‹ L'initiation; ou, La conaissance des mondes supe?rieursChapitre 1 sur 27 · PUBLICATIONS THÉOSOPHIQUES 10, RUE SAINT-LAZARE, 10 PARIS · texte numérisé non relu

PUBLICATIONS THÉOSOPHIQUES 10, RUE SAINT-LAZARE, 10 PARIS

L'ouvrage que nous présentons au public - français est d'un caractère particulier et pour le comprendre il faut le lire dans un état d’esprit différent de celui que l’on apporte à la lecture - des ouvrages philosophiques ordinaires.

Les ouvrages philosophiques relèvent unique- “ ment de la raison. On les a compris lorsqu'on est arrivé à saisir comment en partant d'un ou “de plusieurs postulats le penseur construit un vaste édifice de conséquences et de conclusions, “soit par déduction, soit par induction. Leur logique intérieure les justifie.

Ilne suffirait pas d'apprécier de la sorte l’ou- “vrage de M. Steiner.

Les pensées qui y sont exprimées ont une

valeur qui dépasse de beaucoup leur cohésion logique. Elles ont pour but d’éveiller chez le lecteur la conscience de forces nouvelles qui portent en soi les germes d’une vérification expérimentale. Par suite elles ne s'adressent point à la raison seule.

On prétendra qu'il est contraire au bon sens de se rendre docile et pour ainsi dire réceptif à un enseignement avant que la raison par ses procédés habituels n'en ait éprouvé la solidité. Cette objection serait fondée s’il n’y avait réellement point autre chose dans l’occultisme que des éléments empruntés à la raison et soumis à

son contrôle, c’est-à-dire en dernière analyse, des «

éléments empruntés à l'observation des sens et modelés dans les formes d’une intelligence uni-

quement édifiée sur les données traditionnelles w

de cette observation.

Or, M. Steiner ne le prétend point. El a, au contraire, soin de nous dire que la vérification

de l’enseignement occulte relève d’un contrôle

plus haut et plus vaste que le champ d’action départi à l’entendement.

Cela ne veut point dire que rien de ces notions

accessibles à un esprit intérieurement discipliné, contredise ou heurte les lois universelles de la

logique. Mais ce n'est pas dans notre siècle de

magnifiques conquêtes scientifiques que l’on peut jamais prétendre qu'il y ait contradiction réelle: entre une loi de l'univers et un phénomène, parce que cette loi ne suffit pas à expliquer ce phénomène. Nous assistons tous les jours à des transmissions de forces que nos ancêtres auraient à bon droit pu prétendre impossibles parce qu'elles paraissent contredire formellement certaines lois de la nature.

Il est certain que les ondes atmosphériques ne peuvent porter le son perceptible au delà d’une certaine distance, etil serait contraire à la raison d'affirmer que sans aucune modification des conditions données ces mêmes ondes pourront porter le son perceptible à une distance mille fois plus grande. Mais l'expérience nous a prouvé que d’autres forces pouvaient véhiculer le son de manière à le transmettre à notre oreille pour ainsi dire dans sa fraîcheur primitive.

De même il serait insensé d’affirmer que l'œil physique, telle qu'il est actuellement constitué chez un homme normal pourra percevoir des objets situés au delà d’une matière solide et opaque. Mais en quoi est-il contraire aux lois de la nature qu’une autre forme de la lumière puisse être véhiculée par d’autres courants vibratoires, lesquels impressionnent des organes spé-

ciaux quand ils sont suffisamment évolués dans l’homme.

Le livre de M. Steiner nous parle, en effet, d’un certain nombre d'états de matières dans l'homme ou hors de l’homme et nous affirme expressément que ni les sens physiques, ni l’entendement réduit à leurs données ne sauraient les percevoir ou les concevoir.

Quel est l’état d'esprit dans lequel il convient d'examiner de teiles assertions et d'accueillir un pareil système ?

Il nous semble qu'il faut, ou bien refuser à priori de lire cet ouvrage, ou bien de le lire dans une disposition d'âme profondément réceptive.

L'orgueil humain, nous le savons, a peine à consentir à ce qu'il croit être une humiliation

pour l'intelligence. Mais entre la réceptivité

que nous demandons et la foi que réclament les églises il y a un abîme. La foi dogmatique est une vive représentation des choses que l’on ne voit pas, qui implique la croyance à leur existence avant même d’en avoir examiné la possibilité. Au contraire, la réceptivité est d’abord au point de vue de l'intelligence un état de doute philosophique, également éloigné de la négation a priori et de l'affirmation prématurée.

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Telle est sa forme logique. D'autre part, l'occultisme s'adresse non seulement à l'intelligence, mais à l'être humain tout entier, esprit, âme et corps : il convient donc que cette réceptivité intellectuelle se double d’une faculté d’assimilation sentimentale que les religions ont fort bien définie par ce précepte souvent mal compris : « Ouvrez vos cœurs. »

Un exemple nous fera mieux comprendre. Ces dispositions ne sont-elles pas exactement les mêmes que les dispositions nécessaires à la compréhension profonde d’une œuvre d’art et surtout d’une œuvre d’art qui par son originalité sort de la tradition dont notre sens critique a pris l'habitude ? Apprécier parfaitement la neuvième Symphonie de Beethoven, n'est-ce point à la fois la comprendre et la sentir ? Pour la comprendre, ne faut-il pas avoir déblayé notre esprit de toute une série d’idées préconçues sur le style musical ou sur la forme symphonique qui, si elles demeuraient en nous, formeraient autant d'obstacles qui nous empêcheraient de saisir le plan de cette œuvre P Et, pour la sentir, ne faut-il pas aussi ouvrir notre cœur, nous livrer avec une entière bonnetoi, avec une sincérité absolue, ne faut-il pas en un mot, suivant le mot allemand si expressif, laisser cette musique « ré-

sonner » au dedans de nous (nachklingen) ?

Pour que notre sensibilité rapporte à notre conscience un écho fidèle de l’œuvre d'art extérieure, il faut que nous le fassions en quelque sorte concave, afin que l'écho soit sincère. Mais parce que nous aurons perçu de la sorte une œuvre musicale ou autre, s’ensuit-il nécessaire= ment que nous devions la considérer comme un chef-d'œuvre ? Non, certes, nous n’aurons fait que la saisir intégralement, et je dirais même que notre jugement final aura été pendant cette audition d’autant plus parfaitement suspendu, et notre sentiment en équilibre, que notre réceptivité aura été plus complète, dans le sens que nous indiquons.

Il faut accueillir les enseignements de l’occultiste comme nous écoutons l'œuvre d’un grand artiste, En prenant cet exemple nous ne prétendons pas pousser jusque dans ses dernières conséquences la similitude qui peut exister entre l’œuvre d’art et l'ouvrage occulte. Ce serait inexact. Nous voulons seulement montrer dans quelle mesure il est possible et utile de se placer en face d’une création de l’esprit en faisant abandon momentanément de l'esprit critique, sans rien aliéner de la liberté de juger.

Cet état de réceptivité se définit donc par deux …

caractères principaux : 1° L'absence d'idées préconçues; 2° la sympathie.

En ce qui concerne le premier de ces caractères, nous n’ignorons pas que des préjugés très graves existent contre tout ce qui porte le nom de théosophie. Les uns considèrent volontiers le mouvement théosophique comme issu d’un vague bouddhisme, importé en Occident ily a une vingtaine d'années par des artistes plus soucieux de renouveler des formes d’art un peu usées que de s’assimiler vraiment l’essence profonde de la mentalité orientale. Nous savons également que l’action personnelle de Mme Blavatsky a donné lieu à bien des critiques. Une enquête, insuffisamment étudiée et menée avec parti pris par la « Société anglaise des recherches psychiques », a accrédité l’idée que Mme Blavatsky s'était laissé aller parfois à des simulations qui suffisaient à infirmer l’ensemble des phénomènes attribués à ses pouvoirs supérieurs. Un examen plus approfondi et plus impartial a prouvé que les accusations formulées contre elle étaient sans fondement et nous renvoyons les lecteurs qui veulent s’en convaincre à l'ouvrage de Mme Annie Besan intitulé Mme Blavatsky et les Maîtres.

Au reste nous n’avons cité ici ce préjugé fort répandu que pour affirmer bien haut qu’un

homme de science ou un philosophe ne doit en aucune façon se laisser influencer dans l’appréciation des doctrines occultes par l'opinion qu'il se serait formée, soit sur les bouddhistes occidentaux, soit sur le caractère de Mme Blavatsky.

Car M. Steiner, tout en professant le plus grand respect et la plus vive admiration pour

l'œuvre de la « Société théosophique » a estimé .

que les traditions occidentales suffisaient aujourd’hui à alimenter l’enseignement de l’occultisme. L'esprit critique européen a le droit d'exiger

que la théosophie lui soit exposée dans les cadres

de pensées qui lui sont habituelles. Quelle que soit la source première des enseignements occultes il est une chose certaine, c’est qu'il nest pas besoin de sortir de l’Europe et de la région méditerranéenne pour trouver les documents nécessaires et des instructeurs compétents, et si nous regardons vers le passé nous y voyons une longue suite d’occultistes grâce auxquels cette sagesse n'a cessé d’être vivante dans nos contrées depuis la civilisation égyptienne jusqu’à nos jours, en passant par Rosenkreuz et Paracelse. Il ne faut donc pas aborder la lecture des

ouvrages de M. Steiner en conservant le préjugé « qu'il s’agit là d’une doctrine exotique importée

chez nous par la libre décision de quelques-uns et par suite difficilement assimilable pour nos cerveaux européens.

Mais il importe qu’il n’y ait nulle confusion à cet égard, M. Steiner fait partie de la Société théosophique. Il s’y rattache ouvertement et son enseignement ne diffère sur aucun point essentiel de celui des théosophes hindous. En quoi donc cette tradition occidentale s’écarte-t-elle de l’orientale ? C’est uniquement dans sa méthode et dans sa présentation.

On appréciera assez exactement cette différence

| si l’on a comparé la psychologie officielle telle

qu’elle est enseignée dans nos écoles avec la même science, telle que les hindous ontcoutume de l’exposer. Les conclusions des rationalistes et des matérialistes sont de part et d’autre, à peu de chose près, les mêmes, mais il s’en faut de beaucoup qu’elles se ressemblent dans leurs formes. À ce sujet il est une remarque intéressante qu’il faut faire en passant. Nous croyons trop volontiers que la religion et la philosophie officielle aux Indes se rapprochent beaucoup

- plus de la théosophie que chez nous. Il faut

oublier ce préjugé, car la vérité c’est que l’occul-

tiste est presque aussi étranger à la mentalité

moyenne des Orientaux qu’à notre propre ma-

nière de penser, Là-bas comme ici pour que l’occultisme conquît son droit de cité, il faudrait que la science devint plus large et la religion plus vivante et les points de contact possibles entre l’occcultisme d’une part et les enseignement religieux et scientifique d'autre part, sont aussi réels en Occident qu’en Orient, car les doctrines théosophiques, bien loin d’être le patrimoine de certaines races sont également accessibles aux chercheurs sincères de tous les pays.

Il n’ya pas deux ésotérismes, un occidental et . un oriental. Toutes les vérités occultes ont une même source, mais, de même que toute science et que toute philosophie, l’exposition de la doctrine théosophique porte l'empreinte des races et des civilisations. Les adeptes eux-mêmes, qui viennent de temps en temps ranimer par leur action les courants spirituels s’attachent à présenter la vérité sous la forme qui lui permettra de pénétrer le plus aisément dans les esprits environnants.

Avant d'aborder la lecture de cet ouvrage que nous apportons au public français, il importe donc d'abandonner le préjugé que l’on se trouve là en face d’une conception de l'Univers et d’une méthode exotiques, arbitrairement importées en

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Occident et définitivement incompatibles avec toute notre manière de sentir et de penser.

Le deuxième argument que l’on invoque pour refuser d'examiner sérieusement les doctrines théosophiques nous apparaît comme un pur préjugé au même titre que le précédent. C’est que l'enseignement théosophique invite l’homme à la recherche des vérités et des pouvoirs supra-sensibles et lui fait ainsi perdre son équilibre, de sorte qu’il se détourne avec mépris de ses devoirs sociaux. La première partie de cette assertion est exacte et se trouve particulièrement fondée pour le livre qui suit cette préface. En effet, si certains ouvrages théosophiques laissent de côté le développement psychique pour se contenter d’exposer des vérités générales d'ordre éthique il n’en est certes pas ainsi des œuvres de M. Steiner. Il considère et ne craint pas de proclamer que la théosophie perd son originalité et son caractère propre si elle ne s'appuie pas sur la base scientifique de l’expérimentation par le travail intérieur et méthodique.

C’est le caractère personnel de l’enseignement

de M. Steiner que de mettre au premier rang des

doctrines théosophiques la pratique des exercices qui éveillent les Pouvoirs supérieurs. Le titre allemand de l'ouvrage que nous avons tra-

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duit le prouve. Ce titre est la question qui tout M naturellement se présente à l’esprit des hommes. de science quand ils entendent parler des mondes invisibles : « Comment acquiert-on la connaissance de ces mondes? » C’est une réponse précise à cette question que formule lPouvrage de M. Steiner.

Pendant longtemps ces sujets ont été considé-

rés comme d'ordre purement ésotérique. Les an- M

ciens Maîtres ne les révélaient que dans les mystères et, avant d'être admis à entendre leurs enseignements, le candidat devait subir delongues épreuves pour prouver à ses futurs instructeurs qu'ils pouvaient sans danger lui communiquer leur science et diriger ses pas sur le sentier de l'Initiation. De nos jours, encore nombreux sont les théosophes qui évitent volontiers de donner des indications précises sur ces sujets. Ils sont d'avis que l’enseignement exotérique est le seul qui puisse être publié et qu’il convient de rassembler en des cercles fermés et de lier par des engagements solennels ceux qui veulent devenir des disciples.

M. Steiner, s'inspirant de très hautes autorités, a pensé que le moment était venu de faire con-. naître au grand public, tout au moins les bases essentielles de la discipline mystique, de façon à

intéresser à l’occultisme tous les philosophes qui ne sauraient admettre que la vérité ne soit pas exposée logiquement. Ainsi l'occultisme se présente dans cet ouvrage sous la forme d’une science expérimentale. Les conseils de M. Steiner sont pratiques ; il n’apporte point de dogmes.

Son ouvrage se divise en deux parties. Dans la première, 1l expose la marche à suivre pour parvenir à la connaissance des mondes supérieurs. Dans la seconde, il fait, pour ainsi dire, la physiologie et l’anatomie des systèmes organiques qui entrent en activité chez l’homme qui vise à la perception supérieure. Il prend un à un les organes des sens nécessaires à cette perception et détermine minutieusement l'influence que chacun des exercices prescrits dans la première partie exerce sur le développement de chacun des éléments constitutifs de ces organes. Il détermine exactement le rapport des causes et des effets, Par là il échappe aux reproches que l’on peut faire à d’autres occultistes.

On s’étonnait, en effet, auparavant, que ceux d'entre eux, peu nombreux du reste, qui ont cru devoir donner, sous une forme symbolique ou autre, des conseils pratiques, n'aient pas défini scientifiquement les effets que l’observation de leurs préceptes devaient avoir sur l'organisme du

disciple. Il est en effet arrivé parfois que des étudiants passionnés pour leurs recherches aient dépassé la mesure exacte qui convenait à la mise en pratique des enseignements reçus. On a eu à déplorer des accidents, souvent sérieux. Le déséquilibre s’est emparé de certains personnes qui n’avaient pas assez clairement compris que l’occultisme est une science aussi précise, aussi expérimentale que les autres sciences naturelles. Elles s'étaient abandonnées à une disposition qui est le fait de certains mystiques, et qui, si on l’analyse soigneusement, se ramène à la croyance que la loi de causalité n’exerce plus dans les mondes supérieurs l’action que nous constatons dans les densités soumises à l’observation des sens physiques. Ces mystiques s’imaginent que la raison perd ses droits dans le royaume de la perception supérieure. D’un effort limité ils tentent de faire naître des possibilités illimitées ; de la sorte ils perdent la conscience nette du point où il convient d’enrayer une certaine activité mentale, parce qu'elle a produit tout l'effet voulu et qu’en insistant l’étudiant ne pourrait que nuire à l’harmonie générale de son évolution intérieure.

Rien de pareil ne saurait advenir à ceux qui s'astreignent aux méthodes préconisées par

M. Steiner. À chacun des exercices qu’il entreprend, le disciple connaît d’une manière précise les résultats qu'il poursuit. Il sait les forces qu'il s'agit d’éveiller et les signes auxquels il reconnaîtra qu'elles sont éveillées dans la mesure nétessaire. Les enseignements pratiques lui sont présentés dosés avec soin, comme des médicaments ordonnés par un médecin prudent.

En outre, M. Steiner, lui répète à chaque instant que cette discipline, bien loin qu’elle l’écarte de ses devoirs journaliers et de ses obligations sociales, le met en mesure de s’en acquitter avec une perfection toujours grandissante. Il lui démontre que l’activité intérieure de l’occultisme n’est pas étrangère et en quelque sorte superposée à l’activité normale de ses facultés intellectuelles ou autres, et qu'elle est bien au contraire solidaire de tout l’ensemble de la vie intérieure. « Elle est, dit-il, comme une plante qui ne saurait croître qu'en puisant ses forces par de profondes racines dans le sol qui peut la nourrir. » Ce sol nourricier n’est autre que le tout complexe formé par nos sentiments, nos pensées et nos volitions. Ce n’est point dans la passivité, ni par l’intervention d’une mystérieuse puissance venue d’en haut que l’homme peut développer sa clairvoyance et ses pouvoirs supérieurs : au contraire,

c'est par l’activité et par l’élaboration raisonnée des éléments de sa vie normale qu’il fait germer en lui la vie supérieure, prolongement et extension naturelle de la vie normale.

Ainsi se trouve, croyons-nous, écarté le deuxième argument dont se servent les penseurs contemporains pour se refuser à un examen consciencieux de l’occultisme. Non seulement la pratique de l’occultisme véritable ne saurait amener aucun déséquilibre, mais encore c’est par cette “ pratique seule que l’homme peut conquérir cet équilibre supérieur qui le met au-dessus des contingences et des secousses de l'existence. En prenant conscience des forces les plus puissantes et les plus permanentes qu’il recèle en lui il secrée comme une citadelle où il peut, le moment venu, se mettre à l’abri des tourmentes de la vie. Mais M c'est la vie même qui lui fournit les matériaux de cet édifice etil s’y dessécherait sans aucun profit pour lui-même, s’il s’en servait pour se soustraire à ses obligations terrestres.

Les grands alchimistes qui étaient de purs occultistes avaient exprimé cette vérité par le symbole de la transmutation des métaux. Dans le langage imagé que ces anciens mystiques étaient forcés d'employer pour dissimuler leur pensée à l’inquisition de l'Église, ces mots signi-

» fiaient la transformation progressive des énergies physiques et passionnelles en énergies spirituelles. Le chaos des forces inférieures était symbolisé par la matière brute, tandis que la spiritualité, sa forme la plus haute, étaitreprésentée par l'or, le métal précieux. La méthode de développement préconisée par ces Maîtres, a été dans la suite celle des Rose-Croix. C'est une évolution générale accélérée et scientifiquement contrôlée de toutes les forces humaines; c’est une orientation nouvelle de toutes les activités, grâce à l’influence souveraine de la pensée disciplinée. Dans cette transposition rien ne doit être perdu, mais toute chose doit revêtir aux yeux du disciple sa vraie signification en s'éclairant d’un jour nouveau.

“ Telest encore aujourd'hui l’occultisme.

Il n'y a qu'à considérer l'éducation et l'œuvre de M. Steiner pour se rendre compte que,

“loin de mépriser les données de la science ou le travail de l'intelligence, c’est au contraire sur ces bases et avec ces matériaux que cet OCcultisme entend construire l'être humain inté-

n sral, armé de tous les pouvoirs que la race humaine par la voie ordinaire etnormale ne sau-

… rait développer que lentement et laborieusement. Nous nous référons ici à la belle préface que

M. Édouard Schuré a écrite pour un autre livre, de M. Steiner : le Mystère chrétien et les Mystères antiques. Il nous raconte comment Steiner, avant de commencer son apostolat, crut devoir passer vingt années à étudier à fond les sciences et la philosophie. Voilà certes, une atti-. tude bien éloignée de ce mépris de la connaissance positive que l’on a cru pouvoir parfois reprocher à certains mystiques. Vingt années de labeur sont le plus grand hommage que l'on puisse rendre à la science contemporaine et le développement intérieur qui ne cessa de s’accen-" tuer chez Steiner pendant cette longue période, M prouve qu'il ny a nulle contradiction entre” la culture scientifique et la discipline occulte, pour celui qui sait les juger de haut l’une ct} |

l’autre.

Et quant à l’activité sociale, qui pourrait pré-" tendre qu’elle soit diminuée par la recrudescence“ de la vie intérieure en contemplant les existences” prodigieusement remplies de M. Steiner et de. Mme Annie Besant ? Des voyages incessants, des conférences multiples, plusieurs ouvrages par an et un grand nombre de questions pratiques à, régler, tel est l'exemple que nous donnent ces deux occultistes. Il est évident, pour quiconque les connaît, que l'intensité de la vie intérieure

alimente leur activité incessante dans le monde

- extérieur. Loin de diminuer les sources de leurs énergies pratiques, leur communion incessante avec le monde spirituel leur sert en quelque sorte d’un réservoir où ils peuvent à tout moment puiser.

Nous ne voulons point, dans le simple cadre d’une préface, passer en revue tous les arguments que nous pourrions présenter pour prouver que loccultisme pratique n’éloigne en rien de la vie et de ses devoirs, pas plus qu’il ne crée une barrière entre l'esprit du disciple et le courant de la pensée contemporaine. Beaucoup de nos contemporains, non sans raison, s'attachent au principe qu il faut « être de son temps ». L'occultiste est de son temps, mais il l'estplus profondément et plus consciemment qu'un autre homme, caril se refuse à laisser imposer à son propre esprit les limites qui restreignent la mentalité contemporaine et il n’estime avoir compris les êtres avec qui il vit quequand il à pu situer exactement leur degré d'évolution sur l’immense route de l’évolution du monde.

Mais nous avons affirmé plus haut qu'il ne suffit point pour tirer un profit réel de la lecture

de cet ouvrage de l’aborder l’esprit libéré de tout préjugé. Nous avons prétendu qu'il fallait en outre posséder le deuxième élément de ce que. M. Steinernomme la réceptivité, c'est-à-dire cette | espèce de sympathie spontanée qui consiste à" laisser librement vibrer notre sensibilité à. l'unisson d’une vibration extérieure. |

Il ne s’agit point, et tout ce qui précède les prouve, de nous livrer sans raisonnement à cette influence extérieure; ce serait là un mysticisme rudimentaire et peu éclairé. Il faut seu lement que les barrières tombent non seule ment devant le cerveau, mais aussi devant le” cœur, il faut que l’on soit aussi prêt à aimer qu'à comprendre, car la véritable intelligence des choses occultes s’acquiert non seulement par la“ critique rationnelle, mais encore par la sympa thie. Et celle-ci s’éveille si l’on voit dans l’occul-" tisme une puissance qui vient vers nous pleines de bonté, uniquement guidée par le désir des nous aider.

Mais c’est ici que l'orgueil humain intervient et prétend n’avoir point besoin d’être aidé. Si l'on. est dans cet état d’esprit, sil’on marche dans la“ vie sans avoir jamais rien soupçonné des pro-" blèmes qui nous entourent et des abîmes au bord” desquels se déroule la destinée humaine, il vaut

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