‹ L'influence de l'Espagne sur le théâtre français des 18e & 19e sieclesChapitre 42 sur 44 · ROSTAND ET L'ESPAGNE · texte numérisé non relu

ROSTAND ET L'ESPAGNE

Dans un poème qu'il composa à l'occasion de l'anniversaire de Victor Hugo \ Rostand évoque les impressions qu'il ressentit lors de sa visite à Hernani, petite ville d'Espagne qu'immortalisa l'auteur d' Hernani, et rend hommage au génie hispanique de Victor Hugo qui, selon lui, « fut plus Espagnol que toutes les Espagnes ». Le chantre de Cyrano de Bergerac serait lui-même un Latin renforcé, c'est-à-dire un Latin hispanisant, même s'il ne faisait pas profession de foi de son espagnolisme par les louanges qu'il prodigue à l'adresse de Victor Hugo et surtout par ces vers des Miisardises :

I. Un soir à Hernani (Annales politiques et littéraires, 27 février 19 10).

Et si j'aime, depuis l'enfance, Sous ce ciel venir et rester, C'est qu'ici », sans quitter ma France, J'entends mon Espagne chanter !

Nous déclarons avoir écrit notre chapitre sur le génie hispanique de Rostand avant d'avoir lu les vers que nous venons de citer et nous confessons que son œuvre dramatique nous l'avait encore trahi bien mieux que cette confidence personnelle.

Déjà la biographie de la jeunesse du poète nous fournit quelques indications significatives quant à son développement ultérieur. Ce n'est pas en vain qu'il fit un Eloge d'Honoré d'Urfé, couronné par l'Académie de Marseille et qu'il préféra le roman sentimental au roman naturaliste dans son Essai sur le roman sentimental et le roman naturaliste, paru

I. R. qui est du Midi (il est né à Marseille) habite le village de Canibo, près de la frontière espagnole ; sa grand'mèrepateraelle était une Espagnole de Cadix.

en 1890. Et les trois bustes du parc d'Arnaga qui sont ceux de trois « romantiques », d'Hugo, de Cervantes et de Shakespeare, ne sont-ils pas intéressants au point de vue de son évolution littéraire? Ne retrouve-t-on pas dans ses drames l'espagnolisme qui caractérise Hugo, le romanesque et le chevaleresque qui coule à larges flots chez Cervantes et quelque chose même des féeries du colosse britannique?

L'exemple de Rostand est peut-être le plus caractéristique de ce phénomène dont nous soutenions précédemment la possibilité : à savoir qu'il y a des auteurs français qu'anime, au moins dans une partie de leur œuvre, le génie de l'Espagne, sans qu'ils aient eu besoin de lire, pour cela, des œuvres en langue espagnole. Lors du succès éclatant de Cyrano de Bergerac, on a constaté avec justesse que cette comédie héroïque renouait la tradition du Cidde Corneille: c'est un même souffle d'esprit chevaleresque qui a passé

G. HUSZA.R. — U influence de V Espagne. ' 23

dans ces deux drames et qui a fait vibrer tant de cœurs français et étrangers... « Si l'on parcourt la série des formes de sentiment et d'art dont M. Edmond Rostand s'est harmonieusement souvenu, on verra qu'elle va du roman d'Honoré d'Urfé et des premières comédies de Corneille au Capitaine Fracasse et à la Florise de Banville, en passant par l'hôtel de Rambouillet, par Scarron et les burlesques, par Regnard même, un peu, si l'on regarde le style, et si l'on fait attention à la grâce romanesque des sentiments, par le Prince Travesti de Marivaux, — et enfin par la Métromanie, par le quatrième acte de Ruy Blas, par Tragaldahas lui-même et par les romans de Dumas l'ancien. Si bien que Cyrano de Bergerac, loin d'être un renouvellement, est plutôt une récapitulation ou, si vous préférez, la floraison suprême d'une branche d'art tricentenaire' ».

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