L'influence de l'Espagne sur le théâtre français des 18e & 19e siecles
Nous avons précédemment consacré deux volumes à l'influence de la littérature espagnole sur le théâtre de Corneille et sur celui de Molière ; dans le présent ouvrage, nous cherchons à déterminer la part de cette influence espagnole sur le théâtre de Lesage, de Marivaux, de Beaumarchais, de Victor Hugo, d'Alfred de Musset et d'Edmond Rostand, et c'est ainsi que ces trois études devront résumer le rôle qu'a joué l'Espagne dans l'évolution du théâtre français. Négligeant, parmi les auteurs de théâtre, ceux de moindre importance qui ont pu subir également l'ascendant du génie castillan, nous n'étudions ici que les représentants prin-
cipaux du genre, ceux qui constituent en quelque sorte les points culminants de la ligne graphique tracée par le passage des lettres espagnoles sur la littérature française.
Nous nous sommes efforcé de mettre en évidence que, malgré la variété de son action à travers les siècles, l'Espagne avait toujours agi sur le théâtre français en vertu d'un même principe ou, pour mieux dire, conformément au génie qui lui est particulier. Ramener les manifestations diverses de cette influence à une émanation quelconque de ce génie, c'était rattacher, par un lien d'unité, tous les phénomènes psychologiques et littéraires qui marquent les étapes de la diffusion de l'esprit espagnol dans les œuvres françaises d^inspiration et d'origine différentes.
En agissant ainsi, nous ne croyons avoir nullement sacrifié au besoin d'une construction logique qui pourrait paraître fac-
tice, car les faits sont là pour affirmer que notre induction repose sur une base solide.
La méthode que nous suivons dans l'analyse des auteurs et de leurs pièces, au point de vue de l'influence espagnole, est sensiblement la même que celle que nous avons adoptée dans nos précédents ouvrages : Corneille et le théâtre espagnol (1903) et Molière et Y Espagne (1907). Nous cherchons d'abord, d'une manière générale, le reflet ou l'empreinte du génie espagnol dans l'œuvre de chaque auteur et, par là, ses rapports avec l'Espagne ; nous tâchons, ensuite, de noter en détail les imitations, ressemblances ou même coïncidences qu'on peut relever dans ses pièces et qui se rapportent à la littérature castillane.
Avec ce volume nous avons terminé le travail que nous avons entrepris, à savoir de montrer l'infiltration ou la pénétration du génie espagnol dans l'œuvre des prin-
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cipaux représentants du théâtre français. Notre essai est assurément incomplet, mais peut-être nous accordera-t-on le mérite de nous être efforcé de résoudre le problème de l'influence espagnole du point de vue de la littérature européenne.
Budapest, 191 1.