AS
“mieux ne pas ouvrir ce livre: car un des élé-
ments les plus plus indispensables à la pénétration des vérités occultes fait défaut. C’est celui quel’on peut appeler «le désir de la délivrance ». Quiconque est satisfait de sa condition au point de ne pas souffrir des limites qui enserrent sa connaissance et son activité et pousse l’incons- Cience jusqu’à nier ces limites ne saurait en aucun
Cas tirer profit de ces enseignements : car pour
Ouvrir son cœur et y recevoir une parole, il faut
“avant tout admettre que l’on a besoin de rece-
voir quelque chose.
Mais, à vrai dire, c’est surtout vis-à-vis des autres, c’est dans la société que les hommes adoptent cette attitude orgueilleuse et funeste
à leur progrès. En réalité il en est peu qui, se
trouvant face à face avec eux-mêmes persistent à penser que les sens et la raison leur donnent toutce qu'ils peuvent désirer et leur ouvrent, dans l’avenir, toutes les possibilités auxquelles ils se sentent le droit de prétendre. Il en est peu qui se refusent à constater leur faiblesse. Mais ici nous sommes obligés d’insister un peu sur ce sentiment, de peur qu’on ne le confonde avec ce que les églises ont trop souvent discrédité sous le nom d’humilité.
Il ne s'agit point d’une humilité qui place
l'homme en face du divin et qui le force à convenir que son être tout entier, raison, volonté et sentiment, n’est que néant en face de l’instructeur qui lui révèle la vérité intégrale. Il ne s’agit point non plus de cette conscience d’une indignité foncière, que l’Église, interprète peu éclairée du mysticisme chrétien, a réclamée deses adeptes. De même que l’occultisme n’exige jamais une foi | aveugle, mais uniquemement une raison non prévenue, de même il demande une sensibilité qui vibre librement à l'unisson des vérités nou velles et non pas cet abaissement de la nature» humaine tout entière devant une prétendue révé-=. lation.
Et tout d'abord il n’est point question de placer l’âme humaine d’emblée en présence d’une vérité divine qui descendrait sur elle de je ne sais* quel paradis chimérique. Ce qu'il faut au contraire, c'est que l'homme regarde, observe, écoute et synthétise, comme peut le faire un savant dans: son laboratoire. De l’êtrele plus bas à l’entitéla plus évoluée il peut s'élever comme par cette échelle que le disciple hébreu contemplait en songe; mais, arrivé en haut de l'échelle, c'est avant tout en présence de lui-même qu'il se trouvera.
Ce qui fait son indignité momentanée n'es composé que des éléments transitoires sans cess
évoluant de son être, et dans cette indignité même sont cachés lesgermes de l'être divin qu’il sera un jour. Cette croissance ne comporte point de miracles ni de solution de continuité. Toutes les lois scientifiques y exercent leur action. La causalité y règne d’un bout à l’autre,ensouveraine implacable : c’est pourquoi dans une discipline occulte le sentiment normal est celui d’une confiance respectueuse vis-à-vis de ceux qui marchent en avant et non d’unehumilité foncière et stérile.
Ce sentiment est issu de deux convictions : la première, c’est que nous avons besoin d’être libérés, c'est que nous connaissons peu de chose de Punivers et que nous vivons emprisonnés dans l’action comme dans la pensée. La seconde, c'est quil nous est possible de nous élever.
C’est la croyance, que l'échelle des êtres en évolution est, pour ainsi dire, infinie en hauteur, comme l’espace l’est en tous sens. Nous ne pou- …vons concevoir un être, sirudimentaire soit-il, au delà duquel il n’y ait pas quelque atome encore plus simple. Nous ne pouvons d’autre part, conhcevoir un être, si sublime soit-il, au-dessus | duquel il n’y en ait pas un plus puissant et plus
parfait encore. Nous savons qu’au-dessus de nous Ml y a des êtres qui savent et qui peuvent plus
que nous-mêmes. Sans abandonner la logique ni rien céder de notre dignité, nous pouvons donc donner en quelque sorte à notre âme une attitude déférente, quitte à ne pas y persister si nous Constations que les enseignements qui nous sont proposés proviennent de source moins haute.
Si nous examinons nos contemporains, nous constaterons que cette attitude serait légitime chez la plupart d’entre eux parce qu’elle correspondrait aux aspirations légitimes de leur nature. . Il en est bien peu, en effet, qui, se plaçant sincèrement en face d'eux-mêmes, ne soient obligés. de faireappel à une force inconnue qu'ils devinent" sans pouvoir la percevoir, il en est bien peu. dont le cœur et la raison se tiennent pour satis-" faits des méthodes et des résultats de la science officielle ou de la religion formaliste.
Quel est l’homme d'action qui n’éprouve pas le besoin de se faire une idée sur la nature de las force à laquelle il doit sa décision et son audace P* Dans un livre allemand où nous trouvons le récit singulièrement précis d’une initiation, le disciple, qui est un jeune chevalier, demande àson maître : « Apprenez-moi où siège la force qui conduit le cheval, qui tient le bouclier et qui manie l'épée. » Et après que, par des exercices méthodiques, le disciple est arrivé à connaître
les différentes sources de cette force, le Maître, pour éprouver la vertu de son enseignement, lobserve pendant le combat. Le soir venu, il Pappelle à lui et lui dit : « Nous avons oublié dans la culture de vos forces psychiques celle qui réside dans le poignet. »
Sans nous attarder sur le symbolisme de cette réponse nous devons noter l’enseignement qui en sort : c’est qu’il n’est point dans l’activité humaine de régions interdites aux effet de la discipline occulte. Suivant les niveaux et suivant les civilisations, elle s’exerce en prenant pour point de départ les forces existantes. Et c’est ‘pourquoi elle- est universelle.
A l’époque où se passe le récit du mystique allemand, le progrès occulte pouvait précisément consister à réaliser les qualités de courage, d’audace et de vaillance physique mises au service d’une cause désintéressée et dont l’ensemble for- “mait l'idéal du parfait chevalier. Ces mêmes vertus de l’homme d’action sont encore de nos jours un but digne d'être poursuivi pour beau- Coup d’âmes. Les évolutions individuelles ne “marchent pas toutes à la même allure. Des peuples entiers en sont à l'étape du moyen âge, et “même dans les nations civilisées il arrive que, sous “des formes différentes des formes chevaleresques,
le courage et la vaillance sont et doïvent être, pour beaucoup d'hommes, à la fois le but et le ressort du développement spirituel.
Nous lisons dans l'ouvrage qui suit que les instructeurs soumettent de propos délibéré le candidat à l'initiation, à des épreuves qui doivent l’habituer à bannir toute crainte et toute indécision. Cet état d’âme dont il recherche la réalisation, n'est-il point celui qui forme lidéal. de l’homme d'action? Cela ne veut point dire. que dans ce domaine le butest d’agir en suivant aveuglément des aspirations dont l'origine est inconnue. Il s’agit, au contraire, de l'utilisation rapide des forces puisées dans la méditation. Cette rapidité n'implique nullement l’inconscience : au contraire, ces forces et leur source doivent être parfaitement connues de l’occultiste. Mais elles sonten quelque sorte accumulées par son travail intérieur de façon à pouvoir être sou“ dainement précipitées sur un point, de même que l'ingénieur accumule lénergie de manière à pouvoir lui faire produire les effets précis qu'il en attend.
À cette éducation s’adjoint la culture d’une faculté qui n'est pas moins précieuse à Phomm d'action. C’est celle de pouvoir au moment voulu fermer volontairement les yeux sur un gran
bu.
nombre de perceptions ou d’impulsions qui seraient de nature à le paralyser ou tout au moins à la gêner dans l’action énergique et prompte qu’il a résolue. Que de fois des hommes adonnés, soit à la carrière militaire, soit à des carrières civiles, qui réclament ces qualités de précision et de vaillance, se sont malgré eux interrogés pour se demander s’il n’était point possible d’arriver à maîtriser et à diriger à leur gré des éneroies souvent capricieuses ! Des gens qui n’ont pas suffisamment compris la vaste portée de loccultisme s’imaginent volontiers que ces hornmes d'action ont pour premier devoir, s'ils veulent entrer dans la voie du progrès spirituel, d'abandonner leur idéal humain de vaillance et de force pour se consacrer uniquement au travail de la pensée ou à la culture des sentiments.
Cette erreur provient d'un malentendu. La méditation et la concentration sont des moyens de rassembler ou d’accumuler les forces utiles et de pourvoir l’être humain de tout un système de pouvoirs nouveaux. Mais ces forces sontdestinées à l’action aussi bien qu’à la perception. La méditation est aussinécessaireausoldatqu’à l’homme d’affaires ou au philosophe. Car toute activité, quelle qu’elle soit, a sa source dans le monde supérieur et, si l’homme pénètre dans ce monde par la
voie normale, il découvrira que, bien loin de devoir renoncer à quoi que ce soit de sa force d'action, il la verra décuplée en même temps que canalisée par sa communication consciente avec la source première dont elle est issue.
Dans cette courte revue des différents types de mentalité humaine, il est certaines âmes qui doivent nous intéresser tout particulièrement parce que le mode normal de leur activité les conduit plus fréquemment que beaucoup d’autres à s’interroger sur les grands problèmes de l’être humain. Ce sont les artistes, créateurs ou interprètes.
La plupart ont assurément besoin d’une impulsion extérieure pour que leur puissance de création soit efficacement stimulée, mais même dans cette impulsion extérieure, ce sont les éléments des choses accessibles à la seule clairvoyance qui, à leur insu, viennent féconder leur cerveaux. Tantôt c'est au spectacle de l’univers qu'ils sont redevables du phénomène que l’on
nomme inspiration. Tantôt c'est aux échos des”
sensations tels qu’ils demeurent enregistrés et en quelque sorte virtuels dans leur mémoire
profonde. Dans d’autres cas, ce sont les expé-"
riences de leur vie intérieure qui déclanchent, pour ainsi dire, le mécanisme créateur.
Ces phénomènes sont si mystérieux pour l’homme même qui en est le théâtre, qu'ils amènent presque forcément à en rechercher explication. Le matérialisme officiel n’en fournit aucune quand il s’agit d’une activité qui mérite vraiment le nom de créatrice. Car il ne faut pas se dissimuler que chez beaucoupde prétendus artistes, et même parmi les plus réputés, la suite logique des phénomènes qui constituent l’inspiration est renversée ou souvent mutilée. L’artiste médiocre ou moyen commence à concevoir la forme extérieure de l’œuvreet, dans cette conception tronquée, il est bien évident que l’éducation technique,la mémoire et les traditions, jointes à une facilité spéciale d’assimilation, suffisent amplement à expliquer la prétendue création.
Mais pour l'œil clairvoyant ces créations ne sont qu'une enveloppe vide d'âme, une imitation sans vie propre de l’œuvre d'art.
Les véritables artistes quand ils essayent de se comprendre eux-mêmes ne peuvent se satisfaire d’une explication qui ne va pas au fond même de leur activité. Ils savent, et ils sentent, à n'en point douter, que l'inspiration est une force d’origine spirituelle dont ils prennent subitement conscience par une cause occasionnelle du genre de celle que nous avons énumérée plus
haut. Pour la plupart d'entre eux, même parmi les plus grands, la conscience s’arrête là, et un dur labeur y commence, un travail rude et en quelque sorte souterrain, qui consiste à imaginer tout un monde de réalisations possible, à les examiner une à une et à choisir la meilleure, en quelque sorte sur l’ordre de cette force obscure qui demeure présente au plus profond d’euxmêmes.
Mais chez quelques-uns l'intervention des forces issues des mondes supérieurs, c’est-à-dire des régions les plus intérieures de l'être humain, se précise et s'illustre avec une clarté souveraine. Ceux-là peuvent vraiment dire qu'ils conçoivent l’œuvre avant de l’exécuter, non point par des fragments qu’il faut ensuite relier entre eux, mais dans son intégralité. Toutefois certains des attributs physiques qui la caractériseront une fois achevée, lui manquent encore,et par contre, elle en possède d’autres, incomparablement supérieurs en force et en beauté qu'il sera impossible de lui conserver en la faisant descendre dans les cadres de la perception sensible. Pour citer un cas particulier qui fera mieux comprendre notre pensée, c'est à ce moment que ce qui, de sa nature, dans le monde des sens est successif peut apparaître comme simultané. Une
ab
œuvre musicale, par exemple, qui ne saurait être perçue que dans le temps est conçue dans l’espace, ou plutôt en dehors de ce qui s’appelle temps et espace pour le cerveau physique.
À: ce niveau supérieur de la création artistique,
l'artiste est forcément un occultiste. Il peut ar-
river qu’il ne connaisse pas le système mondial qui lui permettrait de situerson mode personnel d'activité dans l’ensemble de l’activité universelle, que par suite il veuille y voir une intervention divine et qu’il cherche à la caractériser par ce mot de génie qui n’est que l'ignorance des
. lois de la nature dans leur application à un cas
donné. Mais il arrive aussi qu'il crée avec la pleine conscience de la vraie valeur et de la vraie
cause de sa création. Tel fut sans doute le cas
de Platon, de Shakspeare et de Gœthe pour ne citer que ces trois noms. Ainsi de même que l’homme d'action, s’il veut devenir maître de sa force, se trouve forcément amené à l’occultisme, de même l'artiste par le seul besoin de donner à sa création toute la hauteur et toute la sûreté
“qu’elle est susceptible de posséder, se trouve amené à rechercher les moyens de communiquer
consciemment avec les régions spirituelles de
l'univers.
Les méthodes de M. Steiner font appel, en les intensifiant et en leur donnant une direction précise, aux qualités mêmed’imagination et d’observation de la nature qui caractérisent l'artiste. Celui-ci n’a pas besoin de heurter l'orientation générale de ses pensées, il n’a pas besoin defaire violence à sa propre nature pour entrer dans la voie de la discipline occulte telle que la décrit l'ouvrage qui suit. Il lui suffit de mettre un peu d'ordre et de méthode dans sa méditation, plus de chaleur et de sympathie large dans sa communion avec les choses. ;
Que de fois, s’il est sincère, n’a-t-il pas eu en présence des êtres, le sentiment délicieux et angoissant à la fois d'un mystère, la conviction qu’une entité invisible et plus vivante se dissimulait derrière la forme physique qu'il contem-" plait ? Est-ce qu'entre ces éléments devinés des. choses et la portion la plus vibrante de son âme et de sa sensibilité, il ne s’est pas établi un courant infiniment troublant ? Est-ce qu’il n’a pas” senti la force de fécondation issue de cecourant, | cette forcequi est proprement ce que l’on nomme | inspiration poétique? Et, voulant fixer cet insaisissable, le sentant échapper à sa perception comme à sa compréhension, ne s’est-il pas répété avec amertume qu'il souhaiterait comme le Faust
de Gœthe pouvoir dire à l'instant qui passe : « Arrête-toi! tu es si beau! » Commentpercevoir, comment étreindre, comment retenir cet instant qui passe P C’est ce que l’occultisme seul peut enseigner au poète. Et en le faisant il répond àäun besoin profond de toute sa nature d’artiste, besoin qui surgit dès qu'il interroge son âme ou celle de l'univers.
Voici maintenant un savant, un chercheur méthodique et consciencieux, fermement décidé à ne rien admettre que ses sens ne l'aient perçu et sa raison contrôlé. Il avance pas à pas, observant minutieusement les phénomènes, les classant d’après leurs caractères communs ou dissemblables pour vérifier avec une sécurité absolue dans quelles conditions ces phénomènes se reproduisent. Il essaye de les provoquer en s'entourant de toutes les garanties. De l'analyse,
il passe à la synthèse. Enfin il peut établir avec certitude que deux phénomènes se suivent forcé-
ment et dans tous les cas lorsque des conditions minutieusement décrites sont données ànouveau. Il s’est juré à lui-même de ne pas dépasser ces résultats de l’expérimentation et il demeure
penché dans son laboratoire, refusant à sa raison le droit de s’avancer au delà de ce qu'il a pu
var)
constater et prouver.
Mais inconsciemment son esprit a travaillé et voici soudain qu’une grande lumière l’envahit et qu'une loi générale de l’univers dépassant infniment les conclusions qu'il était en droit de. former, vient s'inscrire devant lui avec une autorité souveraine. Il demeure stupéfait. Comment la conclusion peut-elle ainsi déborder de toutes parts sur les prémisses ! N'est-ce point là un procédé anti-scientifique au dernier degré” que de remonter d'une série de cas particuliers à l'affirmation d'une loi universelle. Et pourtant cette affirmation s'impose. Alors le savant effrayé de l’audace de cette inconsciente induction, se replie sur lui-même, revient pas à pas sur le chemin qu’il a parcouru eten arrive ainsi progressivement soit à restreindre la loi, soit à se“ donner l'illusion qu'elle n’est qu’un résumé syn-« thétique de la collection des cas particuliers. Mais il a beau faire et beau dire il ne peut s’empêcher de songer à cette soudaine illuminationM de sa conscience, sans être obligé de s’avouer à lui-même qu’il n'y a que deux explications à ce“ phénomène : ou bien c’est que le général a une existence en soi, au dehors des cas particuliers, ou bien c'est qu’il y a dans les cas particuliers des éléments imperceptibles à nos sens et qui néanmoins ont été perçus par lui, puisqu'ils ont
donné naissance à cette loi universelle que ne suffisent pas à expliquer les éléments des phénomènes consciemment enregistrés au cours de son investigation. Mais ce n'est que quand elle s'élève à ces hauteurs que la science devient véritablement les portes de l’occultisme, et tel est le sens profond du mot de Newton : « Un peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science y ramène. » Cette parole signifie que les découvertes dans le domaine de la science ne sauraient s'expliquer par le simple jeu de lPentendement - logique, qu'il y faut absolument l’intervention, -à un moment quelconque de la recherche, des . pouvoirs de connaissances supérieures, et que sans leur intervention il faut forcément res- -treindre et limiter étroitement le champ de cette * recherche.
… C’est pourquoi les philosophes, qui, comme - Herbert Spencer, n’admettent pas la plus légère infraction à ces procédés scientifiques, sont forcés de réserver à l'écart de toute investigation un do- “maine de l'inconnaissable dont ils proclament “qu'il ne saurait être atteint. Mais la science consi- “dère de plus en plus qu’il ne saurait y avoir de “fruits défendus pour l'esprit humain. Ses repré- “sentants les plus autorisés ne veulent plus renon- “cer à la recherche des causes profondes, à l'ana-
lyse et à la connaissance des forces mêmes qui constituent le substratum vivant des phénomènes sensibles. Sans doute ils continuent à rejeter les méthodes hasardeuses de la métaphysique. Ils ne sauraient admettre qu'il suffise à la pensée de se replier sur elle-même pour y découvrir avec certitude l’univers. Mais ils recherchent entre ces deux extrêmes, le procédé scientifique et le procédé métaphysique, un mode de connaissance et d'investigation qui unisse à la fois l'étendue et la hardiesse de l’un à la précision et la sûreté de l’autre.
Ils se trouvent ainsi amenés à l’étude des pouvoirs latents qu'il est possible d’éveiller dans l’homme même. Mais ces pouvoirs ils entendent en enregistrer et en mesurer les effets par l’observation extérieure doublée d’expérimentation, telle qu'ils sont habitués à la pratiquer dans les autres domaines.
Des faits nombreux sont venus leur démontrer au cours des dernières années que, dans certaines conditions données, les possibilités d'investigation s'agrandissent, que dans ces conditions le champ de la conscience non seulement s’élargit, mais encore est impressionné par des perceptions dont on peut affirmer avec certi-. tude qu’elles n’ont pas été apportées par les“
voies ordinaires de la sensibilité. Ces phénomènes sont encore rares, malaisés à contrôler, et généralement liés à un déséquilibre mental ou physique qui en diminue de beaucoup la valeur aux yeux des savants. Mais certains sont incontestables et l’on ne peut s'empêcher de les rapprocher des forces nouvellement découvertes dans la nature inanimée.
Nous ne croyons pas nous avancer en disant que quelques-uns parmi ces hommes de science sont, à leur insu, déjà proches parents de l’occultiste. Ce rapprochement deviendra plus étroit le jour, sans doute peu éloigné, où ils s’aviseront de rechercher une explication commune et générale à des phénomènes qui leur paraissent aujourd’hui encore fort dissemblables. La perception agrandie et modifiée dans les états d’hypnose, la découverte de forces qui exigent comme véhicules des états dela matière autres que ceux ‘scientifiquement connus, enfin l'intervention dans la recherche scientifique d’un pouvoir de connaissance étranger aux méthodes habituelles, voilà quelques-uns desfaits qu’il faut rassembler, comparer et entre lesquels il s’agirait de rechercher s’il n'existe pas des éléments communs, une interprétation générale.
Ainsi, comme l’homme d'action, comme l’ar- ‘ 3
tiste et le poète, l'homme de science à son tour, qu'il regarde en lui ou autour de lui, ne saurait méconnaître que pour fonder solidement sa connaissance, pour affermir le pouvoirsur la nature qu'elle lui confère, il faut qu’il se décide à pénétrer hardiment dans le domaine dont il a été tenu éloigné de nos jours, beaucoup plus par les excès déconcertants de la métaphysique que par une incompatibilité véritable et profonde.
Nous n'avons certes pas la prétention que ces quelques observations très simples, suffisent à intéresser au véritable occultisme les hommes appartenant à cette élite, dont nous avons essayé | d'esquisser quelques types. Maïs s'ils pouvaient seulement s'avouer à eux-même leur désir d’une” vérité plus large, d’une base plus certaine pour" la connaissance et pour la vie, ce premier pas“ serait le plus important. La connaissance des limites qui nous enserrent, et la conviction d’une réalité au delà de ces limites, sont des conditions“ suffisantes pour tout esprit sincère. Et si l’on peut" être rebuté par une doctrine complète, du monde» et de l’univers, il n’en sera pas de même, à la lecture de l’ouvrage qui suit. Ce qui inquiète les es-w prits inconsciemment avides de vérité quand on leur apporte une hypothèse, si grandiose soit-elle,“ sur le monde, c'est qu'ils ignorent l'accumulation.
de travail fondé sur l’effort personnel et appuyé sur la tradition, qui seule a permis de dresser ce plan grandiose de la nature. Ce qui doit au contraire, les rassurer et les émouvoir, c’est un enseignement qui répond aux besoins les plus profonds de chacun d'eux, qui au moment où ils perdent pied dans leur tentative pour se comprendre eux-mêmes, les prend pour ainsi dire par la main et leur dit : « Vous vous sentez environnés d’abîmes, voici un peu de terre ferme. Franchissezle court espace qui vous sépare de ce point, situé un peu au-dessus de la région dans laquelle vous errez actuellement. Je n’ai point à vous prophétiser ce que vous verrez si vous parvenez sur des plus hauts sommets, je n’ai même point à vous décrire, théoriquement, la manière dont vous devrez marcher, je me contente de vous indiquer un lieu voisin de celui où vous avez . habité jusqu'ici. Avec un peu de sincérité et un peu d’effort vous y parviendrez, sans cesser d'être vous-même et sans vous y trouver dépaysé, car cette région n'est que le prolongement de celle que vous connaissez, et quand vous aurez accompli ce court trajet, vous n’aurez qu'à vous
…interroger vous-mêmes pour vous demander si
«l'air que vous respirez est un peu plus pur, votre vue un peu plus étendue, votre soif de connaitre
un peu moins douloureuse. Si, loyalement, vous sentez que vous devez répondre « oui » à ces questions que vous vous poserez à vous-mêmes, Je n'aurai pas besoin de vous encourager beaucoup pour vous décider à vous élever encore un peu plus haut. »
Tel est le langage très simple que tient l’occultiste aux hommes sincères de notre époque à ceux, du moins dont l’activité mentale revêt des modalités assez complexes pour les amener, pour ainsi dire par la force des choses, jusqu’au seuil des problèmes de la vie intérieure. Mais il faut d'autre part qu'ils y parviennent l'esprit libéré des formes traditionnelles et parfois dégénérées sous lesquelles se manifeste aujourd’hui l'antique sagesse. Nous voulons parler des formules religieuses.
Jusqu'ici nous n’avons point tenu compte de cet élément qui fait effectivement défaut chez beaucoup de nos contemporains et notamment | parmi ceux qui appartiennent à l’élite à laquelle les réflexions qui précèdent sont dédiées. Les. hommes dont nous avons parlé n’ont besoin:
pour se rapprocher de l’occultisme que de rechercher la logique intérieure de leur pensée et“ de leur activité parce qu’il ne sont point en" combrés de dogmes dans lesquels ils ont pris”
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habitude de chercher tout ce qu’ils croient possible ou permis de connaître sur le vaste domaine qui échappe à la science actuelle. Pour ceux-ci le problème se ramène à la question suivante :
Dansquellemesurel’adhésion sincère aux dogmes d’une religion établie favorise-t-elle ou entravet-elle les progrès de la connaissance ?
À notre avis ceux qui, s’aidant à la fois du travail intérieur et de la recherche historique, se donnent la peine d’examiner sincèrement le fondement de la croyance religieuse arriveront forcément à y découvrir la vérité d’expérience qui y a été déposée à l’origine par les Fondateurs qui tous étaient de grands occultistes. Mais il faut, pour que ce travail porte des fruits, le faire dans un esprit d’entière liberté, à la foi respectueux et indépendant, sans se laisser intimider
- par l’assurance aveclaquelle certains prédicateurs
de ces dogmes proclament l’absolue vérité des - formules qu’ils imposent. Il faut que le croyant se place en face de sa foi comme en face d’un HS qu'il s’agit de comprendre, il faut
qu’il la justifie par des solides raisons. Nous ne voulons pas dire par là qu'il s'agisse de la faire “comparaître devant d’autres dogmes, ceux d’un matérialisme étroit et d’une investigation scientifique limitée. Beaucoup d’esprits sincères qui
ont employé cette méthode ne sont arrivés qu’au doute et à la négation de toute vie spirituelle. Non! le phénomène de la croyance religieuse doit être abordé avec la confiance qu’il n’est nullement solidaire de l’adhésion intellectuelle à des propositions précises, que tous les dogmes peuvent s’écrouler sans que l'esprit religieux soit ébranlé. Mais pour consolider cet esprit religieux pour qu’il soit attaché aux autres activités de la vie intérieure, pour qu'il pousse de profondes racines dans la vie et dans la pensée, il faut l’établir dans son véritable terrain et lui donner de l'air en renversant les barrières qui l'empêchent de s'épanouir librement. Il ne sera justifié et réellement vivant que s’il se développe harmonieusement en accord avec toutes les autres manifestations normalement sorties de l'esprit humain.
Il y a deux manières de ne jamais parvenir à .
reculer les lignes de la connaissance et de la puis- «
sance humaines, La première est de proclamer,
comme les positivistes, qu'il est superflu de vou-
loir pénétrer dans le domaine de l’inconnaissable, parce que la raison y perd ses droits et la science ses méthodes. La deuxième est d’affirmer que ce domaine est interdit à l’homme
parce que tout ce qui lui est utile d'en savoir“
constitue le monopole de quelques hommes dans le passé et dans le présent et que ce serait un orgueil funeste que de vouloir substituer à leur autorité une expérience personnelle, illicite et dangereuse. Les premiers disent au chercheur : « Tu ne peux pas », les seconds lui disent : « Tu ne dois pas ».
Les temps sont venus où l’humanité commence à rejeter l’un et l’autre de ces dogmes également nuisibles à la marche de l’évolution. Ceux qui parmi les croyants portent leur attention avant tout sur le côté personnel de leurs sentiments religieux tendent à s'affranchir de ces limitations. L'étude comparée des religions, l’une des préparations les plus utiles à la science occulte leur montre sous la relativité et l’infinie variété des dogmes la permanence et l'unité des enseignements ésotériques, et quand ils sont entrés dans cette voie, leur dévotion, loin d’être un obstacle devient un stimulant et un appui. Car cette dévotion manifeste précisément cette disposition de l'âme que nous avons indiquée au début de cette préface comme le deuxième élément de la réceptivité réclamée par l’enseignement occulte. Elle n’est autre que la conscience confuse des possibilités de pouvoir et de connaissance ouverte à l’homme et l’instinctive aspiration vers l’accrois-
sement de bonheur qu’elles réservent à l'individu comme à l’espèce.
Le besoin de vérité qui se confond avec le besoin de libération ne saurait être satisfait que par un effort personnel. Il n'existe point pour l'homme de certitude par procuration. Les fondateurs de religions, aussi bien que les instructeurs de tous les temps, peuvent bien montrer la voie et soutenir le chercheur sincère dans ses premiers pas. Mais l’universelle loi de causalité, c'est-à-dire de justice, s'oppose à ce qu'ils transfusent en d’autres les fruits de leurs efforts séculaires.
Tout ce qu'il faudrait encore dire sur ce sujet se trouve renfermé dans le livre qui suit et il serait superflu, aussi bien que téméraire, de vouloir en ajoutant quelque chose à cette pré-
face empiéter sur le domaine réservé à ceux qui
savent par eux-mêmes. Nous n’avons songé en écrivant ces quelques pages qu’à tenter une œuvre très modeste : celle de dissiper, s’il est possible, quelques préjugés et d'amener les esprits sincères à prendre conscience de leur aspiration profonde vers un peu de lumière. Nous avons essayé d’esquisser les problèmes qui se posent pour chacun au cours de son activité normale,
et de trouver, pour ainsi dire, le défaut de la «
cuirasse qui recouvre certains esprits. Nous avons surtout voulu les amener à s'avouer à eux-mêmes combien leur pèse cette cuirasse de préjugés, de parti pris ou d'indifférence. En s’environnant de limitations qu’ils ont l'habitude de croire nécessaires, ils s’imaginent parfois se fortifier, tandis qu'ils entravent le libre développement de leur être, qui seul leur apportera la vraie force et la vraie sérénité.
La vieille maxime des sages de la Grèce : « Connais-toi toi-même » reste à travers les âges éternellement jeune comme la sagesse où elle est puisée. Dans le domaine de la vie intérieure, connaître, c'est prendre conscience. Comment l’homme prendrait-il intégralement conscience de lui-même si d'avance il s’est fait de son être une conception bornée au delà de laquelle il ne veut point se connaître ? Et comment connaîtrait il l'univers, s'il n’a fait de lui-même un instrument de connaissance, capable de vibrer à l'unisson de toutes les vibrations ?
JULES SAUERWEIN.