‹ L'influence du moral sur le physiqueChapitre 37 sur 39 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Parmi les passions, certaines sont qualifiées de maladies, les autres se rapprochent des maladies. Les maladies altèrent notre santé. Les passions à la longue retentissent sur la santé en produisant des altérations organiques plus ou moins variables, suivant l'intensité et la durée de chaque passion.

Peut-on obtenir l’amélioration de certains états maladifs ou la guérison par l’action morale ?

Peut-on modifier, modérer et arrêter la passion par simple action morale, par la volonté ?

Certainement oui. Il est des cas ou l'action morale s'emploie utilement et agit mieux que toutes les médications et où rien ne peut la remplacer.

L'influence de la médecine morale est variable d’un sujet à l’autre, puisque l’état moral d’un homme présente les caractères de subjectivité. Cette influence varie suivant l’âge de l'individu, suivant le sexe, il diffère suivant le tempérament, suivant le caractère, suivant le degré de la sensibilité, suivant les habitudes intellectuelles, physiques et morales, suivant le degré d’édu-

cation de la volonté, suivant certaines périodes. Il est

variable chez les différentes races.

L'influence des émotions dépressives ou stimulantes,

bonnes ou mauvaises, des suggestions étrangères, de bonne ou mauvaise santé physique de l'individu sont encore des causes de variabilité de son effet.

L’état moral de l’homme peut influencer et modifier l'organisme et toutes ses fonctions de plusieurs manières différentes selon qu’il l’affecte agréablement ou péniblement, c’est-à-dire soit sous la forme de la joie, du plaisir moral, soit sous la forme de la tristesse, de la souffrance et de la douleur morales, soit sous la forme de la crainte, de la colère, etc., etc.

Ce qui donne au traitement moral sa valeur et sa force, c’est qu’il ne fait qu’attirer à la pleine lumière de la conscience les tendances les plus intimes et les plus puissantes qui animent notre être. Il utilise l'intelligence et la raison, ces forces qui s’ignoraient elles-mêmes.

On sait que lorsque le champ de la conscience se trouve accaparé par une seule idée cette dernière exerce une influence extraordinaire sur l'individu. Cette influence réagit sur les profondeurs de l’organisme et peut y apporter soit des perturbations importantes, soit la guérison.

Tout traitement moral est en effet une tentative de redressement de la volonté puisqu'il forme l’esprit du sujet à exprimer un désir préalablement formulé par lui.

Quelles sont les indications de la médecine,

du traitement moral ?

Il faut avant tout s'occuper de notre état moral dans les cas où les maladies sont produites ou entretenues par nos passions. Si par une simple action morale nous par-

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venons à affaiblir la passion qui nous agite, nous verrons dans un grand nombre de cas survenir au physique une mélioration sensible. Donc, il faut contribuer à mainte. nir l'équilibre moral qui n'est autre chose que la santé de l’âme, que la vertu.

En nous occupant ainsi de notre état moral nous pouvons modérer et arrêter nos passions dans leur évolution.

De même nous pouvons influer sur notre santé en mo- dérant les émotions, ou mieux, en les maintenant à l'état normal.

Toutes les maladies purement dynamiques du système nerveux sont Justiciables de ce traitement : troubles psvchiques, troubles du caractère, troubles de l'intelligence, trouble de la sensibilité, manque de la volonté.

Il en est de même des névroses, de l’hvstérie, de la neurasthénie, des formes variées du név:osisme. Il convient cependant de remarquer que tous les cas de neurasthénie ou d’hystérie ne sont pas curables par le traitement psychique, moral. « Toutes les autres médications doivent graviter autour de lui et s’imprégner de suggestion. » (Levy.)

On a observé des cas d'amélioration de chorée par cette méthode.

Les troubles nerveux à manifestations isolées peuvent eux aussi être influencés par le traitement moral. Ainsi, par exemple, ce traitement est applicable dans des cas d’insomnie, de migraine, de tremblement, de tics, de malaise vague, de palpitations, de suffocations, de névralgies, de douleurs qui font souvent croire à une lésion organique, alors que le pshychisme seul en est cause (ovaralgie, gastralgie).

L'impuissance, l’incontinence d'urine, les pertes sémi- SRI

nales, l’anémie, les troubles de la menstruation peuvent aussi être modifiées par l’action du moral.

Chez les gens qui ont de l’arthrite rhumatismale le moral agit sur la douleur, sur la motilité et il exerce une action indirecte, réelle et puissante.

Dans les maladies aiguës où la première crise est suivie d’une dépression persistante et d’une demi inconscience, on manque des ressources énergétiques voulues pour appliquer le traitement moral, mais on peut cependant tâcher de chasser les pensées de découragement, de tristesse, d’anxiété, de crainte pour leur substituer des idées inverses.

En toutes circonstances le traitement moral reste un traitement symptomatique de premier ordre.

Chez l'ataxique le moral peut rendre la marche plus facile, peut calmer les douleurs fulgurantes aussi bien et souvent mieux que toute autre médication.

Chez le diabétique, le moral peut combattre la dépression des forces, la paresse intellectuelle, les douleurs, l'insomnie et rendre plus aisé l’observation du régime prescrit, etc.

Toute constipation qui n’a pas une cause mécanique peut être guérie par l’influence du moral. La guérison est souvent rapide.

Chez les dyspeptiques, le moral peut restaurer l’appétit, peut calmer les nausées, peut diminuer et même supprimer les vomissements, peut améliorer l’état nerveux qui est souvent l’origine de la dyspepsie.

De même que l’altération de la fonction organique aboutit à l'altération de l’organe, la restauration fonctionnelle peut conduire à la restauration organique.

Dans les maladies générales aiguës telles que la fièvre

typhoide, la grippe, le moral peut relever les forces et augmenter la puissance de défense de l'organisme.

Dans la tuberculose, le moral peut modifier l’insomni:, la toux, l’inappétence, etc.

Ainsi le moral relève les forces du malade, augmente la puissance de défense de l'organisme et lui permet de lutter plus vigoureusement contre le processus morbide.

Il apparaît que la médecine moderne n'attache pas assez d'importance à la médecine morale. On voit tous les jours des praticiens distingués formuler exclusivement des prescriplions pharmaceutiques dans les cas où il faudrait s'occuper avant tout du moral des individus.

Le rôle du médecin nous apparaît d’une importance toute particulière. Le médecin aura qualité pour nous mettre en garde contre l'influence pernicieuse de certaines tendances d'esprit. Il doit après avoir recueilli et comparé toutes les circonstances propres à l’éclairer s’occuper du moral de ceux qui souffrent physiquement. I] doit porter son attention d’une manière toute spéciaie sur l’état moral du malade, sur ses sensations et ses fonctions intellectuelles. I1 doit contribuer à maintenir son équilibre moral. Il doit employer tous les moyens propres en agissant vivemient surtout sur les organes des sens de son malade pour lui influencer le calme de l'âme. II doit créer chez son malade l'espérance et la confiance en la

nn s

guérison et on verra ainsi dans un grand nombre des cas survenir au physique une amélioration sensible et quelquefois même la guérison effective.

Paris, le 27 Mai 1922.

Vu : Le Président de la Thèse :

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