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LA VOLONTÉ

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DE LA VOLONTÉE

La volonté est le phénomène par lequel l'âme se détermine à agir, elle met en jeu la force mortice, elle suit avec plus ou moins de célérité les ordres de lentendement, elle hâte ou diffère ses manifestations d’après les conseils de la prudence et de la réflexion.

La volonté n’est que le mouvement imprimé à l’existence qui à son tour ne doit être mise en action que par les lois qui constituent son essence.

En psychologie pure, le mot volonté désigne la faculté qui décide, en dernière analyse, de chacun de nos actes. Elle est le résultat de la coalition des divers attributs de la pensée.

La volonté est nulle ou presque nulle chez les animaux, mais elle devient plus manifeste et plus complexe chez l’homme à mesure qu'il s'éloigne de l’état primitif, parce qu'elle est un appareil de perfectionnement, un produit

de civilisation. Seulement elle n’est pas identique chez

tous les êtres humains et ne se manifeste pas de la même façon chez tous les individus.

Pourquoi donc elle n'existe pas au même degré chez tous ? Pourquoi ne déployons-nous pas tous la même activité P |

C'est parce qu'elle se trouve généralement gouvernée chez l’un par les instincts, les appétits physiques, chez l’autre par les sentiments, enfin chez le troisième elle est gouvernée par l'idée raisonnée, la raison pure. Et si on admet l'égalité de la force psychique chez tous les êtres humains, la différence d'activité de la volonté, voir même l'intelligence, doivent résider uniquement dans les tendances physiques non maîtrisées ; c’est là évidemment que nous trouvons l’explication de cette différence. Nous devons y découvrir ainsi la cause qui peut empécher l'acte de se produire chez certains individus en réponse à la force initiale ou impulsion psychique, alors qu'elle se produit invariablement chez tous.

La volonté à son degré inférieur provient de l’activité de l'âme en union intime avec le corps et les organes, et diminuée de ce fait d’une partie de sa puissance purement intellectuelle. La volonté, déterminée par les notions sensibles et conditionnelles est imparfaite, parce qu'elle est entièrement gouvernée par les sens. Au contraire, la volonté, gouvernée par la raison pure et dépendant uniquement de l'âme matérielle serait la vie et la bonne. {

La volonté saine tend toujours à l'harmonie des actions

vitales, Elle fait vivre : il en est de cette faculté comme

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de la mémoire ; son affaiblissment est un symptôme de caducité. Avec elle disparaît ce que l’homme appelle le caractère, attribut non moins essentiel qui constitue la physionomie de l'âme et qui n’est autre chose que la volonté mise en action et appliquée d’un manière stable à tous Îles actes moraux de la vie.

C'est par la volonté qu’on voit triompher les hommes de tous les obstacles, parce qu’elle rend par la réflexion pleinement conscients les divers éléments du conflit qui se déroule entre nous, qu'elle juge complètement, froidement, en spectateur impartial. Vouloir c’est nous mettre dans les conditions les plus favorables pour arrêter sainement notre détermination, puis une fois ce jugement porté donner à la résolution prise, par l’attention accumulée sur elle, assez de forée pour qu'elle s'impose dans l'esprit et se réalise en fait. Apprendre à vouloir, c'est apprendre à discipliner l'attention et mettre l'attention au service de l'intelligence. Mais la volonté ne doit pas être un simple effort voulu de l'esprit, une sorte

* de tension nerveuse spontanée, il faut qu'elle soit déterminée par des idées, qu'elle soit suggérée par des impressions psychiques. Et la subordination des diverses activités psychophysiques au contrôle réfléchi de l'intelligence, constitue la qualité principale du succès en ce qu'elle rend capable d'agir malgré l’obtsacle ou la difficulté conformément à une décision ou à un principe préalablement arrêté. Elle semble désirable avant toute autre qualification car elle assure le maximum d'har-

monie intérieure, À un certain degré de développement

psychique, la volonté se trouve associée constamment et intimement au moi central et elle permet de diriger nos pensées, de modérer ou d'exalter, selon les cas, nos émotions ou impulsions que nous éprouvons, el de régner souverainement sur nos états sensorsils. Elle permet aussi dans ce cas de modérer ou d'arrêter nos passions en leur évolution et se trouve utilisable pour agir sur les tissus les plus profonds de notre organisme, car il n’est pas de phénomène psychique ou physique sur lequel la volonté ne puisse prétendre d’agir avec la plus parfaite

décision.

Pascal écrivait : « La volonté est un des principaux organes de Îla créance, non qu'elle forme la créance, mais parce que les choses sont vraies ou fausses selon la face où on les regarde. La volonté qui se plaît à l’une plus qu’ à l’autre, détourne l'esprit de considérer celle qu'elle n'aime à voir, et ainsi l'esprit, marchant d'une. pièce avec la volonté, s'arrête à regarder la face qu’elle aime ,et ainsi il en juge par ce qu'il voit. »

Leibnitz disait dans le même sens : « Nous pouvons nous faire croire ce que nous voulons, en détournant l'esprit d’un objet désagréable, pour nous appliquer à un autre qui nous plaît, ce qui fait qu'en envisageant davantage les raisons d’un parti favori, nous le croyons

enfin, plus favorable. »

Zimmermann, en 1776, disait : « Je puis assurer,

men.

d'après ma propre expérience, que dans les crises les plus fatigantes, si l’on parvient à distraire son attention, on peut non seulement adoucir le mal que l’on sent, mais quelquefois le faire disparaître. »

Liebeault écrit dans sa Thérapeutique suggestive « Le chlèbre pilosophe Kant, sujet à des palpitations et souvent oppressé, triomphait de tous les symptômes maladifs dont il était affecté en transportant son attention sur un travail de tête appliquant. H se mettait très vite en une sorte de sommeil, ce qui lui permettait, en concentrant ainsi son esprit, de perdre la conscience de ses INAUX. »

Cabanis écrit dans ses « Rapports du physique et du moral » : « Nous savons avec certitude que l'attention modifie directement l'état local des organes, puisque, sans elle, les lésions les plus graves ne produisent souvent ni la douleur ni l'inflammation qui leur sont propres, et qu'au contraire une observation minutieuse des impressions plus fugitives peut leur donner un caractère important ou même occasionner quelquefois des impressions véritables, sans cause réelle extérieure ou sans objet qui les détermine. »

Feuchtersleben écrit dans L’Hygiène de l'âme : « On dirait que dans certains cas, pour être guéri on n'a qu'à vouloir l'être. On a vu des gens condamnés à garder le lit, trouver assez de force pour se sauver dans un incendie qui menaçait de les faire périr. Puisque l'imagination peut attirer sur l’homme tant de périls et de souffrances, ne doit-elle pas aussi avoir la puissance de le rendre

heureux ? Si, pour me croire malade, je le deviens réellement, ne puis-je aussi conserver ma santé par une ferme persuasion que je me porte bien ? »

« On arrive au but lorsqu'on y tend de tous ses efforts, car le désir n’est que l'expression des besoins de notre nature. Combien d’ambitieux réunissent dans la rechec che des honneurs et des richesses ? En serait-il autre ment pour la santé ? »

Liebault dit : « Il est un art de faire réagir le moral sur le physique, non seulement chez les autres, mais aussi sur soi-même, uniquement en concentrant son attention sur l’idée d'être guéri. Energie, précision dans les résultats, qualité, qu'aucun remède n'a à un aussi haut degré, tout homme en possède l'agent. Non pas que je nie les propriétés et l'utilité des médicaments (je viens ajouter à la thérapeutique et nullement la détruire), mais une simple négation de la maladie est toujours bien interprétée dans l'organisme et suffit à elle seule pour amener de belles guérisons. Car la médecine morale est ce qu'il ÿ a au monde de moins empirique. Seulement en concentrant sa pensée avec intention d’être guéri, on a déjà une science de l’art médical, en tant qu'appliqué à produire des effets curatifs. J'ai pu moi-même m'enlever une hémicranie par deux fois et en quelques minutes, seulement en en exprimant le désir, tandis que je regardais un objet avec attention. »

M. Coste de Lagrave, dans une observation personnelle publiée dans la Revue de l'Hypnotisme, 1890, éveille

l'attention méritante sur les lignes écrites par Liebeault.

M. Payot, dans son livre sur L’Education de la volonte cherche uniquement dans la volonté éclairée et raffermie un moyen de régler sagement nos occupations et notre conduite.

M. Beck, dans un article paru dans la Revue de l'Hypnolisme, 1897, signale divers travaux parus en Amérique sur la question de suggestion.

Cependant les magnétiseurs, « suggestionneurs sans le savoir », avaient, de longue date, remarqué que nous pouvions agir sur nous-mêmes cemme sur un autre. Ce pouvoir, il l’avaient désigné sous le nom d’automagnétisme. |

Par exemple nous lisons dans un Manuel de magnétisme de Crémieux : « Nous pouvons nous magnétiser nous-mêmes d’une manière efficace dans le cas de douleurs locales, de petits accès de fièvre, après une trop grande tension d'esprit. Dans les cas graves, la magnétisation faite par une autre personne vaut beaucoup mieux, mais l’automagnétisation peut rendre des services. » L’automagnétisation est l’autosuggestion matéria-

lisée par certaines manœuvres ou passes magnétiques.

« Dans l'antiquité, les enseignements de Zenon furent une admirable école stoïcienne où se développèrent lentement des volontés calmes et fortes. En apprenant à mépriser la douleur, les stoïciens lui retiraient ses conditions d'existence. Une douleur qu’on se refuse à percevoir se tarit dans sa source et disparaît d'elle-même. » (E. Le- VYy.)

Si nous jetons les yeux autour de nous, nous verrons ce que peut sur l'organisme humain un moral plus ou moins solidement trempé. Ainsi, par exemple frayeur, surprise, colère, inquiétude, ennui, en un mot pensées émotives de toutes natures sont le point de départ le plus ordinaire de la neurasthénie, de l’hystérie, de tous les désordres nerveux plus ou moins précis qui ne sont guère que l'histoire amplifiée de l’action des mouvements de l'âme sur notre organisme. Chez un individu craintif, peureux, la moindre secousse ébranle profondément le système nerveux, la plus légère indisposition est pénible, trainante, suivie d'un état persistant de langucur et d'atonie de tout l'être. Chez un tel homme, la crainte s'accompagne toujours de tremblement, de battements du cœur, de saisissement, de parlysie momentanée.

La tristesse mène la sécrétion des larmes, l'inappétence, des digestion pénibles, une langueur de tout l'être. L’anxiété provoque un serrement d'estomac, la pàleur de la face, l’insomnie, etc. Le trouble de la fonction créera la lésion matérielle. Puis la lésion crée, l'attention sera comme à l'affût de chaque sensation pour l’exagérer encore, et par cette application involontaire et constante, nourtira et accroîtra le travail morbide.

Chez les personnes armées de la volonté constante de se rendre inaccessible au mal, même les affections aigues sont bénignes, la durée en est abrégée, la convalescence est plus rapide.

Dans la vie courante, en proie aux vives inquiétudes,

nous pouvons en présence d’un étranger, chasser nos ir-

pain

quiétudes au moins pour le moment, nous pouvons donc dérider notre front et ramener le sourire sur nos traits. Nous rions ‘quand notre cœur pleure et se déchire. Nous savons retenir notre toux, maîtriser nos larmes, suspendre un besoin pressant de miction ou de défécation. Ce sont là les observations banales qui nous prouvent que vouloir est en quelque sorte pouvoir.

Les guérisons qui s'opèrent à la suite d'émotions vives, Joie, peur, etce., montrent le sentiment qui renforce l’idée à tel point que l'acte s'en suit quasi automatiquement avec la vigueur et la précision d’un réflexe.

L'idée de guérir implique toujours en même temps un certain désir de guérir. On échauffera l’idée en se représentant le plaisir qu'on éprouve à se dominer soi-même, l’usage que l’on pourra faire de la santé recouvrée, et*. Tous ces sentiments attirés par l'attention atténueront peu à peu l'éclat des sentiments opposés, puis finiront par amener leur complet effacement.

Tout état affectif, sentiment, émotion, passion, est comme une accumulation de force nerveuse, d'énergie, qui veut se déverser au dehors. Elle cherche instinctivement à se frayer d’autres issues. Ainsi, l'amour rebuté devient facilement de la haine. Ainsi, une passion naissante, c’est-à-dire non satisfaite encore, semble donner plus de légèreté et plus de vivacité à tout notre être ; les conceptions de l'esprit deviennent plus promptes et plus pénétrantes, les mouvements des membres plus alertes ; les fonctions organiques elles-mêmes s’accomplissent, à

coup sûr, plus aisément avec un sentiment de joie et

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d’entrain, De même, l'individu en proie à la colère et qui ne peut momentanément la satisfaire sur celui qui en est l’objet, s'efforce par tous les moyens d'user l'émotion qui bouillonne en lui. II marche à grands pas, se répand en paroles injurieuses, parfois même contre ceux qui lui témoignent de la sympathie ; il sent qu'une violence quelconque le calmerait, même exercée sur des objets inanimés. Eh bien ! ce que nous faisons ainsi d’instinct, écrit E. Levy, nous devons apprendre à le faire sciemment, et, cette fois, en vue d’un but délibérément choisi par nous. Au lieu de laisser s’épuiser en pure perte cette somme d'énergie que représente toutes nos émotions, habituons-nous à la dériver, au moins en grande partie, au profit des idées que nous désirons faire triompher en nous; au besoin, efforçons-nous de provoquer ces émotions favorables.

En apprenant à manier notre volonté, nous apprenons à gouverner notre manière de réagir, par conséquent à tenir éloignées de la conscience les émotions ou sensations agréables tout ce qu'e’lles peuvent nous donner de joie, de modérer nos passions.

En effet, le gouvernement de soi-même se traduit par

une sensation d'assurance, de pouvoir : on a conscience

d'être capable d'efforts de volonté. En déposant en nous:

par son exercice répété des habitudes de vouloir favora-

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