‹ L'influence du moral sur le physiqueChapitre 15 sur 39 · LA PASSION AMOUREUSE · texte numérisé non relu

LA PASSION AMOUREUSE

C'est l’amour qui éveille et réunit toutes les autres passions humaines. Charme irrésistible qui entrrtient l’universel désir, affinité secrète qui groupe et unit les êtres, flamme éternelle qui les perpétue : l'amour est cela.

Il est source de toute vie ; de toute joie et de toute peine.

L'amour est la passion la plus complexe, car elle résulte dès son origine de deux besoins juxtaposés, l’un physique, l’autre moral.

Il n’est pas d'amour qui ne comporte, à doses parfois fort inégales un besoin de sens, un besoin d'affection, un sentiment d’amour-propre, de la coquetterie, une certaine curiosité, quelque crainte, une pointe de jalousie, le tout cimenté et coordonné par l'imagination.

Les qualités d'âme sont une source de plaisirs ‘si délicats qu'on peut les préférer, jusqu'à un certain point, aux avantages physiques relativement monolonés et, à coup sûr, très passagers. Une belle âme qu'on aime ne change pas : on lui peut demeurer fidèle toute la vie. C'est la supériorité de l'amour platonique sur l'amour physique qui s'attache au corps, c'est-à-dire à une chose qui ne dure pas.

L'amour le plus pur, le plus dégagé des sens n'est en définitif éveillé que par le charme, la grâce et les appâts.

Tous les hommes n'éprouvent pas avec la même activité les douleurs, les inquiétudes, les agitations et les fureurs de la passion amoureuse. La classe sociale, la profession, l'éducation reçue, la puissance d'imagination personnelle règlent leurs aptitudes à aimer.

Le climat influe sur la passion amoureuse.

L'âge influe aussi sur la passion amoureuse.

Il existe autant de manières d'aimer que de genres d’esprits, de travers, de vertus ou de vices.

Dans chaque individu cette passion peut revêtir autant d'apparences différentes qu’il existe de sentiments distincts sur sa physionomie.

« L'amour est avant tout une faim impérieuse., »

La passion amoureuse se modifie suivant des modalités et des nuances infinies. Elle est sombre et soupçon- . neuse chez les jaloux ; exigeante et tuyrannique chez les ambitieux, bizarre et inconstante chez les sensuels, grossière ct froide chez les égoïstes, timide, tendre et

délicate chez les gens qui possèdent un cœur pur.

Chaque homme, chaque peuple donne à l'amour le caractère qui lui est propre.

La passion amoureuse ne s'exerce pas loujours suivant des modalités normales, aussi bien dans ses manifestations physiques que dans ses manifestations morales. La puissance de son imagination, l'extrême impressionnabilité de son système nerveux font de l’homme un être éminemment sensible à la jouissance physique.

Suivant le cas, l'amour est la plus douce, la plus pénible ou la plus douloureuse des passions. L'amour modifie le caractère de l'individu : de gai il devient triste ou de triste il devient gai. La physionomie, le regard sont en harmonie avec ce changement.

L'amour est-il heureux en fait ou seulement en espérance, c'est le bonheur et quelquefois l’extase.

A la vie, à la pensée de l’objet aimé, le cœur nous palpite, la circulation s'accélère, la respiration se développe, un léger incarnat se répand sur le visage et tous nos traits s’animent d'une expression nouvelle : les yeux sont humides et brillants, le regard est vif, doux où langoureux. Sur les lèvres, légèrement tuméliées, se peint le sourire de bonheur ; le timbre de la voix devient plus suave, le langage plus facile, plus animé, plus hyperbolique.

L'amour est-il, au contraire, contrarié, c'est la tristesse

ar : = ARCS PORTE avec le cortège accablant d'idées fixes, de fatigue, d’inac-

ADD Er

lion, de besoin de solitude, de marasme, de fièvre, d'insomnie. Dans ce cas, l'amour ne tarde pas à porter Île trouble dans tout l'organisme : un frisson désagréable parcourt incessamment le corps ; le pouls est plus court et irrégulier, la respiration se modifie, la digestion est difficile, un poids permanent oppresse la région précordiale. La tristesse reste habituellement empreinte sur le visage : le teint se décolore, l'œil est fixe, terne et languissant. Dominé par une pensée exclusive, l'amant malheureux semble privé d'intelligence, ses sens mêmes lui deviennent pour ainsi dire inutiles : il entend sans comprendre, il regarde sans voir ; il veut parler, ses idées se troublent, sa langue s'embarrasse, sa voix est faible et plaintive. Bientôt ses membres brisés deviennent incapables de supporter la moindre fatigue, il n'aime que l'inaction, ne se complait que dans la solitude. Pour lui, les aliments n'ont plus de saveur, le sommeil a fui, ou quand il vient parfois fermer sa paupière c'est pour lui transmettre les songes les plus pénibles. En même temps, une fièvre symptomatique du trouble des principales fonctions consume lentement cet infortuné, le réduit au dernier degré du marasme et termine ses tourments avec son existence.

De tous les penchants, l'amour est incontestablement celui dont l’action s'exerce avec le plus de force sur les fonctions organiques. La moitié des phtisiques reconnaissent, en effet, pour cause l'amour. L'amour désespéré produit à la longue une toux sèche et fréquente, la respi-

ration difficile, la peau brülante, le pouls accéléré, les

Te

pommettes presque toujours d'un rouge vif et plaqué, les yeux cernés, l’amaigrissement de toute la personne. Et ces symptômes annoncent qu'on est, sinon dans un élal désespéré, du moins au second degré de la tuberculose pulmonaire.

On a vu bien des aliénés conduits à l'asile à la suite d'amour passionnel.

. Pour vaincre l’amour il faut une grande force morale. Le traitement de la passion amoureuse est tout entier contenu dans la maîtrise de soi-même. Développé au point de provoquer l’inhibition morale et intellectuelle et de troubler le jeu régulier des fonctions organiques,

l’amour réclame une grande force morale.

ti , HEFTCEe au trs (n se Gil ste #34 TE ; ‘ + eat

à io denteil HUE

Page 1