‹ L'Influence e la seconde sophistique sur l'œuvre de Grégoire de NysseChapitre 17 sur 28 · III, 1129 A · texte numérisé non relu

III, 1129 A

'TTcepêow : crier plus fort que. Aristide, vol. II p. 105, 3 — Grég.

III p. 1145 D. m. 884 A.

'Y7cepYàvu(i.ai : se réjouir extrêmement. — Philostr. p. 769 —

Eunape p.' 35 — Grég. III, 657 B.

'TTcoxuixaivco : ondoyer doucement. Philostr. p. 100 (En parlant de serpents), p. 841 (en parlant d'arbres) — Him.

Disc. I, 4 p. 330 (de cheveux). — Philostr. p. 846 (de Py-

gmées). — Grég. III, 1040 G : en parlant de champs couverts

de moissons.

84 CIIAIMTUK M.

*T7roffiaos : lég'èrement camus. Elien, N. A. 12, 27. — Pliilostr.

Her. p. 717, etc. . . — Grég-oiro, lll, 140 G. 'TTro/aXco : Se relâcher peu t\ peu. Elien, N. A. 12, 46. Rhét.

\Valz I, 6-21, 9 — Grég-. I, 128 D.

Xp£(i)(TToûji,ai : Etre dû. Ne se trouve que chez Héliodore : 5, 30,

7, 80 - Grég. I, 125 A, II, 520 B.

La syntaxe et le vocabulaire de Grégoire trahissent donc Tintluence de sa culture sophistique. Certaines singularités de syntaxe chères aux atticisles, un certain nombre de mots empruntés à la technique des rhéteurs ou à la langue des sophistes nous prouvent que Grégoire avait fréquenté les écoles, en avait ai)pris et parlé le jargon, et que l'œuvre de la sophistique, d'Alciphron à Thémistios, ne lui était pas étrangère. Ces conclusions concordent avec les témoignages que nous avons cités sur le passé de Grégoire : n eussions-nous d'ailleurs pas d'autres indices, que ces particularités si précises de syntaxe et de vocabulaire ne sauraient nous laisser aucun doute. 11 n'y a d'incerlain que la question de savoir si la présence de ces traces dans l'œuvre de Grégoire, doit s'expliqut^r par une coquetterie inavouée d'ancien sophiste, ou par la persistance d'habitudes vainement combattues. C'est la seule question qui se pose, et peut-être une étude plus complète de l'œuvre de Grégoire nous permettra-t-elle d'y répondre.

Les traces d'atticisme relevées dans la syntaxe ne doivent pas nous amener à conclure que Grégoire se classe parmi les àpyaTot. C'est là un atticisme de surface, assez analogue à celui des rhéteurs asiatiques qui remplaçaient la connaissance approfondie de la langue et le purisme implacable des vrais atticistes par l'étalage facile de quelques y'k&Txa.i{^). La syntaxe et le vocabulaire de Grégoire sont fortement disparates, et bien éloignés de montrer un effort continu vers la pureté et la correction qu'exigeaient les atticistes.

L — 1° Ce sont d'abord, dans la flexion, et dans la syntaxe, des formes et des tours particuliers aux poètes. La forme "loe,

(1) Voir les railleries de Lucien dans le Maître de Rhétorique, et les yXtoTTai qu'il reproduit ironiquement.

LA SYiNTAXE ET LE VOCABULAIRE CHEZ GRÉGOIFŒ DE iNYSSE. 85

pour elôc, qu'oD relève dans le Cantique des Cantiques, 1037 C, est épique. Elle se rencontre dans llliade I, 262 et l'Odyssée XII, 244, chez Hésiode, Th. 555, chez Pindare, P. 5, 84, etc. . .

2. L'emploi du nominatif au lieu du vocatif se rencontre parfois dans la langue des poètes, très rarement en prose (Kiihner, ausfûhrliche Grammatik der griechischen Sprache (Hannover, 1870 ('). Tome II, p. 43, 2.) — Grégoire, contre Eunom. 625 C — Contre les Usuriers, 444 B. (Ici avec l'article : Trœç ouv Trpoaeù^y), 6 ToxoY^vucpo;.)

3. L'emploi de l'article comme antécédent de ô'a&ç est épique : Iliade, XVII, 172. On le relève dans la création de l'homme, 132 A - Contre Eun. 781 C, 793 A.

4. Également poétique est la construction eiatlvai Iv... que l'on trouve dans l'Homélie sur les 40 Martyrs (785 A).

5. La construction d'ocov avec un comparatif au lieu d'oao) est épique. Iliade I, 186; IX, 160 — Cant. des Cant. 832 A.

5. Le redoublement de la négation, dans la locution oùx oûBelç, qui a la valeur d'un simple oùoelç, est poétique l^). Schmid signale cet emploi chez Aristide, et le rapproche de l'Odyssée, III, 27, d'Eschyle, Agam., 1634, etc. . . Grég. Éloge d'Ephrem, 828 C.

6. L'emploi de èv au sens de : au moyen de, par suite de, semble particulier à la langue tragique, et se rencontre fréquemment chez Sophocle. Ph. 60, 102, 1293 — Ant. 961 1003 — Tr. 886 — Chez Grégoire : Contre Eun. 932 D.

A ces constructions d'un caractère exclusivement poétique on peut ajouter dans le vocabulaire des formes telles que veoôaXTÎç» forme dorienne et poétique au lieu de vsoôyjXtJç (=: jeune, mot à mot: nouvellement florissant). — Cet emploi d'une forme dorienne est d'autant plus remarquable qu'il s'agit ici d'un mot particulier au langage poétique. — Grégoire : III, 865 B, 884 D, 1045 A.

IL Bien plus fréquents encore sont chez Grégoire des constructions, des tours, des mots empruntés aux habitudes de la xoiv-rj. Cette espèce de contamination s'explique du reste par

(1) Je regrette de n'avoir pu consulter sur ce point l'édition récente, par Blass et Gerth.

(2) Schmid, II, p, 63.

plusieurs raisons : d'abord les discussions techniques dans lesquelles s'entrage Grégoire appellent ualurellenieut l'emploi de certains mots qui seraient rejetés des atticistes. Dans l'apologie de riTexahéméron, ce sont des explications détaillées d'astronomie et de physique où l'amènent le commentaire et la défense du texte biblique ; dans le traité sur la Création de l'Homme, des théories anatomiques et physiologiques, présentées dans un langage où apparaissent des termes pris à Hippocrate, Galien, Arétée de Gérasa. Dans les écrits exégétiques : Vie de Moïse, sur les Psaumes, surl'Ecclésiaste, sur le Cantique des Cantiques, les citations de la Bible qui forment le point de départ du commentaire de Grégoire, et qui y reviennent à tout instant, sont très souvent entraînées dans le style du commentateur qui, pour mieux en éclaircir le sens, reprend les termes du texte. On peut en dire autant, d'une façon générale, des citations de TÉcriture, qui sans cesse viennent appuyer les développements de Grégoire, suivant l'habitude des écrivains ecclésiastiques. Dans les écrits de discussion théologique, apparaît une phraséologie très spéciale empruntée à Origène ou à Clément d'Alexandrie, et aussi éloignée de l'usage attique que le jargon philosophique. A ce contact inévitable et prolongé avec difTéreots vocabulaires spéciaux, également éloignés de la pureté attique, Grégoire a contracté pour son compte un certain laisser-aller dans l'expression et des habitudes vicieuses. Il emploie couramment, au mépris de l'usage attique, des formes à double c ; au lieu de la forme en -vtwv pour la troisième personne du pluriel de l'impératif actif, il se sert des formes en -xcoaav, comme la xo'.vv-, etc. . .

2. Parfois il préfère aux formes attiques en -(xi, les formes de la xoiv/j en -uto : Sur le nom chrétien, 244 C. Éloge d'Ephrem, 848 C.

3. A la forme attique â^ETisffoasv, il préfère la forme £;£TC£c>aii.£v qui est de la xoiv/j. Jour de Pâques, 684 A.

4. Au lieu de la forme régulière u7r£xpucp6Yj[i.£v, Grégoire emploie la forme uTrexpuêriasv, qui ne se rencontre, sous la forme simple éxpuêriv, que chez Apd, 3, 2 — Esope 127, Halm. — Geop. 13, 29 — Nouveau ïestam. Joh. 8, 59 — Grég. III, 684 A.

5. Au lieu de l'aoriste second attique àvaOaXetv il emploie (III, 828 A) la forme àva6aXT,(ia'..

6. Grégoire offre quelques exemples de l'optalir précédé de conjonctions comme wç, ottojç, etc.. en corrélation avec des propositions principales où l'optatif n'est justifié par aucun temps secondaire. Comment, sur le Gant, des Gant. 841 A. Optatif avec œç àv et proposition principale à l'indicatif présent. — Sur l'oraison dominicale, 1120 G : Optatif avec wç av et proposition principale à l'indicatif présent. — 1129 B : Gonstruction analogue avec ottojç àv. — Gontre les partisans de Macédonius. 1333 A : coç av. . . èirayàyoïvTo, xaTTcivouvTat, etc. . . (Gette construcest d'ailleurs fréquente chez des atticistes comme Aristide ^)

7. On trouve parfois chez Grégoire et avec le subjonctif : Jour du Baptême du Ghrist : si. . . BouXt^ô-o (596 A) — Get emploi de si est relevé par Kûhner, vol. II }). 398, chez Homère, Théognis, Pindare, Eschyle, Sophocle, Hérodote. Kiihner constate que cette construction, très rare chez les prosateurs attiques, devient fréquente avec Denys d'Halicarnasse, Diodore, Lucien, Plutarque.

8. L'emploi de [x-/] avec on (au sens de : étant donné que) est devenu très fréquent chez les écrivains de l'époque postérieure. Selon Etienne de Byzance, c'était un solécisme propre à l'école d'Alabanda(^). On le note chez Grégoire dans l'Eloge d'Ephrem, 825 B, 829 G, Oraison funèbre de Pulchérie, 869 D.

9. L'emploi irrégulier de la particule àv est du reste signalé jusque chez des atticistes comme Aristide, qui emploie àv avec l'indicatif aoriste, futur, présent ('). Chez Grégoire on trouve av avec l'indicatif présent. Sur l'Hexah : 64 G : out 'av.. . xaTa(7X£uà- Çsxat — Gontre Eun. : 601 A : oùx h... e/si — 781 G : oxav Xéyst — (Deux lignes plus bas, oxav avec le subjonctif).— 832 A : oxav est employé successivement avec l'indicatif et le subjonctif : oxav l^acpavî^si... 'oxav... j^apt^exai " ... oxav /EtpaywYT^jj'yi — 1044 A : Kàv ô AaêtS... Xéysi — Sur la virginité : orav IcpéXxsxai (356 G) — Sur le jour de Pâques : oxav avec l'indicatif, puis avec le

(1) ScHMiD, Attic, II, p. 58.

(2) ScHMiD, Atlic. II, p. 61. Schmid le relève chez Poléraon (I, p. 50) et chez Aristide (II, p. 61)

(3) Schmid, Attic, II, p. 60. — IV, p. 90. Schmid signale chez Philostrate av avec un indicatif futur, Ap. 63, 7. (Construction fréquente chez Galien : Marquardt, praef. Gai. min., I, p. XLV f.)

88 CHAPITKE vr.

Subjoiictil : ÔTav rrapsÀjOr, . . . , BaatXsùç oè... iTrscpàvr), xat rrxVjayi... (653 Bj.

10. C'est à l'usage de la xoivr,, quoiqu'on en trouve des exemples chez Xénophon, Ven. 13, 4, etc... que Grégoire emprunte l'emploi de Ttapà (gén.), au lieu d'uTio, avec un verbe au passif, au sens de : par. Sur la créât, de l'homme : 136 A, 152 B — Contre Eun. : 412 C, 437 C, 528 B, 544 D, 557 D, 593 G, 788 D, 821 B,832 A— Sur les enfants enlevés en bas âge: 172 C, 172 G — De même, Chrysost. Sur le sacerdoce : 680, 12, etc.. (voir Kûhner, vol. II, p. 476).

Etc....

Enfin cette méconnaissance de l'usage attique prend parfois chez Grégoire la forme de véritables solécismes : La construction d'un pluriel neutre avec un verbe au pluriel est une grave infraction à l'usage attique, bien qu'on la retrouve jusque chez Aristide, le sévère atticiste(') : Sur l'Ecclésiaste, 752 B.

De même, le tour o''oovat -:( nva : Jour de Pâques, 688 A.

De même, l'emploi de Toiyapouv comme second mot, irrégularité que Schmid a relevée chez Polémon (^) : Eloge d'Ephrem, 821 A.

Voici des irrégularités plus graves encore, parce qu'elles ne se justifient, semble-t-il, par aucun usage étranger à celui des attiques. Ce sont des fautes grossières : "hoL : afin que, construit avec l'indicatif présent : Contre Eunomios, 793 B : tva 7rap''(jTr,at. Dans le Contre Apollinaire, on trouve ïva avec le futur : 'iva xaTac7X£uà<7c'. (1132 B), ce qui est un emploi des Septante. C'est peut-être l'usage de cette construction, d'ailleurs contraire aux habitudes attiques, qui a conduit Grégoire à employer le tour que rien ne justifie : Vva suivi de l'indicatif présent.

To(TouTov . . . OT-, au lieu de Toaouxov . . . wc-e . . . Vie de Moïse, 412A.

To(7ouTov ... Vva, au lieu de to(toutov ... oWte ... Baptême du Christ, 580 C.

Auva{i.a'. tou (avec l'infinitif) : Ecclés. 632 C — 641 B, 641 B.

Kizd suivi du datif, emploi sans exemple dans la grécité. Contre Eunomios, 1008 B : xar 'âxstvw tw Xourpco.

(1) Schmid, Atlic, \\, p. 65, 66.

(2) 1d., ibid.^ I, p. 50.

A ces libertés que prend Grégoire avec l'usage attique et avec la correction, il faut joindre son goût pour les néologismes. La pratique de certains vocabulaires spéciaux, tels que celui de la philosophie, celui de la théologie, où des nuances spéciales de la pensée nécessitent remploi de termes pour ainsi dire techniques, Ta sans doute familiarisé avec les créations de mots. Il y a pris l'habitude du mot compliqué, d'apparence rare et savante, au lieu du mot simple et courant qui traduirait aussi fidèlement sa pensée. C'est là encore un indice certain du peu de solidité de son atticisme et de l'artificiel de sa langue. Voici quelques-uns de ces néologismes ; le plus grand nombre sont des apax :

'AyaXXiàffijjLoç = Joyeux. Apax (I, 557 D).

'AY>aoçpavô5ç =z Avec une apparence brillante (III, 829 C).

'AôwpaxicTTwç =:z Sans cuirasse. Apax (I, 745 G).

'AxavOocpopt'a = Le fait de porter une couronne d'épines (II, 1173 G). Apax.

'AxaTQtxXucToç =: Qui est à l'abri des flots. Apax (III, 84 G).

'Ax£xpu(j,;i.£V(oç =: Sans se cacher. Apax (I, 1116 B).

'A{xêXa)8pt'ôy]ç = Avorté. Apax (I, 701 D).

'Avao£v8pou[jLai =: Monter aux arbres (I, 661 G), (I, 800 G).

'AvaXoytxcoç = Proportionnellement (II, 781 A).

'AveTTtoYiXoç = Invisible (II, 661 B). Apax.

'Ave7rt(TU{i,êàTcoç = D'une façon qui ne peut arriver. Apax (III, 1157 B).

'Av6paxo7rotta ^ Fabrication du charbon (III, 937 A).

'AvoXtcÔTjTcaç =: Sans glisser. Apax (I, 1105 A).

'AvovT^Twç = Inutilement (III, 504 A).

'Avxavàyvwciç = Action de confronter en lisant. Apax (II, 1061 G).

'Avre^ay^YT) =z Marche contre, opposition (III, 1024 A). Apax.

'AvTSTiaipw = Élever contre. Apax (III, 1037 B).

'AvTiyeXo) = Se moquer à son tour (IL 440 D). Apax.

'AvTiSoyjjLaxi'^w = Prêcher une doctrine contraire (I, 68 B), (II, 308 G).

'AvTiTrapaostxvujxt = Comparer (III, 801 A).

'AvTtTaxTtxwç =: En opposition avec. Apax (I, 744 A).

90 CHAPITKE VI.

'AvjTrôcxs'jc; = Oui ne repose pas sur une construction. Apax {III, 1097 B).

'A^ôosxTo; — Qui mérite d'être reçu, accepté (III, 11G4 A).

*A7:£iporXa<y(a); = luliniment plus. Apax (II, 1049 D).

'A^repr/i/TjTo; = Non troublé par le bruit d'alentour (I, 993 C), (II, 349 B).

'Ar.sA-zo^iM = S échapper en courant avant. Apax (II, 365 A).

'A~oXi6o7roito = Pétrifier. Apax (III, 765 D;.

'Arocxiaci; (au plur.) = Fait d"ètre plongé dans l'ombre, au lieu de la forme courante : àzo^xia^aa. Apax (II, 933 C).

'ATTOG-ro/actxô; = Conjecture. Apax (II, 604 B).

'A:rûycopt7T'.xô; = Propre à séparer. Apax 'II, 1105 A).

'ArpoTxoÀXo; = Qui ne va pas avec, qui ne s'accorde pas avec. Apax (II, 1220 C).

'ATrpoGxÔTTw; = Sans examen. Apax (II, 461 C).

'A7rpo<7xpo'j(7T(i)ç =z Sans être offensé (III, 572 A).

'Aps'.o-Xavsi; == Ceux qui adoptent l'erreur d*Arius. Apax (II, 1289 A).

"Api^oçzr: Sans racine. Apax [II, 840 C).

'AvjsT-ixTco; = Sans sommeil (II, 257 A). Apax.

AÙTsaTTÀoxa'' = Combinaisons naturelles (en parlant des atomes). Apax (II, 984 D).

'A/iXacTo; = Non relâché. Apax (I, 484 A).

Bap'j/'jaia = Pesanteur de l'humeur. Apax II, 1101 G).

Ba-rpa/ojoT,; = Immonde comme une grenouille (II, 540 B), (I, 345 Dj.

BoÀêtToj = Transformer en fumier. Apax (II, 1060 B).

r-/.p£'.oç = Vieux (III, 164 D).

rX(D(7<76cpopo; = Qui porte une langue, qui parle (III, 737 D).

A£xa7:Xotc7ioc7y.oç — Action de décupler, Apax (I, 1113 B).

Aiax-jêicTw z=z Se jeter en avant, la tête la première (III, 1085 A).

Atax'j;jLoaÀi!:o:> = Faire résonner comme des cymbales (II, 253 A).

Aiaxoj6(uv':^oar. = Être complètement ivre (II, 280 B).

Atauiaxapiçaôç = Bonheur prolongé, béatitude. Apax (I, 969 A).

Arjc-apàvco = Amener à terme. Apax (II, 729 C).

A'.a-Aaxoj = Revêtir (I, 657 B).

AtaTcopTrw = Agrafer (II, 801 C). Apax.

Ateuotâ^o) = Jouir d'un temps calme et serein (III, 489 B).

Au(7éxxXr,Toç = Difficile à écarter. Apax (I, 1172 B).

AuffETTiSexTo; = Qui admet difficilement. Apax (II, 1289 D).

'EêooaaTtxcoç =: Par une évolution renouvelée sept fois. Apax (III, I153C).

'EYxaxaaTrà) = Tirer de haut en bas (III, K52 D).

'P^Yxoûiicpw = Mettre au sommet. Apax (I, 996 B).

'Ey/auvw =-. Enfler de vent, c'est-à-dire d'orgueil. Apax (I, 444 B).

EtSe/Ow; = D'aspect hideux (I, 672 A).

Etaffuvo'.xt^co = Aller habiter avec. Apax (I, 717 G).

'ExXajxTTTtxdç = D'une lumière éclatante (II, 1001 D).

'ExaaxatàCoj = Travailler en vain. Apax (I, 628 D).

'EXaià^w = Avoir la couleur de l'huile. Apax (I, 1072 G).

'E[i.êaTTapi^o3 = Déblatérer dans. Apax (II, 1020 D).

'EfXTrpoaipexdç = Qui a la faculté de choisir. Apax (II, 1240 B).

'E|X7rupp7iCw = Danser la pyrrhique dans (au fîg.) Apax (II, 932 A).

'Et^.cpX£Y{/.aiva) = S'enflammer dans, au sujet de (II, 276 A).

'E[jt.cpopuv(o = Gharger, remplir. Apax (II, 1101 G).

'Eva[jt.êXiK07r(5 = Avoir le regard émoussé. Apax (I, 920 A).

'EvaTToXrjYw = Finir dans ou par (I, 4-49 B).

'EvaTcoarj/avca = Engager dans. Apax (I, 701 G).

'Eva7ro7r);r,(T(703 = Frapper de Stupeur. Apax (III, 1004B).

'EvapfjLoviojç = D'une façon harmonieuse (I, 840 B), (I, 925 B), (III, 269 G), etc.

'EvoiaYpa^w = Écrire sur, tracer sur. Apax (I, 677 D).

'EvoioSeuo) = Entrer dans, s'avancer dans (I, 77 A), (I, 625 C),

'Ev(7aTupt^(o = Tourner en dérision, comme dans les drames satyriques (II, 976 A).

'EvaisXt^w — Baver sur (au fig.) Apax (II, 1120 D).

'EvcTTjXoYpacpà) = Graver comme sur une stèle. Apax (I 493 A).

'Evaxa^w = Briller dans (I, 657 A).

'Ev(ri»v£5^o[xai = Etre enfermé dans, en même temps. Apax (II 1269 A).

'E^eXacppuvo) = Alléger. Apax (III, 1016 G).

'EziyEÀaaTtoç = Ridiculement. Apax (II, 641 D).

'EîT'.ôpofftCd) = Couvrir de rosée. Apax (I, 897 A).

'ETTixAiviotoç = Placé sur uu lit. Apax (I, 868 B).

'Ezt7rXr,ixij.uptCw = Déborder (III, 505 A).

'ETTiiruXio; = Qui a des portes (I, 656 G).

'ETTopOptU = S'occuper à l'aube de (I, 1 120 G).

'Epciocpopco = Porter uqc toison. Apax (I, 925 B).

Eùzapûcpto; = Eu enjolivant, d'une façon coquette. Apax (II, 269 A).

E'j7rpo(Txpou(TTo<; = Qui choppe ou pèche facilement (III, 316 B).

EÙTmi£UT(D; = En faisant bonne mesure, largement (lll, 356 G).

'Ha'.cpav(]5ç= D'une façon à moitié visible. Apax (III, 1045 A).

0£pL£>'.(DTii; = Fondateur. Apax (I, 577 B).

0£O7:aio6UTo; = Instruit par Dieu. Apax (II, 789 D).

0£OT£'j^!a = Gréation par la divinité. Apax (III, 1153 A).

0£oyaXx£UT6ç = Forgé par Dieu (III, 1152 A).

Ka6iCr,(Ti; = Action de s'asseoir (III, 720 G).

Ka6u7r£px£TfjLai = Reposer par dessus. Apax (III, 1100 A).

Kaivocpwvia = Nouveauté de langage. Apax (11, 1205 A).

RaXauLosiBàiç = En forme de roseau. Apax (I, 841 A).

KaTaxpx5a{va) = Agiter fortement. Apax (I, 745 G).

KaTa(Ti£Xt^(o = Baver sur (au fig.) I, 1116 G.

KaraffrotêàCw = Enfler, grossir (trans.) Apax (II, 400 A).

KaT£a7rop£uo|xoc'. = Faire du commerce (III, 1100 A).

KaT£;aip£Toç = Remarquable entre tous, extraordinaire (II, 536 G).

AE7rT07roiT,Tixo; = Qui broie. Apax (I, 924 G).

M£YaX£u/£pwç = Très facilement (III, 633 D).

MEyaXôOpouç = Très sonore. Apax (III, 1152 A).

METECDpoTTopo; = Qul s'élancc dans des régions élevées. Apax (I, 64 A).

Mr,TpoXu)Y,; = Qui fait périr sa mère (III, 188 A).

MictuXXeùw = Partager, diviser. Apax (II, 1221 A), au lieu de

[JLKJTuXXd) .

MoX'.6oo/oô5 = Fondre du plomb. Apax (II, 261 A). M'jp'.avôpwTroç = De dix mille hommes (III, 861 D). M'jpiÔTOTToç = Qui occupe une infinité d'endroits. Apax (I, 744 B).

MuptoTpoTTwç = D'une infinité de façons (II, 529 A).

MwpocpavTiç = Qui a une apparence insensée. Apax (II, 1241 C).

NriTriocppovo); = Naïvement, avec un esprit enfantin {III, 1 157 A).

NuyaXia (Iv) = Dans la nuit (III. 836 B).

3ïlpoaTO[i,ta = Sécheresse de langage. Apax (II, 1116 A).

'0[xotoXT,xToç = De terminaison semblable — au lieu d'o|xoto)c(xtocXyixtoç. Apax (II, 964 A).

'Oçuoepxôoç = Avec un regard perçant. Apax (f , 937 D).

'OpytcTtxwç = Avec colère. Apax (I, 1276 A).

nayiÔTYiç = Fixité, solidité (I, 628 A).

ïlapaGéoç = Qui va marcher (en parlant d'un petit enfant) (III, 1145 C).

napexTpiêiov = cliemin détourné (III, 824 D).

IlapE^ooioç = Qui est en dehors du chemin, c'est-à-dire de la question. Apax (I, 448 B).

IleptxpaTTjTixoç = Qui domine souverainement (II, 472 B).

nspiTTwtjLaTtxcoç r= Sous formc d'excrément. Apax (I, 1248 B).

nsptcptXococpoujxai r= Être exposé, développé (en parlant de théories philosophiques). Apax (I, 61 A).

noXux6XX7)TG; = Formé de plusieurs pièces collées et adaptées (III, 593 B).

IIpoaTrodapxà) = Transformer d'abord en chair. Apax (I, 1216 A).

IIpoêaTixwc; = A la façon d'une brebis. Apax (II, 1153 C.)

IIpooEixTixwç = En montrant auparavant. Apax (III, 1156 B).

npoSia^wYpdccpw = Représenter complètement d'avance (III, 1128 A).

npo£t(7dStoç = Qui a le caractère d'un vestibule. Apax (I, 656 B).

npovauayà) = Faire d'abord naufrage. Apax (I, 476 B).

npoaaTrapTiÇd) = Appliquer, adapter à. Apax (II, 761 C).

npoT£[jL7rXéx(o = Enlacer. Apax (II, 1133 C).

npo<7(pu(7Yi(^.a = Action de souffler vers ou sur. (II, 553 G).

npouTrepêarixoç = Qui dépasse. Apax (II, 1285 B).

SaêsXXidtppwv = Qui pense comme Sabellius, partisan de S. (II, 1289 B).

Sa6po7roi(S = Gâter, faire pourrir (fig.) Apax (II, 493 A).

SixtXoEiSwç = En forme de ciseau. Apax (I, 544 C).

S7tcv6Y|pàxiov = Petite étincelle (III, 361 A).

XluvxaToudico = Joindre à l'essence de. Apax (II, 1096 C). SuXa£zt'jvco = Diviser, fractionner en même temps. Apax (II, 160 D).

x:ju.ÇoX[at]ÔYpa!po; = Qui siirne, qui prend un engagement (III, 440 A).

Suu.a£T£(DporoccS = S'avancer dans les régions supérieures avec (I. 945 B, m, 337 D).

i:ua~xp£'.ffâY^ ^ Introduire dans. Apax (II, 596 C). Suo-zapoosûo) = Voyager en outre ensemble (III, 377 D). S'jjxTTspadTtxôç = Concluant. Apax (II, 865 C). ZuvaVûtac^o) = Être coéternel à. Apax (II, 624 B). SuvavaffTpàTTTO) = Rayonner avec. Apax (I, 1056 B). S'jvavweû = Pousser vers le haut en même temps. Apax (II, 708 A).

SuvaTreXéy/w = Réfuter avec (II, 768 A). 2uva7r£Xéyxou.ai = Être prouvé en même temps (en parlant d'une accusation). (II, 296 C).

2uva7:o6£oi = Déifier en même temps. Apax (II, 88 A). 2'jva::oxY,pj(7cr(i) = Déclarer en même temps (I, 685 C). Apax. Il'jvoccp'jTcviJIofxat = S'éveiller en même temps Apax (II, 1053 A). H'jvo'.affEuo = Agiter ensemble (III, 384 A). ^'jvo'.ac7Tp£ÇXco = Tordre avec. Apax (II, 789 C). Hjvsxp'.^w = Déraciner en même temps. Apax (III, 65 A). IIjvetz'.xo-to) = Raccourcir en même temps. Apax (I, 545 D). IjvETT'./wpta^o) = Etre à la même place avec. Apax (I, 981 B). Hjvett;; = Qui comprend. Apax (II, 193 B). SuvEUTwxOcS = Se réjouir avec (III, 656 A). S'jvTpavt^o) = Eclaircir en même temps. Apax (II, 748 C).

SuvuTrooTroi = Dissiper avec. Apax (II, 445 A).

'Tozooo^oi = Être hydrophobe (I, 520 C).

'YTiavopovoaat = Devenir un peu homme, commencer à devenir homme. Apax (I, 1133 G).

'YTiaTaxToj = Etre un peu en désordre. Apax (II, 904 D).

'Tz£{x^.aiv(o = Attaquer. Apax (II, 257 C).

'T7r£paYtoTY,ç = Sainteté accomphe. Apax (III, 1153 A).

'YTTÉpzTwfftç = Excès (I, 529 B).

'Y7r£'jTp£7riCw = Préparer secrètement. Apax (II, 1021 A.)

'Y'VrjXoxàpYjvoç = Qui lève la tête. Apax (I, 745 C).

<I>iXa(xaOr,ç = Qui se complaît dans l'i^'iiorance (II, 865 A). $iXa[jLàpTY,Toç = Qui aime le péché (III, 428 A). «P'jToxoij-ta = Culture des plantes, (au lieu de cpuT-/]xo(i,ta}. Apax (I, 64 B).

(ïxûxiax'qc; = Illuminatcur. Apax (II, 1061 C). XaXa^Y|cpôpûç = Chargé de grêle (III, 441 B). Xpuc-oaiYY]ç = Mêlé d'or (en parlant de cheveux) (III, 329 A). ^aX[xwoc5 = Chanter des Psaumes (III, 961 D). ^iXéôeipov = Onguent dépilatoire. Apax, (II, 1048 B.) Etc..

Une grande partie de ces néologismes doivent s'expliquer par la négligence de récrivain, qui, au lieu de faire elTort pour ajuster sa pensée à l'expression simple et usuelle, trouve plus commode d'en forger une. Beaucoup de verbes sont formés par Grégoire sur des adjectifs; c'est ainsi que de l'adjectif aujxfjieTea)poTTopoç il tire le néologisme (7u[xy.£T£a)po7ropw si aimé de lui, etc.. Souvent il donne à un mot courant une forme nouvelle en le chargeant d'un ou deux préfixes, sans que cette adjonction réponde du reste à un raffinement de précision. Pourquoi, par exemple, au lieu de àaêXuojiroj, Grégoire emploie-t-il, au sens d'avoir le regard émoussé, la forme âvaixêXuwTrài, qui est un néologisme? Le préfixe h est ici tout à fait superflu. Dans certains cas, il est vrai, le néologisme a pour raison chez Grégoire une recherche de concision : il condense un rapport d'idées et tient lieu d'une phrase. Ainsi se justifient certains mots surchargés de préfixes qui expriment une nuance plus fine que le mot visuel et simple : TrpootaCwypafpw, représenter complètement d'avance, etc.. des composés comme ôeo/aXxsuxoç, forgé par Dieu, vT|7riocpp6voiç, naïvement, avec un esprit enfantin, etc. . . Dans quelques cas, le néologisme s'explique par le goût de la symétrie, et c'est la structure fortuite de la phrase qui l'y amène. Ainsi dans le contre Apollinaire, il écrit : c< 'AvôpwTcixcoç, (i)ç 6 àv Ttç eïTTût 7rpoêaTtx(J5ç(*). IIpoêaTixoiç est un apax. C'est qu'il fallait pour la symétrie un adverbe qui répondît à àv6pto7ctxà>ç. Il n'existait pas. Grégoire en a forgé un. De même II, 1137 C : xb

(1) II, 1153 C. (Ed. Migne)

yàp ÈTctTre-.eai; ^ àvTiTÙTrwç, etc.. Enfin il faut sans doute faire une part c^ certains provincialismes. Dans sa polémique contre Eunomios, Grégoire lui-même avoue « des façons de parler qui sentent le terroir *(»). Peut-être doit-on expliquer ainsi des formes tout à fait monstrueuses, qui sont de vrais barbarismes : à:co:rt7rTûjxat par exemple (') pour à^ouÎTiTa). En tous cas, ce sont là autant de traits qui s'éloignent de l'usage attique et de la pureté sévère exigée par les atticistes.

On peut donc conclure que l'atticisme de Grégoire est un simple vernis. Ge n'est pas le purisme systématique et savant d'un grammairien qui connaît à fond les écrivains classiques et peut justifier ses préférences. C'est le purisme intermittent d'un ancien élève des sophistes, qui a gardé de ses études le goût et l'habitude decertaines façons de parler choisies, et qui les sème au hasard dans son style. Mais rien n'accuse mieux l'influence de la sophistique sur Grégoire que la présence de ces atticismes voisinant avec la langue des Septante et se mêlant à des néologismes maladroits, parfois à des fautes grossières.

(1) Conlr. EuD. Livre XII, 908 D. Voir plus haut p. 71.

Nous avons vu Grégoire, au cours de sa polémique contre Eunomios, relever ironiquement dans le traité de son adversaire la parure du style, et dénoncer comme indigne d'un théologien l'emploi de certains procédés d'art propres aux sophistes. Son attitude était nette et intransigeante. Après avoir signalé dans sa syntaxe et son vocabulaire des traces indéniables d'influence sophistique, nous devons examiner si l'éducation sophistique, avec laquelle il répudie toute attache, n'a pas laissé dans son style les empreintes qu'elle a laissées dans sa langue.

Or cette étude nous montre Grégoire trouvant dans les formes habituelles de la pensée chrétienne ou dans les sujets particuliers qui s'offrent à lui, une occasion de manifester des tendances et d'étaler des procédés d'art essentiellement sophistiques. Cette influence formelle est si loin d'être contestable qu'elle éclate à chaque instant ; on la retrouve dans les détails les plus ordinaires du style comme dans certaines formes très particulières d'exposition. On peut dire d'une façon générale que Grégoire extrait des modes ordinaires de la pensée chrétienne et des sujets qu'il traite, tout ce qui peut se prêter à la technique des sophistes. C'est la formule même de son œuvre.

Il convient, pour s'en rendre compte, d'examiner tout d'abord les caractères habituels et les tendances générales du style de Grégoire, de dégager les formes les plus simples dont la pensée s'y revêt ordinairement. Nous rechercherons ensuite si, dans certains cas particuliers, Grégoire n'a pas emprunté à ses anciens maîtres des cadres complets d'exposition, qui donnent à toute une partie de son œuvre une physionomie d'ensemble nettement sophistique.

Un des caractères les plus frappants du style de Grégoire, c'est le j:roût de l'imapre. Gréi^roire a une tendance, qui devient un procédé systématique, à colorer sa pensée en la transposant de l'abstrait dans le concret, ou du concret dans une autre catéjiorie du concret qui lui paraît être plus représentative de l'idée.

La première figure par laquelle se manifeste cette tendance, est la métaphore. Il y en a plusieurs sortes :

\° Elle consiste parfois à appliquer à une notion abstraite une expression concrète, comme dans le traité sur l'Hexaliéméron :

104 A : TY^ç ToO ôsoG ouvàfxecDç... exacrrov xcov ovrwv... Trepiacp lyyo-jffTjÇ

— OU dans le traité sur la création de l'Homme : 152 A. : xou voîî

oia Tr,ç opyxvtxTjÇ tol^xt^ç xara^xeuriç Iv V)[xtv jxoucrouoyouvToç xov Xoyov.

Ce genre de transposition aboutit souvent à une accumulation de substantifs abstraits qui font valoir le verbe et dégagent ainsi l'élément concret de la phrase : Ex. : Traité sur THexali : 77 D :

*0 Ma)ii(T"^ç TTjç uXtXTJç xou Travxbç xdajJiou xaxaêoXvjç xT(V evoet^iv oia xwv Tcspàxojv 7i£7rotr^xat. — 104 D : 6 àx|Jibç... xyj ;Y|pdxï|Xt XTJç yriç xaxe- [Liyb't], — 105 B : XT^v £tç xà, XeTTTot 6pu<|/tv xe xat otàyuatv tj xou Tcupoç cpucriç où Tràcrysi. — 108 G : 'H yïj sgxyigev ev [àauxyi xbv xvjç aXXoiojcrecoç opôjxov. — 109 A : T'Tjç cpuatxTJç auxôov èvavxtoxïixoç oldv x'.ç xaxaXXàxxïjç 7] xoivwvt'a xt|Ç TrotbxTjXOç ytvsTai — 109 G : ttûç èvepyeï xYjv... a£xaêoXr,v ^ àXXoiwatç. (Il est clair qu'ici, par exemple, le substantif abstrait àXXotwctç donne une valeur toute particulière

au verbe èvepye?.) — 112 B : 'H ol-kougIcl xvjç 'l'u^ewç XYj yevéffei xwv

uypcov Iv£7rd8i^£v. — Traité sur la créât, de l'homme : 201 G : t] xou àyaôou o'.aSoy^ xb TrÉoaç x^ç xaxt'aç £XO£)^£xat. — 237 G : où yàp X^P^^ xb 7r£piffadx£pov -^ xou Ofcyo[j.£vou ppayùxYjç. — 172 G : £c [L't] TrapT^yayev Et; (jt.£<7ou<; aùxbv vj xou Ivuttvi'ou xpiatç. — Vie de Moïse : 308 A : i\ x^ç )<£ipbç £7ri(pàv£ia, vuv ixàv 7rpo6Xy)6£c(7a xou xoXttou, £tç yiôvoç u.£X£7rot7]67i X£uxdxYjxa... (La hardiesse du tour qui unit £7tt(pàv£ta à 7rpoêX7]6£r(Ta rappelle certaines audaces analogues du style lyrique, par exemple chez Pindare) — 312 D : wv -^ y£uciç xtjv xou [xéXixoç -^^ovr^y uTTExpivExo. — 324 A : 'H EuxoXt'a x-?îç aypaç £tç xdpov xyjv xpEwv IttiÔuixtav TTpOYjyayôv. — 332 D : tj xotaùxT]... àycayyi... Trpoo-àyEi 7][xaç xt) yvcoCEi. — 376 A ; 7j [iapurjXOia xwv 'louoat'wv xyjv cpcov/jv x(J5v çraXiityywv où 7rap£ô£;axo.

Sur le titre des Psaumes : 416 D : A^aotopà(;x£t xy,v Xa6Y,v Y| (xaxaîa

LE STYLE. — LE GOUT DE l'iMAC.E. — LA MÉTAPHORE. 99

CTTOUOT^.— 472 A : XOTTOÇ Xal Ta7:£tV(0(TlÇ TTjV ^(OÏ-jV TWV TOtOUTtOV £XO£/£Tai.

— 484 C : 'Ettivixi&v àXaXà;£'. 6 xàiv xuy.êàXojv toutojv 'f\'/^o<; (lioter

encore la hardiesse presque lyrique de cette union du substantif abstrait avec un verbe tel qu'àÀaXai£t). — 492 1) : 'Htwv àXX&toj-

67j(T0|Jl£Va)V A£;iÇ TY,V Trpbç xb XûeTtTOV lJL£Ta7:GlT,(7'.V TTJÇ 4"^/TiÇ UTTOTtÔEXai.

— 544 D : TTjV Toiv ôpYO!.v(j)v TOÙTcov ypYjCTiv Yj /p£ia T'^ç âpyocataç Etçxaç'.v àY£i.

Sur TEcclésiaste : 621 A : léyei ...-/) <7uv756£'.a. — 625 A : fj àvà

[xépoç cpojToç T£ xa: cxotouç otaoo/Tj drà^Tiv èxSÉj^Exau — 640 D : ou 7rapao£y£Ta'. Tcàvxwç ttjV oiaTTpocpTjV -/] euÔlk; àofxov'a. — 680 A : £7r£Tai yàp à£t T^ /^^p' "'l '^^^ u'oaroç ÈTrtcpàvEta. — 752 C : 7) TrapaxpoTirj ttjÇ 6o6y|ç TTEo't Twv ovTwv xpiffctoç £'.ç acpopaTjV xaxojv Ta ayaôa TTEpiYjYaysv.

Sur le Cantique des Cantiques : 969 B : 7:apào£i<7ov eTw6£ xaX£tv -?]

(7UV7]6£ta.

Sur l'oraison dominicale : 1152 B : v) 7rX£ov£Eta TrVjpwtTtv è-Kiysi rco otopaTtxw TYiç xapBc'aç.

Grand discours catéchétique : 29 A : xauTTjv (tt,v ouvajxcv) sU

eup£(Ttv Tojv xaxà xax-av âutvoouj^-Évwv (TuvEpybv 7roiï]C'à{X£voç.

Contre Eunomios. 413 C : 'H tou kvhç u7r£^atp£(nç tl^Euo"^ xbv 7r£pt TTQCVTwv xaTacx£uà^e'. Xôyov.

Sur la Divinité du Fils et du Saint-Esprit : 568 C : . . . o£/£Tai Trarcbç àxoï] [/.ovoysvouç tÉxvou dcpayïiv.

Lettre 4. 1025 C I 0T£ oÙxÉtI TUpoa-ÔVJXTJ VUXT£piVYl âTrauÇTQatV 0£/£Tai.

Ici Grégoire est secondé par certaines habitudes de vocabulaire dont nous avons parlé, et par la pratique de langues spéciales : celle de la philosophie, de la théologie, etc. . . qui introduisent dans son vocabulaire une forte proportion de substantifs abstraits et techniques .

La transposition est plus forte encore quand la métaphore consiste dans la personnification d'une notion abstraite. Ainsi

dans l'Ecclésiaste 721 C, vj toutcov aTrwXEia ttjç twv Tt(xt(ov £up£(T£a)ç

7cpd^£voç yev'fiGETCiit..

Sur les enfants enlevés en bas âge; 185 C : div tj àaexpia tîîç

(XTroXaucEcoç to?ç XaipLapyoucrtv 7rpo;£voç yivExac. (Notons que cette métaphore est assez fréquente chez Basile; voir Hexahé.

(89 D) : b àiqp TYi ÉauTou [jt,£C7iT£t(X oiaXXaxTT^ç yi'vExat. — id., 93 B :

nXouTou 7rp6;£voç âpt-iropotç yivExai.) — Sur Jes 40 Martyrs, 513 A : MicàJ owpÉav ç7](Ji.iaç irpoçEvov). — Sur l'Ecclésiaste 708 B : -î) Trapooaa

xaTTf^çpeia t/jç éX7rt^ojxévr,ç s J<ppo(Tuv7)ç (xiiTTjp YevYJ(TeTat (cf. Basile : Sur les 40 Martyrs, 513 A : où oé/^oixat xia/jv axtacaç {JLTjTEpa.

Une autre espèce de métaphom est celle qui consiste à substituer l'animé à l'inanimé, comm.e dans le traité sur l'Hexali. 93 D : r^ yr^. . . à:r£X'jY,<7£ — (De môme Basile, Hexali. 148 B : ^ ôaXacaa. . . y^vr, tôôv tcXcotcov toSivs, métaphore si fréquente chez Basile, Grégoire de N^^sse, (Uir^^sostome et Grégoire de Nazianze qu'on peut se demander si wSi'vw n'avait pas à cette époque et en ce sens, perdu toute sa couleur).

Voilà les différentes sortes de métaphores qui se présentent à tout instant dans le style de Grégoire. La métaphore est un de ses procédés les plus ordinaires pour mettre une idée en valeur ou pour colorer d'une même teinte, en vue d'un même effet d'ensemble, tout un groupe d'idées. Très fréquente dans le traité sur l'Hexahéméron, elle sert à y accuser le relief des idées, parfois assez abstraites, à en aviver l'expression. Dans le traité sur la création de l'homme, son rôle est très important. Il s'agissait en effet pour Grégoire de rendre sensible le mécanisme délicat et compliqué de l'esprit, de faire saisir, en en forçant les finesses, les rouages de l'organisme humain. Grégoire s'est adressé pour cela à la métaphore, et l'emploi qu'il en fait dans ce traité nous montre que l'idée se transformait chez lui tout naturellement en image. Le même goût pour la représentation concrète de l'idée se manifeste dans ses écrits de polémique : contre Eunomios, contre Apollinaire, contre Arius et Sabellius, contre les partisans de Macédonius. Le sentiment intervient ici pour aviver les couleurs du style ; que Grégoire soit en proie à l'indignation, à la colère, ou laisse éclater une ironie méprisante. Dans ces traités, la métaphore joue encore un rôle prépondérant. Elle sert à dessiner les adversaires de Grégoire, leurs doctrines, leurs partisans, dans des attitudes qui appellent la raillerie ou l'indignation.

lo Métaphores méprisantes, qualifiant Eunomios, ses doctrines et leur expression. 325 A : « Le brouillard du style. » — 349 D : « Voilà comment l'idée se souille dans la fange du style. » — 377 G : « Que dit ce faiseur de songes ?» — 384 B : « Vous allez voir toute cette toile d'araignée s'évanouir au contact de la raison, o — 401 C : (v Le bourbier de ces propos-là. » — 433 G :

LE STYLE. — LE GOUT DE l'iMAGE. — LA MÉTAPHORE. 101

« Sans nous laisser effrayer par la Gorgone de ce syllogisme, époiivantail bon pour les enfants. » — 468 G : Eunomios est appelé : « père du mensonge. » — 532 A : « Gette parole hérétique qui crie l'absurdité. » — 541 G : « Le vomissement fétide de l'hérésie. » — III, 585 G : « Telle est la vie de ceux qui restent dans le péché, enfoncés jusqu'au fond dans la fange sans consistance. » — 585 G : « La grande et vaste mer du péché. » — IV, 625 G : « Ge langage souillé. » — 648 A : « L'hameçon de l'impiété. » (Métaphore évidemment aimée des orateurs chrétiens. On la retrouve par exemple chez Grégoire de Nazianze, Éloge d'Athanase, 1108 A : « G'était l'appât qui recouvrait l'hameçon de l'impiété, etc.. ») — 656 B : « Ce raisonnement sans tête ni queue : àxé^aXov xal appi^ov Xoyov. » — 676 A : « Les castagnettes creuses des raisonnements d'Eunomios. » — 713 G : « Eunomios se saisit avidement (àp7cà^£i) du mot eTrotrice. » — VII, 748 G : « Eunomios réunit pour les coller ensemble des lambeaux de petites locutions qui traînent dans les carrefours. » — 748 D : « Get ensemble de mensonges qui ressemble à une bulle. » — 752 D : (( Eunomios ne voit qu'une chose, l'engendré et l'inengendré, confiant ainsi à un câble frêle et léger, le dogme ballotté et agité en tous sens par le vent de l'erreur. » — IX, 801 G : « Le langage des adversaires agrafé (ota7r£7rop7r-ri|ji.£voç) à l'aide de petits mots vulgaires et complètement rebattus. » — 809 D : « Eunomios arme de nouveau sa parole des aiguillons de sa dialectique. »

— XI, 881 G : « Eunomios trouble de sa fange la vérité. » — XII, 908 D. Ironique : « Ge langage bouillant et qui souffle du feu » (Métaphore hardie et spirituelle qui rappelle certaines plaisanteries d'Aristophane sur les mots d'Eschyle f7r7rogà[j.ov£;) .

— 976 A : c( 11 insulte à ces paroles (xarop^^er). 11 les tourne en dérision comme dans un drame satyrique (IvaaTupcCwv). — 1013 B : « Il crache contre nous des outrages fétides. » — 1060 B : c Ge langage immonde et fangeux. » — 1117 G : « Voilà comme il publie lui-même son impudence dans ses discours. » —

1120 D. Métaphore très familière qui a l'allure d'un proverbe : « Ne vois- tu pas que c'est sur ton propre sein que tu baves ?» —

1121 A : « La différence qu'il y a entre Basile avec son vol sublime et cette bête qui se traîne à terre . «

De même contre Apollinaire et ses doctrines : 1212 B : « Pour

moi, voulant éviter d'éclabousser mon discours de la boue de ses paroles incohérentes. » — 1229 A : Métaphore piquante : v» Quel « sera l'arbitre pour le prix de l'impiété que se disputent Apolli- « naire et Eunomios ? Lequel des deux, pour ses laborieux ei- « forts contre la vérité, sera jugé digne de la première place? » La métaphore est rendue ici plus piquante par le caractère pour ainsi dire technique des mots employés : àycovGÔETT^aei, Trpwxsicov, àpiaxsttov, Totç xarà T'?j; àÀTjôstaç topcoatv, tw àji,<pTqpi(7Ta) xat îaoTraXsi tyjç àffeêetaç .

2. La plupart de ces métaphores ont un caractère ironique et méprisant. Quand Grégoire veut montrer la violence des attaques de ses adversaires contre l'orthodoxie, et les dangers qu'elles font courir à la foi, l'indignation et le sentiment du péril se traduisent par des métaphores énergiques. Contre Eunomios, I, 332 B : « Ils lapident de leurs paroles blasphématoires le langage « de la vérité » 397 D : « Le glaive à deux tranchants qu'Eu- « nomios a aiguisé contre la vérité » — II, 517 D : « le poison de « l'hérésie. » — 520 A : « En offrant tout cela en guise de miel aux « âmes pures, il dissimule sous la douceur des mots le venin « qu'ils renferment. » — 520 B: « Voilà les poisons qui font mourir. « — 528 G : « C'est une sorte d'appât qu'on présente aux « simples d'esprit pour leur faire avaler avec lui l'hameçon de « l'impiété. » — IV, 661 C : (f Ayant vomi le blasphème sur la « pureté du discours. ^) —664 A : « Voilà les hommages (par anti- « phrase) que rendent au Seigneur les ennemis de la vérité. » — De même. Contre Apollinaire, 1125 C : « Qu'on sache bien que « cette bouche aiguise en vue de la ruine et de la destruction a du prochain les dents de la doctrine nouvelle et qu'elle dé- « chire le corps sain de l'Église de Dieu. » — Contre les Macédoniens : « La gangrène purulente de l'hérésie. » (1301 G)

3. C'est encore à la métaphore que Grégoire a recours pour opposer sa propre attitude à celle qu'il prête à ses adversaires. Contre Eunomios I, 421 A : « Les injures... qui nous sont c proposées pour nous exercer à la longanimité. » — 437 D :' « J'arme ma parole de la vérité. )> — (De même VII, 745 A) — VII, 748 B : Il parle « d^af ficher au milieu de son traité l'igno- « rance et la folie d'Eunomios. » — 789 D : « Flagellant de mes (( arguments les représentants de l'erreur. »

LE STYLE. — LE GOUT DE l'iMAGE. — LA METAPHORE. 103

Dans sou traité sur la Virginité, la métaphore apparaît partout où Grégoire veut faire sentir vivement les tristesses du mariage. C'est qu'ici encore le sentiment vient animer sa dialectique : mélancolie presque poétique devant les charmes de la jeune épouse que la mort viendra ravir, etc. (345 B, etc. . .).

C'est la métaphore qui fournit les grandes lignes de l'homélie contre les usuriers. Pour en faire ressortir plus fortement le caractère et les avantages, Grégoire présente l'aumône comme un prêt aux pauvres, avec Dieu pour garant (440 A). — Cette esquisse générale de l'idée se précise dans le détail par une foule d'images. A l'aumône qu'il conseille, Grégoire oppose l'usure dont il veut détourner son auditoire. La métaphore fait en partie les frais du contraste. La sottise de ceux qui se laissent prendre à l'usure est figurée par l'imprudence du poisson avalant l'appât (437 B, etc . .]

Dans l'homélie sur la charité, le but de Grégoire est de donner, par la peinture de la misère, une forte impression de pitié. La métaphore lui sert à représenter sous de vives couleurs ces lamentables troupeaux de mendiants nomades. 11 les montre mettant en commun leurs misères, apportant leur écot à un même effet d'horreur presque tragique. II, p. 480 C.

Dans l'homélie sur les morts, la métaphore est appelée à revêtir cette idée essentielle que la fin de la vie terrestre nous fait naître à la vie éternelle. La mort est donc présentée sous les traits d'une nourrice qui met l'homme au monde pour la véritable vie (516 B, etc . . . ) .

Dans l'homélie sur son ordination, Grégoire présente sous une forme métaphorique une excuse modeste sur le peu de valeur de son éloquence. Il se représente, auprès des orateurs qui l'ont précédé, comme le pauvre qui ramasse les miettes du riche (544 A). De même dans le sermon sur la Divinité du Fils et du Saint-Esprit.

La glorification d'un nom illustre, comme celui de saint Etienne, entraîne une série de métaphores qui viennent colorer un à un les divers côtés du sujet. Au milieu de ses ennemis, Etienne est une brebis au milieu des loups (725 A); il est aussi le coryphée du chœur des apôtres, etc. . . (729 G), Au reste, Grégoire réserve à la glorification des martyrs une catégorie spé-

104 CHAPITRE Ml.

ciale de métaphores. II y a certains aspects sons lesqnels il se plaît i\ les considérer. Le martyr est nn soldat dn Christ, nn rempart de la foi, etc. . (701 B). Accidentellement, nons voyons Gréiroire se servir de la métaphore ponr rendre d'nne façon pittoresqne l'aspect de la foule se pressant autour de la chaire. Dans son esprit toujours orienté vers l'image, cette foule de fidèles devient une mer mouvante qui s eutle sous la poussée des arrivants (Discours sur les quarante Martyrs, 756 D, 757 B. De même Basile dans l'IIexaliéméron, p. 93 C). Dans l'oraison funèbre de Mélèce, les grandes lignes de la vie du défunt, ses rapports avec son église, sont ramenées à deux ou trois métaphores d'ensemble. Mélèce est le jeune époux qui lutte au loin contre l'hérésie, et l'église est la jeune épouse qui l'attend au foyer et garde la foi conjugale (857 D). Les efforts de l'hérésie contre leglise de Mélèce sont une tentative d'adultère restée sans effet, etc. . . Quant aux fidèles qui ont vu sombrer leurs pieuses espérances dans la mort de Mélèce, ils sont les passagers d'un navire privé de gouvernail, qui finit par être englouti au sein des vagues soulevées (853 B). C'est là une catégorie de métaphores très aimées de l'éloquence chrétienne. Ghrysostome, dans l'éloge d'Eustathe (597, 10), représente le défunt commeun pilote qui a abordé au port du repos. Il le montre (602, 16), « gouvernant « avec une grande sûreté le vaisseau sacré de l'Église. » Dans l'Homélie sur saint Babylas, apparaissent les mêmes images si aimées de Grégoire de Nysse : la barque de l'Église, la tempête qui l'assaille, les vagues .furieuses, etc. . . (529, 12). Dans l'oraison funèbre de Pulchérie, chez Grégoire de Nysse, les figures de la jeune princesse morte, de l'empereur et de l'impératrice, les rapports étroits qui les unissent, éveillent dans l'imagination de l'orateur des métaphores d'une haute poésie. Pulchérie est représentée comme une jeune colombe qui s'est envolée du nid impérial (865 B), puis comme une fleur à peine éclose et prématurément flétrie. L'empereur, c'est le palmier élevé qui couvre la terre de son ombre ; autour de lui s'enroule la clématite, qui figure l'impératrice. Un sentiment plus douloureux a inspiré les métaphores que l'on relève dans l'oraison funèbre de Placilla. Elles peignent le deuil des âmes sous la couleur d'une tempête violente (880 A). Le lieu de la mort de Placilla est

LE STYLE. — LE GOUT DE l'iMAGE. — LA METAPHORE. 105

recueil qui a l'ait sombrer les âmes dans l'abîme de raftliction. Sur cette douleur, plaie cuisante, Grégoire répandra l'huile de ses consolations (885 G). L'impératrice est ici représentée, à cause de ses vertus, comme un soleil resplendissant (881 B).

En somme nous voyons que Grégoire fonde une grande partie de ses développements sur un schéma métaphorique. Les situations qu'il envisage, les sujets qu'il examine se condensent naturellement dans un petit nombre de métaphores qui lui fournissent un canevas essentiel. Dans certaines parties de son œuvre où la métaphore n'a pas un rôle si important, elle est employée à rehausser le détail des idées (comme dans le traité sur l'Hexahéméron) et par là elle tient encore une place très notable parmi les éléments du style de Grégoire. Cette valeur accordée à la métaphore est déjà un indice d'influence sophistique. La métaphore, nous l'avons dit, faisait partie de la technique des sophistes; c'était un de leurs procédés les plus ordinaires pour relever Téclat du style. On peut dire qu'aucun d'eux n'a fait de la métaphore un usage plus fréquent que Grégoire.

Mais dans cet usage même on peut relever des particularités plus sophistiques encore :

1° C'est d'abord la recherche de certaines métaphores. Vie de Moïse : 428 G : orav yévti twv gwv xapoicav XaTojxoç. — Sur la création de l'homme, 1 52 B : tou vou otà t^; opyavtxïjç xaÙTYiÇ xaxaaxeuTjÇ ev

7j[ji.îv ;j.ou(7oupYouvToç Tov Xrj^(rjv. — Coutrc Euuomlos IV, 636 G : 6

Tou xaivou T/,ç -KT-^^rf^fEveaioLç toxou TipoYevvYjOtcç Iv xài lioaTt, ou xy.ç

wotvaç 7] TrTTjT'.ç Tfjç 7C£pi(7T£p5cç Ij^aiEUTaTo. — IX, 801 G : « Le langage (( des adversaires, agraféde petits mots vulgaires et complètement « rebattus. » — La recherche touche ici à l'inintelligible. — XI, 865 D, métaphore assez déplacée : « Ce sont là des paroles dignes « de faire verser des larmes, ei d'être accompagnées par la flûte « des lamentati07is — Dialogue sur l'âme, 29 G : Le médecin qui touche du doigt une partie malade « entend pour ainsi dire, par « le sens du toucher, la nature crier vers lui et lui raconter ses « soutTrances. » — Sur les enfants enlevés en bas âge : 164 B : « Le désir de la pauvreté fleurira. » — 168 A, véritable concetto : (c Le nouveau-né s'acquitte envers la nature de son tribut « de larmes » (IXsiToupY'^i^---- ^^ oaxpuov), — 185 G : c( L'excès de la « jouissance devient le patron de la gloutonnerie. » — 185 D, un

10b CHAPITRE Vil.

peu de bel esprit sophistique : <i au lieu d'une intinilé d'entants, « c'est une Toule de passions qu'ils élèvent (TraiSûrpocpouat) dans « leur propre sein. » — Sur le nom chrétien, 249 A : ... Bt ' tjBovtjç Tôv ÔT.aaupbv xfjç xaco'.'a; kTOi/ioQ'jyr^os. (l'ennemi du genre humain). — A ceux qui supportent mal les châtiments, 309 B. Préciosité sophistique : « Ne sais-tu pas que ces jours sont frères et que <( l'outrage que tu tais à l'un retombe sur l'autre? » Plus loin 313 B, une réminiscence littérale d'Isocrale : « Les racines de € l'éducation sont non pas douces, mais amères ; mais plus « tard elles produisent un i'riiiL plus doux que le miel ». Or cette réflexion cClsocr^ate était devenue dans les écoles des sophistes un exemple courant de xpe''a à développer . C'est à ce litre qu'on la trouve indiquée dans les Progynmasta d'Hermogène p. 6 ('). Nous surprenons donc ici Grégoire en llagrant délit de réminiscence sophistique, reproduisant au cours d'une exposition Ihéologique, un thème d'exercice oratoire qu'il a sans doute lait développer maintes fois à ses élèves. — Dans le traité sur la virginité, 412 B : « Dans la vieillesse, les forces ra- « jeunissent par la pratique du bien. » (Ici, véritable oxymoron dans l'antithèse : èv y'îp^ v--^ ''^i? Buvâuscoç. . . vEa^oÛGTjç) — Sur la Charité, II, Grégoire emploie pour exciter la compassion de l'auditoire des métaphores d'une recherche piquante, mais qui répondent mal à son but. Rien de plus sophistique que cette façon d'aiguiser des pointes dans un sujet pathétique. 480 D : c. Chacun d'eux, pris à part, est digne de pitié, mais, pour « mieux disposer encore les hommes en leur faveur, ils viennent « grossir leurs infortunes réciproques en mettant en commun ces

« cotisations de misère )> (upocÔ-z^xr, tou TràOouç àXA-z^Xoiç yiv&vxai, Tov

Tcov-rjGov Tw xotvoj (7uv£i(7cp£povT£ç 'épavov.) — Jour dc Pâqucs, 657 D : « En prêtant alors sa pitié, il en attend la restitution en temps « opportun. » Noter la précision technique des termes oavei'Cwv. . ., TTûoaooxa. . . — 688 B : « Par son repentir, le bon larron vole le <( paradis » (ayi^tteûûvtoç). La métaphore recouvre ici un jeu de niots. — Sur la Pentecôte, 697 B : « 11 est beau de nous faire les c( choreutes du Saint-Esprit pour obéir à David, le coryphée de « ce chœur spirituel. >) 701 B. Développant une image prise à

(1) Rhetores Graeci, Spengel, II.

LE STYLE. — LE GOUT DE l'IMAGE. — LA MÉTAPHORE. 107

Isaïe : c. Mais les hommes de cette sorte ne peuvent recevoir le c( vin doux (de l'Évancriîe); ils promènent encore la vieille « outre qui ne peut contenir un vin de ce c^enre et se rompt « par l'hérésie. » — Sur saint Etienne, I, 704 A : « Courons (( donc ensemble, mes frères, par la pensée, vers le théâtre où (( ce grand athlète va combattre et entrer dans la carrière de la « confession contre le funeste adversaire de la vie humaine. » (Très sophistique est cette tendance à donner à l'exposé des faits un caractère théâtral.) — Sur saint Etienne, II, 725 B : « Les anges reçurent Etienne comme leur choreute, l'accablant « d'en haut de plus d'éloges que les Juifs ne l'avaient d'en bas « accablé de pierres. )> Ici encore la métaphore tourne au jeu de mots et tombe dans un mauvais goût bien caractéristique. — Sur lesquaranteMartyrs,777 A: «L'automne et le printemps n'existent « pour ainsi dire pas, parce qu'ils s'absorbent dans la souve- « raineté de leur redoutable voisin, l'hiver ». — Oraison funèbre d'Ephrem, 820 A, début : « Je suis amené à prendre ici la parole (( par une parabole de l'Évangile, celle du flambeau qui nous « initie aux mystères : elle délie la langue asservie au bâillon du (( mutisme; elle aplanit d'avance les voies de la pensée comme des « chemins où courent les chevaux, et prépare le char aux (( formes variées de l'éloquence à parcourir la route où passe (i le peuple. Elle crie d'une voix éclatante, etc.. » La métaphore est soulignée ici par l'emploi de termes comme TrpooaaXiCw, des apax comme ocaTcpuatto;, etc. — 836 G. Voici une métaphore singulièrement prétentieuse et bien proche de l'amphigouri : « L'abîme de la doctrine, se répandant comme la mer sous sa « langue, ne lui permettait pas de porter les vagues successives (( de sa pensée. » Dans l'oraison funèbre de Pulchérie, l'effort de Grégoire pour atteindre au pathétique lui inspire des traits de ce genre : 868 B : « L'éclat des pierreries, les étoffes d'or, les « reflets d'argent, l'éclat des flambeaux, tout noircissait avec (.( ce deuil » (tw Trévôet ffuve;ji£Xatv£To). L'image qui voulait être pathétique n'est qu'une coquetterie manquée de bel esprit. Dans l'oraison funèbre de Placilla, 880 A, le style de Grégoire prend, pour peindre la douleur universelle, un caractère hautement poétique. « L'esprit se gonfle et bouillonne encore au « souvenir des maux. Quand l'âme est agitée par la houle si

108 CHAPITRE Vil.

« t'orlo, commont serait-il possible de mettre en avant la raison, « encore ])attue par la douleur comme par une tempête?. » — Vie de Grégoire le Thaumaturiie, 917 C Commentaire d'un miracle qui vient d'être rapporté (celui d'une grosse pierre qui s'était déplacée d'elle-même au commandement du saint : « Une « pierre devient le héraut de la foi divine et un guide de salut « pour les iutidèles. » Dans ces métaphores qui accusent le côté surprenant du miracle, perce une pointe d'esprit sophistique. — Lettre 19, 1070 A : « Les larmes qu'elle versait étaient « mesurées à sa boisson » (Métaphore qui tourne au galimatias).

— Ajoutons que parfois Grégoire présente successivement im même objet au moyen de deux images d'ordre très différent sans se soucier de l'incohérence. Contre Eunomios 441 B : outwç

OTav Ti <];£u8oç r| Trpb t^ç ocXYi6£iaç Ttpi.oSuL£vov, xàv Trpbç oXiyov otà t^^ç àTcàTY,; àv6rj(70t, Ta/écoç ttooç àauxb xaxappsi, xcù xaTç lotaiç xaTacxeuatç O'.aX'jsxat.

Une autre tendance bien sophistique se fait jour dans certaines métaphores; le goût du théâtral que Grégoire confond avec le véritable pathétique. Cette tendance que nous avons lelevée chez les sophistes accuse l'artificiel de leur rhétorique. Elle trahit de même chez Grégoire le goût de la mise en scène, des sentiments apprêtés, et pour tout dire, une irrémédiable impuissance d'émotion sincère. Dans le traité sur la création de l'homme, 217 D, il y a un morceau de bravoure sur lequel nous reviendrons : « Voyez-vous comme en peu demots l'Écriture (( donne à cette douleur un caractère dramatique (è^expaycoo-^dc)?

— Sur l'Ecclésiaste, 660 C : « Avant de devenir le chorège d'une « semblable tragédie » (il s'agit du vin que les filles de Lot firent boireàleur père). — Sur la virginité, 325 D : « Par où commencer « pour donner à cette pénible vie le caractère tragique qui « convient ? » — 336 C : « Considérez sur la scène de la vie « présente les drames (xpaywSia;) qui s'y jouent. C'est le mariage « qui en est le chorège pour les hommes. » — Sur les quarante Martyrs, 764 B : « Quelle scène purent alors contempler les " anges dans le monde des hommes! (ol&v duvéaxT] . . . xb ôéaxpov). « — Quel corps à corps du diable et des hommes purent voir « les spectateurs de notre vie ! )> — Grégoire de Nysse n'est du reste pas le seul à présenter les scènes de martyre comme un

Spectacle solennel, une sorte de parade qui a pour scène le monde, pour spectateurs les hommes et les anges. Chrysostome, 624, 18, sur les Macchabées, montre les anges assistant au martyre « comme les spectateurs des jeux olympiques. » Le peu de convenance de ces images païennes, appliquées à des scènes de martyre, dénote une influence sophistique aussi bien que l'artificiel de cette mise en scène théâtrale.

Il y a en outre quelque chose d'essentiellement sophistique dans le développement donné à certaines métaphores. Une image donnée en appelle d'autres pour peu que l'auteur soit assez ingénieux pour en suivre les ramifications comme on suit les conséquences d'une idée. Gela devient comme un jeu d'esprit qui peut être indéfiniment prolongé. Il aboutit naturellement à l'amphigouri et au mauvais goût. Ainsi dans la vie de Moïse, 412 A : « L'envie lance un trait contre lui (Moïse) ; mais le coup « n'atteint pas à la hauteur où se trouvait Moïse. » Voilà le développement amorcé. Grégoire continue : « La corde de la a méchanceté fut impuissante en effet à décocher assez loin sa « passion pour aller de ceux qui étaient déjà atteints par le mal « jusqu'à Moïse. » Nous sommes déjà en plein amphigouri, mais Grégoire raffine encore. Il dit d'Aaron et Marie « qu'ils furent « blessés par la passion de l'envie et qu'ils devinrent comme un « arc de jalousie décochant en guise de flèclies des critiques « contre Moïse. » — Sur le titre des Psaumes, 465 D : « Gelui « qui doué d'une nature d'aigle dirige un regard plus perçant « vers les rayons de la lumière avec l'œil immuable de l'âme, « et s'élançant vers les hauteurs, s'approche des toiles de l'arai- (' gnée, celui-là de la seule vibration du bout de ses ailes, dans " le battement de son vol, détruit toutes les embûches de ce « genre, quelles qu'elles soient, dont il s'approche. » — Sur l'Ecclésiaste, 744 B, les attaques du démon contre l'âme humaine, ses manœuvres, sa tactique sont longuement exposées dans un langage emprunté à l'art militaire : « Il envoie des « éclaireurs, il se ménage des traîtres, il s'établit sur les routes, « il tend des embuscades, il s'adjoint des alliés, prépare des (( machines de guerre, des frondeurs, des archers, etc. » — 744 G, id., métaphores du même genre détaillant et caractérisant les attaques du démon ainsi que la manière de les repousser. —

lîO CHAPITRE VU.

Sur los Béatitudes, 1*2*20 A, métaphore prolongée. — Yoici comment finit le contre Eunomios : morceau remarquable par raccumulaiion des métaphores autant que par la véhémence oratoire : « Si ce reirard pénétrant (celui de Basile) veillait encore ^t sur notre vie, s'il volait autour de la vie humaine sur les ailes « (le la sagesse, il ferait voir en abaissant jusqu'à toi le vol « impétueux de sou éloquence, quel germe de folie tu as apporté « en naissant, contre qui lu as osé t'élever dans ton égarement « pour chercher à acquérir par les outrages et les injures, la « gloire auprès des vieilles femmes et des eunuques. Au reste « tu ne dois pas espérer d'échapper à ses serres. Nous accorder (.( une partie des serres de Basile serait beaucoup dire, si l'on « songe à lui. Mais cette part, si l'on songe à toi, est suffisante « pour briser l'enveloppe de ton erreur, et montrer ton impu- « dence sous la carapace qui la recouvre. . . » On voit comment la métaphore initiale, celle qui représente Basile sous les traits d'im aigle se développe et s'étend pour suivre toutes les sinuosités de l'idée. — Dialogue avec Macrina, 12 A : « A la façon de « ceux qui s'entendent à manier les chevaux, Macrina me per- « mit quelque temps de donner libre cours à ma douleur, puis « elle essaya par ses paroles de me serrer la bride, en se servant « du raisonnement comme d'un mors pour corriger le désordre « de mon âme. » — Dans le sermon contre les usuriers, 437 A, l'usurier est présenté sous la ligure d'un agriculteur. Entrant dans le détail, Grégoire en tire une série de métaphores : « L'usu- « rier veut que tout pousse pour lui sans semence et sans cul- (' ture; pour charrue il a sa plume, pour champ le papier, pour « semence l'encre, pour pluie le temps qui fait croître sécrétées ment et fructifier ses revenus; sa faux c'est la réclamation; son (' aire, la maison où il dépouille (littéralement : écosse, Xstttuvei) « ses victimes de leurs biens. » Ici la métaphore tourne au jeu d'esprit, d'une ingéniosité facile et un peu puérile. C'est une série d'énigmes, de devinettes que Grégoire se pose pour avoir le plaisir de les résoudre. Il est d'ailleurs superflu de signaler la fantaisie de la plupart de ces rapprochements. Le même procédé reparaît un peu plus loin, 440 A : « Donne et je rendrai, nous crie « Dieu dans les Evangiles, cette caution écrite (/c'.poypa-^co) « qui .s'adresse à l'univers et qui a été rédigée par les quatre

LE STYLE. — LE GOUT DE l'IMAGE. — LA METAPHORE. 111

« ÉvaDgélistes à la place de celui qui a pris l'engagement, et « qui a pour témoins tons les chrétiens contemporains de « l'acte du Sauveur. Tu as pour garantie le paradis, gage digne « de confiance, etc. » Le piquant du rapprochement réside dans l'emploi de termes techniques, /eipdypacpoç, (7uij.êoXÔYpacpoç, (jTzoBy\xat, èvé/upoç. Ainsi, de cette proposition : qui donne aux pauvres prête à Dieu, Grégoire a tiré toute une série de métaphores, rien qu'en groupant autour de l'idée principale les détails qui lui font cortège. — Sur la Charité, 489 A : métaphore prolongée présentant la vie comme une traversée périlleuse : « Tant que « la traversée est heureuse pour toi, tends la main au nau- « fragé. Commune est la mer, commune la houle, commun le « tumulte des vagues ; les rochers que la mer recouvre, les « écueils, les récifs et les autres dangers de la vie inspirent la « même crainte aux passagers. . . Qui te garantit jusqu'au bout <( une heureuse navigation ? Tu n'as pas encore abordé au port (( du repos ; tu n'es pas encore sorti des vagues; ta vie n'a pas « encore trouvé la stabilité. Tu es encore dans la vie en pleine « mer. Tel tu te montreras à l'égard de l'infortune, tels tu dispo- « seras envers toi tes compagnons de voyage. Puissions-nous « donc parvenir au port du repos, après avoir accompli par un « ciel serein et grâce au Saint-Esprit la traversée de la vie qui « nous est proposée. « Cette amplification métaphorique tourne un peu au rébus, en dépit de son caractère poétique. Elle appelle naturellement dans l'esprit de l'auditeur des questions comme celles-ci : que faut-il entendre par houle? par rochers? écueils? Qu'est-ce que le port du repos ? — Il y a par suite, dans cet emploi prolongé de la métaphore, quelque chose de légèrement puéril. — Le sermon sur son ordination, 544 A, débute par un badinage précieux du même genre : « Je réclamais de toutes « mes forces le privilège d'être exempté d'une telle charge (celle « de prendre la parole), vu mon peu d'éloquence, en me fonte dant sur une règle des festins. J'ai ouï dire en effet que les « gourmets, quand ils font les apprêts d'un repas en commun, « admettent à leur table, en l'exemptant de l'écot convenu, celui « qui se trouve trop pauvre dans la série des convives. De « même je voulais, moi aussi, participer en parasite à la nour- « riture des riches. Mais puisque le noble et riche maître de

a maison que voici ne nous épargne pas nous-même, et nous « prescrit d'apporter nos services, je lui dirai : Mon ami, prêtez- « moi de vos pains, et par pains j'entends l'assistance par les <• prières. Car comment accueillir vos oreilles qui se sont '« délectées de ce miel spirituel, avec une maigre et misérable « éloquence ?» Il est difticile de ne pas reconnaître ici (Grégoire lui-même donne son grand âge comme excuse), une insistance un peu lourde et une sorte de bavardage séuile. On peut en dire autant du début de l'homélie II sur les quarante martyrs, où se trouve développée la même métaphore (757 A). — Un peu de préciosité se remarque aussi dans ce passage sur l'oraison funèbre d'Ephrem : 821 G. Il y est question « des genres variés de « vertus dont nous ferons, pareils à des orfèvres, comme une a. couronne plaquée d'or, fleurie tout autour de pierres préce cieuses et variées, pour l'offrir, présent désiré, à l'épouse du a Christ. » On peut en rapprocher cette comparaison de Ghrysostome. Éloge deMélèce, 515, 35 : « Comme si Ton tressait une « couronne d'or et qu'on relevât ensuite l'éclat du diadème en «j enchâssant des perles dans la masse des pierreries, ainsi moi- « même qui tresse aujourd'hui pour cette tête bienheureuse la • couronne des éloges, je tisse dans la trame du discours, « comme une masse de perles, cette appellation répétée. . . » — La métaphore du naufrage signalée plus haut chez Grégoire reparaît dans l'oraison funèbre de Mélèce, complaisamment prolongée. 853 B : « 0 funeste naufrage ! Comment avons-nous a fait naufrage au milieu du port de notre espérance? Comment « le navire à l'immense cargaison a-t-il coulé avec toute sa (' charge, nous laissant nus après avoir été riches ? Où est-elle « cette voile éclatante, que tendait sans cesse le souffle de l'Esprit- 0 Saint? Où est-il ce gouvernail infaillible des âmes qui nous « permettait de côtoyer sans dommage la vague énorme de l'hé- (( résie? » On voit comment la métaphore initiale, celle du vaisseau qui figure Mélèce, est détaillée : la voile d'abord, puis le gouvernail, et comment tous les objets qui encadrent la figure de Mélèce sont soigneusement ramenés à une représentation symbolique. 11 en est de même pour le passage qui nous montre l'Église sous les traits d'une jeune épouse, attendant fidèlement au foyer l'époux absent, Mélèce. Oraison funèbre de

Mélèce, 81)7 D : « Lui luttait pour la foi; elle, restait sagement, « gardant la foi conjugale. Il s'écoula un grand intervalle et il y « eut une tentative d'adultère contre la chambre nuptiale restée V» pure. Mais la jeune femme ne fut pas atteinte parla souillure, « etc.. » Allusion aux attaques auxquelles fut en butte l'Église de Mélèce. — Plus loin, 859 A : « 11 vint pour vous parer tf comme une épouse et son zèle ne fut pas déçu ; il mit sur « cette union la couronne de la bénédiction ; il imita le divin (( maître, et comme le Seigneur avait fait à Cana en Galilée, « ainsi fit ici le disciple du Seigneur. Les vases juifs remplis de « l'eau de l'hérésie, il les fît pleins de vin pur, en changeant (( leur nature par la puissance de la foi, etc. » — 857 G, il décrit ainsi l'Église de Mélèce : « La jeune épouse était blessée de « l'amour des bienheureux ; elle aimait son époux d'une affec- « tion pure et vertueuse. Mais, avant d'avoir comblé ses désirs, « avant d'avoir apaisé son amour, encore sous le charme de sa « passion, elle fut délaissée, parce que les épreuves appelaient « l'athlète à la lutte. » Il n'est pas un de ces mots qui ne soit une énigme, assez transparente il est vrai, sous laquelle l'esprit averti de l'auditoire doit . rechercher le sens réel. G'est une langue à part qui exige une clef.

Grégoire développe avec la même application ingénieuse les images poétiques au moyen desquelles il présente dans l'oraison funèbre de Pulchérie les figures de la princesse défunte, de l'Empereur et de l'Impératrice, 86.o A : « Vous savez bien com- « ment cette jeune colombe, nourrie dans le nid impérial, qui « tout à l'heure encore volait de ses ailes brillantes, bien au- « dessus de son âge pour les grâces, a délaissé le nid et s'en est '< allée, et comment elle s'est envolée loin de nos yeux, comment (( l'envie l'a soudainement arrachée de nos mains (qu'il faille « l'appeler colombe ou fleur nouvellement épanouie, dont « l'éclat ne s'est pas encore complètement dégagé de Tenve- « loppe, mais qui a commencé de briller et dont on attendait (( l'épanouissement éclatant. Et pourtant, dans cet instant court *( et inachevé, elle a resplendi d'un éclat extraordinaire) ; com- « ment elle s'est éteinte tout d'un coup dans son enveloppe « avant d'arriver à son épanouissement et déployer toute sa « beauté parfumée, etc. . . » Ici Grégoire était en train de déve-

lopper une première ima^re quand il s'en est présenté à son esprit une seconde. Il a aussitôt ouvert une parenthèse pour l'introduire et la développer, laissant en suspens la métaphore du début. Le soin du style est frappant, comme l'etTort de Grégoire pour le revêtir d'un coloris poétique. Les figures de Théodose et de Placilla sont présentées ta l'aide d'images qui s'harmonisent avec cette description poétique. 865 D : € J'ai vu aussi la tige élevée, le palmier à la haute chevelure a (je veux parler de la puissance impériale) qui, par ses vertus « souveraines semblables à des rameaux, domine toute la « terre et embrasse toutes choses; je l'ai vu dans sa souve- « raineté, courbé par la nature et incliné vers le sol parce « qu'il avait perdu sa fleur. J'ai vu aussi la noble clématite « enroulée autour du palmier, après avoir souffert pour (( mettre au jour cette fleur, éprouver une seconde fois les « douleurs de l'enfantement dans son âme, et non dans son « corps, quand cette jeune pousse lui fut arrachée. > Le coloris poétique était accusé plus haut par des mots comme v£o6aXr,ç (forme dorienne et lyrique). Ici : l^^o^, employé à tout instant dans la poésie épique au sens figuré de rejeton, etc.. . Il faut noter aussi des détails recherchés comme la métaphore aTroTtX- AO|xat, épiler, au sens de ravir. — Dans la lettre 8, le développement d'une métaphore souligne un caractère tout à fait sophistique : la disproportion du sujet et de la forme. Cette lettre est un simple billet de recommandation. Or voici dans quel style fleuri et pompeux elle débute : « Dans ce que les sages admirent u le plus chez le roi de Macédoine (car on ne l'admire pas tant « à cause de ses victoires sur les Mèdes et de ce que l'on conte « de ses voyages dans l'Inde et autour de l'Océan, que pour « avoir dit : Ma richesse est dans mes amis), je me permets à « mon tour de me poser en rival de ses prodiges et de déclarer « que cette parole peut me convenir. C'est que je suis riche « d'amitié ... » Il déclare ensuite qu'il est peut-être au-dessus du roi de Macédoine, <( car qui donc peut avoir un ami comme celui que j'ai en toi? » Personne ne peut accuser Grégoire de flatterie, car il est un vieillard, et la vieillesse, dit-il, ne s'entend pas à flatter. Du reste la vie de son ami justifie ces louanges. 11 ajoute : a Le meilleur emploi à faire de sa richesse, c'est de

LE STYLE. — LE GOUT DK l'iMAGE. - LA METAPHORE. 115

« faire part à ses amis de ce que l'on possède. Or j'ai un ami « qui m'est attaché entre tous, etc.. » Ceci est un badinage, mais dont la lourdeur écrase le sujet. Voici enfin comment se termine la lettre 12, 1045 B : « Sans cesse les habitants du pays ima- « ginent et découvrent une brutalité nouvelle; sur le mal déjà « fait, vient se durcir un autre mal, et sur celui-là un autre « encore, puis un nouveau. . ., en sorte que nous avons grand « besoin de vos prières pour que la grâce du Saint-Esprit souffle « au plus vite sur cette auimosité brutale et la fasse fondre, de « façon à amollir la glace que leur méchanceté a formée. . . » L'exemple est caractéristique parce que la tristesse et l'émotion de Grégoire ne sont évidemment pas jouées. Or voilà de quel amphigouri elles se revêtent. N'est-on pas en droit d'en conclure que l'esprit de Grégoire est pénétré d'habitudes sophistiques, au point de ne pouvoir faire rendre à sa parole le timbre exact de ses émotions ? Si des sentiments si profondément ressentis sont à ce point faussés dans leur expression, peut-on s'étonner de voir Grégoire, lorsqu'il développe des idées ou qu'il a le rôle d'un orateur officiel, recourir avec un sang-froid de dilettante aux procédés de l'école?

Voici donc les premiers résultats de notre enquête sur le style de Grégoire. Ils contirment la conclusion de nos recherches sur la syntaxe et le vocabulaire. Par le goût du concret, qui est une des tendances essentielles de son style, Grégoire se révèle à nous comme un sophiste. Il l'est par l'emploi extraordinairement fréquent qu'il fait de la métaphore, procédé systématique chez lui pour rehausser les détails de l'idée, la valeur du style, — par la recherche de ces métaphores, qui souvent confine à la préciosité, au concetto, quand elle ne tourne pas au galimatias — enfin par le développement qu'elles prennent et qui se transforme en une sorte de jeu d'esprit, ingénieux sans doute, mais souvent puéril. Tout cela, nous l'avons relevé chez les sophistes, comme autant de particularités de leur art. Seulement, il nous a été rarement donné de constater chez eux les intempérances que nous avons relevées chez Grégoire. L'élève a eu la main lourde en imitant ses maîtres.

LA COMPARâISOxX

Ce croùt du concret et de l'image, qui conduit Grégoire à la métaphore, l'amène aussi à la comparaison. Dans la métaphore, l'image directement appliquée sur l'idée ne fait qu'un avec elle ; dans la comparaison, elle reste distincte de l'idée, et l'écrivain qui l'emploie se borne à indiquer les divers points de contact par où l'une et l'autre coïncident, à établir entre elles un on plusieurs rapprochements. Par suite l'image, condensée dans la métaphore, se déploie librement dans la comparaison. Elle s'enferme en général chez Grégoire dans les formules ordinaires : axTTTsp. . . cû;. . . , xaOi-£s. . . coç.. . — Plus courte elle est introduite par oTov... Chez lui, sans parler de simples rapprochements auxquels on ne peut donner ce nom, la comparaison se présente en aussi grande abondance que la métaphore. J'en ai relevé 1 200 à travers son œuvre, et ce chitTre est probablement inférieur à la réalité.

Grégoire lui-même nous explique la valeur qu'il attribue à cette figure. Sur le Baptême du Christ, 585 D : a Puisque les « exemples ont pour effet de rendre le discours plus vivant pour « les auditeurs, je veux instruire par une image l'esprit de ceux w qui blasphèment, et éclairer une grande idée par des exemples « terre à terre et vulgaires. » — Sur la Virginité, 345 A : Grégoire annonce qu'il va rendre l'idée plus claire au moyen d'une comparaison : K La question serait pour nous plus facile à com- (' prendre avec un exemple (7:asào£'.Y[j.a). » Et il continue : « De « même qu'un fleuve, etc. . . — De môme 352 A : Il me semble « qu'un exemple éclaircirait notre opinion là-dessus. Supposons € en effet... » Ainsi Grégoire reconnaît à la comparaison le

LA COMPAKAISON. U7

privilège de rendre l'idée plus saisissable; mais il en subordonne l'emploi aux besoins de son exposition et ce n*est pas pour ellemême, pour sa valeur artistique qu'il prétend l'employer. La suite va nous montrer qu'ici encore la théorie s'accorde mal avec la réalité.

Ces comparaisons sont empruntées à des sujets variés. Parfois la matière en est prise à l'Ecriture. Au début du traité sur l'Hexahéméron, Basile est comparé à Moïse sur le Sinaï. — Plus loin, 124 B, Grégoire se compare, avec son traité, aux Juifs qui offraient pour la construction de l'arche, faute d'or et d'argent, du cuir et des poils. — Dans le Contre Eunomios, 909 B, en face de son adversaire qu'il représente ironiquement comme un nouveau Goliath, Grégoire se compare à David. Mais le plus grand nombre de ces comparaisons sont empruntées aux phénomènes naturels, à la navigation, à la guerre, à la médecine, au métier de fondeur, aux jeux, aux arts (musique, peinture, sculpture), à l'astronomie. Dans chacune de ces catégories, elles sont très nombreuses. Visiblement l'esprit de Grégoire s'attache à une douzaine de types essentiels, cadres tout prêts où il peut couler, au prix de modifications légères, des idées de toutes sortes. Inversement, à chacune des notions générales qu'il développe, correspondent un certain nombre d'images dont chacune sert à mettre en lumière un côté du sujet. (Il en est de même des comparaisons chez Basile, Grégoire de Nazianze, Ghrysostome. Elles se rattachent presque toutes à un nombre limité de types essentiels, les mômes que chez Grégoire de Nysse). En voici la liste, chez Grégoire de Nysse :

1. Dieu est comparé : A un maître de maison. Sur la création de l'homme, 133 A, B.

A une mère(*). Sur la création de l'homme, 217 A. — Contre Eun. 1U49D.

A un médecin. Vie de Moïse^ 352 A.

A un artisan. Sur la créât, de l'hom. 136 B.

A un sculpteur. Le Saint-Esprit est assimilé à un graveur sur pierre : Sur le titre des Psaumes, 592 A.

(1) Il instruit l'homme par ses miracles comme une mère qui donne à son petit enfant une nourriture proportionnée à son âge et à sa faiblesse.

A un peintre. Sur la créât, de Tliomme, 137 A.

2. La puissance divine est comparée : A la flamme qui tend à monter. Grand Discours Gatéch. 64 G. — Goutre les partisans de Macédon. 1308 B. Les trois personnes de la Divinité son' comparées aux trois langues d'une même tlamme. Gontre Eun. XII, 988 B.

Au soleil. Gontre lilun. VIII, 773 A. — Gontre Apollinaire, 1180 G.

A un parfum qui se répand. Gontre Arius et Sabel. 1297 D.

3. Le Ghrist est comparé à un rayon de soleil. Gontre Arius et Sabel. 1285 B.

A l'image dans un miroir. Gontre Eun. 981 D.

4. L'homme est comparé : Aux têtes à double face qu'exécutent les sculpteurs. Sur la créât, de l'hom. 192 G. (Il porte en soi l'image de modèles contraires.)

A un portrait de souverain. Sur la création de l'hom. 136 G.

A une lampe dont la mort éteint la flamme. Dialogue avec Macrina, 16 B. — Sa nature est assimilée à un éclat de verre qui reflète le soleil (l'harmonie de l'univers). Sur le titre des Psaumes, 441 D. — Se retrouve littéralement dans le Dial. avec Macrina, 41 G.

5. L'esprit humain est comparé : à une cité dont les portes sont les différents sens. Sur la créât, de l'hom. 152 G.

A un roi. Sur la créât, de l'hom. 156 D. (L'esprit réside dans la tête comme un roi, avec les sens pour courtisans.)

A un musicien. Sur la créât, de l'hom. 149 G(*) 161 A. (Il est comparé à un musicien habile, mais souvent réduit à l'impuissance par le mauvais état de son instrument.)

Assoupi par le sommeil, il est assimilé à un feu qui couve. Sur la créât, de l'hom. 169 B.

6. L'âme est comparée : A une figure peu à peu sculptée. — Sur la créât, de l'hom. 253 G.

A une bulle sur l'eau (quand elle cherche à s'élever vers Dieu). Gant, des Gau tiques, 1009 B.

(1) L'esprit humain qui, pour commuDiquer ses pensées, a recours à la parole, est comparé à un musicien habile qui, privé de la voix par une affection physique, emprunterait, pour faire connaître pon talent au public, la voix des instruments.

A une mer bouleversée. Or. fan. de Placilla, 880 A ('). A un matelot. Dial. avec Macrina, 45 8. A un miroir. Cant. des Gant. 1093 D.

7. Les pensées sont comparées à des bulles. Contre Eun. 748 G.

8. Le corps est comparé : A un jardin, Sur la Gréât, de l'Homme, 252 B, — où l'humidité fait pousser des plantes diverses (os, cartilages, veines).

Endormi, il est assimilé à un cheval après la course. — Sur la Gréât, de THom. 165 C.

9. L'Église est comparée : A un navire dans les tempêtes : Ecclés. 636 G (De même Ghrysost. Éloge d'Ign. 590, 42).

10. Les chefs de l'Église (comparaison qui se rattache à la précédente) sont assimilés : A des phares qui guident les âmes (Basile). Éloge de Basile, 796 D. — Vie de Grégoire le Thaum. 893 B (Grég. le Thaum.).

A des rocs battus par les flots (Basile). Gontre Eun. 293 B.

11 . Les saints sont comparés à des athlètes (Grégoire le Thaum). Vie de Grég. le Thaum. 913 C. De même sa mère : Vie de Macrina, 968 D. — Gelui qui recherche la vertu est comparé à un lutteur. Sur le titre des Psaumes, 492 A. (Gf. Basile, sur les Quarante Martyrs : 512 B. — Grég. de Naz. 925 G (sur les Macchabées). — Ghrys. Saint Romain, 611,4. — Sur tous les martyrs, 709,11; 710,11).

A des soldats (Grég. le Thaum.) — Vie de Grég. le Thaum. 913 D. (Gf. Ghrysost. sur saint Barlaam, 680, 11, 681, 53).

12. L'acheminement vers la vertu est représenté comme une route difficile : Sur le Titre des Psaumes, 573 B. (Gf. Grég. de Nazianze. Or. funèbre de son père, 988 D).

13. La vie des bienheureux est comparée à im port à l'abri des orages : sur la virginité, 412 G. (Gf. G. de Naz. Or. fun. de son père, 988 G). — Appliqué au cercueil des martyrs par Ghrys. Sur les Martyrs, 649, 22. — De même, éloge d'Eustathe 597, 10, etc..

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