‹ L'influence d'un livre [microforme]Chapitre 4 sur 20 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

LE MEURTRE. blabl St rs Troi | pein!

4 Et c’est le meurtre qui vient, froidement médité, publ 14 Flairer ta gorge nue et t’ouvrir le côté. les a (BerTAUD.) deya | Murder, most foul. se I | à (SHAKESPEARE.) Autt D Je conçois bien que l’espagnol vindicatif N Mr || attende son ennemi au détour sombre d’une K "°"* forêt et lui plonge son poignard dans le cœur ;. His” 1 J que le Corse sauvagt attende sur le haut d’un LP | ravin l’objet de sa vendelte, et, d’un coup de sa es carabine l’étende à ses pieds ; que limpétueuse FE italienne porte un stylet à sa jarretière et perce Hat le sein d’un amant infidèle ; 1l y a quelque chose der de grandiose dans leur action ; le premier appelle di sa vengeance “ le plaisir des Dieux,” et dit avec a le poète auglais que “c’est une vertu.” Le n second a une dette sacrée à payer : son père Le peut-être la lui a laissée ! La troisième a son | L excuse dans la passion l: plus puissante du cœur d'u: humain ! l’amour, source de tant d'erreurs. Elle été

ne conçoit pas qu’on puisse aimer et supporter de l'indifférence ; elle veut que le jeune Anglais,

ERTAUD.)

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vindicatif re d’une

e cœur ;.

aut d’un p de sa pétueuse et perce ue chose r appelle dit avec tu.” Le on père le a son du cœur rs. Elle Jorter de Anglais,

aux cheveux blonds, boive la coupe des passions, comme elle, fille du Midi à la longue chevelure noire, à l’âme de feu ! .... Mais ce que je ne puis concevoir et ce qui répugne à la raison, c’est qu’un être, auquel on ne peut refuser le nom d'homme, puisse s’abreuver du sang de son sem-

à blable pour un peu d’or....

Sur les bords de la charmante rivière des Trois-Saumons est une jolie maison de campagne peinte en rouge qui touche, au côté sud, à la voie publique et, au côté nord, au fleuve St. Laurent ; les arbres qui la couvrent de leur feuillage, sur le devant, invitent maintenant le voyageur fatigué à se reposer ; car c’est à présent une auberge. Autrefois ce fut la demeure d’un assassin, et ses murs, maintenant si propres et si blancs, ont été

1 rougis du sang du malheureux qu’un destin fatal

avait conduit sous son toit.

Au tems dont je parle, elle était occupée par Joseph Lepage, homme chez lequel deux passions seulement s'étaient concentrées ; l’une qui n’a de nom que chez la brute, et l’autre, celle du tigre : la soif du sang. Il pouvait, comme la tigresse d'Afrique se reposer près du cadavre qu’il avait étendu à ses pieds et comtempler de son œil sanglant, sa victime encore palpitante.

Qui pourrait peindre cette malédiction de Dieu incarnée ? Personne. ... Essayons au moins d’en donner une faible esquisse. Cet homme était d’une taille et d’une force prodigieuses : il eût été bien proportionné sans son immense poitrine ;

son front était large et proéminant et deux sourcils épais couvraient deux os d’une grandeur déme-

surée sous lesquels étaient ensevelis, dans leur |

orbite creux, ses yeux sombres et étincelans. Son nez aquilin couvrait une bouche bien fendue sur

laquelle errait sans cesse un sourire de bagne, ce |

sourire qu’on ne voit guère que sur le siège des prévenus, qui les abandonne dès qu'ils entrent au

cachot et qu’ils reprennent lorsque les prisons les |

revomissent au sein ds ia société. Deux protubérances qu’il avait derrière les oreilles l’auraient fait condamner sans témoins par un juge phrénologiste. Ses manières, quoïiqu’engageantes, inspiraient la défiance ; et l'enfance même qu’il cherchait à capturer s’enfuyait à sa vue.

Il était assis sur le seuil de sa porte, vêtu d’une

longue robe de chambre, le 6 Septembre 182— |

lorsqu'un colporteur s’approcha de lui pour lui demander s’il desirait acheter quelques marchandises. Ilse leva aussitôt et le pria d’entrer, après Pavoir fait asseoir et invité à se rafraîchir ; il lengagea, vu que le soleil était bientôt près de se coucher, à passer la nuit chez lui. Le jeune homme, qui s’appelait Guiilemette, refusa d’abord ; mais celui-ci ayant fait observer qu’il y avait beaucoup de chasse aux environs et lui ayant offert un fusil, il se décida à rester et accepta ses offres. Il prit le fusil et sortit accompagné de son hôte. Ils aperçurent un jeune homme, en habit de voyageur, qui venait à eux et qui s’arrêta lorsqu’il les eut joints.

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Le nouvel arrivé était d’une belle taille et sa mise très-recherchée ; les traits de son visage, d’une beauté rare, annonçaient la fatigue jointe à ue mélancolie habituelle. Il salua le compagnon de Lepage qui, le reconnaissant, lui rendit son salut, en lui disant :—Vous paraissez fatigué Mr. de St. Céran ; venez-vous de loin ?

—J’arrive des pays d’en-haut, répondit ce dernier.

—Âllez-vous plus loin ce soir, François ?

—Non je profite de l'offre obligeante de monsieur et je vais coucher chez lui ; et vous ?

Ici la physionomie de Lepage se rembrunit.

Il avait intérêt à ce que personne ne sût que le malheureux colporteur passait la nuit dans sa demeure.

Je vais marcher encore une demi-heure et je crois que je logerai ce soir chez un de mes amis—- | Adieu je suis pressé. Îl continua sa route. Guillemette prit le chemin du rivage et après avoir chassé près d’une heure, il rentra au logis pour souper. Îl trouva la table mise et se mit à man-

er de bon appétit. La conversation roula pendu le repas sur ses spéculations et il ayoua franchement à son hôte qu’il n’avait vendu que pour onze louis depuis son départ de la capitale. Après avoir pris quelques verres de vin qui contenaient

! un fort narcotique que Lepage y avait jeté à son

insu, il manifesta le désir de se reposer, et se jeta sur un petit lit où il ne tarda pas à s’endormir.

de l’en

Alors commença le drame horrible dont nousk,,;.eme allons entretenir nos lecteurs. Lepage, jusqu’a-R x 6t lors accoudé sur la table et enseveli dans les rê-h,. en veries, se leva et fit quelques tours dans la cham-È;tère bre à pas lents, puis s’arrêta près de l’endroit où dor- &;;: sur mait sa victime. 1] écouta, d’un air inquiet, son Ens le sommeil inégal et entrecoupé de paroles sans Ext a suite. ‘Il n’est, pas encore entièrement sous Æ btte s ‘“ influence de l’opiat” se dit-il et il retourna s’asseoir sur un sopha. La lumière qui brûlait k 'étrei sur la table laissait échapper une lueur lugubre dant, qui donnait un relief horrible à son visage sinis- Lit de tre enfoncé dans l’ombre ; relief horrible, non nt de par l’agitation qui se peignait sur des traits d’a- Ep eut cier, mais par le calme muet et l’expression d’une 4 nd

qui tre

tranquilité effrayante. Il se leva de nouveau, ie, s’avança près d’une armoire et en sortit un mar- cher ;

teau qu’il contempla avec un sourire de l'enfer : le Rae sourire de Shylock, lorsqu'il aiguisait son couteau IL re et qu’il contemplait la balance dans laquelle il he

devait peser la livre de chair humaine quil allait R'° : prendre sur le cœur d’Antonio. Il donna un nou- M. vel éclat à sa lumière ; puis, le marteau d’une Tai main et enveloppé dans les plis de son immense Ra ' robe, i! alla s’asseoir près du lit du malheureux De Guillemette. ous L Il considéra, pendant quelque tems, son som- pe sr meil paisible, avant-coureur de la mort qui ouvrait HS déjà ses bras pour le recevoir ; il écouta un mo- [Sa pol ment les palpitations de son cœur :—quelque chose d’inexprimable et qui n’est pas de ce mon-

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de l’enfer passa sur son visage ; ilresserra involontairement le marteau, écarta la chemise du malheueux étendu devant lui et, d’un seul coup de l’insrument terrible qu’il tenait à la main, il coupa l'artère jugulaire de sa victime. Le sang réjaillit sur lui etéteignit la lumière. Alors s’engagea dans les ténèbres une lutte horrible ! lutte de la mort avec la vie. Par un saut involontaire Guillemette se trouva corps-à-corps avec son assassin qui trembla pour la première fois en sentant

l’étreinte désespérée d’un mourant et en enten-

dant, près de son oreille, le dernier râle qui sortait de la bouche de celui qui l’embrassait avec tant de violence, comme un cruel adieu à la vie. ll eut néanmoins le courage d’appliquer un second coup £i un instant après il entendit, avec joie, le bruit d’un corps qui tombait sur le plancher; le silence vint augmenter l’horreur de ce drame sanglant et la pendule sonna onze heures.

Il ralluma sa bougie avec peine et revint dans le cabinet où il s’efforça, en vain, d'arrêter le sang qui sortait de la blessure :—Faisons disparaître aussitôt que possible toutes ces traces qui pourraient me trahir, se dit-il, Et, quant à toi, ton linceuil c’est l’onde. Il dépouilla ensuite le corps et lui attacha les pieds avec une

Icorde, fit le tour de chaque fenêtre pour voir As’il n’entendrait aucun bruit du dehors, il ouvrit

sa porte ; mais aucune voix étrangère ne troublait

le silence dé la nuit : la tempête régnait dans

toute son horrerr ; et le sifflément du vent, mêlé!

au fracas de la pluie et au mugissement des vagues, se faisait seul entendre: Il referma la porte avec précaution, ouvrit la fenêtre qui donnait‘sur le rivage,. y jeta le corps..et le rejoignit‘aussitôt. La force du vent le faisait chanceler et la noirceur de la nuit l’émpêchait de voir la petite embarcation dans laquelle il se proposait de se livrer avec sa victime à la. merci des flots, Ii h trouva enfin et quoiqu'il eût fallu la force de

deux hommes pour la soulever ; il la fit partir del

terre d’un bras vigoureux, y déposa le corps.et la porta jusqu’à l’endroit où la vague venait expirer sur le rivage.

dérrière le canot.et, s’y étant placé, il fit long-tems

de vains efforts pour s'éloigner: le. vent quik soufflait avec force du nord et la marée montante! le rejetaient sans-cesse sur ia côte. Enfin, par}

une manœuvre habile, il parvint à gagner: le large, et après.un travail pénible: de deux-heurcs; épuisé de fatigue et se croyant dans le courant-du fleuve qui court sur la pointe de St: Rôch, il

coupa la corde et dirigea sa course vers le rivage. à

Il trouva tout chez lui dans le: même ordré: qwil

l'avait laissé, referma la fenêtre et se mit à l’ou-|

vrage. Il déposa l’argent dans son coffre, brisa la cassette dans laquelle:le colporteurtransportait ses marchandises, Îles mit dans un sac qu'il serra, jeta les planches dans la cheminée, mit de côté leg habillements, lava les taches de sang du

Il attacha alors le cadavrek !

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mieux qu’il put, puis se jeta sur son lit où il ne tarda pas à s’endormir d’un profond ‘sommeil. La fatigue le fitreposer pendant quelques heures ; mais, vers le matin, son imagination frappée de la veille vint les lui rappeler avec des circonstances horribles.

Il lui sembla que sa dut était transformée en un immense tombeau de marbre noir; que ce n’était plus sur un lit qu’il reposait, mais sur le cadavre d’un vieillard octogénaire auquel il était lié par des cheveux d’une blancheur éclatante. Des milliers de vermisseaux qui lui servaient de drap mortuaire le tourmentaient sans-cesse. Tout-àcoup, au pied de sa couche glacée se levait lentement l’ombre d’une jeune fille, enveloppée d’un

| immense voile blanc, qui l’invitait à la rejoindre ;

et il faisait d’inutiles efforts pour se soulever. La jeune fille levait son voile et sur son corps d’une beauté éblouissante, il voyait un visage dévoré par.un cancer hideux, qui lui présentait une bouche sanglante à baiser. Puis l’ombre de Guillemette se présentait à son chevet pâle-et livice ; de son crâne fracassé s’écoulait une longue trace ‘de

sang et sa chemise entrouverte :laïssait voir une

profonde blessure à son col. Ilse sentait près de défaillir; mais l'apparition lui jetait quelques gouttes de sang sur les tempes et ses forces s’ ’aug- Léntaient malgré lui. -I] voulait se fuirlui-même ; raais une voix intérieure Jui répétait sans-cesse : Seul avec tes souvenirs !

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