrité des parois vasculaires. L'opinion d'Arnold qui a vu les stomates naturelles interendothéliales s'élargir et même de nouvelles stomates se produire à travers les ciments, ne peut guère résister à l'objection formulée par Cohnheim : s'il s'agit effectivement d'orifices aussi grossiers à travers lesquels les corpuscules du sang passent (2), comment et pourquoi le plasma sanguin ne transsude-t-il pas le premier, bien plus aisément que les éléments histologiques ? Or, le liquide des transsudats inflammatoires n'est nullement le plasma sanguin, et, abstraction faite de la fibrine qu'ils contiennent, ce n'est même pas du sérum (3).
Les exsudations interstitielles proviennent d'une filtrat ion
(') La plus grande perméabilité des parois vasculaires enflammées a été expérimentalement démontrée par Winivarther qui a constaté qu'un liquide colloïde injecté dans des vaisseaux enflammés traverse leurs parois, même sous une faible pression.
(2) L'bypothèse des stomates d'Arnold est, du reste, insuffisante : elle n'explique ni l'hypérémie, ni le ralentissement du courant circulatoire qui se montrent déjà, à distance, dans les artères afférentes d'un territoire enflammé.
(3) L'analyse chimique de la lymphe provenant d'une patte de chien soumise à différentes actions phlogogènes (friction huile croton, ou injection sous-cutanée d'un demi à un centigramme de térébenthine) a permis à Lesser de démontrer que toutes les transsudations inflammatoires sont très concentrées ; que le dépôt de matériaux solides varie de 6 à 8 °/0 (il est de 6 à 7 °/0 dans les transsudats de l'homme); que les sels n'y varient aucunement ; mais que les albumines diffèrent considérablement suivant qu'il s'agit d'un transsudat par stade, pauvre en albumine, ou d'un transsudat inflammatoire très riche en albumine. La lymphe normale tiendrait le milieu entre ces deux séries de liquides.
réelle à travers les vaisseaux. Les produits inflammatoires qui transsudent dans les mailles interstitielles des tissus périvasculaires sont donc le résultat d'une filtration réelle. C'est à travers les pores essentiels du filtre vasculaire que ces substances colloïdes s'échappent, celles qui coulent dissoutes dans le sang, aussi bien que celles qui y sont morphologiquement organisées.
Nature chimique des modifications pariétales des vaisseaux. Les modifications subies par les parois vasculaires sont donc, selon toute probabilité, dénature chimique^). Cohnheim est le premier à regretter ce qu'a de vague un pareil terme ; l'impossibilité de donner une définition plus précise de cette altération n'a rien d'extraordinaire, quand on songe aux obscurités qui entourent encore les transsudations physiologiques (2).
Rôle du système nerveux dans V inflammation. Le rôle du système nerveux dans les phénomènes intimes de l'inflammation est mal connu. En outre de la dilatation permanente des vaisseaux phlogosés, il existe sans doute une action nerveuse qui s'exerce dans l'intimité même de la paroi et favo-
(!) La formule d'Arnold (stomates) tient compte de ce côté chimique de la question. Cet auteur pense que les ciments inter-endothéliaux sont constitués par une masse liquide, malléable, capable de s'étirer ; cette matière cimentaire subirait, sous le coup de l'inflammation, un certain relâchement qui la rendrait, par cela-mème, perméable aux produits de l'inflammation. Arnold insiste exclusivement sur les modifications de la substance cimentaire. Après avoir injecté dans des vaisseaux une matière colorante insoluble, il a vu le passage des grains colorés s'effectuer uniquement au niveau des lignes cimentaires. Cohnheim réclame la même perméabilité pour le protoplasma endothélial. Ranvier la démontre pour les endothéliums des membranes séreuses.
(2) Cohnheim rappelle les expériences de Ludwig démontrant que les animaux curarisés laissent exsuder une lymphe plus concentrée que normalement et se demande si les recherches physiologiques ultérieures ne décèleront pas des rapports nouveaux, encore insoupçonnés, entre la paroi vasculaire et la colonne sanguine.
rise les processus exsudatifs. Ostroumoff croit en avoir fait la preuve pour les vaisseaux de la langue.
La diapédèse n est qu un phénomène physiologique exagéré. Dans certains stades de la vie embryonnaire des animaux supérieurs, l'émigration des globules blancs paraît régulière et semble avoir une certaine importance.
Chez l'adulte, cette émigration n'est plus normale dans un grand nombre de régions de l'organisme. Ce qui n'empêche qu'il peut y avoir, par tout l'organisme, transsudation de quelques globules blancs à travers les parois vasculaires. Dans certains organes même, les vaisseaux sont disposés pour cette diapédèse physiologique des éléments figurés du sang. On peut citer, à cet égard, les ganglions lymphatiques, la rate, la moelle des os, le foie lui-même.
Ne troùve-t-on pas dans les vaisseaux chylifères du mésentère, presque constammentpendant la digestion, un certain nombre de globules rouges du sang? Ce qui paraît bien indiquer que, lors des oscillations physiologiques de la circulation sanguine abdominale, les capillaires de la muqueuse intestinale laissent transsuder quelques globules rouges. Ranviera démontré d'ailleurs que la sérosité péritonéale contient toujours normalement des hématies diapédésées.
Passivité des leucocytes dans l'acte de la diapédèse. La contractilité des leucocytes n'a rien à voir avec l'acte de la diapédèse : hors du vaisseau, le globule blanc reprend ses droits et ses fonctions, tant qu'il demeure vivant. Pendant son émigration pariétale, la substance protoplasmique de l'élément blanc est passive ; elle s'étire, s'effile en passant à travers une membrane cimentaire ou protoplasmique résistante; et les prolongements amiboïdes ne se voient qu'au dehors du vaisseau.
D'ailleurs les globules rouges, non contractiles, transsudent également par diapédèse.
Origine des cellules blanches accumulées clans les espaces interstitiels pendant les processus inflammatoires. L'origine des globules blancs accumulés dans les espaces interstitiels ressortit-elle exclusivement à la diapédèse, et les cellules fixes du tissu conjonctif ne prennent-elles aucune part à la formation des globules purulents ? Cohnheim estime que, s'il est difficile de prouver qu'aucun leucocyte inflammatoire ne peut provenir d'autre source que des globules blancs diapédésés, il n'existe pas, on peut l'affirmer d'autre part, de preuve certaine que les globules du pus se forment ailleurs que dans le sang. La division des leucocytes, au sein du tissu conjonctif, est à peine probable.
La leucocytose inflammatoire montre bien que, pendant la maladie aiguë, l'organisme fabrique un excès de globules blancs pour subvenir aux nécessités de la diapédèse. L'hyperinose des maladies inflammatoires ne peut s'expliquer que par une augmentation notable des corpuscules blancs du sang.
Enfin, la néoformation d'un corpuscule du pus aux dépens d'une cellule fixe du tissu conjonctif n'a été vue par personne; tout ce que Cohnheim a pu constater, avec nombre d'auteurs, c'est que certaines cellules fixes deviennent, au milieu du tissu enflammé, plus granuleuses ou plus arrondies, sans qu'on puisse saisir leur mode de division, même après 10 heures d'observation.
Passivité des cellules fixes traumatisées par le processus inflammatoire. Sans doute, sous la poussée inflammatoire, les cellules fixes des tissus sont profondément touchées, impressionnées à l'excès, tant par les troubles circulatoires de la région que par les transsudats anormaux qui les baignent.
Les différents processus de nécrose ou de dégénérations aiguës les menacent, atteignent même leur protoplasma qu'ils remplissent de granulations graisseuses ou autres, de vacuoles, etc.; mais de là, à faire d'elles des cellules inflammatoires, il y a loin.
Bien mieux, les modifications subies par les cellules fixes du tissu conjonctif ne sont pas uniquement régressives ; à côté d'elles il y a d'autres éléments qui seront, suivant la puissante conception de Virchow, sollicités par des modifications progressives. Celles-là se multiplieront ; peut-être formerontelles quelques rares globules purulents.
Mais aujourd'hui que La diapédèse, la vraie source de la suppuration, est devenue une notion vulgaire, savoir si, oui ou non, un petit nombre de corpuscules du pus sont formés par quelques cellules fixes proliférées, n'est plus désormais qu'un point secondaire dans l'histoire de l'inflammation.
La doc triiic de Virchow en présence de la théorie vasculaire de Cohnheim. La conception théorique de Virchow, la doctrine de L'inflammation cellulaire primant les processus vasculaires et les rejetant au dernier plan, n'est donc plus soutenable.
Pour expliquer cette multiplication exubérante, formidable des cellules fixes du tissu conjonctif produisant à leurs propres dépens la totalité des corpuscules du pus, Virchow était obligé d'avoir recours à une hypothèse invraisemblable : il supposait une sorte de puissance attractive qu'exerceraient les cellules fixes sur les vaisseaux et respectivement sur leur contenu ; d'où un courant transsudatif exagéré des liquides nourriciers appelés à fournir les matériaux nécessaires pour cette hyperproduction néocellulaire.
Aujourd'hui du reste, ni Virchow, ni son Ecole ne contestent
plus la réalité des processus vasculaires de l'inflammation et leur indépendance à l'égard des cellules fixes des tissus.
Cohnheim n'ajoute pas, mais nous devons le faire pour lui, que c'est là un de ses plus légitimes titres de gloire qui lui a permis d'assister, encore vivant, au triomphe de sa belle mais trop exclusive conception doctrinale.
Définition de l'inflammation d'après Cohnheim
Après les développements dans lesquels nous venons d'entrer, il ne paraîtra donc pas extraordinaire de voir Cohnheim définir ainsi l'inflammation :
L'inflammation, c'est la somme des différents processus débutant pur la dilatation vasculaire, passant par la margination des leucocytes^ pour aboutir à la transsudation de substances sol ides (diapédèse) et liquides (exsudats) appartenant au sang.
Ainsi donc, la raison du phénomène se résume, pour lui, en une modification moléculaire, chimique, des parois vasculaires.
III. — ANATOM1E NORMALE ET PHYSIOLOGIE DES ÉLÉMENTS DU TISSU CONJONCTIF
IDENTITÉ BIOLOGIQUE DES DIVERS ÉLÉMENTS DU TISSU CONJONCTIF UNITÉ ANATOMIQUE DU TISSU CONJONCTIVO-VASCULAIRE
Telle est, dans son ensemble, la doctrine de Cohnheim. Elle s'oppose, de la sorte, d'une manière bien tranchée, à la conception cellulaire de Yirchow, puisque pour ce dernier tout est dans le travail prolifératif des cellules fixes du tissu conjônctif, alors que Cohnheim résume tout dans les perturbations vasculaires et dans les transsudations exagérées qui en sont la conséquence.
Quand on y regarde de près cependant, aujourd'hui que l'ardeur de la lutte entre les deux Ecoles rivales semble quelque peu calmée, on est frappé des nombreux points de contact qui rapprochent les deux doctrines. De ce rapprochement est né l'éclectisme moderne, qui sait rendre hommage à la vérité partout où il la trouve et ne dédaigne pas de l'utiliser.
En somme, tout bien considéré, Yirchow, Cohnheim et leurs élèves reconnaissent que toute cause inflammatoire (nous faisons ici abstraction du détail de ces causes) frappe d'abord sur une certaine catégorie d? éléments cellulaires, Yirchow veut que ce soit la cellule fixe, c'est-à-dire la cellule conjonctive, tandis que Cohnheim incrimine la cellule endothéliale vasculaire.
Or, nous espérons le démontrer, la cellule connective et l'endothélium vasculaire ne sont qu'un même élément, diffé-
remment adapté pour les besoins du travail multiple imposé au tissu conjonctivo-vasculaire.
Le vrai désaccord, profond, irréductible, qui sépare les deuxdoctrines, réside donc ailleurs: c'est dans la conception de l'inflammation et des processus phlogogènes ; Cohnheim ne voulant voir, dans l'inflammation, que l'accumulation diapédétique des leucocytes au milieu des mailles du tissu conjonctif, Virchow concevant l'inflammation comme une réaction hypertrophique et proliférative des éléments cellulaires, cellules plasmatiques (qui font le pus) aussi bien que cellules des parenchymes (inflammations parenchymateuses).
L'anatomie démontre l'identité des cellules connectives et des endotheliums.
Afin d'aborder avec fruit la solution des différents problèmes que nous offrira l'étude des lésions inflammatoires et puisque, de l'aveu des diverses doctrines, il faut avant tout compter avec le tissu conjonctif, commençons par justifier une première affirmation : les cellules connectives et les cellules endothêliales, quelles qu'elles soient, sont des éléments ici eu tiques.
Les détails anatomiques qui vont suivre nous paraissent absolument nécessaires pour notre démonstration. Ils nous permettront de simplifier davantage encore notre base d'opérations et nous serviront de guide dans les développements où nous serons obligé d'entrer, à propos des diverses formes de l'inflammation du tissu conjonctif.
Cellules connectives ; leur unicité. — L'étude anatomique du tissu cenjonctivo-vasculaire démontre l'unité fondamentale des cellules génératrices de ce tissu, quelque spécialisées que soient ses variétés.
Prenons le tissu conjonctif muqueux, la plus simple et la plus jeune des formes du tissu connectif, comparons ses cellules ramifiées aux cellules plates du tissu conjonctif diffus, aux cellules ramifiées de la cornée, ou bien aux cellules rectangulaires des tendons, soudées les unes aux autres et formant ainsi de longues séries rubanées interfasciculaires, nous arriverons nécessairement à cette première conclusion : que, dans toutes ses spécialisations, la cellule conjonctive, malgré son polymorphisme, reste toujours une, partout identique à elle-même.
Autres cellules du tissu conjonctif. — Le tissu conjonctif, considéré dans son ensemble, n'est pas uniquement composé de fibrilles conjonctives, de libres élastiques et de cellules connectives. Il contient encore d'autres cellules intimement mélangées aux premières, en proportions variables suivant les régions, et suivant les différenciations physiologiques du tissu. Ces éléments cellulaires sont :
a) . Les cellules adipeuses, simples cellules fixes susceptibles d'adiposité. Cet état chimique déterminé du protoplasme cellulaire représente une propriété phagocytaire spécialisée par rapport aux graisses de l'organisme, ces cellules adipeuses ne nous arrêteront pas pour le moment, elles rentrent indiscutablement dans la série des cellules connectives.
b) . Les cellules blanches appartiennent au système lymphatique. On leur distingue quatre variétés, toutes mobiles, contractiles, qui voyagent sans cesse dans les espaces lymphatiques du tissu, sortent des vaisseaux sanguins ou lymphatiques, y rentrent, flottent dans les cavités séreuses ou s'arrêtent dans les follicules lymphatiques du tissu réticulé, dans la rate, ou dans la moelle des os, afin d'y subir leurs élaborations mystérieuses et leurs multiplications physiologiques.
Ce groupe des cellules blanches est actuellement bien distinct du premier ; nous verrons plus loin s'il n'y a pas lieu d'établir quelque rapport plus intime entre les cellules migratrices du tissu conjonctif.
c). Les endothéliums forment un troisième groupe comprenant des cellules particulières ; ces cellules sont répandues en masse sur tous les points où le tissu conjonctif se tasse ou s'aplatit, se concentre en membranes séreuses ou s'enroule en gaines lamelleuses, suivant les nécessités contexturales imposées aux éléments sous-jacents.
Les endothéliums sont des éléments aplatis, soudés les uns aux autres. Ils naissent, pour la plupart, aux dépens du mésoderme comme les cellules connectives qu'ils accompagnent et recouvrent.
V endothèlium ne tapisse que des cavités virtuelles. Point important, et qui prouve que, d'une façon générale, l'endothélium doit être considéré comme un produitdu mésoderme, un élément d'origine conjonctive, c'est qu'il n'existe qu'à la surface de cavités virtuelles; il diffère en cela des épithéliums(l). Ainsi, pour ne prendre qu'un exemple, on conçoit comment l'épithélium pulmonaire n'est pas, à proprement parler, un endothélium. D'ailleurs, ainsi que nous le verrons, la pathologie des endothéliums diffère profondément des processus morbides supportés par les cellules épithéliales.
On ne saurait arguer que les cavités vasculaires sanguines ou lymphatiques sont, elles aussi, des cavités réelles comblées seulement par un liquide étranger. Le sanget la lymphe,
(!) Tout épithélium s'est développé aux dépens de l'ectoderme ou de l'endoderme. Les épithéliums sont destinés, en outre de leurs fonctions 3écrétoires plus ou moins spécifiques, à recouvrir des surfaces libres ou bien à tapisser des cavités réelles.
faisant partie intégrante du tissu conjonctivo-vasculaire, ne constituent pas des substances étrangères aux parois qui les limitent.
Nous irons plus loin, dans un moment, en nous efforçant de démontrer l'identité organique et embryologique des endothéliums et des cellules fixes connectives ; terminons tout d'abord l'énumération des cellules contenues normalement dans les mailles du tissu conjonctif.
d). On trouve dans ce tissu d'autres éléments cellulaires encore assez mal connus; ce sont :
i" Les cellules de Waldeyer;
2° Les grosses cellules granuleuses d'Ehrlich (mastzellen) ;
5° Les cellules à noyaux multiples de la moelle des os et du péritoine (Ranvier) ;
4° Les cellules hémoglobiniques de la moelle des os et de la rate ;
5° Les clasmatocytes de Ranvier ;
6,J Les cellules vaso-formatives (cellules de Ranvier).
Laissant de côté, pour le moment, les cellules de Waldeyer, les clasmatocytes qui n'en diffèrent peut-être pas et que nous étudierons bientôt, les cellules d'Ehrlich qui ne sont sans doute que des leucocytes ou des cellules fixes en voie de régression granuleuse, nous ne conserverons, pour notre démonstration, que les cellules vaso-formatives dont le rôle est indiscutable et que nous essayerons bientôt de retrouver en pathologie.
La triple coopération des cellules connectives, des endothéliums et des cellules blanches n'a rien de disparate. — D'une manière générale, c'est avec l'arsenal cellulaire constitué par le triple groupe des cellules connectives, des cellules endo-
théliales et des cellules blanches, que le tissu conjonctif élabore incessamment ses travaux de protection interstitielle, et de vascularisation sanguine et lymphatique.
A tout bien considérer, cette association d'éléments cellulaires n'est pas si complexe qu'on pourrait croire. Il est facile, en premier lieu, de réduire ce groupe et de fondre, en une seule classe, les cellules connectives et les endothêliums; l'anatomie elle-même nous y engage.
Identité de forme; soudures cime nt air es. En étudiant le tissu conjonctif diffus, par exemple, nous voyons que les grandes cellules connectives ont exactement la forme des endothêliums (Ranvier) ? Ces cellules minces, polygonales, régulières, étalées à la surface des faisceaux conjonctifs, à l'intérieur desquels elle ne pénètrent jamais, ne diffèrent des cellules endothéliales qu'en ce qu'elles ne se touchent pas par leurs bords (').
Dans le tissu conjonctif ordonné en tissu tendineux, les cellules connectives interfasciculaires, se placent bouta bout, forment, dans les espaces, des traînées cellulaires souvent fort étendues ; ces rubans cellulaires sont composés d'éléments rectangulaires, soudés les uns aux autres (*).
Nous voilà loin des cellules ramifiées, anastomotiques du tissu muqueux ou même du tissu conjonctif diffus. Que dire,
fl) Ranvier. — Tccliniquc liisfologiquc, 2ine éd., p. 281.
(2) Les cellules tendineuses, ainsi disposées en colonnes, ne diffèrent donc plus d'un endothélium par la non soudure de leurs bords, mais uniquement par le fait qu'elles ne recouvrent pas une surface : tout au contraire, elles comblent la cavité béante, entre les faisceaux tendineux. Ici, avec ses crêtes d'empreinte ménagées par les retraits des faisceaux tendineux, la série des cellules connectives dessine une colonne, un cordon protoplasmique plein, plus ou moins long, dont la surface irrégulière devient, cbez certaines espèces animales (les oiseaux, ou par exemple, la taupe), régulièrement cylindrique, comme chacune des cellules tendineuses qui la composent.
si l'on considère le tissu conjonctif lamelleux ou engainant ? Ici, les lames connectives qui ne contiennent jamais d'éléments dans leur intérieur, sont séparées les unes des autres par des cellules plates « formant parfais, dans la gaine lamelleuse des nerfs par exemple, une couche endothéliale continue» (Ramier). Ce qui veut bien dire, que tant que la couche cellulaire n'est pas continue, les cellules plates sont regardées comme des cellules connectives, mais qu'il faut les considérer comme endothéliales quand elles se touchent et forment une membrane continue. Il est difficile de justifier plus nettement notre identification entre les cellules fixes et les endothéliums C).
Identité de texture. Décomposition an atomique de Vendot hélium des séreuses en plaque et en protoplasma réticulé sous-cortical . D'autre part, les dernières recherches de Ranvier sur La texture anatomiqne des endothéliums (2) fournissent la démonstration la plus parfaite le notre thèse. Grâce à une technique des plus simples (:î), l'endothélium du péritoine
(') Ranvier va d'ailleurs plus loin dans cette voie, à propos delà description de la choroïde. Cette membrane est, comme on sait, composée de lames connectives superposées, entre lesquelles existent des cellules plates, finement pigmentées, étoilées chez certaines espèces animales, irrégulièrement polygonales chez d'autres, le chien par exemple. La cellule subit, au niveau de chacune des fibrilles connectives sur lesquelles elle s'appuie, une empreinte, à l'instar de ce qui se passe pour les cellules fixes des tendons ou de la cornée. Ces empreintes, si magistralement décrites par Ranvier dans toute la série des cellules connectives, existent également sur les cellules endothèliales de la gaine lamellenset des nerfs (Ranvier). N'est-il donc pas logique de conclure, de par l'anatomie même, à l'identité des endothéliums et des cellules connectives ?
(2) Ranvihr. — « De l'endothélium du périloùie et des modifications qu'il subit dans l'inflammation expérimentale. Comment il faut comprendre la guérison des plaies par réunion immédiate ». Comptes rendus, Académie des Sciences, T. CX1I, n° 16 (20 avril 1891), p. 84a.
Quelques gouttes d'acide osmique à 1 °/0 imprègnent, en 1 minute l/2 l'ëpiplocra d'un cobaye jeune; on lave à l'eau distillée, et l'on colore par une solution aqueuse de violet 5 B ou hexaéthylé. La coloration est rapide, on recouvre d'une lamelle et l'on procède à l'examen.
saisi vivant, dans sa forme, montre qu'il est composé de deux parties distinctes : i° une plaque endothéliale très mince, constituée par du protoplasma condensé, et formant le champ dont les limites s'imprègnent nettement par le nitrate d'argent ; 2° un protoplasma réticulé sous-jacent à la plaque, par conséquent en contact avec les travées conjonctives. Ce protoplasma granuleux n est pas individualisé \ il entoure le noyau de la cellule et le contient dans son épaisseur. Les travées protoplasmiques s'anastomosent entre elles et avec les travées semblables émises par les cellules endothéliales voisines. Si bien que, selon l'expression saisissante de Ranvier, un revêtement endothélial est une colonie cellulaire dont les éléments, quoique distincts, sont étroitemeut liés entre eux, non seulement par les lignes cimentaires interendothéliales rattachant les plaques les unes aux autres, mais encore par le réticulum protoplasmique diffus, sous-jacent aux lames cimentées.
Le rci icul uni protoplasmique sous-cortical des endothéliums est commun à toute V étendue d'une membrane séreuse. Le réticulum est commun à la totalité du revêtement endothélial. Cette disposition rappelle singulièrement les réseaux formés, d'après la belle description de Renaut (M, par les cellules fixes au sein du tissu conjonctif diffus.
Il est difficile de démontrer d'une manière plus satisfaisante que la cellule endothéliale n'est qu'une cellule connectée ayant tassé à sa surface libre une certaine quantité du protoplasme pour en faire une lame protectrice, lame endothéliale, qui se soudera aux lames voisines afin de compléter le revêtement.
(') Renaut. — Traité d'histologie pratique, 1889, ier fascicule, p. 201.
L'endothélium est une cellule connective temporairement spécialisée. Exemple tiré du tissu réticulé. Bref, les endothéliums sont des cellules connectives étalées à la surface du tissu conjonctif pour permettre les glissements et assurer la laxité nécessaire à la nutrition des tissus sous-jacents.
Lorsque, comme cela a lieu pour le tissu réticulé, les frottements cellulaires sont incessamment répétés, les cellules fixent disparaissent et laissent la place aux revêtements endothéliaux ; c'est pourquoi le tissu réticulé des follicules lymphatiques a transformé toutes ses cellules connectives et est engaînépar des cellules endothéliales qui protègent intimement ses fibrilles les plus délicates, et recouvrent même la paroi externe des capillaires sanguins (').
Par ce qui précède, nous voyons se poursuivre une identité à peu près parfaite entre les deux ordres de cellules.
Identité des endothéliums vasculaires et des cellules connectives. Différences apparentes résultant des adaptations : lames endothéliales cylindriques, vasculaires, tendineuses, nerveuses, etc. L'endothélium vasculaire n'échappe pas à cette similitude. Les seules différences consistent uniquement dans les adaptations nécessitées par le rôle particulier dévolu aux canaux vasculaires. Tout d'abord, la forme cylindrique des lames endothéliales constituant les vaisseaux sanguins ou lymphatiques n'a, par elle-même, rien de spécifique. D'une part, les vaisseaux lymphatiques, à leur origine, se présentent
(') Il arrive souvent, comme on le voit bien, soit à la surface des tendons, soit à la face interne des vaisseaux artériels ou veineux, que la couche endothéliale ne représente manifestement que la série la plus superficielle des cellules connectives : étalé en membrane et recouvrant immédiatement une ou plusieurs couches de cellules conjonctives rameuses, anastomotiques, l'endothélium protège alors, à la façon d'un vernis, les couches élémentaires sous-jaccntes.
d'ordinaire sous la forme de fentes plus ou moins anguleuses et nullement cylindriques ; et d'autre part, les endothéliums de recouvrement se disposent fréquemment ('), en tubes cylindriques au sein des diverses variétés du tissu conjonctif.
L'ordination cylindrique des endothéliums vasculaires n'a donc, à vrai dire, rien de bien particulier. La cavité vasculaire, prise dans son ensemble, n'est qu'un long boyau endothélial indéfiniment ramifié (-).
A n'en point douter, les parois qui limitent les cavités vasculaires et les canalisent ne sont que le résultat d'une condensation d'éléments du tissu connectif.
La seule différence qui semble séparer les tubes endothéliaux vasculaires des tubes endothéliaux tendineux ou nerveux
(!) Nous n'avons qu'à citer pour mémoire :
i° Les fines travées fibreuses de l'èpiploon, souvent engaînées par un véritable tube cndothélial reposant directement sur les fiibrilles connectives ;
2° Les faisceaux tendineux, dont les fibrilles conjonctives et élastiques sont entourées par une couche de substance protoplasmique sur laquelle se ramifient et s'anastomosent des cellules connectives, elles-mêmes recouvertes par une couche unique de cellules endothéliales, vaste tube cylindrique engainant, dans son intérieur, la colonne tendineuse ;
5° La gaine de Henle qui, selon la description de Ranvier, constitue, autour des faisceaux nerveux les plus petits, une enveloppe lamelleuse doublée d'une couche continue de cellules endothéliales dont la disposition en longs boyaux cylindriques est rendue évidente par l'imprégnation d'argent.
(-) Ces canaux endothéliaux sont renforcés, de place en place, et suivant les besoins de la région, par des couches concentriques de cellules connectives associées à des cellules musculaires. La masse élémentaire est fixée par la somme de trousseaux fibreux et de fibres élastiques, nécessaire pour le bon fonctionnement des vaisseaux ainsi créés.
Quant aux liquides contenus dans l'intérieur des vaisseaux, on ne peut nier que la lymphe prenne son origine dans l'intimité même du tissu conjonctif. Ces sucs vont finalement se déverser dans le sang du système cave supérieur. Le sang, lui-même, n est qu'un composé de lymphe et de globules rouges ; il creuse son chemin, dès les premiers moments de la vie embryonnaire, dans les mailles du tissu conjonctif. En somme, sang et lymphe, ne représentent, au point de vue anatomique, qu'une portion spéciale et mobilisée du tissu conjonctivo-vasculaire : nouvelle adaptation, hautement différenciée, propre aux animaux supérieurs, d'une petite partie, grande par ses fonctions, de la masse cellulaire du mésoblaste.
consiste essentiellement en ceci, que, dans les vaisseaux, rendothélium s'offre par sa face concave, c'est-à-dire par sa plaque protoplasmique condensée à la pression et aux frottements exercés par la colonne sanguine; au contraire, c'est par sa face profonde, par ses réseaux protoplasmiques, non individualisés, que l'endothélium répond au faisceau tendineux ou nerveux ; sa plaque condensée présentant à l'extérieur sa résistance aux frottements et au glissement des tissus adjacents.
La double couche endothéliale (endothèle externe, endothèle interne) des capillaires sanguins, des follicules lymphatiques ; le périthélium d'Eberth. Bien plus, dans certaines parties du système vasculaire, dans le tissu réticulé, au sein du follicule lymphatique, on voit le capillaire sanguin présenter, pour ainsi dire, à la fois l'une et l'autre de ces deux dispositions. Là, le tube endothélial vasculaire sanguin, qui donne attache aux fibrilles ténues du tissu conjonctif réticulé, est recouvert par une natte de tissu réticulé et par une couche endothéliale péricapillaire qui l'engaîne d'une manière continue ('). Voilà une combinaison, remarquable entre toutes, qui met en contact intime et oppose par leurs faces protoplasmiques l'endothélium du vaisseau sanguin et l'endothélium du tissu conjonctif, c'est-à-dire l'endothélium sanguin et l'endothélium connectif.
Le périthélium d'Eberth, constitué comme on sait par une couche discontinue de cellules connectives attachées à la
(l) Sauf peut-être aux points d'attache du réticulum fibrillaire. On sait que pour Rnnvier (lac. cit., p. S30) les fibres du réticulum, loin de s'attachera la face externe du vaisseau capillaire, s'y infléchissent et s'y anastomosent en formant comme une natte, véritable tunique adventice réticulée des vaisseaux capillaires. Voy. la fig. 240, p. 527 du Traité technique d'histologie, 2e édition.
surface des capillaires sanguins, ne diffère que par sa discontinuité, de f endothélium péricapillaire (4) dont nous venons de parler.
Les endothéliums sont des cellules eonnectives utilisées dans un but de protection. Le point nous paraît acquis : les endothéliums, quels qu'ils soient, n'ont rien de spécifique; ce sont de simples cellules eonnectives utilisées dans un but qui semble être principalement la protection et la nutrition des tissus sous-jacents. Tous ces détails nous serviront bientôt en pathologie.
Cette protection exercée par les endothéliums est sans doute efficace à l'état normal. Cependant on sait, depuis les beaux travaux de Ranvier, que la membrane séreuse du péritoine et en particulier, les replis épiploïques, sont incessamment en butte à des traumatismes exercés par les cellules blanches qui émigrent normalement dans la cavité séreuse. Les endothéliums subissent, tant au niveau de leurs lignes cimentaires d'attache, qu'à travers leur propre protoplasme, le passage des leucocytes migrateurs ; il en résulte des trous qui deviennent peu à peu les orifices épiploïques. Ces perforations une fois produites, les cellules endothéliales voisines s'efforcent non de les remplir, mais de les border. Aussi, des remaniements incessants de l'endothélium de la séreuse ont-ils lieu, remaniements auxquels la prolifération par karyokinèse des cellules séreuses semble ne pas suffire. Ranvier estime, en effet, que nombre des petites cellules
0) Ranvier, — Loc. cit., p. 450 : « dans la grande cavité représentée par le tissu con- « jonctif diffus, les cellules eonnectives sont donc disposées dans les vaisseaux capillaires « de la même façon que sur les faisceaux de fibrilles, et, en se plaçant à ce point de « vue, on peut dire qu'un capillaire sanguin et un faisceau connectif sont des équiva- « lents. »
endothéliales, contrastant par leur faible volume auprès des larges endothéliums, voisins, dérivent sans doute d'une cellule migratrice qui, n'ayant pu poursuivre sa route dans l'épaisseur de la membrane, s'est étalée à sa surface (*).
Origine leucocytique des petites cellules endothéliales des irons épiploïques. Nous arrivons ainsi à une importante question, celle de Y origine des cellules endothéliales, ou, ce qui est tout un, des cellules connectives.
Une cellule blanche, un leucocyte peut-il produire une cellule connective, et par conséquent un endothélium ? et, s'il en est ainsi, laquelle, parmi les quatre variétés connues des cellules blanches, est destinée à ces hautes fonctions ?
Si l'origine leucocytique des cellules connectives était dé montrée, notre unification anatomique des éléments du tissu conjonctif serait parfaite.
Il ne faut pas dissimuler que la solution du problème est fort délicate. A mon humble avis, l'affirmation d'un expérimentateur de la valeur de Ranvier suffit ; cependant, rien n'empêche d'accumuler les preuves, pour une telle démonstration.
Anatomie des cellules blanches
Leurs quatre variétés; leur rôle en physiologie ; leurs corrélations avec les cellules fixes et avec les endothéliums ; leurs métamorphoses. — Reprenons les globules blancs et les quatre variétés de ces cellules incolores, et voyons-les à l'œuvre.
Les quatre variétés de cellules blanches. .Parmi les nombreuses classifications, proposées pour l'étude des cellules blanches,
(') Ranvier. — Loc ci/.} p. 310.
on s'accorde actuellement, depuis les remarquables travaux d'Ehrlich, de Flemming, à leur décrire quatre principales variétés :
i" Les petites cellules Manches possédant un gros noyau recouvert d'une mince couche protoplasmique ; ce sont les lymphocytes de certains auteurs. Ce dernier terme, par lequel on les désigne souvent, correspond à une inexacte interprétation ; car on ne les rencontre pas uniquement dans la lymphe : elles proviennent également de la pulpe splénique et des autres foyers générateurs des globules blancs.
On trouve d'ailleurs une série d'éléments intermédiaires entre ces petites cellules blanches et :
2° Les gros globules blancs ou leucocytes mononucléaires constitués par un protoplasma cellulaire abondant muni d'un gros noyau facilement colorable par toutes les couleurs d'aniline, réaction histo-chimique importante.
Ce volume du noyau, joint à sa forme ovalaire ou réniforme, correspond à une composition chimique différente de la première variété. En effet, le noyau du lymphocyte possède une substance nucléaire plus tassée, plus vivement colorable par les couleurs d'aniline. Le noyau du gros globule mononucléaire contient une plus grande proportion de substance liquide et se colore moins énergiquement.
5° Les leucocytes éosinophiles représentent la troisième variété. Leur noyau, unique, est bilobé, ovalaire, quelquefois plus ou moins contourné. En outre, le protoplasma cellulaire contient un très grand nombre de granulations très réfringentes, désignées par Ehrlich sous le nom & éosinophiles, à cause de leur caractère histo-chimique. En effet, la cellule ne se colore bien que par les couleurs acides d'aniline, et particulièrement par l'éosine, la plus employée à cet effet.
Ces cellules blanches éosinophiles sont rares dans le sangnormal. Elles acquièrent, par contre, une valeur diagnostique importante lorsqu'on les y rencontre en plus ou moins grande abondance; car elles révèlent presque toujours alors la leucémie, et principalement la forme myélogène de cette maladie du système lymphatique.
4° La quatrième variété, fort intéressante, des globules blancs est formée par les globules blancs polynucléaires ou leucocytes neutrophiles d'Ehrlich. Leur noyau est très foncé, multiple ou en voie de multiplication avancée ; il renferme une très grande quantité de substance chromatique et le protoplasma cellulaire contient des granulations qui ne se colorent bien que par les matières colorantes neutres ('), d'où le nom donné à cette variété de cellule blanche.
Ces quatre espèces de leucocytes sont contractiles ; les mouvements amiboïdes constituent même un de leurs caractères génériques les plus plus fondamentaux. Leur protoplasma peut renfermer, selon les cas, une certaine quantité de matière glycogène et de graisse.
Leur volume diffère suivant les variétés et suivant les régions où on les rencontre (2).
([) On utilise ordinairement les couleurs basiques d'aniline (bleu de méthyle, violet de gentiane, fuchsine) qui colorent vivement les noyaux et laissent incolore le protoplnsma des neutrophiles. L'emploi d'un mélange d'une couleur basique et d'une couleur acide (éosine et bleu de méthyle par exemple) peut donner d'excellents résultats. Lhrlich a proposé différentes formules qui permettent de colorer, d'un s^ul coup, toutes les cellules blanches des quatre variétés.
C2) C'est ainsi que, dans le sang, leur diamètre peut osciller entre 4 et 14 ;x, alors que dans le canal thoracique (du chien) ils mesurent 10 u. et que, dans les cavités séreuses ils acquièrent 5 à 20 tx et même davantage.
Cette dernière dimension (20 a) n'est jamais atteinte par les globules blancs dans les vaisseaux sanguins ou lymphatiques, preuve qu'en émigrant dans la cavité séreuse le protoplasma contractile a subi d'importantes modifications chimiques (Ranvier).
Ils occupent les étendues immenses du système lymphatique, y compris la moelle des os, la rate, le sang lui-même. Us naissent dans l'intimité du tissu lymphatique, principalement dans les follicules du tissu réticulé de la pulpe splénique, dans la moelle osseuse.
Seules peut-être, du moins chez les animaux vertébrés, les cellules éosinophiles semblent provenir exclusivement de la moelle des os.
Développement et évolution des quatre variétés de cellules blanches. Quoi qu'il en soit, il paraît résulter des recherches modernes que l'évolution des quatre variétés de cellules blanches se fait habituellement de la façon suivante : les petites cellules blanches, nées dans les foyers spéciaux (centres prolifératifs des follicules lymphatiques ganglionnaires, spléniques, etc.) pénètrent dans le sang proprement dit; c'est là, que s'opère la série des transformations : les lymphocytes y deviennent cellules mononucléaires (*).
Mode de multiplication des cellules blanches. La multiplication des cellules blanches se fait surtout par le procédé de la division directe du noyau. Cependant, la karyokinèse intervient également dans le mode de reproduction des leucocytes; et, détail qui a sa valeur, ce n'est pas seulement dans le torrent circulatoire sanguin, en plein tissu oxygéné par conséquent, que la karyokinèse des leucocytes peut avoir
(') Cette opération s'effectue également dans l'intimité de la moelle osseuse. Dans la rate, les innombrables petites cellules blanches nées à l'intérieur d'un corpuscule de Malpighi, en sortent et se transforment en grosses cellules de la pulpe splénique, analogues aux grosses cellules mononucléaires du sang et les dépassant même en volume.
Dans aucun organe producteur des globules blancs on ne trouve autant de cellules neutrophiles que dans le sang rouge proprement dit ; c'est même à l'intérieur des vaisseaux sanguins des organes hématapoïétiques que les cellules neutrophiles sont le plus abondantes.
lieu ('), c'est même au sein du tissu conjonctif, alors que les cellules blanches effectuent leurs migrations et leurs métamorphoses. Toutefois, il semble résulter des recherches récentes que, seules, les grosses cellules mononucléaires possèdent la propriété karyokinétique. Les trois autres variétés ne jouiraient que de la division directe.
Rôle physiologique des cellules blanches. Phagocytose. — Au point de vue physiologique, on connaîtl'attraction extrême que possèdent les cellules blanches pour l'oxygène Cette soif d'oxygène accélère indiscutablement les migrations incessantes des cellules blanches à travers les tissus.
Une autre propriété non moins remarquable accordée aux mêmes éléments est la phagocytose (?) . Toutefois, les quatre variétés de leucocytes ne possèdent pas également cette fonction ; elle n'est dévolue qu'à deux espèces : aux grosses cellules mononucléaires et aux cellules polynucléaires ou neutrophiles. Les lymphocytes sont des éléments trop jeunes, trop peu protoplasmiques pour posséder un pareil pouvoir qui s'exerce à l'aide de la matière organique extranucléaire.
Ce sont tout particulièrement les éléments blancs dits neutrophiles qui deviennent phagocytes au plus haut degré.
([) Les recherches de Pereniechko, Spronck, Gulland, Flemming ont bien établi cette notion fort importante.
(2)Ranvier. — Technique, hist., p. 144 et 531. Cette propriété remarquable qu'ont les leucocytes de courir à la recherche de l'oxygène, et qui en fait des organismes aérobies par excellence, a permis à Ranvier de démontrer d'une manière ingénieuse la multiplication exubérante des leucocytes au sein des follicules et des cordons folliculaires des organes lymphatiques. Les recherches récentes de Flemming «die Zellvermehrung in den Lymphdriisen. » Arch. f. mikros. Anat. ,1885, y ont établi la multiplication karyokinétique des cellules blanches.
Mhtchnikou-. — Virchow's Arch. Bd. CVII, et Leçons sur l'Inflammation faite a l'Institut Pasteur, 1891.
Quant aux cellules éosinophiles dont le protoplasma granuleux semble déjà subir une sorte de travail régressif, on ne les voit jamais englober un corps étranger quelconque, globule rouge, poussière ou microbe; elles ne sont donc pas phagocytes. D'ailleurs, ainsi que les remarquables travaux de Metchnikoff l'ont démontré, la phagocytose ne s'exerce pas aveuglement sur toutes les substances mises au contact des cellules capables de les manger. Pour des raisons multiples, encore obscures, que nous aurons à rechercher bientôt, s'il est vrai que les cellules blanches mangent indistinctement les poussières inactives, insolubles (carmin, charbon, etc.), elles choisissent ou refusent, par une sélection bien curieuse, tels ou tels micro-organismes actifs et bien vivants. A ce point de vue, les leucocytes mononucléaires et les neutrophiles semblent se partager la besogne : c'est ainsi, pour ne citer qu'un exemple, que le bacille de la lèpre est refusé par les leucocytes polynucléaires et englobé par les cellules blanches mononucléaires
Évolutions des cellules migratrices. Nous utiliserons plus tard cette sélection des diverses cellules microphages et macrophages à l'égard des microbes pathogènes. Contentons nous, pour le moment, de rechercher ce que deviennent les cellules blanches dans l'organisme. Deux points paraissent définitivement acquis, à cet égard : en premier lieu, ces amas protoplasmiques, si vivants, jouissent non 'seulement de la contractilité mais encore d'une énergique mobilité; éléments
(') Il paraît résulter des expériences de Metchnikoff que, dans les processus inflammatoires aigus, les leucocytes polynucléaires (cellules neutrophiles) travaillent le mieux, alors que l'inverse se produirait dans les phénomènes inflammatoires chroniques où les grosses cellules mononucléaires manifesteraient le plus leurs propriétés phagocylaires.
migrateurs, les seuls de l'organisme qui aient, comme l'a démontré le premier Recklinghausen, le droit d'errer normalement à travers les tissus, ils servent à la nutrition des organes. En second lieu, il semble certain qu'ils doivent être utilisés par l'organisme pour les restaurations que l'usure, c'est-a-dire la vie, rend inévitables dans l'intimité du tissu conjonctif.
Mœurs diverses des cellules Manches suivant leurs divers liabitats ; fixation, endothélialisation des cellules blanches. — Une seconde notion qui ressort de l'étude histologique des tissus vivants, c'est que les cellules blanches se comportent différemment selon leurs habitats : dans les canaux vasculaires, le protoplasma demeure pelotonné en sphère, roulant inerte dans la lymphe, se multipliant peu au milieu du sang oxygéné.
Au niveau des cavités séreuses, les cellules blanches subissent des modifications importantes tant dans leur composition chimique, comme nous l'avons vu, que dans leurs attributions fonctionnelles (').
(') Un certain nombre d'entre elles se logent dans les trous de la séreuse, trous creusés par les générations qui les ont précédées ; elles y demeurent un temps variable, pendant lequel elles jouent le rôle d'obturateurs vivants, sortes de clapets à lèvres mobiles, laissant, quand il le faut, plus ou moins perméables les stomates lymphatiques qui donnent accès dans les vaisseaux blancs sous-séreux.
D'autres globules blancs vont tapisser, au niveau du diaphragme, les puits lymphatiques du centre phrénique qui, grâce aux vaisseaux et fentes lymphatiques intermédiaires, mettent en communication directe les deux séreuses pleurale et péritonéale. Ce pavage continu des parois des puits du centre phrénique, effectué par les cellules blanches, ne diffère d'un pavage endothélial que par le tassement des éléments nucléaires et par l'absence d'une lame endothéliale sécrétée à la surface du protoplasma cellulaire.
Nous avons reconnu précédemment les cellules blanches intra-péritonéales susceptibles de former, in situ, des jeunes cellules endothéliales, sans avoir besoin de passer au préalable par la métamorphose connective. Il est vraisemblable qu'il en est de même pour les autres membranes séreuses, à l'état normal comme à l'état pathologique.
Métamorphoses des cellules blanches contenues dans les cavités séreuses ou dans les espaces interstitiels; tuméfaction, paralysie, transformation granuleuse . — Les cavités séreuses contiennent encore d'autres éléments cellulaires incolores que les histologistes modernes s'accordent à considérer comme des cellules blanches modifiées. C'est ainsi que si, à l'exemple de Ranvier (L), on procède à l'examen de la sérosité péritonéale d'un grand nombre d'animaux vertébrés vivants, on y trouve, outre la présence constante de globules rouges normalement diapédéses, un certain nombre de grosses cellules blanches, immobiles, mesurant 20 à 25 p chez le rat, sphériques, chargées de granulations (2) réfringentes, avec, au centre, un noyau globuleux moins réfringent que le reste de la cellule.
Ces cellules, on le voit par les détails qui précèdent, ressemblent singulièrement aux grosses cellules granuleuses et décrites par Ehrlich sous le nom de mast^ellen dans le tissu conjonctif et considérées par cet auteur comme provenant des cellules fixes (8).
Ces cellules granuleuses de la sérosité péritonéale, sont
(1) Ranvihr. — « Sur les éléments anatomiques de la sérosité péritonéale, » Comptes rendus de V Académie des Sciences. T. CX, n° 15 (14 avril 1890) p. 768.
(2) Ces granulations, sphériques chez le rat, l'axolotl, la salamandre maculée, non sphériques et le plus souvent en bâtonnets chez le triton crêté, résistent à l'alcool, ne sont pas accessibles à l'osmium et se colorent vivement par les couleurs d'aniline.
Les mast^ellen d'Ehrlich sont gorgées de granulations qui ne se colorent bien que par les couleurs basiques d'aniline. Leur noyau, au contraire, ne prend pas les couleurs basiques.
La méthode pour les mettre en évidence est la suivante :
Préparer une solution de violet dalhia presque saturée dans l'alcool au tiers; ajouter au moment de s'en servir de l'acide acétique cristallisable en proportion variable suivant la nature et l'épaisseur des coupes (de 7 lj.2 à 12 4/2 en volume) ; laisser séjourner la coupe 12 à 24 heures dans cette solution acétique de violet dalhia ; traiter la coupe par alcool absolu au sortir du bain, en bien surveiller l'action; passer au xylol; monter dans le
bien manifestement des cellules blanches qui, après un séjour indéterminé dans la cavité séreuse, y subissent une désagrégation totale, terme probable de leur évolution. Les granulationsqui les composent, mises alors en liberté, sontmangées et, selon toute probabilité, digérées par les cellules lymphatiques vivantes. Il est bon d'ajouter dès à présent, que l'on rencontre chez le rat, de pareilles cellules granuleuses à l'intérieur de l'épiploon et du mésentère, en plein tissu conjonctif fasciculé. Chez l'homme, nous retrouverons bientôt ces cellules granuleuses dans une foule de lésions inflammatoires chroniques ou subaiguës (Voy. Pl. IV, fig. 2).
Gigantisme (cellules géantes polynucléaires des cavités séreuses). La désintégration granuleuse n'est pas la seule métamorphose que l'on puisse surprendre, pendant la vie même, en examinant les cellules blanches de la sérosité péritonéale. Chez le chat, par exemple, Ranvier a trouvé encore un certain nombre de grosses cellules blanches ayant perdu leur contractilité amiboïde, sphériques ou ovoïdes, lisses ou bosselées, souvent vésiculeuses, et mesurant de 20 à 30, 50 et 100 p. et môme davantage. Ces cellules, une fois mortes, montrent un grand nombre de noyaux dans leur intérieur. Il s'agit donc de véritables cellules géantes, à noyaux multiples, physaliphores, absolument comparables aux cellules gigantesques décrites dans le cancer colloïde du péritoine de l'homme, et pouvant servir de transition entre les cellules
baume au xylol. Les granulations des mast;ellcn apparaissent d'un beau violet bleu foncé.
Nous avons souvent obtenu d'excellentes préparations avec la safranine après un séjour prolongé des coupes dans un bain composé, selon la méthode de Cornil, mi-partie de safranine à l'eau et mi-partie de safranine en solution alcoolique. Le bleu phéniqué de Kiïhne donne également de très belles préparations.
blanches et les cellules géantes de la moelle des os (masses protoplasmiques à noyaux multiples, myéloplaxes).
Métamorphose des cellules blanches en cellules eonneetives. Au milieu du tissu conjonctif diffus, les cellules blanches cheminent parmi les espaces lymphatiques qu'elles ont abordés soit par le procédé diapédétique, soit en perforant les revêtements endothéliaux des séreuses. Si un grand nombre d'entre elles passent, appelées cà d'autres destinées, certaines autres s'y fixent et se métamorphosent en cellules eonneetives, ainsi que Metchnikoff a pu expérimentalement le démontrer (') sur les larves du triton et de l'axolotl.
Chez les mammifères, la transformation du gros leucocyte mononucléaire en cellule connective semble pouvoir s'opérer, au moins dans les processus inflammatoires, par la formation d'éléments que nous étudierons bientôt sous le nom de cellules épithélioïdes.
Nouvelle métamorphose des cellules blanches : clasmatose et clasmatocytes. Mais là ne s'arrête pas la série des transformations physiologiques des cellules blanches à l'intérieur des espaces lymphatiques du tissu conjonctif; il y a encore un processus fort remarquable, connu depuis peu et dont nous devons la description au professeur Ranvier (2) : c'est la clasmatose.
(') Metchnikoff. — «Leçons sur l'inflammation, » Loc. cit., 1 891 . Chez ces animaux, les cellules émigrées dans le tissu conjonctif possèdent un noyau multilobulé. La cellule qui va se fixer unifie son noyau, comme Ta vu Flemming chez les jeunes salamandres ; la multinucléation n'est donc pas, comme on le croyait, un signe de dégénération ultime. Bientôt les prolongements amiboïdes deviennent ramifiés, ils se fixent définitivement, et la cellule connective est constituée.
(-) Ranvifr. — « Des clasmatocvles. » Comptes rendus de V Académie des Sciences, T. CX, n° 4 (27 janvier 1890) p. 165.
En employant une technique remarquablement simple (M, on aperçoit, dans les mailles du tissu conjonctif, d'énormes cellules arborisées, plus souvent fusiformes chez les mammifères; ces cellules, appelées par Ranvier clasmatocytes, sont colossales; elles peuvent atteindre des dimensions invraisemblables, 500 p et 1000 p. (un millimètre).
Elles sont immobiles. Leurs prolongements, simples ou ramifiés, ne s'anastomosent jamais avec ceux de leurs congénères ; ils sont alternativement renflés et rétrécis, moniliformes et leurs parties renflées contiennent de nombreuses granulations arrondies, très tassées. Entre les renflements protoplasmiques, la substance cellulaire s'effile, se réduit souvent en minces filaments. Ces filaments disparaissent en détachant du prolongement cellulaire un ou plusieurs des renflements granuleux qui, dès lors, deviennent libres dans les mailles du tissu conjonctif. C'est surtout à l'extrémité des prolongements du clasmatocyte que cette libération des renflements granuleux se produit. D'ailleurs, les prolongements se terminent toujours par des sortes de bourgeons granuleux (2) qui se détachent, se fragmentent et mettent en liberté des grains protoplasmiques bientôt répandus dans les espaces lymphatiques.
Importance de la chismatose. Le nombre de ces énormes cellules, vouées à la fragmentation, est considérable. On a pu
(') Il suffit de laisser tomber sur la surface d'une membrane séreuse quelques gouttes d'une solution d'acide osmique à 1 0 0. Au bout d'une à deux minutes, on lave à l'eau distillée; puis on colore avec une solution aqueuse étendue de violet de méthyle 5 B (pratiquement, une partie de solution aqueuse concentrée pour 10 parties d'eau distillée); recouvrir d'une lamelle et examiner.
(-) Ranvier a vu également des bourgeons se former sur les parties latérales des pro longements clasmatocytiques ; ces bourgeons se détachent, se fragmentent et produisen des grains de la même façon que les bourgeons terminaux.
en compter plusieurs milliers par millimètre cube dans le tissu conjonctif des mammifères.
Si l'on tient compte de leur volume énorme, cent fois supérieur à celui d'un leucocyte, on ne peut s'empêcher de considérer comme très importante cette élaboration si particulière de la matière protoplasmique vivante. Les grains ainsi jetés dans la lymphe interstitielle doivent indubitablement servir à la nutrition des éléments et à l'élaboration des tissus.
Le clasmatocyte est une cellule blanche émigrée dans les espaces interstitiels. D'ingénieuses expériences de Ranvier ont démontré que chaque clasmatocyte est une cellule blanche ([) émigrée hors des vaisseaux sanguins ou des appareils lymphatiques. Nous verrons bientôt le rôle capital que ces éléments, naguère encore méconnus, sont appelés à jouer dans les processus inflammatoires.
La substance amorphe interstitielle
Terminons l'énumération de ces notions d'anatomie générale, indispensables pour les développements qui vont suivre, en rappelant que les substances intercellulaires, élaborées par le tissu conjonctif, consistent non seulement en fibrilles connectives ou élastiques, mais en une substance amorphe intercalaire.
Valeur de la substance protoplasmique, amorphe interstitielle, annexée au tissu conjonctif. Son rôle possible en pathologie. Cette substance est presque liquide, à peine co-
(!) Cet éminent observateur a, en effet, pu suivre, in vitro, la transformation progressive de cellules lymphatiques en clasmatocytes. Il a donc le droit d'affirmer que les clasmalocytes sont des leucocytes fixés, hypertrophiés d'une façon spéciale, et bien différents des cellules connectives.
lorable, remplie de mucine et baigne de tous côtés les cellules conjonctives rameuses anastomosées dans le tissu conjonctif naissant ou tissu muqueux. Elle se condense, se raréfie et se localise autour des faisceaux connectifs dans le tissu conjonctif diffus et tendineux, en leur formant une sorte de gaine protoplasmique amorphe, vivement colorée en rouge par le picro-carmin, qui cloisonne les faisceaux primitifs (*) et que l'on ne peut confondre avec les cellules connectives étalées à sa surface.
Cette substance interstitielle anhiste, que l'on doit distinguer avec soin de la lymphe interstitielle, constitue dans les membranes séreuses, cette mince pellicule membraniforme, colorée en rose parle picro-carmin et qui comble les espaces compris entre les faisceaux connectifs du tissu sous-endothélial (2).
C'est encore elle qui, dans la portion interne de la couche conjonctivo-élastique sous-endothéliale de l'endartère, se colore par le carmin et qui, associée à des fibrilles élastiques excessivement fines, contribue à former la substance fondamentale vaguement fibrillaire interposée entre les couches des cellules connectives ramifiées et anastomotiques.
Elle mérite par conséquent de nous arrêter. Elle représente, dans le tissu conjonctif proprement dit, la substance intercellulaire fondamentale. Sur les points où le tissu conjonctif se métamorphose en cartilage, on la voit, chargée de chondrine, se transformer en substance fondamentale et s'excaver pour
([) Raxvier. — Technique hist., p. 274.
(-) Ranvier. — Technique hist., p. 301, fîg. 140. On doit colorer la mésentère au carmin ammoniacal et traiter la membrane par la demi dessication après lavage au pinceau. La membrane anhiste inter-fasciculaire est d'une minceur telle que les couleurs d'aniline ne parviennent pas à la mettre en évidence.
loger les capsules cartilagineuses. Enfin quand, sous l'influence d'une force inconnue, la cellule connective s'ossifie, c'est encore cette matière interstitielle qui, se creusant de fins canalicules destinés aux expansions des ostéoplastes, formera les lamelles osseuses concentriques au canalicule de Havers. Alors, gorgée d'osséine, elle s'infiltre de sels calcaires, assurant ainsi la résistance et la spécificité du tissu osseux néoformé.
Nojis aurons maintes occasions de retrouver, en pathologie, cette substance amorphe interstitielle, et de chercher le rôle qui lui incombe dans les différents processus inflammatoires.