CHAPITRE III
L'épidémie qui, en ce moment, fait de nombreux ravages en France et en Italie, nous est venue, comme la précédente, du Nord Est. Cependant la Russie semble, cette fois, ne pas être en cause comme dans l'épidémie de 1889-90. La maladie, au dire des journaux politiques, aurait débuté en Allemagne, faisant des progrès rapides vers l'Ouest et le Midi. En effet, quelques jours après son apparition à Berlin, on signalait des cas en Jtalie et dans le Nord de la France, où les départements du Nord et du Pas-de-Calais paient, encore en ce moment, un large tribut à la maladie.
A Montpellier, les premiers cas sont observés vers le milieu du mois de décembre, comme le prouvent les deux observations qui nous ont été fournies par M. le docteur Nozeran.
Nous-même, pendant les vacances de la Noël, nous avons pu assister au début de l'épidémie à Toulon. Le 26 décembre, il n'y avait que quelques cas à l'hôpital Saint Mandrier, à la salle 14. Trois jours après, les entrées pour grippe étaient de sept à huit par Jour, et, vers le 4 janvier, tous les services renfermaient un plus ou moins grand nombre de cas de grippe, immédiatement évacués sur des salles spéciales.
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En ville, l’influenza s’étendait aussi rapidement, et, en quelques jours, un grand nombre de personnes étaient atteintes.
Nous n’essaierons pas de faire un tableau complet de cette nouvelle épidémie, qui ressemble d’ailleurs beaucoup à celle de 1889-90. Nous nous bornerons à quelques réflexions sur ce que nous avons pu observer et sur ce que M. le docteur Nozeran a observé à Montpellier, car actuellement la maladie sévit encore partout.
L’épidémie, celte fois, semble avoir débuté un peu plus tard, au moins d’une façon générale, car, à Toulon en partilier, elle à fait son apparition à la même époque qu'il y a deux ans, c’est-à-dire du 20 au 25 décembre.
Parmi les nombreux malades que nous avons examinés, la plupart présentaient des phénomènes nerveux très marqués : céphalalgie violente, douleurs lombaires très vives, lassitude générale, douleurs dans les articulations. La fièvre était intense dans la plupart des cas, et, parmi les premiers malades entrés à la salle 14 (hôpital Saint-Mandrier), plusieurs ont eu du délire le premier jour.
La toux était sèche, quinteuse, très pénible, et dans beaucoup de cas elle ne s’est pas établie dès le début; elle a coincidé avec l’abaissement de la température et la rémission des symptômes aigus.
Tous les malades avaient la face congestionnée, vultueuse ; mais, au début surtout, très peu ont présenté du larmoiement et du coryza. Ces signes, qui se rapportent plus spécialement à la seconde forme décrite par M. le professeur Grasset, se sont surtout présentés chez les malades entrés à l'hôpital vers le 4 et le 5 janvier, indépendamment des symptômes nerveux qui dominaient la scène.
Quant à la forme gastro-intestinale, bien que mis en éveil par ce que nous avions lu à ce sujet, nous n'avons pas trouvé
VS de malades dont l'observation pût s’y rattacher. Les seuls symptômes rencontrés du côté du tube digestif sont des nausées, des vomissements, une langue saburrale et de la constipation dans beaucoup de cas. D'ailleurs, beaucoup de malades allaient à la selle assez régulièrement.
Tels sont les signes communs aux deux épidémies. Nous regrettons que, pressé de finir nos études médicales, le temps nous ait manqué pour recueillir les observations que nous avions sous les yeux, car plusieurs étaient intéressantes et méritaient d’être examinées en détail. Nous nous contenterons de signaler ce qui nous à frappé le plus.
Ce sont, d’abord, les éruptions. Pendant lépidémie de 1889-90, on avait signalé à diverses reprises des éruptions analogues au rash variolique. C’est ainsi que Sevestre, décrivant la forme nerveuse, ajoute que les éruptions cutanées lui ont paru fréquentes : chez un tiers de malades, il a constaté des plaques scarlatiniformes ou rubéoliformes, sur la face et le tronc. Bucquoy affirme avoir vu nombre d'éruptions analogues au rash variolique.
M. le professeur Grasset, de son côté, dit n’en avoir observé que deux cas : il s’est agi, dans l’un, d’un érythème scarlatiniforme de durée éphémère ; dans l’autre, d’un prurit, avec rougeur consécutive, localisé à une seule cuisse.
Cette année, la plupart des malades traités à la salle 14 (hôpital Saint-Mandrier) ont présenté des éruptions, surtout à la face antérieure du thorax et dans le dos ; notre attention a été attirée sur ce point par M. le docteur Ourse, médecin de 1e classe dela marine, chargé du service des salles 13 et 14.
M. le docteur Nozeran nous à communiqué, de son côté, l'observation d'une dame qui a présenté une éruption scarlatiniforme très marquée, dontla durée a été de trois jours environ (Observation VIIT. Pendant ces trois jours, la fièvre a été très intense, et le thermomètre marquait 40°.
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Chez les malades de l'hôpital Saint-Mandrier, l’éruption a coïncidé également avec une température élevée, mais ayant rarement dépassé 39°%5. En général, le troisième jour l’éruption avait pàli ou complètement disparu, suivant les cas, laissant après elle une légère desquamation, sous forme de fines pellicules.
En dehors des phénomènes nerveux qui ont été la note dominante, l'épidémie de cette année semble êlre caractérisée par une plus grande variété de formes, résultant du mélange de la forme nerveuse et de la forme catarrhale. C’est ainsi que beaucoup de malades n’ont pas présenté le tableau complet de la grippe et le symptôme dominant n'était pas le même chez tous. Les premiers malades observés présentaient du délire, ou toutau moins de l’agitation, maloré une fièvre légère ; quelques jours après le début de l'épidémie, au contraire, nous avons vu des malades qui restaient calmes, malgré une température de 39°, 39°5 et même 40°. Les uns n'avalent que de la céphalalgie, quelquefois partielle et limitée à un seul côté. Les autres n’avaient pas de douleurs lombaires ; d’autres enfin ne ressentaient qu’une fatigue générale.
Nous devons à l'obligeance de M. le docteur Nozeran l'observation d’une dame chez qui la grippe s’est manifestée dès le second jour par un état de somnolence dont ilétait difficile de la tirer, et contre lequel il à fallu employer des révulsifs (sinapismes et vésicatoires volants aux mollets). Cet état de somnolence, voisin de l’état comateux, a coïncidé avec une température très élevée, qui n'est pas descendue au-dessous de 39°5 pendant les premiers jours.
Enfin, une autre variété, ou mieux une autre localisation des douleurs, c’est celle qu'a présentée un de nos amis, étudiant en pharmacie, qui a bien voulu nous donner son observation. Chez lui, la lassitude a été extrême, comme chez la plupart des personnes atteintes de [grippe ; mais, ce qui l'a
0e frappé, c'est une douleur localisée à la nuque, douleur rappelant le torticolis, et qui n’a disparu qu'après les douleurs lombaires et les douleurs des genoux. Il paraît que, dans la localité où se trouvait alors M. J..., plusieurs personnes ont ressenti cette douleur à la nuque et cette gène dans les mouvements de la tête, signe que, jusqu'ici, nous n'avions entendu accuser par aucun malade.
Observation VII
(Communiquée par M. le docteur Nozeran)
Me R.., âcée de trente ans, demeurant à Montpellier, est atteinte, le 20 décembre, d’influenza. |
Elle ressent des douleurs dans la région lombaire et une grande lassitude dans les jambes. La face est vultueuse. Céphalalgie très intense. Larmoiement. Picotements dans les narines ; éternuements, coryza.
La malade tousse peu; pas d’expectoration.
Nausées et quelques vomissements.
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Régime : Bouillon. Lait.
Prescription : Antipyrine, ? grammes.
Potion : Teinture d'aconit . , . . XII gouttes. Sirop de fleurs d'oranger . 30 grammes.
Eau'de trleul Mr eur 0 — 21. — La malade présente sur tout le corps, sauf la face,
une éruption scarlatiniforme très apparente. Cette éruption se présente sous l'aspect de petites plaques plus ou moins écarlates, ayant à peu près toutes la même grandeur, plus nombreuses sur le tronc et la partie antérieure du thorax.