‹ L'influence du moral sur le physiqueChapitre 19 sur 39 · LA PASSION DU JEU ET DES COURSES · texte numérisé non relu

LA PASSION DU JEU ET DES COURSES

Le jeu, c'est la plus effrayante et la plus contagieuse des passions. Le jeu par habitude est accompagné d’une excitation très modérée.

Le jeu-passion est une combinaison psychologique très différente, ayant pour but immédiat le gain facile et rapide des valeurs de possession ou d'échange et une tendance au risque, à l'aventure.

On connaît la fièvre des grands joueurs. Marro fait observer : « que le jeu tient dans le champ de l'activité psychomotrice la même place que l'alcool dans l’alimentation ; il donne l'illusion de la richesse comme le vin donne l'illusion de la force. Aussi la manie du jeu se produit dans les mêmes conditions que la dipsomonie ei

l'érotomanie. »

nt

Le gain devient l'idéal conscient ou non, qui main:

lient et sollicite sans cesse la tendance au risque. « Le jeu est une chasse dont le gibier est l'or. »

« Comme les jeux de hasard impliquent l'espoir d'un profit matériel où pécuniaire ou simplement l'honneur d'avoir triomphé, il y a les émotions de la lutte contre les adversaires présents ou contre cet inconnu qui est le hasard : plaisir de la victoire, douleur de la défaite suivie d’une réaction vers la revanche, exaltation et dépression. Tout cela (constitue cet état de perpétuelle alerte qu'on nomme la fièvre du jeu. C'est l'attente concentrée et exaspérée. Le contenu de cet état d'attente est : gain ou perte, victoire ou défaite. » (Ribot.)

Tel individu n’a qu'une tendance, qu'un désir : exposer l'or qu'il a gagné aux mêmes chances. Jouer est sa vie.

La soif de l'or, l'espoir d'un gain facile, la richesse d'émotions violentes et variées, l’oisiveté, tels sont les éléments que l'analyse découvre dans cette maladie morale, lune des plus contagieuses et des plus funestes.

La physionomie morale de cette passion varie selon les différentes espèces de joueurs et, d’un autre rôté, des sensations contraires qui les agitent, se détruisant réciproquement, ne présentent que des traits confus et presque insaisissables.

Tour à tour insouciant et inquiet de l'avenir, il fuit la solitude et les plaisirs ordinaires qui sont insipides.

Le joueur aime les émotions du jeu et n'aime que cela.

pese

tte

Dévoré d'impatience concentrée, le joueur se raidil dans une immobilité de statue.

Ses yeux ont par instant un éclat terrible, Une fièvre élrange s'allume dans son sang et dans son cerveau. Il oublie l'heure du repos : la faim et les autres besoins sont comme suspendus.

Le docteur Veron a observé plusieurs joueurs dont la santé était parfaite tous les jours de gains, tandis que tous les jours de perte ils souffraient du fer chaud accompagné de nausées, de vomissements, de douleurs de la tête, d'une soif ardente et d'un malaise général.

La mélancolie, la pauvreté, la folie, le meurtre, le suicfde sont les aboutissants habituels de cette déplorable passion, lorsqu'elle atteint ses paroxÿsmes frénéliques.

Le retentissement qu'elle exerce sur les organes n'est pas moins direct et bien des joueurs finissent comme des cardiaques.

M. B. Levraud a remarqué que les joueurs étaient très sujets aux engorgements des viscères abdominaux, ainsi

qu'aux anévrysmes de la crosse de Paorte.

Que dirons nous des courses dont la mode parail être aujourd'hui à son apogée ?

La passion des courses est proportionnellement moins émotionnelle mais plus contagieuse que celle du jeu.

L'influence qu’exerce cette passion sur les fonctions organiques dépend du degré de la sensibilité propre de

l'individu,

2 ÿ Fe pures

Les palpitations, syncopes, crampes d'estomac, crises de diarrhée sont souvent la conséquence de l'émotion qu'elle produit.

À la suite de leurs émotions, l’anémie, faiblesse générale, troubles digestifs, troubles cardiaques, troubles nerveux — consistant sutout en insomnie, hypérexcibilité — sont l'apanage fréquent de cette funeste passion.

On parvient souvent à surmonter ces passions si dangereuses et si nuisibles en s'imposant à soi-même une volonté de ne pas satisfaire leurs désirs. Ici encore la puissance de la volonté est justiciable du traitement mo-

rale de l’homme entraîné par ces passions.

Page 1