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chose logique serait de voir l’enseignement scolaire et religieux se contenter pour ce qui concerne l’époque préhistorique de la croyance à un seul Dieu créateur du soleil et de la terre et ranger les récits de l’Ancien Testament sous la dénomination de vieilles légendes hébraïques. » IL est bien entendu que dans les considérations qui suivent, ce n’est nullement le savant que nous attaquons en Dielitzch. Mais que prétendil dire dans ce passage dont les conclusions sont vraiment naïves ? Tout simplement que l’entendement qui décide sur les questions scientifiques du plan physique est également qualifié | pour apprécier les connaissances d’ordre supra-* sensible. — L'auteur ne soupçonne pas un ins-* tant que cet entendement n’est peut-être pas en! état de décider sans autre secours sur les données | de la révélation. | Mais lorsqu'il s’agit de comprendre les vérités qui se présentent comme révélées, ne faut-il pas que l’entendement ait pour auxiliaire les forces mêmes qui sont la source de toute révélations Quiconque a évolué en soi les pouvoirs de la connaissance mystique s'aperçoit bientôt que certains de ces récits de l’Ancien Testament, qualifiés par Delitzch de légendes hébraïques, expriment des vérités d’ordre supérieur que l’enten-=
ment borné aux expériences des sens ne saurait embrasser. L'expérience vécue par le mystique le conduit à constater que ces légendes sont dérivées d’une connaissance directe des vérités supérieures. Et alors, son point de vue se transforme tout d'un coup. On n'avance aucune preuve contre la vérité d’une proposition mathématique si l’on découvre quel est son premier auteur ou si l'on est amené à citer tous les savants qui l’ont soutenue, relation incontestablement précieuse au point de vue historique. De même, la vérité d’un récit biblique n’est en rien entamée du fait qu'on a découvert ailleurs des traditions analogues. Au lieu de réclamer pour tous le droit, disons même le devoir de critiquer librement ces révélations, on ferait mieux de dire que celui-là seul a le droit de se prononcer sur ces concepts qui a pu éveiller en lui les forces latentes grâce auxquelles il revivra les expériences des mystiques qui nous ont transmis ces révélations de l’au-delà.
Cet exemple caractéristique prouve combien l'entendement moyen capable de remporter les plus belles victoires dans le domaine de l’expérience sensible fait preuve d’un naïf orgueil quand il s'érige en juge de questions qu'il ne veut pas “apprendre à connaître, car la pure critique his-
torique n’est fondée que sur l’expérience sensible.
C'est du reste d’une manière tout à fait analogue que la critique du Nouveau Testament s’est laissé acculer dans une impasse. Il fallait absolument appliquer aux évangiles la méthode moderne de critique historique. On a donc comparé ces documents, on les a collationnés avec toutes les sources possibles pour tirer de cet examen la suite réelle des événements qui se sont déroulés en Palestine de l’an 1 à l’an 33, et pour découvrir la vie et les discours authentiques de la personnalité historique dont les Évangiles nous parlent.
Or, un homme du dix-septième siècle, Angelus Silesius, a fait en quatre vers le procès de cette critique :
Le Christ serait-il né cent fois à Bethléem, 1
S'il ne naît en toi-même, tu es perdu pour l'éternité. La croix du Golgotha est impuissante à te sauver du mal | Si tu ne sais la dresser en toi-même.
Ce n’est pas un sceptique, mais bien un chrétien fervent qui a dit ces choses, et l’un de ses devanciers, croyant comme lui, lemaîtreEckhart, disait déjà au treizième siècle : « Que de gens veulent contempler Dieu avec leurs yeux comme ils
contempleraient une vache, et veulent aimer Dieu comme ils aimeraient une vache ...... Des gens simples s’imaginent qu'ils doivent voir Dieu, comme si Dieu était là et eux ici. Il n’en est pas ainsi, Dieu et moi sommes un dans la connaissance ».
Mais personne ne peut connaître exactement la valeur historique de documents tels que les Évangiles s’il n’a auparavant éprouvé leur signification mystique par ses expériences intérieures. Toutes les analyses, toutes les comparaisons sont vaines, car nul ne peut découvrir l'être qui est né à Bethléem si le Christ mystique ne vit en lui, et nul ne peut décider comment la croix de Golgotha nous délivre du mal, s’il ne l’a sentie s’ériger en lui. La critique purement historique ne peut pas davantage se prononcer sur le phénomène mystique qu'un anatomiste à l’aide de son microscope n'est capable d'analyser l'essence d’un grand génie poétique.
Celui qui voit clair dans ces problèmes reconnaît combien l’orgueil de l’entendement appliqué à l'expérience sensible est profondément enraciné dans l’esprit contemporain. Je ne veux pas, dit cet entendement, développer les forces qui me permettront d'accéder aux vérités supérieures,
- mais je veux avec mes forces présentes, tel que
je suis, ffle prononcer sur ces vérités supérieures. Dans une brochure, toute pleine de bonnes intentions, mais inspirée par l’esprit du temps, on lit ces lignes : « L'homme de notre temps peut envisager le Christ, personnification de l’Église avec une entière liberté intérieure, il peut recréer intérieurement sa figure morale, de même que l’a créée l’évangéliste. Il peut, lui, être humain, se placer lui-même sur le même rang que les évangélistes et reconstituer en soi leur mentalité, il peut lui-même prêcher l’évangile. »
Ces paroles peuvent être vraies, mais elles peuvent aussi être foncièrement fausses. Ellessont vraies si on les comprend dans le sens d'Angelus Silesius ou de Maître Eckhart, si elles désignent le début de cette évolution des pouvoirs latents dans l’âme humaine qui font revivre dans la réalité mystique le Christ des Évangiles. Elles sont fausses, si elles aboutissent à reconstituer une figure superficielle du Christ conformément | à la mentalité contemporaine. Les phénomènes . spirituels ne peuvent être saisis que si l’homme, au lieu de les soumettre à la critique de l’entendement, se développe lui-même de façon à pouvoir les réaliser en lui. Personne ne peut espérer percevoir les plus hautes vérités qui soient accessibles à l'humanité s’il exige que ces vérités
entrent dans les cadres de l'entendemenñt moyen. On nous objectera : pourquoi les mystiques et les théosophes annoncent-ils ces vérités à des gens qui, à leur avis, ne sont pas encore capables de les comprendre P Pourquoi y a-t-il un mouvement théosophique qui répand des enseignements alors qu'il vaudrait mieux développer en l’homme les forces spirituelles qui, seules, lui permettent de s'élever jusqu’à ces enseignements ? L'objet de cet ouvrage sera précisément de résoudre cette apparente contradiction. Nous montrerons que les courants spirituels diffèrent par leurs formes de la science qui n’est fondée que sur l'expérience sensible. Les vérités spirituelles n'en sont pas pour cela moins scientifiques que les données de la science officielle. Bien au contraire, l’occultisme étend au domaine supra-sen-
- sible les limites de la véritable connaissance scien-
tifique. Nous terminerons cette introduction par une question que l’on est en droit de poser:
Comment parvient-on aux vérités supra-sensibles et, dans quelle mesure les doctrines spirituelles permettent-elles d'y parvenir ? De la réponse donnée à cette question dépend le point de vue auquel il faudra se placer pour envisager l’évolution religieuse et spirituelle de notre époque.
ut Li pré
BOLINITIATION