‹ L'influence d'un livre [microforme]Chapitre 5 sur 20 · LE CADAVRE · texte numérisé non relu

LE CADAVRE

Enfin, Dieu l’a voulu et l’heure est décidée. BERTAUD,

Mais lorsqu’à ses côtés le sépulcre s’entrouvre. Et que la mort surgit, c’est alors qu’il a peur. GRATOT,

Ne buvez pas à la coupe du crime, au fond est l’amère détresse et l’angoisse de la mort.

LAMENNAIS, L'homme coupable peut dormir quelque tems en sécurité ; mais lorsque la coupe du crime est

remplie, une dernière goutte y tombe et, comme une voix descendue du ciel, vient faire retentir

aux oreilles du criminel ces terribles paroles : : |

c’est assez ! Puis alors adieu tous les rêves de bonheur fondés sur cette base impure, le remords commence son office. de bourreau et chaque espérance est détruite par une réalité. Oh ! qu’il doit être horrible le remords qui présente au malheureux, comme dernière perspective, le giet ! Le gibetavec toute sa solemnité, sa populace si-

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l'évangile, le bourreau et sa dernière pensée

a mort! Telles étaient les idées qui devaient roubler Lepage dans sa prafonde sécurité. Il ne se doutait guère, lorsqu'il fut réveillé en suraut, sur les huit heures du matin, par la voix qui lui criait que désormais il serait seul avec sa

pensée, qu'avant minuit cette sentence serait ac- Acomplie.

Sa préoccuption de la veille lui avait fait oublier qu’à une demi-lieue de chez lui, une jolie anse de sable avançait à une grande distance dans le fleuve et, qu’au baissant de la marée, le courant y portait avec beaucoup de force. C’est là qu’après avoir été long-tems le jouet des flots, le corps de Guillemette fut se reposer sur le sable dérrière la maison où St. Céran avait passé la nuit. Au point du jour la fermière courut à sa

pêche afin de chercher du poisson pour le déjeû-

ner de son hôte. Qui pourrait peindre son horreur lorsque sa marche fut arrêtée par un cadavre qu’elle heurta ! Elle rebroussa chemin aussitôt et courut donner l’alarme chez elle. Son mari accompagné de St. Céran et de plusieurs domestiques

Psy rendirent sur-le-champ. Quel fut l’étonne-

ment de notre jeune voyageur lorsqu'il reconnut son ami ! ilallait jeter un cri de surprise, lorsqu'il aperçut une blessure au crâne. Il devint alors calme et observa seulement. Malheureux jeune homme!—Il faut le transporter immédiatement chez vous, Mr. Thibault.

Ayant déposé sileneieusement le cadavre sur une planche, ils prirent le chemin de la maison ac-

compagnés de la femme et des domestiques quik

suivaient en pleurant: car c’était une émotion violente pour des âmes vierges quin’avaient jamais eu occasion d’aller se blaser même sur l’idée de la mort, dans nos théâtres. Pauvres créatures! elles n’auraient pas versé de larmes si elles avaient eu l’avantage immense, dont nous avons su si bien profiter, celui d’ensevelir leur sensibilité sous le rideau qui termine un des Drames de Victor Hugo ou d'Alexandre Dumas.

Le corps fut déposé dans le plus bel appartement de la maison sur deux planches appuyées à chaque bout sur des chaises, puis recouvert d’un drap blanc. Deux cierges, une soucoupe d’eau bénite avec un rameau de sapin vert, furent posés à ses pieds et le père accompagné de sa famille récitèrent à haute voix les prières des morts.

St. Céran, après leur avoir recommandé le secret sur cet évènement (secret qui fut gardé jusqu’à-ce qu’ils purent se rendre chez leurs voisins) alla trouver un magistrat respectable du lieu et lui communiqua ce qu’il savait ; ajoutant q'ril était prêt à prêter le serment voulu: Qu’en son âme et conscience il croyait Lepage, l’auteur du meurtre. Toutes les formalités remplies, il ne restait plus qu’à exécuter l’ordre d’arrestation, chose d'autant moins facile qu’ils connaissaient tous deux le caractère désespéré de ce der-

nier. Après avoir consulté un homme de loi très

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éclairé qui demeurait près de là ils résolurent de faire tous leurs efforts pour empêcher que la nou-

B velle ne lui parvint, eten même tems, aviser quel-

qu’expédient pour s’assurer de sa personne.

Onze heures sonnaient lorsqu'une vingtaine de personnes partirent de la demeure du magistrat précédées d’une voiture et marchant dans le plus profond silence. Arrivées au but, la maison fut entourée et tous attendirent le dénouement de leur stratagème. Le jeune homme qui conduisait la voiture l’arrêta et frappa à la porte. Cinq

Eminutes après, une voix forte demanda : Qui va la

—Je viens vous chercher pour la mère Caron qui a ben rempiré Mr. le Docteur; * fut la ré-

ponse. |

—Jé suis malade, je ne puis sortir.

—Eh ben, elle demande si vous pourrez pas y donner de quoi la faire dormir ?

— Attends un peu. Cinq minutes après, le charlatan entr’ouvrait sa porte de manière à y passer le bras seulement et présentait une fiole. Le jeune homme avait bien joué son rôle jusquelà et n’avait pas reçu d’autres instructions ; car ceux qui lui avaient dicté ce qu’il devait faire croyaient que cela suffirait pour leur livrer celui qu'ils attendaient. Mais il sentit que le coup

* Je dois informer mes lecteurs que Lepage pratiquait la médecine, sans licence, depuis six mois dans la paroisse et jouissait d’une haute réputation d’habileté

était manqué s’il ne trouvait quelqu’expédient : une idée lumineuse le frappa.

—J'ai peur de la casser Monsieur, dit-il, je vas embarquer car la jument est mal commode, voudrez-vous me la donner dedans la voiture, et il accompagnait ses paroles de l’action. Lepage sortit pour la lui donner, et fut aussitôt saisi par un bras vigoureux, et entouré ; il essaya en vain de s’emparer d’une hache et d’un fusil qu’il

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avait près de la porte, il fut obligé de succomber était ci au nombre, et se laissa lier en demandant, d’an Wet Sat air calme, ce qu’on lui voulait. Il fut alors in- gardier formé, par le magistrat, de uuelle nature était quable l'accusation portée contre lui. du cu

—S’il n’y a que cela, dit-il, mon innocence est leur oc ma sauve-garde. à Sa P

—L'’est ce que nous verrons, reprit aussitôt le regard diseur de bons mots de la paroisse qui se trouvait | TOUSE$ là, et il allait commencer ses plaisanteries sans donna fin lorsqu'il fut averti par le magistrat, homme M Mie sévère : que le prisonnier n’était pas encore mobili trouvé coupable par un jury de son pays que Ed il quand bien même il le serait, sa situation devait fumai inspirer la pitié plutôt que le persiflage, et que d'eux pour le présent il devait être traité avec égard. D an$ à Il le fit ensuite asseoir, et le plaça sous la garde n’étal de quatre hommes. Lepage demanda si on vou- LE * fa lait lui permettre de se reposer : sur la réponse écriv: affirmative 1l se coucha à terre et, quelques mi- Ce nutes après, il feignait d’être enseweli dans un la ph profond sommeil. Le magistrat se retira ensuite naleï

édient :

dit-il, je mmode, voiture, n. Letôt saisi Saya en sil qu’il comber y d’ün lors inre était

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sitôt le trouvait 2s sans homme encore ÿS que devait et que égard.

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avec un ordre strict qu’il y eût pendant toute la

nuit une garde armée suffisante, près de lui.

La tempête qui, la nuit précédente, avait | cessélorsque le corps du malheureux Guillemette était devenu le jouet des flots, ébranlait de nouveau la petite maison où gîsait le meurtrier, et quelques gouttes de grosse pluie frappaient de temps à autre les vitrages. Sur un matelas, dans

fun coin de la chambre encore teinte de sang,

était couché Lepage, le dos tourné aux assistants, et satête enveloppée d’une couverture. Trois des gardiens armés de fusils n’avaient rien de remarquable : leurs regards annonçaient la bonhomie du cultivateur Canadien, et contrastaient avec leur occupation; quant au quatrième, il paraissait à sa place: ce personnage gros et trapu avait le regard farouche, et une immense paire de favoris rouges qui lui couvraient la moitié du visage donnaient quelque chose d’atroce à sa physionomie.—l tenait dans sa main droite, avec l’immobilité d’une statue, un grand sabre écossais qu’il appuyait sur sa cuisse. Plusieurs habitants fumaient tranquillement Jeur pipe et, au milieu d'eux, était un voyageur qui, ayant passé trente ans au service de la Compagnie du Nord-Ouest, n’était revenu que depuis quelque tems au sein de sa famille, étonnée de son retour.—St. Céran écrivait assis près d’une table.

Cependant la tempête mugissait avec fureur, la pluie tombait par torrents, les éclairs sillonnaient la nue et le tonnerre grondait comme au

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laissons le diable tranquille; pour moi je ‘n’aime

Jugement dernier. Tous les regards se tou nèrent vers Lepage qui paraissait insensible à à qui se passait autour de lui, sur la terre et dan les cieux.

— 11 dort, dit St. Céran, il dort paisiblemen tandis que l’ange vengeur plane au-dessus de li et semble exciter la fureur des élémens.

—C'est plutôt le diable, dit François .Rigaul qui se réjouit d'avance de la bonne prise qu va faire ; je suis certain qu’il y aura fête, pendan quinze jours, à son arrivée au pays de Satan. —Paix! dit St. Céran, paix ! mon cher Fran çols ; ceci n’est point matière à badinage, et | maïheureux, teint du sang de son frère, doitinspire une pitié mêlée d’horreur plutôt que des plai santeries.

—Mr. St. Céran a raison, dit Joseph Bérubé

histoir Jun vié

pas à en parler dans cette maison, et parle ‘tem: qu’il fait. |

—As-tu peur qu’il nous rende visite ? dit François, d’un air goguenard.

Eh! Eh! je n’enssais trop rien, di. :e vieux voyageur, il a visité des maisons où il semblait avoir moins de droits qu’ici.—

—Racontez-nous cela, père Ducros, dit St} Céran, qui n’était pas fâché, comme tous les jeunes gens, d’entendre une légende, et qui d’ail-

deurs voulait mettre fin aux plaisanteries de

François.

S se tou sible à c e et dan

—Ecoutez, Mr. St: Céran,: je suis vieux, je aconte longuement, à ce qu’ils me disent tous ; e crains de vous ennuyer. , | —Non, non, père Ducros; et tant mieux si vous tes diffus, ça nous fera passer le reste de la nuit,

liqua le jeune homme‘ FE bnisdos vous le voulez, je vous raconterai histoire telle qu’on me l’a racontée ; je la tiens ‘un vieillard très-respectable.

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