‹ L'initiation; ou, La conaissance des mondes supe?rieursChapitre 4 sur 27 · UT · texte numérisé non relu

UT

sens et l'entendement produire tous leurs fruits et rien, dans l'esprit, n’a plus de tendance à réclamer pour soi une souveraineté sans limites que les sens et l’entendement.

Si l’homme s’est élevé par ces moyens à un certain degré de culture, il s’habitue purement et simplement à soumettre toute chose au jugement et à la critique. Il est un autre domaine

où l’on rencontre le même phénomène, c’est celui de la vie sociale. L’homme du dix-neuvième siècle a voulu réaliser la liberté absolue de la personne humaine dans le plein sens du mot; il a rejeté l’autorité et il a cherché une forme de collectivité telle que l’entière indépendance de la personnalité fût garantie. Par suite, il s’est accoutumé à prendrel’humanité moyenne comme la mesure à laquelle toute chose devait être rapportée. Or, les pouvoirs supérieurs latents dans les âmes se développent dans des proportions différentes, selon les personnalités; l’un devance ses semblables, l’autre se laisse distancer. Dès que les hommes évoluent ces forces occultes ou tiennent compte de leur action, ils se différencient. Lorsqu'on admet ces possibilités il est “juste que l’on reconnaisse au plus avancé plus “de droits à parler d’un sujet ou à agir dans une “direction donnée qu’à celui qui est resté en

arrière. Au contraire, pour ce qui qui regarde les sens et l’entendement on peut imaginer une sorte d'égalité, une moyenne. De ce point de de vue, l’on peut accorder à tous un droit égal, une égale liberté.

On voit que la forme même de la société contemporaine a contribué, pour sa part, à soulever l'opinion contre l'admission des farces spirituelles dans l’humanité. Le théosophe dira qu’au dix-neuvième siècle la culture humaine s’est bornée au plan physique et que les hommes se sont habitués à agir uniquement sur ce plan physique où ils se sentaient bien chez eux. Les

pouvoirs supérieurs qui, au cours de l'existence, . se développent sur des plans autres que le plan”

physique et les connaissances qui se rapportent à ces univers sont devenus par là même étrangers à l’homme.

Il suffit d'entrer dans une assemblée populaire pour se rendre compte que les leaders de l’opiniom sont incapables d'émettre une pensée qui s'élève au-dessus de ce plan physique. On fera la même constatation chez les écrivains qui tiennent la première place dans nos journaux et nos revues, et partout ce même phénomène se reproduit de l'éloignement le plus orgueilleux, le plus absolu à l'égard de tout ce que l’œil ne peut pas voir

RER Sd ed — “ù

ou que la main ne peut pas toucher, en un mot de tout ce qui dépasse les limites de l'entendement moyen. Mais, répétons-le, il est superflu de réprouver ou de condamner cette mentalité ; c'est une étape nécessaire dans l’évolution humaine. Sans l'orgueil et les préjugés des sens et de l’entendement, nous n’aurions jamais conquis les précieux avantages de la vie matérielle. Nous ne serions jamais parvenus à donner à la personnalité le degré de liberté dont elle jouit, et nous devrions renoncer à l'espérance de réaliser un idéal dont l'édification exige chez l’homme l’aspiration à la liberté etle sentiment de la personnalité.

Mais les erreurs inhérentes à une civilisation trop matérialiste ont creusé dans les esprits une empreinte profonde. Il n’est pas besoin d'en chercher la preuve dans les faits évidents que nous avons cités plus haut. Des constatations, que notre époque considère trop volontiers comme insignifiantes, démontrent jusqu’à quel point la mentalité contemporaine est engagée dans cet engrenage des sens et de l’entendement, et ce sont précisément ces petites constatations qui font voir combien est indispensable un retour en arrière ou plutôt une résurrection de la Vie spirituelle.

Le bruit que souleva autour de la question « Bible et Babel » le professeur Friedrich Delitzch, nous autorise à considérer les opinions de cet auteur comme symptôme des temps.

Le professeur Delitzch a signalé la parenté de certaines traditions de l’Ancien Testament avec des sources de l’antique Babylone. La place où il enseignait et la forme qu’il a donnée à cette thèse ont attiré l'attention de gens qui, d’ordinaire, négligent ces sortes de questions. C’est ainsi que beaucoup ont été amenés à réfléchir sur le concept de la révélation. Ils se sont demandé :* « Comment peut-on admettre que l'Ancien Tes-" tament soit d'inspiration divine, alors que des. traditions analogues se retrouvent chez les” peuples païens ? » Nous n’entreprendrons pas de“ résoudre ici cette question. Delitzch a suscité des” adversaires qui craignaient de voir les bases de | la religion ébranlées par ses enseignements, et il. s’est défendu contre ces attaques dans une bro= chure intitulée : « Bible et Babel, coup d'œil général sur la question. »

Nous ne voulons citer ici qu’une seule phrase de cet écrit. Elle est importante, car elle définit le point de vue d’un homme de science consi= dérable sur la position de l'esprit humain à l'égard des vérités supra-sensibles. Une mul

titude de nos contemporains pensent comme Delitzch. Cette phrase nous donne donc l’occasion de connaître le sentiment de notre époque dans un domaine où il s'exprime spontanément et sous sa vraie forme. Delitzch s'adresse à ceux qui lui reprochent de traiter trop légèrement le concept de révélation et qui seraient tentés d'envisager ce concept comme une sorte de sagesse sacerdotale inaccessible au profane: « Personnellement, nous dit-il, je suis d’avis que, puisque ce dogme de la révélation nous est enseigné à nous et à nos enfants, à l’école, au catéchisme ou à l’église, nous avons non seulement le droit mais le devoir de réfléchir par nous-mêmes sur ces questions si graves et d’un intérêt si pratique, ne serait-ce que pour pouvoir répondre aux questions posées par nos enfants autrement que par des défaites. Les chercheurs sincères seront donc heureux, à la lumière d’une critique comparée portant sur l'Ancien Testament et sur les sources assyriennes et babyloniennes, de constater combien se trouve élevé et élargi dans sa valeur historique, le dogme de la révélation, soi-disant réservée uniquement au Peuple élu.» Et quelques pages plus haut, on constate à quelles conséquences aboutit cette manière de voir : « Au reste, écrit-il, la seule

Page 1