‹ L'Ingénieur Social Dans L'EntrepriseChapitre 42 sur 46 · SrEGrRIED, Opus cit · texte numérisé non relu

SrEGrRIED, Opus cit

2. Souvent l’organisation scientifique s’accompagne d’un gaspillage extrême de matières premières. On recherche avant tout la vitesse et la direction néglige l’économie. D’autre part, l’application intégrale du scientific managment avec les nombreux services qu’il comporte entraîne une augmentation considérable des frais généraux qui, en régime de concurrence intense, place l’entreprise systématisée tout d’abord dans un état d’infériorité.

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tence de beaucoup d’entreprises. Dans ces conditions organiser des services sociaux à l’exemple de l’Amérique aboutirait à une augmentation considérable des frais et entraînerait aussi la ruine de beaucoup d’industries.

Caveant consules ! nous dirons « patrons veillez ! » Une réorganisation de l’industrie se dessine ; les méthodes scientifiques semblent s'imposer ; rationalisation, standardisation et réorganisation matérielle sont des mots à la mode venant d'Amérique qui caractérisent les tendances actuelles. À ce moment difficile 1 ne faut pas négliger le facteur moral, seule une réorganisation de l’usine au point de vue social est capable de le ménager.

Seule aussi elle peut avoir une influence sur le facteur humain qui est à la base, il ne faut pas l’oublier, de l’industrie. Enfin, ajoutons qu'il est urgent pour les patrons de se rendre compte qu’une réorganisation sociale de l’usine en produisant une augmentation du rendement (l’exemple américain le prouve) diminue les frais généraux.

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Il nous reste maintenant à conclure d’une façon générale et à apprécier la valeur des différentes méthodes que nous venons d'exposer.

Tout d’abord, rappelons que depuis longtemps les peuples anglo-saxons ont reconnu la nécessité de créer un agent s’occupant uniquement dans l’usine des questions sociales et des conditions du travail. Nous avons vu que peu à peu l’importance de cet agent a augmenté, qu'il s’est imposé à la Direction et qu’il a su y introduire un esprit nouveau.

C’est à ce moment que furent forgés les principes du scientific management, du personnel management et des plans de représentation. En même temps certains chefs d'industrie voulaient les assimiler à la vieille théorie de l’harmonie des intérêts. Ceux qui s’attachaient à cette doctrine admettaient bien encore l’existence d’antagonismes sociaux mais qui, disaient-ils, étaient des faits accidentels découlant de mauvaises méthodes de direction ou bien d’une étude insuffisante des principes de l’industrie. On prétend aussi que, si tout est bien organisé, seul l’esprit de collaboration doit dominer.

On a vu que l'introduction des méthodes Taylor dans l’usine avait eu de nombreuses conséquences. Une des premières fut certainement l’amélioration des conditions. L’ouvrier américain gagne des salaires

inconnus en Europe et son « standard of living » s’en ressent. En effet, 26 0/0 du salaire de lPouvrier aux Etats-Unis représente le superflu alors que dans le salaire de l’ouvrier français, par exemple, ce dernier n’est que de 9 0 /0.

L'introduction dans l’usine du scientific management a entraîné aussi la transmission de certaines tâches qui, autrefois, incombaient à lagent chargé du bienêtre, aux ingénieurs et aux spécialistes. Ces derniers sont devenus très nombreux : on trouve, en effet, le speed boss, le disciplinarian, qui surveillent l’atelier ; le time study clerck, le route clerck, le production clerck, qui dirigent la production. Tous ceux-c1 ont plus ou moins quelques parcelles de l’ancienne autorité du travailleur social mais ils n’ont pas fait disparaître le service social. Ce service, se modernisant, s’appellera le département du bien-être et cherchera à coordonner l’action sociale des autres services.

Ces expériences très intéressantes que sont le personnel management et le scientific management peuvent être surtout entreprises aux Etats-Unis car elles entraînent souvent un gaspillage de matières premières avec une augmentation considérable des frais généraux. Il faut donc que l’industrie ainsi handicapée se trouve dans un pays regorgeant de richesses et disposant d’un marché très étendu, toutes conditions que remplissent les Etats-Unis.

Mais l’Europe n’est pas dans la même situation ; c'est une contrée relativement pauvre, divisée entre plusieurs nationalités ; cette différence essentielle comporte une conséquence des plus importantes : les méthodes américaines ne doivent être généralisées qu’en

les adaptant aux conditions de la production européenne.

Cependant en Amérique la réorganisation des usines se poursuit. La concentration des entreprises favorise ce mouvement et l’agent chargé du bien-être est ün des éléments les plus actifs de cette réorganisation. Il ‘devient un rouage indispensable car les industriels se rendent compte de la nécessité de poursuivre en même temps la réorganisation sociale.

C'est cette réorganisation sociale que l’on a appelé le personnel management. Grâce à elle, les conditions du travail ont été profondément modifiées. Au point de vue général aussi, ces modifications ont entraîné un accroissement de la richesse ; le bien-être s’est développé. Ce développement a eu des répercussions dans le domaine politique. L'élection à une écrasante majorité du président Hoover, est une preuve que l'Amérique est satisfaite de son sort. Le parti républicain représente dans sa grande majorité ceux qui sont partisans des méthodes nouvelles. Ce sont les « rois » de l’industrie qui ont soutenu la candidature de l’actuel président des Etats-Unis. Donc, cette élection est plus qu’un acte politique, c’est un plébiscite, non seulement en faveur du parti républicain, mais encore en faveur des méthodes modernes de l’industrie américaine,

En Europe, par contre, les événements ne peuvent se mesurer à la même échelle. Les consultations nationales n’ont jamais eu pareille signification. Du reste, les conditions de l’industrie ne sont pas les mêmes ;

l’étroitesse du marché limite beaucoup l’ampleur de tout mouvement. Ainsi en Angleterre, où l’on a manifestement essayé d’introduire les méthodes américaines, principalement en matière sociale, les résultats ne sont pas aussi évidents. Nous avons vu, en effet, que le welfare worker avait su s’adapter aux conditions de l’économie anglaise et travailler sur une échelle beaucoup plus réduite.

Cependant, peut-être avec moins de brio mais certainement dans des conditions suflisantes, le welfare worker a obtenu des résultats remarquables. Il a su introduire un esprit nouveau qui semble gagner les milieux patronaux et ouvriers. C’est ce que lon a appelé l’esprit de collaboration qui a trouvé sa première forme dans les plans de co-partnership, Le welfare worker est parvenu à adapter à l’Angleterre cette institution d'essence américaine : les conseils d’usine. Mais alors qu'aux Etats-Unis ceux-ci ont pour but de lutter contre les syndicats, les travailleurs sociaux anglais ont compris qu'ils échoueraient si, dès l’abord, ils les opposaient aux Trade Unions ; c’est un exemple typique de la souplesse de l'institution et de la façon dont il faut modifier les conceptions américaines quand on veut les faire pénétrer sur le vieux continent. Enfin, en Angleterre, le welfare a perdu une partie de son caractère essentiellement volontaire car il a pénétré dans le domaine législatif. Pour l’adapter à la mentalité et aux conditions des ouvriers européens, on a sû le transformer et afin de suivre l’évolution de l’industrie, on a cherché à le rendre plus scientifique. |

En France, bien avant que l’on eût connaissance des conceptions américaines, les questions sociales industrielles ressortaient déjà du domaine législatif ; mais cette tendance n’a donné que des déceptions ; toutes les lois votées ont été incapables de résoudre « la question sociale ». On s’est bercé de l'illusion législative et on a négligé de reconnaître que, seule, l’initiative privée avait accompli un travail positif.

Malheureusement, cette dernière n’a pu se développer autant qu'il eut été désirable car elle est dominée par la question économique. D’autre part, une fâcheuse tendance nationale nous pousse à mêler inconsidérément les questions sociales aux questions politiques.

l! serait à souhaiter en effet qu’on n’abandonne pas le monopole des questions sociales aux partis dits « avancés » et que ceux qui s’y intéressent fassent comme les Américains, c’est-à-dire entreprennent une campagne pour démontrer que le spectre que l’on agite si souvent. pourrait facilement s’évanouir grâce à quelques réformes utiles entreprises de plein gré. Ce sentiment du reste commence à apparaître dans lopinion française. Nous citerons, à titre d’exemple, cet extrait d’un article de M. Charles Delvert :

« Et aujourd’hui, croit-on qu’on ne pourrait pas l’éviter cette Révolution, pour laquelle Moscou trouve tout l’or désirable, si nous faisions le nécessaire ? Si tous les républicains attachés à la patrie et à la civilisation, oubliant leurs vieilles querelles aujourd’hui anachroniques, veulent bien former le front unique contre la barbarie sanglante ?

« Si enfin, l’on donne au travail le statut légal que la justice commande ?

« Si l’ouvrier, chez nous, comme en Amérique — où il n’y a plus de communistes — peut arriver par son labeur au confort et à l’aisance ? »

I ne faut, à aucun prix, abandonner le drapeau des réformes sociales (même à l’intérieur de l’usine) aux partis qui en font une arme politique. Montrons aux ouvriers que le patronat s'intéresse à son sort et tient plus à améliorer que la plupart de ceux qui en font un tremplin électoral.

Sachons maintenant voir et apprécier ce qui a été fait chez nous, Puis à la lumière des résultats obtenus à l’étranger, tentons de donner un pronostic de l’évolution des questions sociales, industrielles.

Tout d’abord rappelons succinctement qu’en France nous trouvons deux tendances bien distinctes : d’une part les œuvres sociales collectives, fondées par les caisses de compensation, les syndicats patronaux et certains groupements, et d’autre part, les œuvres individuelles instituées par de grandes industries par certains patrons qui les préfèrent.

À plusieurs points de vue, ces deux tendances s’opposent. Le rapprochement entre patrons e: ouvriers ne peut être réalisé que par les œuvres individuelles. Mais celles-ci présentent un inconvénient ; le patron peut être tenté de les organiser dans un esprit de patronage ou de paternalisme qui peut devenir insupportable aux ouvriers ; cependant cet inconvénient tend à disparaître et en France ces deux sortes d'œuvres doivent coexister. ;

Beaucoup d'industries en eflet ne peuvent instituer

des services sociaux. De nombreuses entreprises pro-. duisent à un prix de revient remarquablement bas. Un service social dansce cas entraînerait une augmentation des frais généraux et par conséquent l'arrêt de la production. D’autres encore sont trop petites pour pouvoir utilement eréer un service social. Une usine ne comptant que 15 ou 20 ouvriers ne peut songer à s’adjoindre par exemple une surintendante.

Dans ces deux cas les œuvres collectives sont nécessaires. L’augmentation des frais généraux que comporte l'adhésion à une caisse est infime pour une industrie si petite soit-elle ; elle est du reste comprise dans ce but puisque la cotisation varie suivant un pourcentage donné relativement aux salaires. D’autre part, elles sont vraiment efficaces en ce qui concerne les petites industries, car elles leur offrent des œuvres qu’elles ne pourraient créer.

Mais il n’en est plus de même pour les industries relativement importantes. Elles ont une marge plus large eu ce qui concerne leurs frais généraux. Souvent groupées ou syndiquées elles savent se défendre et obtenir un monopole de fait qui leur permet de travailler avec des bénéfices raisonnables. :

Beaucoup d'industries de cette catégorie, nous l’avons vu, se préoccupent de la question sociale, organisent des œuvres, créent un service du personnel à l'esprit social, ou encore s’attachent des surintendantes. Mais ce que l’on peut reprocher à ces différentes méthodes c’est d’être « vieux jeu » et ne pas tenir compte des théories modernes.

Ainsi les surintendantes qui sont en France les seuls ingénieurs sociaux spécialisés et possédant une éduca-

tion technique, ignorent les principes de lorganisation scientifique des usines ; aucun de leurs cours ne traite de la question.

Or, pour bien des esprits avertis, l’organisation scienüfique de l’usine apparaît comme nécessaire et fatale. La campagne que l’on mène à l’heure actuelle en faveur de la «rationalisation » en serait un symptôme. On doit reconnaître qu’en France une réorganisation moderne, pour ne pas dire scientifique, des ateliers est en train de se manifester.

Or, n’oublions pas qu'aux Etats-Unis l’organisation moderne des usines n’a pu être introduite que grâce à une réorganisation sociale. À notre avis, de même en France une organisation moderne comporte une organisation sociale suivant des principes nouveaux. Sans être « prophète de malheurs » osons dire aux industriels qu'ils ne doivent en aucun cas perdre de vue cet aspect du problème et qu’il est indispensable, au moment où une tendance vers la réorganisation scientifique se dessine, de songer au point de vue moral ou autrement dit social de la question. On pourrait craindre en effet, si on le négligeait, les plus néfastes catastrophes.

Vu : Le Président,

WizciaMm OUALID.

Vu : Le Doyen,

BERTHELEM Y.

Vu ET PERMIS D’IMPRIMER :

Le Recteur de l’Académie de Paris, CHARLET Y.

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