L'ATTITUDE DE GRÉGOIRE DE NYSSE EN FACE DE LA SOPHISTIQUE
Avec ce passé de rhéteur, quelle attitude Grégoire de Xysse a-t-il pu prendre plus tard en face de la rhétorique sophistique?
La question ne se pose pas seulement pour Grégoire. Elle intéresse d'une façon générale tous les orateurs et écrivains chrétiens de la seconde moitié du iv® siècle. Vers le milieu du siècle, le Christianisme fait appel aux ressources de l'éloquence profane, qu'à part de rares exceptions, il avait jusque là dédaignée ou méconnue. Il se fait entre ces deux éléments une réconciliation tacite, mais réelle, et les représentants du Christianisme commencent à révéler dans leurs œuvres Uhahileté artistique qu'ils ont acquise à l'école des sophistes contemporains. Mais s'il en est ainsi en fait, en théorie les chrétiens en font difficilement l'aveu. Comme si la question n'était pas tranchée en réalité, ils se plaisent à la discuter et à la résoudre de façons dilTérentes. Voici par exemple Basile qui a été l'élève d'Himérios, qui a entendu Libanios et sans doute enseigné la rhétorique (*). On relève chez lui à tout instant les traces de son éducation sophistique. Et pourtant il se sépare nettement, à toute occasion, de la rhétorique profane. Dans la sixième homélie du Ei; TY,v 'E;aY,a£pov (120 D) fl il relève dans le verset 16 de la Genèse, « qu'il vient de citer en partie, le mot oa-jc.; : « Que la singularité
(1) TiLLE.MONT, Mémoires^ IX, p. 20-22, nous dil qu'en 356, Basile enseignait la rhétorique à Césarée en Cappadoce. Il refusa la chaire de rhétorique, que lui offrait Néocésarée, et la même année se retira dans un monastère. (Voir Goyau, Chronologie romaine, p. 467).
(2) Edition Migne.
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« du mot, dit-il, ne vous lasse pas rire ; ne a'ous moquez pas si « nous ne nous conformons pas à vos choix de mots (exXoyà'. twv « P'ri[LOLT(ûv) et si nous ne cherchons pas à disposer les nôtres « d'une façon harmonieuse. Il n'y a pas chez nous de ciseleurs « de mots. Ce n'est pas l'harmonie du langage, mais la beauté « du sens, qui est par dessus tout en honneur chez nous. » Ainsi Basile, loin de nier la pauvreté de style des Septante s'en fait gloire. 11 rejette avec mépris, comme une étroitesse indigne de l'Écriture, le purisme des lexiques atlicistes. Car ce sont eux, ce sont les recueils de mots du genre de ceux de Phrynichos et de Moeris qu'il vise directement. Cette exclusion ne s'accorde pas avec la pratique et Basile se conforme soigneusement, d'habitude, aux règles dont il affiche ici le dédain. Dans son homélie aux jeunes gens, Basile exposant la façon de tirer parti des lectures profanes, s'écrie : « Nous n'imiterons pas l'art de mentir des rhéteurs : ttjv tzeûI to •j/ôuoeTOai T£/vr,vf^). » Et c'est tout; pas un mot sur cette habileté de forme dont il avait reconnu luimême la valeur en l'empruntant aux sophistes pour en orner son style. Il est plus catégorique encore dans la lettre CGCXXXIX. Il répond à Libanios qui le félicite de ses talents de style : (( Pour nous, mon cher Libanios, nous vivons dans la compa- « gnie de Moïse, d'Élie et des autres bienheureux, en nous entre- « tenant d'eux dans la langue des barbares, et nous disons ce « qu'ils nous ont transmis, dans un esprit de vérité, mais sous <L une forme fruste, comme on peut le constater ici. C'est que, « si nous avons appris de vous quelque chose, nous l'avons « oublié avec le temps (1085 A). )■> Yoilà la thèse de Basile. Il ne peut nier la culture qu'il a reçue des sophistes. Seulement il prétend qu'avec le temps elle s'est effacée au contact des livres sacrés. Or l'étude, même superficielle, du style de Basile démontre le contraire. Est-il dupe d'une illusion? Prend-il pour la réalité le désir peut-être sincère d'avoir rompu toute attache avec la rhétorique païenne ? Ou bien est-ce simplement une coquetterie d'écrivain minaudant devant un rival ? Libanios répondit par une lettre (CCCXL), où on lit : a ... Quant aux livres qui « continuent à être les nôtres et qui commencèrent par être les
« vôtres, les racines en subsistent et subsisteront [en vous] tant f que vous vivrez ; et il n'est pas de temps qui puisse jamais les f retrancher, même si vous ne les arrosez point (1085 C). » C'est aussi la conclusion à laquelle nous arrivons aujourd'hui.
L'attitude de détachement et de dédain prise par Basile n'est pas rare chez les Pères du iv« et du v« siècle. Norden (') relève un certain nombre de témoignag:es découvrant le môme état d'esprit chez saint Jérôme, Augustin, Synésios, etc.. Tous sont pénétrés de la culture profane: pourtant ils la rejettent sévèrement. Mais la contradiction flagrante où ils tombent entre la théorie et la pratique les embarrasse parfois, leur suggère des déclarations opposées. C'est ainsi qu'Augustin, qui dans ses Commentaires sur le Psaume36, verset 26, et 123, verset 8, se prononce contre l'union de la culture profane avec la pensée chrétienne, soutient la thèse contraire dans le De Doctrina Christiana(^). C'est que le premier ouvrage est destiné à un cercle d'âmes pieuses qui restent indifférentes aux questions d'art; le second s'adresse à des esprits cultivés qui feraient difficilement l'abandon des lettres profanes. Le point de vue d'Augustin dans le De Doctrina Christiana a un certain nombre de partisans, favorables à une conciliation du christianisme avec les lettres païennes : Hilaire de Poitiers, Avitus de Vienne, Paulin de Bordeaux. Avitus estime que l'éloquence, jadis appliquée à une matière sans valeur, doit servir à mettre en lumière la vérité, etc. . . Mais cette façon de voir qui s'accorde avec la pratique, n'est pas la plus générale.
Ce n'est pas en tous cas celle de Grégoire de Nysse. 11 pose en principe que l'étude de la rhétorique est incompatible avec celle des Écritures. « L'étude de la littérature profane [fi Trspt toùç e^w « XoYouç (TTTouo^), écrit-il dans la lettre XI, dénote à nos yeux la « négligence totale des divines sciences [^). » Voilà qui est net. On comprend dès lors que Grégoire ne perde aucune occasion d'affirmer son éloignement pour une science vaine et dangereuse. Dans son Dialogue avec Macrina, il nous montre sa sœur répondant aux objections qu'il vient d'exposer longue-
(1) Norden, Die Antike Kunstprosa, II, p. 529, 530, 531, etc.
(2) TV, 2. 3. — Voir Norden, II, p. 533.
(3) Vol. II, 1041 c.
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ment : « Ce n'est pas sans éclat que tu as abordé selon les règles (( de ce qTi'on nomme la rhétorique, les doctrines relatives à la « résurrection, lui dit Macrina. et que tu as circonvenu la vérité « avec un système de réfutation propre à persuader (*). » Nous faisons ici deux remarques : 1° Que Macrina affecte pour a ce qu'on nomme la rhétorique » une ignorance méprisante. A ses yeux, à elle, c'est-à-dire aux yeux de Grégoire qui parle, rhétorique est synonyme de sophisme. — 2"^ Que Grégoire, sous cette critique adressée à la rhétorique, laisse assez naïvement percer sa vanité littéraire. L'éloge de Macrina est méprisant, mais enfin c'est un éloge. Grégoire se fait décerner par sa sœur un brevet de science oratoire et de dialectique retorse, et à côté du théologien qui s'en afflige, il y a en lui un ex-maître de rhétorique qui s'en fait gloire. Quelques lignes plus bas, Macrina revient sur son ignorance de la rhétorique, a Bien que nous « soyons incapable, dit-elle, à ton exemple de répondre en rhé- « teur à ton discours (^). » Ce qu'il y a de piquant ici, c'est que Grégoire prête à Macrina un mot (àvTtppïiTopeuetv) qui ne se trouve qu'une fois, et chez un sophiste, Maxime de Tyr.
Grégoire n'exprime pas que par la bouche de Macrina son éloignement de la rhétorique. Dans son écrit sur les enfants enlevés en bas âge, il déclare (') : « Libre aux faiseurs de discours « et aux sophistes (XoyoYpatpoi xai (îoîptffTat), de discourir là-dessus, (( eux qui se font gloire d'embellir de tels actes par leurs pein- « tures. » Ces paroles sont d'ailleurs encadrées dans un badinage prolongé et laborieux d'un tour tout à fait sophistique. Même état d'esprit dans le traité sur la virginité, 324 C(*) : « Que per- « sonne, dit Grégoire, n'attende de nous un langage pompeux ; « le voudrions-nous, que nous ne le pourrions pas, n'ayant pas « l'habitude de ce genre de style. Si nous savions faire de belles « phrases, nous ne préférerions pas à l'intérêt public le plaisir « d'être estimé de quelques-uns. » Ainsi Grégoire ne se reconnaît ni les prétentions ni la science d'un rhéteur : il n'a pas l'habitude du style pompeux ni des belles phrases. Dans ces aveux
(1) Vol. m, p. 145 B.
(2) Vol. m, p. 145 B.
(3) Vol. m, p. 164 D.
(4) Vol. III.
d'ignorance prétendue se révèle toujours le même ton dédaigneux pour une science regardée comme vaine et fausse. On le sent encore, sous un air de modestie, dans la lettre IV à Eusèbe ■') : « On n'y trouve point (dans la lettre qu'il envoie), « un style tleuri d'expressions sonores et bien assemblées, qui t puissent faire regarder cette lettre comme un présent aux « amateurs du beau langage. » Mais le vrai sens de cette modestie se traliit dans l'écrit sur les enfants enlevés en bas age(^). « Pour nous, dit Grégoire, qui à la façon des vieux chevaux, € restons hors de la carrière du sujet, nous nous contenterons « de dresser l'oreille aux luttes oratoires dont tu es Toccasion, « etc. . . » Faut-il voir ici le sentiment mélancolique que Grégoire a de sa vieillesse"? Est-ce simplement un trait de coquetterie comme celui que nous relevions chez Basile répondant à Libanios '? Cette dernière supposition est la plus vraisemblable, si l'on remarque que Grégoire, après avoir déclaré : « Laissons à « ceux qui ont le don de l'éloquence le soin de dire, etc. . . » finit par traiter le sujet qu'il s'excusait de ne pouvoir aborder. En tous cas, nous voyons que Grégoire est moins inditTérent qu'il le dit aux choses de la rhétorique. Qu'il sente réellement sa vieillesse ou qu'il affecte de la sentir, il est évident qu'il lui en coûterait de ne plus prendre part aux luttes oratoires, et de rester, comme il dit, hors de la carrière. On peut en induire que l'indifférence qu'il étale si volontiers ailleurs pour la rhétorique est affectée. Il affiche ime ignorance complète de la culture profane parce qu'il estime que cette culture est incompatible avec la pensée chrétienne ; mais au fond il n'est pas bien sur d'en être entièrement détaché et son insistance trahit l'appréhension de n'être pas cru. En même temps on sent percer dans ces déclarations la coquetterie d'un ancien rhéteur qui ne se résigne pas à disparaître Cet état d'âme contradictoire est caractéristique chez Grégoire de Nysse. Il exprime avec une force particulière un conflit de tendances commun à la plupart des Pères du iv» siècle. C'est que le passé de Grégoire accuse la contradiction entre ce qu'il prétend être et ce qu'il est réellement. Quand
(1) Vol. III, p. 1025 B.
(2) Vol. III, p. 161 A.
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l'homme d'Église affirme son détachement de la rhétorique, rancien rhéteur est là qui proteste.
Cette inditTérence méprisante affectée par Grégoire prend parfois une forme plus précise. Elle vise non seulement la rhétorique en général , mais plus spécialement certaines formes de discours propres à la rhétorique et dont il pourrait être soupçonné de s'inspirer. Tels sont les Éloges. C'était, nous l'avons vu, un genre oratoire très aimé des sophistes, volontiers traité par eux et qui comportait des règles minutieuses. Or les orateurs chrétiens étaient souvent amenés à célébrer devant les fidèles et pour leur édification, les vertus d'un saint, d'un martyr, d'un évêque. Ces conditions analogues semblaient appeler un contact entre la pensée chrétienne et la rhétorique profane. Aussi les Pères de l'Église grecque au iv*^ siècle, dans leur désir de rompre toute attache humiliante, s'appliquent-ils particulièrement à montrer que leurs éloges ne doivent rien à la rhétorique sophistique. Il y a chez Basile, dans son éloge du martyr Gordios, une déclaration très intéressante, où il rejette nettement au nom de la Bible les règles de l'Enkômion païen. Il prend pour texte cette parole de Salomon, Prov. XXIX, 2 : Quand on fait l'éloge du juste, les peuples se réjouissent. — « Qu'est-ce à « dire ? reprend Basile (') ; que les peuples se réjouissent quand « un rhéteur ou un faiseur de discours habile compose son lan- « gage en vue de frapper l'esprit de ses auditeurs par l'harmonie « élégante qu'il fait retentir à leurs oreilles, quand ils perçoi- (( vent l'invention des idées, la disposition des matières et le « caractère à la fois majestueux et harmonieux du style? Mais « jamais il n'eût parlé ainsi, lui qui nulle part n'a fait usage « d'un tel genre de discours. Il ne nous aurait pas engagé à « étaler avec la pompe des panégyriques l'éloge des bienheu- « reux, lui qui partout adonné la préférence à la simplicité du « style et à un langage sans apprêts. » Et plus loin, il oppose aux règles de l'Enkômion païen celles de l'éloge chrétien : « L'éloge des autres hommes, dit-il, consiste en amplifications « oratoires : mais quand il s'agit des justes, les actes réellement « accomplis par eux suffisent à montrer Texcellence de leur « vertu. »
(1)491D, 492 A, etc.
Ces déclarations sont très nettes. Basile regarde comme indi^^ne des bienheureux dont on tait l'éloge, l'emploi des artifices de la rhétorique II rejette ce qui est pour un sophiste l'essentiel de rEnkômion : l'invention des idées, la disposition des matières, le soin du style. Pourquoi? C'est qu'il ne s'agit pas de charmer, mais d'éditier et d'instruire. L'orateur chrétien n'a donc que faire d'un style harmonieux, élégant, majestueux. De plus l'Enkômiou païen a un caractère artificiel et faux : on ne s'y soucie pas du fond et l'orateur n'y cherche qu'un moyen d'étaler sa virtuosité. Le chrétien ne peut se plier à une telle conception. Remarquons en passant avec quelle fermeté clairvoyante Basile dénonce, et oppose aux exi^^rences de l'éloquence chrétienne le caractère artificiel de l'éloquence sophistique. Dans l'Éloge des quarante martyrs, Basile n'est pas moins catégorique : u II n'est pas permis (*), dit-il, quand on parle des saints, « de s'asservir aux règles des éloges (Iyxwiju'wv). Les faiseurs « d'Éloges demandent au monde la matière et le point de départ « de leurs éloges ; mais ceux en qui le monde a été crucifié, « comment pourrait-il servir à les mettre en lumière? » Ici encore Basile oppose l'éloge chrétien à r£Y>ta)a.'.ov des sophistes. Mais il ne se fonde pas comme précédemment sur la diflérence des buts poursuivis ; il fait ressortir l'opposition des deux points de départ. L'Éloge chrétien glorifie précisément l'absence des avantages célébrés par l'Enkômion païen. Comment un rapprochement serait-il possible?
Grégoire de Nazianze observe en face de l'Enkômion la même attitude, mais avec une sévérité atténuée. Dans l'oraison funèbre de Basile, il annonce qu'il laissera de côté l'énumération de ses ancêtres, sans se soucier des règles de 'rEnkômion. « Si « je voulais, dit-il, le glorifier pour sa race, ou pour quelqu'une « des raisons tout à fait misérables qui sont le fait des esprits « tournés vers la terre, je pourrais faire voir une autre liste de (( héros. » Cette allusion méprisante n'est d'ailleurs qu'une forme de prétention, sous laquelle Grégoire fait passer l'éloge des ancêtres (^). Plus loinQ, autre allusion dédaigneuse aux
(2) 497 B, etc..
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règles de l'éloge païen : « Nous avons à parler d'un homme qui « pensait qu'il fallait juger de la noblesse par l'individu, sans « attacher aucune valeur aux formes ou aux couleurs prises en « soi, etc.. . » Dans l'oraison funèbre de Gorgonia, Grégoire de Nazianze écarte comme Basile la recherche du style (^) : « Abor- « dons maintenant l'éloge, en rejetant ce qui fait l'élégance du (( langage. » Mais il ne donne pas cette simplicité du style comme un principe absolu. Ici elle s'impose parce que « celle « dont nous faisons 1 éloge ignorait la coquetterie et faisait une « beauté de ce manque de beauté ». Plus loin (792 D) il rejette la glorification de la patrie et de la race, mais il fait en faveur des parents de Gorgonia une réserve dont il s'excuse : « Je ne « me suis conformé aux usages, dit-il, que pour rappeler le « souvenir de nos parents. C'est qu'en effet il n'eût pas été pera mis de passer sous silence, etc. . . » En somme, nous voyons que Grégoire de Nazianze montre une sévérité moins tranchée que Basile. Il évite de formuler au sujet de l'Éloge chrétien une théorie absolue, et de rejeter a priori les règles de l'Enkômion. Il écarte seulement de l'éloge les avantages extérieurs, la glorification de la patrie et de la race.
Grégoire de Nysse en général va plus loin et affiche sur ce point à peu près les mêmes idées que Basile. Dans sa vie de Grégoire le Thaumaturge, il s'exprime ainsi (^) : « Qu'aucun de ceux qui ont « été nourris de la science divine ne s'attende à trouver pour (( celui que nous louons à un point de vue spirituel les procédés « artificiels de l'Éloge usités chez les païens (xwv 'éçco). » Ainsi Grégoire rejette sans réserve les procédés de l'Enkômion. Il nous en donne la raison (^) : « Nous ne jugeons pas en effet le beau « du même point de vue qu'eux, et on ne saurait trouver sur « les mêmes sujets les mêmes idées chez ceux qui vivent selon « le monde et chez ceux qui se sont élevés au-dessvis du monde. » C'est exactement et presque dans les mêmes termes la raison que nous avons vu invoquer à Basile. Son traité sur la virginité contient une allusion dédaigneuse aux Éloges profanes Ç*) :
(2) Vol. III, 896 A.
(3) Vol. ni, 896 B.
(4) Vol. III, 321 D.
i\6 CHAPITRE IV.
«( Il convient de laisser de eùlé, en parlant de la viriiùnilé, les « discours ayant le caractère de l'Enkômion, vu qu'il est impos- « sible d'élever le discours à la hauteur du sujet. » Ici la raison est tout autre : la simplicité s'impose parce que tous les efforts du style ne pourraient atteindre à l'élévation du sujet. Ce n'est pas une condamnation en règle de TEnlvômion.
Ce que Grégoire tient à écarter surtout de ses discours d'éloge, c'est la glorification de ces avantages extérieurs qui tiennent une grrande place dans l'Enkômion : patrie, pays, ancêtres, etc.. — Il le déclare dans son discours sur les quarante Martyrs (•) : « Que d'autres, dit-il, énumèrent ces avantages auxquels le « discours s'asservit pour se faire valoir et pour flatter l'ambi- « tion de ceux qui y sont exercés. » Mais ici, comme plus haut pour Grég:oire de Nazianze, cette déclaration est une feinte : Grégroire a déjà entamé l'éloge du pays. Il a décrit ce fleuve qui enferme son cours dans le cercle formé par la plaine et qui devient lac, qui avant de se changer en lac et ensuite, se divise selon les besoins de tous les habitants, parcourt des bois et des prairies qu'il arrange avec art, et comble les habitants d'une infinité de bienfaits, etc.. (753 A). Après une description si complaisante, la prétention est bien tardive, d'autant plus que Grégoire par un artifice assez grossier reprend la description sous prétexte de l'écarter (-) : « Qu'un homme habitué au monde, dit-il, et habile à distinguer les avantages d'ici-bas, ajoute aux « éloges, s'il veut, le second de ces fleuves, etc.. » Dans l'oraison funèbre de Basile, il s'écrie : « S'attend-on à nous voir prendre ff pour Basile le genre ostentatoire et pompeux des éloges (813 B ?) » Il ajoute qu'il ne parlera ni de la patrie, ni de la race, ni de l'éducation de Basile, ne voulant pas par l'insignifiance du discours amoindrir cette grande figure. Un peu plus loin il se justifie en disant (^) : « Ce serait diminuer la valeur des a éloges légitimes que d'admirer de l'eau, des feuilles, une motte 0 de terre et autres choses semblables quand on se propose de « considérer la vertu. » Donc : « Passons sous silence la patrie et « la race et tous les avantages de ce genre que la rencontre for- Ci) Vol. III, 753 A.
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« lui te des événements attribue au premier venu. » 11 indique dans quel sens il faut entendre la patrie et la race de Basile (') : « Qu'est-ce que la noblesse de Basile ? Qu'est-ce que sa patrie ? (( !Sa race, c'est la liaison intime avec Dieu ; sa patrie, la « vertu. ))
Toutes ces déclarations se ramènent au point de vue que nous avons signalé chez Grégoire de Nazianze. Gomme lui, Grégoire de Nysse se montre soucieux d'écarter des considérations étrangères, dont le caraclère mesquin nuirait à la grandeur de son sujet. 11 y revient dans son 'EyxoSjjt-iov d'Ephrem (^). Il annonce qu'il laissera de côté la patrie, les ancêtres, la naissance, l'éducation, etc.. et « les autres sujets de grandiloquence « dont les faiseurs de discours païens amassent une provision « dans leurs éloges. » Plus loin il montre combien il serait mesquin de conserver pour Ephrem la mesure et les procédés de rèyxtofjnov. 11 dit encore (824 D) : « Notre Père (Ephrem) n'aime « pas à se glorifier, comme les âmes matérielles, d'éloges ridicules. » Dans sa vie de Grégoire le Thaumaturge, il déclare qu'il ne convient pas de glorifier ni sa patrie ni sa race. Il serait déplacé de parler de trophées, de batailles et de rappeler les maux de la guerre (896 B). Plus loin il est plus précis encore, et le ton railleur qu'il prend vise évidemment certains lieux communs bien déterminés de l'Enkômion : « Qu'un homme attaché « au monde, tourné vers le bien-être matériel, aille recueillir « là les éléments d'un éloge, se demande si la patrie était riche « en bétail, si la mer voisine fournissait une matière abondante « à la gourmandise, etc. » (897 A). Il revient avec une insistance étrange, presque fastidieuse, sur son intention de ne louer en Grégoire le Thaumaturge ni la patrie, ni la naissance : « A quoi servirait en efifet, etc. . . (900 A). De même (9U0B], etc.
En somme, nous le voyons, Grégoire de Nysse, comme Basile et Grégoire de Nazianze, insiste sur la différence profonde qui sépare selon lui de l'Enkômion païen les conditions et le caractère de l'Éloge chrétien. 11 est très préoccupé d'établir que celui-ci ne doit rien à celui-là et qu'il ne peut rien lui emprunter.
Il appuie surtout sur cette idée que des considérations étrangères au mérite de celui qu'on loue, telles que celles de l'Enkomion sur la patrie, la race, etc. . . ne peuvent trouver place dans l'éloge chrétien. Nous aurons à examiner spécialement si la théorie n'est pas ici encore en désaccord avec la pratique.
L'ouvrage de Grégoire de Nysse intitulé : npbç Eùvdfjiiov àvxippTjTtxbç "kôyoç nous permet de nous faire une idée plus précise de l'attitude qu'il prend en face de la rhétorique. L'objet de ce traité en XII Livres est de ruiner l'argumentation d'Eunomios dans son écrit en trois livres contre Basile. C'est une dispute essentiellement théologique. Mais Grégoire, pourdonner plusde force à sa réfutation, ne se contente pas de dénoncer les points faibles de l'argumentation d'Eunomios. Il montre qu'avant toute discussion, l'écrit de son adversaire ne mérite pas d'être pris au sérieux, parce qu'il est d'un homme pour qui les idées ne sont qu'un moyen de faire valoir des effets de style. Eunomios est un rhéteur, pour qui les idées ont moins d'importance que les mots. Par suite, quel crédit accorder à ses doctrines ? « Qui donc, dit « Grégoire (^), n'aurait raison de rire en le voyant annoncer « comme sujet de ses efforts la doctrine de la vérité, quand ces « mêmes efforts s'appliquent à une recherche misérable de mots « et de figures sans aucune intention édifiante ? » D'avance on doit s'attendre à de misérables sophismes. Et en effet (^) : « A « quoi peuvent servir pour la réfutation de notre thèse, comme « il se l'imagine, et pour l'établissement de la vérité dans ces « recherches, l'invention étrange des figures du style, etc.. » Telle est la tactique de Grégoire. Il est certain qu'elle est habile, et qu'elle dessine avec une précision particulière l'opposition de Grégoire et de la rhétorique sophistique.
L'argument que Grégoire tire de la vanité littéraire d'Euno-
(1) Livre I, 252 D.
(2) Ibid.
mios De peut avoir de force que s'il est incapable de se retourner contre lui-même. Grégoire s'oppose donc nettement à son adversaire en se défendant d'avance de toute prétention littéraire. Ce n'est pas un sentiment de ce genre qui le fait entrer en contlit avec Eunomios. « Je ne suis pas amené, dit-il, à me « mesurer avec cet homme par un sentiment d'ambition pué- « rile, pour lutter sottement d'éloquence avec lui et faire un « étalage de mots. » (252 B). Pour lui, en effet, il ne s'attache qu'à l'idée et il l'examine seulement au point de vue de la vérité : « Nous n'examinons, dit-il, que l'idée exprimée par les « mots, pour savoir si elle est saine ou non... Quant à ces subti- « lités de vocabulaire, nous les laissons à la science des gram- « mairiens. » (lin 4 G) Il proclame lui-même avec un empressement perfide la supériorité littéraire d'Eunomios : ce Je suppose, « dit-il, qu'Eu nomios est vm professionnel de la parole (xpiêojva (( Xoycov) quand je considère le temps qu'il a consacré à ses doc- « trines (')... 11 n'y a rien d'étonnant qu'un homme qui s'est (c exercé pendant tant d'olympiades ait quelque avantage sur « des adversaires improvisés... » (252 G). Aveu très habile parce que Grégoire se donne des airs de modestie et de franchise en paraissant convenir d'un désavantage, tandis qu'en réalité il va tourner au détriment d'Eunomios cette prétendue supériorité. Le sens et la portée de cet aveu nous apparaissent clairement ici (p. 253 B) : a Ges recherches de style, dit-il à propos d'Euno- « mios, ne conviennent qu'à ceux qui ont la gloire en vue. . . » Voilà les deux attitudes qui s'opposent. Eunomios est un rhéteur dominé par l'ambition, Grégoire n'a en vue que la vérité. Plus loin (573 A) : ce Nous convenons sans honte que nous n'ap- « portons pas dans la lutte un langage aiguisé des artifices de la « rhétorique, et que nous n'appelons pas à notre aide contre nos <f adversaires l'habileté d'une dialectique retorse, propre à faire « souvent soupçonner d'erreur la vérité aux yeux des ignorants. « Mais contre l'erreur, notre parole n'a qu'une force, etc. . . » Grégoire nous découvre ici pourquoi il éprouve si peu d'embarras à déclarer son infériorité. G'est que la vérité est par ellemême assez forte pour se passer des attraits de la rhétorique et
(1) Livre I, 252 B.
de l'appui d'une argumentation spécieuse. Leur emploi est au contraire l'indice d'une pensée trop faible pour se soutenir. Et puis Gréi^oire se représente aux prises avec un adversaire armé de pied en cap. Il n'a, lui, d'autre arme à lui opposer que la vérité. La disproportion apparente de la lutte rendra plus éclatante la défaite finale d'Eunomios. Aussi y revient-il volontiers (*) : a Pour nous qui entreprenons d'écrire sans habileté oratoire, « comme le dit notre accusateur, nous paraissons un peu rusa tique, avec notre langage qui sent le terroir, à côté de ce « nouveau Démosthène. » Le procédé est le même que ci-dessus ; noter du reste l'ironie qui se mêle à cet aveu. Sans armes en face de cet adversaire si bien fortifié par la dialectique et la rhétorique, Grégoire se compare naturellement à David en face de Goliath. Il est ignorant de la dialectique, mais il lance contre son adversaire, comme avec une fronde, sous une forme triviale et grossière, le langage de la vérité (909 B).
Telle est donc la position prise par Grégoire en face d'Eunomios. Tandis qu'il se représente comme tout à fait ignorant dans la dialectique et la rhétorique, il signale à toute occasion chez Eunomios des procédés de rhéteur. Il relève d'une façon générale l'éclat de son style {Xa[j.7rp6Tïiç t-^ç ép^jt-yiveiaç, 400 A) et il admire ironiquement « ces beautés superflues de langage » (tyI TieptTTri TaÙT-yj xaXXtsTret'a, 400 A), « Ce beau style qui lui est habituel » (ttjç (7uv7]6ouç xaXXi^covtaç IxetvTqç, 421 A). Il observe toutefois (453 D) que « cette suite de mots savamment calculée (t] tôv £uapi6[X75TO)v èxeivoov 7:poa6-/]x-^ pYifiàxwvJ ne remédie pas à l'incohérence de ridée. )> Parfois son indignation éclate, et abandonnant l'ironie, Grégoire applique au style d'Eunomios des épithètes brutales : Tyjv vauTtoiOT) cpXuaptav tûu pTJTopoç (748 B.) Nous l'avons vu traiter railleusement son adversaire de nouveau Démosthène. Cette comparaison revient sous une autre forme (908 A) : « Cet autre « Démosthène qui nous vient d'Oltiseris» (pays d'Eunomios. Voir Livre I p. 260 A) aXXoç xtç rnjAv 'E^oXTicrTiptSoç Ilatavisuç. Rappelant le temps qu'il a fallu à Eunomios pour écrire son traité, il dit encore (748 G) : « Voici le pauvre Isocrate qui se ronge, « arrachant brin à brin les mots et les figures pour en composer
(1) Livre XII, 908 D.
t son style. » ^Allusion aux trois olympiades consacrées par Isocrate à la composition de son Panégyrique, d'après Platon.
Il revient volontiers là-dessus. 11 se plaît à opposer à sa riposte improvisée, l'attaque d'Eunomios, préparée de longue main avec un soin laborieux. Rien ne lui semble plus méprisable que le temps passé par Eunomios à polir son ouvrage (voir p. 953 A). Ailleurs il se borne à l'appeler « rhéteur » (840 A), à désigner l'artifice de son style par ces mots : xf,? ^T^TopixT,; xà Tsyvâauaxa, résumant dans ces épithètes dédaigneuses toutes ses critiques (llûl A).
Mais ces critiques sont en général plus précises. Comme il cite Tune après l'autre toutes les propositions d'Eunomios qu'il veut réfuter, il est amené à souligner dans chacune délies l'artifice qu'il y condamne. Il nous fait connaître de la sorte ce qui caractérise à ses yeux la manière sophistique. On comprend combien ses remarques sont précieuses pour nous; nous aurons à voir, en confrontant les critiques de Grégoire avec son style, si lui-même ne tombe pas sous leurs coups. Le relevé de ces critiques de détail nous permet de constater que Grégoire signale chez Eunomios à peu près toutes les particularités de style que nous avons indiquées chez les sophistes.
I. C'est d'abord, dans la discussion des idées, le caractère retors de la dialectique. 573 A (passage déjà cité), Grégoire signale chez Eunomios la o£tvoxYjÇ otaÀexxixfjç ày/ivoia;. — Ailleurs (621 C), il essaie de nous faire toucher du doigt la mauvaise foi de cette dialectique : « 11 s'adjoint comme alliée une froide phraséologie « grammaticale, et au moyen d'une habile dérivation ou analoc( gie de mots (TrapaytovY^ç, 7iapwvu[jLiaç), qu'on appelle comme on < voudra ce procédé, il tire la conclusion de ses syllogismes, et « n'hésite pas à appeler ysvvY^aa la personne engendrée. . . »
II. C'est ensuite la disproportion du fond avec les moyens employés pour le recouvrir : détaut, nous l'avons dit, essentiellement sophistique : 252 C : « 11 a laborieusement entassé sur «: un petit nombre d'idées un monceau démesuré de mots, et il «c est ainsi venu à bout de ce travail si pénible. . . » Eunomios se préoccupe d'abord de ses efl'ets de style; après quoi il y ajuste
LA POLÉMIQUE DE GREGOIRE DE INYSSE CONTRE EUiNOMIOS. 73
tant bien que mal ses idées. Ainsi, ce n'est pas le style qui se moule sur Tidée, mais l'idée qui se moule sur le style. Cela encore est bien sophistique, p. 953 A : « 11 a recherché laborieuse- (( ment, non pas le moyen d'exprimer ses idées, mais de traîner « de force les idées vers leur expression. . . »
III. Ces effets de style ré>ident en partie dans la recherche prétentieuse du vocabulaire p. 252 G : Grégoire prétend qu'Eunomios « a recueilli dans certains livres un énorme ramassis de « locutions prétentieuses : ttoXùv aupcperov Xsçtotwv » — 11 revient sur celle critique, p. 7 '«8 G : « Suivant son procédé de style hau biluel, il réunit, pour les coller ensemble (otaxoXXw), les lamu beaux (^axojixaTa) de petites locutions apprêtées (Xe;ioia), qui « traînent dans les carrefours. . . »
Il précise la nature de ces Àsçioia (953 A) : «... 11 a recueilli (( dans certains écrits une provision de mots particulièrement « harmonieux,'^). Et à la façon des mendiants qui, faute de vê- « tements, rapiècent leurs tuniques avec des haillons cousus « tout autour, notre homme, glanant ici une locution, là une (( autre, en a tissé ce centon, et assez misérablement il a collé ff les mots et les a ajustés ensemble. G'est là, ajoute Grégoire, « une façon mesquine et puérile (yXtd/pov xat ii,£tpaxtôo5£ç) de se « préparer à la lutte. ') Ges épithèles rappellent presque littéralement le reproche de [xeipaxiôooeç xac '^^y^'^ô^ qu'on faisait à Gorgias (^), à cause de son goût pour les jeux de mots. Elles semblent, ici, dénoncer particulièrement le caractère artificiel et recherché de la langue d'Eunomios. Plus loin, Grégoire relève encore l'emploi de ces Xeçîota : « 11 tourne encore une fois en décc rision les paroles de Basile, en faisant 7'ésonner ses petits mots « selon sa coutume (tw xpoTw tcSv Àe^toiwv, 976 A) ». Il insiste ironiquement sur cette recherche de mots sonores : tou ^raTocyou Twv ovoij.xTwv (1089 D), Toi ^6(^0) Toiv ^7]uàT(i)v (1089 D). Il slgualc aussi leur caratère emphatique : 1032 G : xw (rxdjjLcpo) tôov Xsçioiœv.
En somme, à quoi se ramènent ces critiques ?
Grégoire reproche à Eunomios de parler une langue artifî-
(1) Tàç ev/)"/OT£paç cpcovàç.
(2) NORDEN, l, p. 23.
74 CHAPITKE V.
cielle el eiiiprunlco. 11 l'a prise, dit-il, dans des livres et Ta recueillie dans les carrefours. C'est probablement une allusion à ces listes de mots, devenues banales à force de traîner dans les écoles, et dont se servaient les sophistes peu consciencieux, pour donner à leur style un air savant. (Voir les railleries de Lucien dans le Maître de Rhétorique), Quelle est au juste la nature de ces Xs^iôia ? Gréi^oire signale le goût d'Eunomios pour l'harmonie et la sonorité. Comme il relève d'une façon générale (nous l'avons dit plus haut), la XaaTrpÔTïjç et la xaXXtcpwvia de son style, il est permis de penser qu'il vise ici l'emploi de ces mots qui, par l'accumulation des a et des w, donnent, d'après Hermogène, un etTet de <7£(jlv6tt,ç et de XajjLTTTpÔTTqç (Trspi Ioewv, 291, 15('). Mais ces critiques pourraient s'appliquer à tous les sophistes. Tous recueillent dans les livres et vont emprunter à l'école la langue dont ils se servent. Tous font effort pour donner à leur style de la sonorité et de l'harmonie. Voici qui est plus particulier : Grégoire relève chez Euaomios une recherche prononcée d'atticisme, et il l'en raille. A propos d'une phrase d'Eunomios qu'il cite, il fait remarquer avec une admiration ironique « la lleur du vieil attique» (-). C'est une allusion aux mots 'Kxyr^>J atpuxTov. Le mot ajpuxxoç est du vocabulaire tragique, et ne se rencontre guère que chez Sophocle, Euripide, Pindare, Aristophane. — Ailleurs, Grégoire croit découvrir qu'Eunomios, en voulant faire montre d'un atticisme raffiné, est tombé dans une faute grossière (^]. Voici la phrase d'Eunomios : novTjûcov TYjV Tojv oixa^ovTOJv /«-opocv ctcçppvjcàvTcov : « Les méchants « s'étant introduits à la place des juges ». Eunomios fait ici un usage transitif du verbe elaooSi au sens de « s'introduire dans ». C'est là un emploi inusité. Elccppw signifie : introduire, accueillir, chez Aristote, Mir. 14, et Aristophane, Guêpes, 892; Démosthène, 473, 6. — Chez Polybe, 22, 10,7, et Alciphrou, 3, 53, il est pris au sens de « s'introduire », mais avec eU et l'accusatif. 11 semble donc bien qu'Eunomios commette ici un solécisme. Grégoire l'a remarqué ;
(1) Rhetores Gmeci, Édition Spengel, vol. II.
(2) Livre I, 400 B : "Opa -zt. avOrj rf,ç àp'/ctioi.Q 'AttcSo;.
il ne se sent pas de joie ; il s'écrie [: « Occupé -à se débattre « violemment, je pense, et ayant l'esprit ailleurs, il n'a' pas « remarqué le solécisme qu'il laissait s'introduire ] dans son *ï traité. 11 a cru parler maiinifiquement l'attique avec ce mot de « Twv cî.TcpoYiGavTcov. Mals l'cmploi de ce mot chez notre néoatticisle « n'est pas le même que chez ceux qui parlent correctement, « comme le savent bien ceux qui ont cultivé l'éloquence. . . » On sent éclater ici l'accent triomphant de l'ancien rhéteur qui inflige à son adversaire une leçon grammaticale. Le caractère de la langue d'Eunomios, tel qu'il apparaît à Grégoire, se précise pour nous : c'est celui d'une langue artificielle, faite d'emprunts misérables, avec une prétention à l'atticisme souvent démentie par des fautes grossières.
IV. Grégoire ne se montre pas moins choqué de l'abondance et de la recherche des ^/yjaaT-y.. Il reproche à Eunomios (252 G) le manque de goût avec lequel il emploie les figures dans la
trame du style : /] tteoI xa (T/TJjxaTa xaxocT'^v tôv ûtjOÉvtojv <7uvô'/]xr|V aTreipoxaXta, ce qu'il nomme : iTrivotà Ti; Tcov £v Tto X6y(ù (7/Yi[i,àT{jt)v
àXXoxoToç (252 D). Quels sont ces (Jx^iV^t^^t ? Grégoire l'indique, 253 A : « On ne saurait découvrir quel est l'écrivain illustre « qu'il a eu en vue pour en arriver là. Pareil à un faiseur de « tours sur la scène, il fait résonner son style, comme avec des « castagnettes, de la cadence de ses locutions apprêtées, au « moyen de synonymes (TiapaXV/^Xwv), d'Isokôla, d'assonances, et « de mots finissant de la même façon (ojxoiocpwvcov xa-' ôuo'.oxa-
« TaXVjXTCDv pYjaocTwv). » Ce sont là les yopyieta (jyq]X'yiroi dont nous
avons relevé chez les sophistes l'emploi souvent déréglé. — Ailleurs, Grégoire signale une antithèse de mots et un ôixotoxé- Xeutov : 256 A : <( Voici ce qu'il dit, avec l'accent qui lui est « propre, et suivant cette belle harmonie lydienne (xotxà xt,v « AuSiav àptxoviav Ixeîviriv). » Suit la phrase d'Eunomios : Kai xcov
oùx £v 0''x'/j 6pa<7uvojJt.£Vtov £vv6[jt,cp oix'/| '(7cocppov£?v 7)vaYxa(7a,£V(ov. On
sent ce qui excite l'ironie de Grégoire : l'opposition de Iv StxTi et èvvdfxo) o''x7i et l'assonance très sensible : ôpaauvojxÉvwv — ■f)vaY>ta(7aéva)v. — P. 964 A, Grégoire commente ainsi ces paroles d'Eunomios : . . . xal (tiwttwvxwv xat cp6£YY0(J'£"^wv yeyovôziiiv. a Pour « employer le langage orné d'assonances de ce faiseur de dithy-
't> CHAPITRE V.
(( l'anibos (toO otO'jpaiiêtcTou xaîç bfjLoioXyixTotç cpwvatç), » Grégoire vise ici rhomoeoteleuton qui résulte de raccumnlation de mots finissant en wv, et la molle harmonie qui s'en dégage. — P. 1089 C, Grégoire appelle l'attention sur une phrase d'Eunomios, où la recherche d'allitération touche en cflet au ridicule : "Avapyoç
tuv àvip/wç, àysvvriTÔç lartv àysvvvÎTcoç, àxeXsuTTjTOç lartv àreXeuTT^xcoç, O'JTS xaô' exepov, où'xs oi"* l'xspov, ouxe Trpb; s'xspov XsYoji-svov. Les trois
premiers membres de cette phrase offrent à la ibis un cas de Trâpiaov et d'iiomoeoteleuton. Construits sur le même dessin, ils finissent tous par la syllabe -wç. On relève en outre dans chacun d'eux l'emploi de la paronomase : avap/oç. .. àvâp^^^wç, etc. — Le second groupe, également formé de trois membres symétriques (noter la correspondance), présente un remarquable exemple de polyptote. Cette phrase inspire à Grégoire les réflexions suivantes : « Celui dont l'oreille est juste et « l'esprit lucide, sait avant que je parle, qu'à part le cliquetis « de mots qui s'entrechoquent bizarrement, on ne trouve « dans ces paroles aucune trace d'idée.. . »
Les passages dénoncés par Grégoire trahissent une recherche incontestable. Mais, à part le dernier qui révèle un manque de goût notable dans l'emploi des figures, Eunomios n'y mo»itre pas plus d'affectation que les sophistes dont nous avons étudié la manière. Des orateurs et des écrivains relativement mesurés, comme Thémistios, font un emploi continuel des yo^yUid (7;(Tj(ji.axa et tomberaient à tout instant sous les critiques de Grégoire.
V. Grégoire n'oublie pas de relever dans le style d'Eunomios un élément important de la prose d'art : la longueur des xôsXa et des rythmes. Nous n'avons pas à revenir sur l'importance des rythmes, et on peut voir dans le -ke^I toecSv quelle valeur Hcrmogène attache à la longueur des xcSXa. Elle varie suivant les genres, les xôsXa courts et hachés ne répondant pas au même effet que les xàiXa prolongés et organisés en périodes. P. 425 A, Grégoire fait remarquer, à propos de cette phrase d'Eunomios :
El yàp xb àyévvYixov ûtzo xTjÇ xou Ilaxpbç TrpoaYjYopiaç (7Y)[Jt.atv£xat, oùxsxt xb Y£Y£^'vr|X£vai xbv Ttbv vj cptovT) auxTrj'Jrapt'ax-/]a'iv, (( le tour majestueux
de la phrase d'Eunomios ». Cette courte période se compose en effet de deux longs x(5>a qui donnent une impression d'am-
pleur. Ailleurs Grégoire insiste avec mépris sur la structure artistique de la phrase d'Eunomios, sur « ces mots emphatiques « et dénués de sens, disposés en xojXa et en périodes » (1072 A). Ici comme ailleurs il se montre révolté du contraste entre le vide du fond et le soin minutieux de la forme. Il ne manque pas non plus de signaler chez son adversaire les recherches rythmiques. Ce qu'il condamne en lui, c'est le goût de l'harmonie efféminée et molle, comme cet exemple cité plus haut où il raille TT,v A'joîav àpaovt'av (236 A). La phrase d'Eunomios qu'il reprend présente en effet une grande accumulation de longues : Kal xœv
oùx Iv SiXT) ôoocG'uvojj.Evwv £vvo[X(jl) Stx'/| «TWOipovstv 7]vaY5«oc(7[ji.£va)V, amenant un rythme détendu et lourd comme celui des nomes asiatiques. Ce souci de la cadence rythmique s'accompagne d'un soin scrupuleux à éviter l'hiatus. C'est ce que vise Grégoire, p. 400 B, quand il décrit « le poli et l'éclat du style (rb ÀsTov xat xaTsrTTtXSwfjLsvGv T-^ç Xs^scoç), que fait resplendir la construction de la phrase (rr, auvrà^s'. tou Xoyo'j). » Consultons en effet le Trspt êofi-Tiveia;, chapitre sur la Xs'.otv);, page 326,22(*). Les disciples d'Isocrate, dit l'auteur du traité, ohservent la Xecottiç, c'est-à-dire évitent les rencontres de voyelles. Cette remarque vise la (ruvôrjXTi du style, et c'est d'elle qu'il est question dans la phrase de Grégoire : TAi (7uvTy.^£'. TGu Xoyou. NoQS constatons en effet que l'hiatus est soigneusement évité dans la phrase d'Eunomios : Ato xat ttjv
£7rt TO'JTOtÇ XotOOpiaV, OJCTUEp TlVGt TrayriV aCptJXTOV XaQ IoCUTCOV IxEXTTJvaTOE,
Tïjç oixTji;, ojç £'.xoç, ToTç ujx£T£ooiç xa9 'ufxôov a'JTwv £7:i'|iY|CptJ^ou(7r|Ç. Nul
doute que ce scrupule ne semble ridicule à Grégoire.
Grégoire s'est donc efforcé de présenter Eunomios comme un sophiste. Il a minutieusement étudié son style, pour y découvrir la preuve que son adversaire, indifférent à la valeur des idées comme le sont les sophistes, ne songeait comme eux qu'à étaler sa virtuosité littéraire. Il a en effet relevé chez lui des traces indiscutables de recherche artistique, dans le vocabulaire, dans l'emploi des figures, dans la structure et le rythme des phrases. La question serait de savoir si ce soin de la forme est, comme le prétend Grégoire, excessif et choquant. Les remarques et les citations de Grégoire nous font voir dans Eunomios un disciple
(1) Met. Graeci (Ed. Spengel, vol. III.)
iO . CHAPITRE V.
d'Isocrate('), qui, si l'on en excepte quelques lâcheuses hardiesses de syntaxe et quelques passages d'un style trop voyant, ne peut être rangé parmi les sophistes àTrai'oeuroi et les rhéteurs du genre asiatique. Mais entin c'est le droit de Grégoire de trouver inconvenant l'emploi de procédés qui sentent le rhéteur dans une discussion théologique. Seulement il se lie lui-même par cette attitude intransigeante. 11 s'oppose énergiquement à Eunomios, il se détend hautement de toute intention de rivalité littéraire et de toute recherche de style. De même, nous l'avons vu, il sépare catégoriquement ses discours d'Eloge de l'Enkô' mion sophistique. Nous avons à voir maintenant si ses déclarations s'accordent avec la réalité, et si Grégoire peut, sans se contredire, répudier solennellement toute attache avec la sophistique, et dénoncer ceux qui en recherchent le secours.
(1) NoRDEN, Die Ant, Kuntspr. II, p. 561, 562.
Les éléments même du style, la syntaxe et le vocabulaire sont-ils chez Grée^oire purs de toute influence sophistique? On se convainc du contraire, pour peu qu'on y regarde. Et d'abord est-il besoin de rappeler que Grégoire, comme les autres Pères de l'Église au iv® siècle, parle une langue artificielle et livresque ? Gette langue est beaucoup plus voisine de celle que parlaient et écrivaient les contemporains d'Aristote que de celle des évangélistes et des apôtres. Ce n'est pas la tradition chrétienne qu'elle continue ; elle s'en sépare pour s'attacher à la tradition classique et païenne. Cet attachement plus ou moins exclusif aux traditions classiques en matière de langage était, nous l'avons vu, un des caractères distinctifs de la sophistique, tout au moins à partir d'Hérode Atticus. La littérature chrétienne du iv*' siècle se confond donc ici avec la littérature des sophistes, et cette communauté d'orientation s'explique si l'on songe que la première s'est formée à l'école de la seconde. A ce point de vue très général, la littérature chrétienne apparaît donc dans son ensemble comme une annexe de la sophistique. C'est là une dépendance essentielle qu'il importait de rappeler avant d'entrer dans le détail.
En ce qui concerne Grégoire de Nysse, on relève dans son œuvre des traces plus précises et plus caractéristiques de l'influence sophistique. Sans parler de quelques particularités de flexion comme la forme y)9£Xyi(T£v(*) (Jour de Pâques, 681, A) on note chez lui un certain nombre de formes et de construc-
(1) ScHMiD, Aiticismus^ II, p. 22 et 23.
lions qui sont signalées par lt\s lirammairiens, el employées par les archaïsants comme des atticismes :
P Le loui' (jui consiste à employer, an lien d'nn substantif abstrait, radjectifcorrespondantavec xô^'). Fréquent chez Thucydide, il ne l'est pas moins chez Polémon, Ilérode Atticus, Aristide. On le relève à loul inslant chez Grép^oire. Sur l'Hex : 76 I). èv
TCO àvcocpîûs? xoù xo'jcp(t) TY,; xaT-/ cpuaiv x'.v/^tecoç, 77 B, 88 B, 89 A,
89 D, S9 D — Sur la créai, de l'hom. : 150 B, 156 B. —Commentaire sur rEcclésiast(\ Parmi une foule d'exemples, je note : 657 D — Gant, des Gant. 832 A - Sur les Béatitudes, 1252 A — Contre Eunomios, 70 i A, 716 G, 745 D, 745 D, 753 A, 757 A, 761 G, 840 G, 844 A, 865 A. - Sur les enfants enlevés en bas âpre, 176 A — Sur la virginité : 345 G, 368 A, 401 G, etc. . . — Il faudrait une liste spéciale pour mentionner tous les cas, nous nous bornons à citer au hasard. Cet emploi se relève aussi chez Basile, p. ex. dans l'Hexahéméron, 5 B, — 16 G, etc.
2'' L'emploi de éa-jTœv — toTç — to-jç, etc. . . se rapportant à la première et à la seconde personne, tour très fréquent : Vie de Moïse, 322 B. — Sur l'Ecclésiaste, 625 B, 629 B, 633 A, 641 D, 693 D, 704 B, 705 G, 708 D. — Gant, des Gant. 997 B, 1044 B. — Sur l'oraison dominicale, 1184 B, etc. . . — Ce tour est fréquent chez les autres Pères. Basile : Hexahém : 144 D, 157 D, etc. . . — Chrysostome : Sur Saint Barlaam, 682,25 etc. . . — Grégoire de Nazianze, sur les Macchabées, 924 G, etc. . .
3*' La construction d'aveu précédé d'un relatif, est aussi un atticisme(2). Contre Eun. 781 D, 812 G.
4° De même le tour oToç oTJTroxe, contre Eun. 820 D.
5° De môme l'union d'un substantif collectif singulier avec un verbe au pluriel (construction d'après le sens), qui est un atticisme d'après Grégoire de Gorinthe (^) p. 52 II faut d'ailleurs ajouter que cet atticisme avait pénétré dans la xoivvi, ce qui lui avait fait perdre de son crédit auprès des atticistes(^). Contre
Eun. 913 A : b XoITTOÇ OaiAOÇ. . . (TUVT£ÎvGVT£Ç . . .
&° La construction absolue de oetv au lieu de oeôv, atticisme
(1) ScHMiD, Alticismus, I, p. 49 (Chez Polémon: 8, 19 — 25, 13 — 25, 19), etc.
(2) Id., II, p. 64.
(3) Id., II. p. 65.
(^) Id., II, p. 65.
selon Dindorf : Thésaurus Estienne-Didol, p. 1036 B G; on en relève de nombreux exemples chez les écrivains du xu« et du xni« siècle, friands d'atlicismes, comme Nicéphore Chumnus et Théodore Hyrtacenus(\ : Hom. contre les usuriers, 444 A, l'v xai
TOUTO . . . evsOrjXf.v, wç ixàXtaTa osTv xai TrpcoTov apxouv ouGtoTzr^tsxi ©sov.
7° La construction de cpuw, au parfait et au sens personnel, avec un infinitif, est un atticisme. On la relève : Sur la virginité, 349 A : V] xapoiaç xocOapoTYjÇ... Oïipsustv TiÉcpuxcv. — Sur la fin providentielle du chrétien, 300 B : yi upo; ©eov àyaTr-r, hfyrfvea^CLi Tzicpuxsv. — Lettre XII, 1044 G : v] /àpiç BiaXàfXTrstv Trscpuxsv. — Sur la
virginité, 392 G : vjv ?] àXviOrjÇ ffwcppoçïùvYi Trscpuxev IfXTroiETv.
8° Dans l'emploi des temps, c'est un atticisme que de se servir du futur antérieur passif au lieu du futur simple, h^chmid en relève un exemple chez Polémon (^), et un très grand nombre chez Aristide (')— Gonlre Apollinaire, 1189 B : (7uvT£8vyi^o[X£8a —
Sur les Morts, 521 A : ouxs é'çeiç... oute... oiaxeO-^qd-/).
9" De même la décomposition du verbe en participe et auxiliaire est un atticisme (*) : Sur les enfants enlevés en bas âge,
172 D : £1 yccp — [jLTj ôtatj-apxotaEv..., oùoÈ... VjfxapTYjxoxsç laoaEOa. —
Jour du baptême du Christ, 577 B : oxav... -r{iz -kIolvmij.svo'..
10® On relève chez Grégoire quelques cas de nominatif absolu. Schmid montre (^) que ce tour, dont la valeur est controversée, a été classé parmi les liimina de l'éloquence altique sans être toutefois étranger à la xoiv-yj. Aristide l'emploie, dit-il, avec circonspection. Nous le trouvons dans le Gontre Apollinaire, 1153B :
XOUXO û£ £V TOXÇ WIJLGtÇ TOU 7rOt[i,£VOÇ, X0UX£(7XtV, £V XT, Ô£OXY]Xt XOU Kupt'oU
Y£V(^[X£vov, £v TTpbç IxeTvov oia T-^ç avaX7]']/£(ji); ytvExat, Stot xouxo O/Xwv
iTitCïiTTicat, xal (Twaat xb à-jroXwAoç : « Placée sur les épaules du pasce leur, c'est-à-dire dans la divinité du Seigneur, elle ne fait qu'un « avec lui, par suite de son ascension, car c'est pour cela qu'il (( veut rechercher et saiiver la brebis perdue. » Ici, l'irrégularité est extraordinaire : ôéXwv, qui pour le sons se rapporte à Ixeivov, et devrait s'accorder avec cet accusatif, reste suspendu en l'air,
(1) Ed. MiQNE, Contre les Usuriers. Note de l'Editeur : 444 A,
(2) Schmid, I, p. 50.
(8) Id., II, p. 51.
(4) Id., I, p. 48 et 49.
(5) Id., II, p. 68, 69.
et l'on peiil se demander si l'on n'est pas, ici, en face d'un solécisme plnlôt qne d'un atticisme. — Sur ceux qui lardent à recevoir le baptême, 428 A : '0 ôsbç.. . xaxa^ioSaaç rwv [xiKTTTjpiwv xbv ©iXaaâcTY.TOv . . . oùx èartv aùrotç. . .
11'' L'emploi de la négation où après e\ semble avoir été re^^ardé par les atlicisles comme une finesse (*). Il est fréquent chez Aristide. Ici : Commentaire sur l'Ecclésiaste : 732 D; sur la Divinité du T'ils et du Saint-Esprit : 560 D ; sur le jour de Pâques : 676 A.
l'I'^ L'optatif sans av, au sens du conditionnel dans une proposition principale, est sii:!:nalé par Schmid chez Lucien(^). On le trouve chez Grégoire : Jour du Baptême du Christ, 596 A :
/(opiqdot yoLp b Xdyoç . . . , e'i rtç. . .
13^ La construction oi Treffdvxeç Tôov GTpaTioDTcav, que Schmid relève chez Polémon(^),et qui est un atticisme très aimé de certains sophistes tels que Philostrate, est rare chez Aristide (*). On la trouve chez Grégoire : Contre Eun. : 648 A xcov t;(ôùa)v oi
Xiyvot — id., 653 C I xoùç xoviopxcoSeiç xa>v àvôpcoTitov.
Le vocabulaire de Grégoire nous atteste en maints endroits ses attaches avec la langue des sophistes. On y rencontre des termes techniques propres aux rhéteurs, et d'autre part des mots qu'on est autorisé à regarder comme spéciaux aux sophistes, puisqu'ils ne se trouvent que chez eux. En voici quelques uns :
I. 'Avx£^£xa(7iç : comparaison. Apsin. Art. Rhet. p. 693. — Grégoire I, 597 A.
'ETravàXïi'Jytç : répétition. Hermog. Rhet. 41,2. — Dém. Phal. 87,9, etc.. Ce mot revient plusieurs fois chez Grég. : T, 592 B, etc.
ripoôeojpia : considération préalable. Terme d'école, qui dans la bouche de Photius parlant des discours d'Himérios par exemple, sert à désigner l'avant-propos qui précède quelques
(1) Schmid, Attic. I, p. 50.
(2) Id., Attic. I, p. 50. Schmid renvoie à Du Mesnii : Grammatica quam Lucia- Dus ... secutus est. — Cf. S. Ghabert : VAttichme de Lucien, p. 170.
(3) Id., Attic. I, p. 49.
(4) Id., Attic. I, p. 39.
uns d'entre eux. Outre Grégoire de Nysse (I, 689 A), Basile
(2, 459 D; et Théodoret (I, 24), l'emploient. Srdfxtpoç : langage emphatique. Longin, 3, 1 — 32,7. Grégoire, II,
1032 G, etc..
SxojxcpwSYiç : emphatique. Voir Schol. Hermog. Walz, Rhet. vol.
VII p. 963, 13 — Grégoire II, 400 A.
TpoTToXoyta : langage figuré. Rhet. Walz, vol. III p. 540, 11 —
560, 11. Grégoire I, 81 D.
II. Mots" qui ne se trouvent que chez les sophistes : 'A(j,cxTwç : sans mélange. Alciphron.Ep. 2,1. Grég. 1,21 3 A. 'Aypo'.xixdiç : grossièrement. Alciphron III. Ep. 70(11 est vrai que
ce n'est qu'une conjecture pour àyptxàiç). Philostr. 198 —
Grég. 1,312 D.
'AvTei(r£pxo(ji.ai : entrer à son tour. Aristide I, 6 (Wakef.) Grég. I,
'AauvTcXvj; : qui ne contribue à rien, inutile. Thém. Disc. XXXI
p. 352 G. Liban. II p. 468, 18 — Grég. I p. 661 D. Awpocpopc'a : offrande, présent. Une seule fois, chez Alciphron I,