‹ L'influence du moral sur le physiqueChapitre 16 sur 39 · L'ENVIE ET LA JALOUSIE · texte numérisé non relu

L'ENVIE ET LA JALOUSIE

L'envie est une affliction honteuse que nous che chons soigneusement à dissimuler, parce qu'elle nous dégrade et nous humilie à nos propres yeux. C'est une réaction tacite de notre amour-propre contre une supériorité quelconque qui tend à nous subjuguer.

L'envie est communément le partage de la faiblesse, elle dérive presque toujours de l'impuissance où nous sommes d'égaler ceux qui sont l’objet constant de notre imitation ; elle résulte du chagrin que nous cause le bien qui leur arrive, ainsi que du déplaisir que nous ressentons à la vue des qualités plus ou moins éminentes dont la nature a doué nos rivaux.

On pourrait même dire que l'envie n’est qu'une ambilion impuissante. Elle a surtout ceci de commun avec

cette passion, c’est qu'elle ne s'exerce guère qu'entre

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gens qui se trouvent sur un même terrain, qui suivent ‘la même route, qui sont agités des mêmes désirs, qui aspirent aux mêmes avantages.

« L’envie, a dit Charron, est sœur germaine de la haine. C’est un regret du bien que les autres possèdent qui nous ronge fort le cœur et tourne le bien d'autre en notre mal. » :

« Jalousie est passion presque toute semblable, et de nature et d’effets à l'envie selon qu'il semble que par l'envie nous ne considérons le bien qu'en ce qu'il est arrivé à un autre, et que nous le désirons pour nous ; et la jalousie est notre propre bien auquel nous craignons qu'un autre participe. » (De la sagesse. Livre [, chap. XXXVIIT).

Cabonis dit qu’on est jaloux de son bien et envieux de celui d'autrui et il ajoute que la jalousie tient ordinairement à quelque rivalité d'amitié ou d'amour, tandis que l'envie se rapporte plutôt au rang, aux honneurs, à la fortune, aux talents.

Notre jalousie dépend de nos idées.

La jalousie chez un enfant, chez un homme et chez la femme se manifestent de manière bien différente.

Quand on est jaloux ce n’est plus qu'une passion sombre et farouche qui Ôte aux hommes jusqu'aux dernières lueurs de la raison.

Chez un jaloux, le cerveau véritablement malade, se nourrit des suppositions les -plus invraisemblables. Le regard d’un jaloux a quelque chose de sinistre et de fourbe qui décourage les sympathies.

« Lorsque la jalousie des femmes, dit Montaine, saisit ces pauvres âmes faibles et sans résistance, c'est pitié comme elle les tyrannise et tiraille cruellement. La vertu, la santé, le mérite, la réputation du mari sont les boutefeux de leur rage ; cette fièvre laidit et corrompt tout ce qu'elles ont de bel et de bon, et d’une femme jalouse, quelque chaste qu'elle soit, il n'est d'action qui ne-sente à l’aigre et à l’importun. »

Les troubles moraux que portent l'envie et la jalousie retentissent sur les organes et gènent leur fonctionnement.

L'envieux maigrit du bonheur d'autrui. Entend-il lire quelque production d'un mérite remarquable, il se tait. L'envieux n'aime et ne loue guère que les morts.

Dans une réunion d'hommes, un œil exercé peut reconnaître les envieux. Ils sont tristes, taciturnes. Leur visage est pâle et parfois véritablement exsangue. Leurs sourcils sont froncés et mobiles. Si l'envie passe à l’état chronique, les envieux sont oppressés, ont des soupirs entrecoupés, des palpitations violentes. En même temps les digestions s’altèrent, ils digèrent fort mal et plus souvent que le reste des vivants souffrent de l'estomac.

Ils ne sont jamais gras, leurs forces diminuent, la maigreur augmente de jour en jour. La peau prend une teinte livide ou subictérique. La fièvre apparaît lentement. Un peu plus tard leurs pensées deviennent sombres et tumultueuses, ils se plaignent d'être tyrannisés par leurs organes, ils perdent leur courage. Les cruelles et les épuisantes insomnies apparaissent et achèvent de

Me miner les forces des envieux et les conduisent à la mélancolie, à l’'hypocondrie, à la folie, à la mort.

Un ne saurait s'imaginer combien d'individus succombent avant le temps, rongés par les tortures secrètes de l'envie.

Ovide, en personnifiant l'envie, signale avec précision et vérité les principaux ravages exercés sur l’homme

par cette misérable passion

Pallor in ore sedet, macies in corpore toto ;

Nus quam recta acies ; livent rubigine dentes ; Pectora felle virent ; lingua est suffusa veneno ; Risus abest, nisi quem visi movere dolores ;

Nec fruitur somno, vigilantibus excita curis.

Sed videt ingratos, intabescitque yidendo, Successus hominum ; corpitque eit carpitur una,

Supplicinmque suum est.

Voici la traduction de ces vers par M. de Pongeroille,

de l’Académie française

La päleur sur le front, sur le corps la naigreur, L'envie est un objet de mépris et d'horreur.

Rien ne fixe le trait de son regard avide ;

Sur les dents est empreinte une rouille livide. De fiel elle regorge ; un verdâtre venin S'épaissit sur la langue et colore son sein.

Le ris la fuit, à moins que sa bouche cruelle.

À l'aspect d'un désastre un moment le rappelle,

Ses tourments au sommeil interdisent l'accès ï Elle fait les heureux, sèche de leurs succès : Et, blessée elle-même en sa noire malice,

Comme le mal d'autrui fait son propre supplice.

Pour le médecin toute blessure physique ou morale est digne d'attention.

On conçoit sans peine que le traitement de l'envie et de la jalousie sera dans un grand nombre de cas un l'aitement moral,

Si par exemple on traite un enfant atteint de jalousie, la première chose à faire sera d'éloigner de lui l’objet qui excite sa passion. Les parents devront pendant quelque temps lui prodiguer exclusivement leurs soins et leurs caresses. Ils éviteront surtout que le jeune malade s'aperçoive de leur intention ; car rien n'est pénétrant comme le coup d'œil de l'enfant : ils lisent plus facilement qu'on ne le pense sur le visage de ceux qui les entourent.

Chez le jeune homme tâchez d'enlever ses pensées en leur donnant une plus noble direction et si, à tout prix, il veut de la gloire, prenez-le par son faible, même par

l’'amour-propre.

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